Il ne fait aucun doute que les récents événements de ces dernières semaines ont ouvert une nouvelle situation politique dans laquelle la présidence de Macron est confrontée au premier grand défi de ses plans gouvernementaux. En effet, près d’un an après son arrivée au pouvoir en mai 2017, le conflit ouvert par le projet de réforme de la SNCF, menace de marquer un avant et un après dans la vie politique de La République en Marche. Jusqu’à maintenant, le gouvernement avait avancé avec les premières étapes de sa gestion sans bouleversements majeurs.
C’est parce qu’il s’agit d’un gouvernement qui a non seulement les faveurs de la bourgeoisie française, mais aussi une large majorité au parlement – produit de l’énorme crise des partis traditionnels – ce qui l’a permis jusqu’à présent, de gouverner à partir d’ordonnances ratifiées par un congrès majoritairement pro-gouvernemental. Malgré les appels à des mobilisations importantes dans les mois après la rentrée, les journées décalées proposées par la direction de la CGT et l’isolement des premiers luttes d’opposition active contre le gouvernement n’ont pas réussi à renverser dans son ensemble l’avancée du programme gouvernemental réactionnaire et néolibéral.
En ce sens, Macron a commencé à imposer son orientation vers un tournant à droite fondée sur l’annulation du code du travail et sur l’incorporation dans la législation commune des mesures de l’Etat d’urgence qui avaient été précédemment établies par Hollande. Dans le même sens, il a commencé à effectuer un ajustement économique exprimé par des licenciements dans différents secteurs qui ont commencé à se manifester pour la défense de leurs emplois, dans le secteur public et dans le secteur privé.
De même, le projet de réforme du baccalauréat et la sélection universitaire annoncés par le gouvernement ont conduit au développement d’un pôle d’opposition dynamique, que les étudiants universitaires ont développé dans de nombreuses assemblées, occupations d’établissements et des grèves d’étudiants qui se multiplient à travers le pays. Mais le facteur fondamental qui implique le passage à un conflit ouvert entre le gouvernement et de larges secteurs de la population a son épicentre dans la lutte des cheminots.
En effet, après l’annonce d’un plan global de destruction du « statut du cheminot », avec une campagne médiatique pour présenter les cheminots comme des « privilégiés », et les annonces d’ouvrir la SNCF à la concurrence, de fermer les petites lignes et de licencier des centaines de travailleurs, l’intersyndicale composée par les dirigeants des syndicats principaux du secteur, a élaboré un long plan de lutte de trois mois, qui prévoit deux jours de grève tous les cinq jours, dont le début a été marqué par la grande mobilisation de mardi dernier. La journée du 3 avril a connu un pourcentage élevé d’adhésion, avec environ 60% des travailleurs qui ont rejoint la grève selon Sud-Rail et environ 50% selon la CGT. Ces chiffres sont proches de ceux de la dernière grande grève ferroviaire de 1995 et elles marquent un bon début pour la suite.
C’est la deuxième démonstration de force des cheminots, après la manifestation précédente du 22 mars et l’écho de la protestation a été ressenti. Les chiffres de la grève ont été très possitives, avec seulement 1 sur 8 trains TGV et Intercités et 1 sur 5 TER qui ont fonctionné. Le reste de la circulation a été paralysé.
En ce sens, le journal Le Parisien, du milliardaire Bernard Arnault, qui à l’égard de la marche du 22 a pris dans sa couverture le titre de « Mouvements sociaux, ça ne prend pas » conformément aux déclarations de Macron minimisant l’impact de la protestation; maintenant, il a intitulé “Grève SNCF, pourquoi ça peut durer?” De même, l’analyste Danielle Sportiello de France TV Info a fait remarquer que si 51% de la population est favorable à la réforme, 46% sont en faveur de la grève, un pourcentage qui montre une augmentation du soutien à la grève par rapport aux semaines précédentes et il est la preuve d’une opinion publique divisée concernant le conflit.
Il est clair que le gouvernement a remarqué la situation, parce que le premier ministre Édouard Philippe a décidé d’annuler sa tournée à l’étranger pour s’occuper de cette problème depuis la capitale parisienne. Alors que le gouvernement reste officiellement déterminé à faire passer la réforme, le député Gabriel Attal et le porte-parole du LREM, Benjamin Griveaux, se sont déclarés prêts à assouplir le discours et à expliquer pédagogiquement la réforme avec calme.
Dans ce contexte, le conflit ferroviaire prend une importance vitale car il s’agit d’un conflit totalement ouvert dans lequel le gouvernement Macron peut avoir une crise. Pour cette raison, c’est un combat qui appartient à tous les travailleurs, car si la grève gagne, le président devra reculer avec tout son plan d’ajustement et de réformes, alors que si les cheminots sont vaincus, cela signifierait une grande victoire pour l’avancée réactionnaire du gouvernement.
Pour cette raison, il est essentiel de contribuer au triomphe des cheminots, en étant aussi le point de soutien pour le développement d’autres luttes, dans une bataille commune contre le gouvernement, qui est l’ennemi commun de tous les travailleurs. Des exemples de cela ont été les mobilisations de fonctionnaires, de la Poste, des retraités et du secteur privé tels que Carrefour et Ford, où Philippe Poutou lui-même, l’ancien candidat à la présidence du NPA, lutte contre la fermeture de son usine.
Ainsi que la solidarité exprimée par le mouvement étudiant qui poursuit sa lutte, avec des dizaines de facultés occupées, et marchant côte à côte avec les cheminots. Pour ces raisons, il est nécessaire de envisager que pour que le conflit gagne, les mesures de force doivent être renforcées. Le débat a commencé à surgir dans les assemblées générales des cheminots, qui ont eu la présence des centaines de travailleurs. Pour l’instant, le plan de journées de grève inttermitentes soutenu par la direction de la CGT a été imposé.
Cependant, il y a d’autres secteurs de travailleurs qui commencent à souligner le besoin d’aller plus loin, en établissant une grève reconductible jusqu’au bout, pour faire que le gouvernement retire son plan de réforme, un débat qui sera de nouveau présent dans les prochains journées de grève du dimanche 8 et lundi 9. Comme dans la grève de 1995, il faut mener à bout une lutte dont le résultat est totalement ouvert. Pour la défense des transports publics, des droits du travail et des emplois! Non à la privatisation de la SNCF ! Vive la grève des cheminots ! Pour l’unité de tous les travailleurs pour stopper le gouvernement Macron et son plan de réformes !

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