Sueli Alves et Antonio Soler

Un matin, je me suis réveillé, je disais :
ele não, ele não, ele não, não, não,
un matin je me suis réveillé
et j’ai lutté contre l’oppresseur.
Nous sommes des femmes, la résistance
d’un Brésil sans fascisme et sans horreur,
allons à la lutte pour vaincre la haine et prêcher l’amour.
(Paroles adaptées de la chanson historique italienne antifasciste, Bella Ciao.)

Le dernier 29 septembre a été un jour historique de la lutte des classes au Brésil. Une vague énorme de femmes s’est convoquée sous la consigne “pas lui” (#elenão). Elles ont rempli les rues pour dénoncer le candidat à la présidence Jair Bolsonaro (PSL), caractérisé par ses positions racistes, misogynes et néofascistes. Il y a eu des actions coordonnées dans toutes les capitales, le district fédérale, et plus de 300 villes qui ont réuni 1 million de personnes environ, sans comptabiliser les 24 manifestations convoquées partout dans le monde en solidarité.

Les actes ont eu une dimension énorme: 300.000 personnes à São Paulo, 200.000 à Rio de Janeiro, 150.000 à Belo Horizonte. Ils ont été appelés à partir d’une initiative facebook intitulé ‘Mulheres unidas contra Bolsonaro’, qui a réussi à avoir plus d’un million de followers, en très peu de temps, et qui a été censuré par des hackers deux jours après sa création. Néanmoins une fois que les femmes ont rétabli la page, les adhésions massives n’ont pas tardé en arriver. Aujourd’hui la page a plus de 3 millions de followers.

C’était principalement des femmes, des noirs, des jeunes, des étudiants et des travailleurs ceux qui ont rempli les places du pays. Politiquement, c’était la gauche avec des expressions d’égalité, de tolérance, de liberté, de respect, et de toute une série de demandes démocratiques notamment populaires qu’ont exprimées dans un manifeste en commun dans les actes :

Nous défendons le respect pour les différences, le droit des femmes de vivre en sécurité, leur droit de décider sur leurs corps. Nous défendons l’égalité des salaires entre les hommes et les femmes, entre les noirs et les blancs. Nous demandons des aides et des subventions pour tous ceux qui ont été defavorisés et qui ont vécu historiquement des injustices ; nous voulons des services publiques de qualité pour les femmes et ses enfants.’ (Manifeste des Femmes Unies Contre Bolsonaro)

Depuis quelques années, le mouvement de femmes du Brésil, de la même manière que dans tout le monde, s’est mis dans le centre de la lutte des classes et il en occupent un rôle principal.

Il s’agit d’un mouvement avec un caractère totalisant de la lutte sociale, parce qu’il a la capacité d’unifier démocratiquement autour de soi -sans ne pas perdre de vue de ses objectifs spécifiques et de son auto-organisation- les demandes les plus profondes des opprimés et des exploités.

Ce n’est pas la première fois qu’elles le font, il y a eu un antécédent en 2014, toujours les femmes à l’avant garde de toutes les luttes contre l’impeachment et les reformes du gouvernement Temer. Elles se sont mobilisées pour leur droits reproductifs et en brave défense de l’éducation publique.

Maintenant, à partir de la croissance électorale du néofascisme, le mouvement de femmes casse l’électoralisme – avec la séparation entre la lutte directe et les élections imposée par la bureaucratie ‘luliste’. Une fois de plus, elles nous montrent l’aspect universel d’une lutte qui va au delà d’un résultat électoral et qui peut bien avoir une certaine incidence sur la lutte des classes après les élections.

Il est important de remarquer que les manifestations peuvent seulement être comprises dans un cadre de tensions politiques pas résolues. Même s’il y a une offensive réactionnaire avec des éventuelles victoires partielles pour les réactionnaires, le conflit est toujours présent, il y a un crise structurelle et une grande instabilité qui va trouver son parcours à l’intérieur de la lutte des classes.

Le mouvement des femmes et le mouvement ouvrier sont loin d’être battus. Ils représentent et ils organisent la résistance qui peut vaincre le néofascisme dans les rues et dans les urnes.

Le prochain acte #elenão est prévu le 6 octobre, juste la veille du premier tour électoral pour soutenir sa fondamentale massivité et combativité.

Dans ce sens, et en tant que militants du PSOL, nous sommes convaincus que toutes les candidatures, dont celle de Guillherme Boulos, doivent être à disposition de l’appel de ce deuxième acte de Femmes unies contre Bolsonaro.

En plus, il est très important que la participation de Boulos au prochain débat télévisé s’exprime vivement sur l’exigence de prendre un rôle active aux mobilisations, en exigeant que tous les secteurs, mais notamment le PT et son candidat (Haddad), rompent avec l’électoralisme et qu’ils prennent dans leurs mains l’appel à la mobilisation pour lutter et pour vaincre le fascisme dans les rues et dans les urnes.

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