Le courant Socialisme ou Barbarie avec Las Rojas intervient au sein des assemblées féministes « on arrête toutes » dont le but est d’organiser la grève du 8 mars à Paris. Nous allons ici donner notre aperçu de ce qui caractérise ces assemblées et de façon plus générale, ce mouvement.

 

La direction qui nous arrête toutes 

Le but premier serait de massifier la grève de la journée de la femme à venir en 2020. Ce mouvement se traduit sous la forme d’assemblées qui se réunissent tous les mois depuis le 8 mars 2019. Ces regroupements se sont largement massifiés depuis cette rentrée ; beaucoup de participantes ne sont arrivées qu’à partir de septembre et ont ainsi renouvelé ce mouvement. On y a constaté la présence de différents courants politiques (CCR, CFR, etc) d’un certain nombre d’organisations (qu’elles soient associatives, étudiantes ou syndicales) mais aussi de participantes qui proviennent du mouvement des « Femmes Gilets Jaunes » et d’autres secteurs de lutte.

Notre organisation Las Rojas s’est jointe à ce mouvement en septembre et nous y avons découvert une direction formée par un particulier comité d’animation. Ce dernier est composé d’une poignée de personnes dont l’objectif est complètement dépourvu de contenu politique. L’explication qui nous ait donnée est la suivante : « nous ne nous mettront jamais d’accord sur les thèmes qui divisent le mouvement féministe » et qu’en conséquence les discussions et les débats politiques n’ont pas lieux d’être dans ces assemblées. Elles donnent ainsi à cet espace d’échange, un caractère purement logistique qui se limite quasiment à la communication de la grève du 8 mars 2020. Elles accompagnent ces directives d’une attitude extrêmement paternaliste en traitant le reste des femmes de l’assemblée comme des ignorantes à qui il faudrait tout expliquer et qui ne pourrait rien décider par elles mêmes. En conséquence elles mènent un grand combat contre la prise de décisions collectives, et tout particulièrement contre le vote en assemblée, pour lui privilégier le « consensus ».

Cette manœuvre consisterait à prendre toutes les décisions en groupe restreint (dans lesquels elles sont pour le moment majoritaires) et les exposer ensuite au reste de l’AG. Si l’assemblée n’y réagit pas, alors ces décisions sont considérées comme adoptées. Sinon elles seront l’objet de discussions, mais sans jamais aboutir à un vote. De la même façon, en fin de débats, elles considéreront la motion comme adoptée.

Comment l’assemblée pourrait-elle alors revenir sur une de ces décisions? La réponse est simple ; en leur imposant l’expression de la majorité par le vote.

Cette situation nous a paru intolérable ! A la fin de la deuxième assemblée depuis la rentrée, nous avons pris la décision de dénoncer activement cette direction durant une intervention. Cette prise de parole nous a permis de déstabiliser leur règne et de permettre à l’assemblée de s’imposer au cours de la date suivante. En effet, les femmes présentes ce mercredi 6 novembre ont longuement débattu sur différents sujets. Deux d’entre eux sont toutefois sortis du lot ; faire un cortège « on arrête toutes » pour la manifestation du 23 novembre et la date de la prochaine assemblée.

 

La bataille pour la démocratisation du mouvement 

Sur ce premier point les bureaucrates se sont ouvertement prononcées contre puisqu’elles désiraient marcher avec leurs propres associations. Dans ce cas, une question demeure : pourquoi diable s’opposent elles à ce que le reste d’entre nous se retrouve et manifeste ensemble en tant que « On arrête toutes » ? La réponse est pour nous une évidence, elles se refusent à nous laisser nous regrouper sans leur supervision. Ce à quoi l’assemblée a répondu avec force en se prononçant pour un cortège par le biais du vote.

Pour ce qui est du choix de la date, il avait été décidé la veille même, que la prochaine réunion se ferait le 10 décembre. Malgré la proposition d’une des militantes de faire débattre cette décision au sein de l’AG, les bureaucrates ont catégoriquement refusé en disant que tout ne pouvait pas être débattu et que le petit comité avait l’expérience suffisante pour prendre ce genre de décision. Pourtant cette date a été débattue, contestée puis votée ! En effet, la majorité a considéré (à très juste titre) qu’il était beaucoup plus pertinent de se réunir (le 3 décembre) avant la date décisive du 5 décembre afin de se donner les moyens de l’organiser au mieux. Il a notamment souligné que de toute façon, après le 5, il n’y aurait guère de transports et que toutes tentatives de regroupement s’en verrait plus ou moins affectées. (La raison pour laquelle elles étaient contre cette date demeure à ce jour inconnue. Nous sommes curieuses si vous avez des hypothèses).

Ces événements sont pour nous une preuve suffisante du désir et du besoin qu’a l’assemblée de plus de démocratie. Il est à présent indéniable que le soit disant « consensus » n’était qu’une illusion et que le meilleur moyen de le dépasser est le vote. Nous appelons toutes celles qui souhaitent faire de ce regroupement un mouvement efficace à continuer dans cette direction et de rester toujours attentives à ces comportements qui ne sont pas tolérables au sein d’une telle assemblée.

Par ailleurs, il a été décidé de diviser l’assemblée en différents comités par arrondissement de Paris et ses banlieues.

Cette initiative aurait pu être mise à profit si les décisions étaient prisent préalablement en AG et ensuite divisées en différentes tâches à exécuter par les comités locaux.

Il n’en est rien, et pour cause rien ne peut être fait pour la communauté sans décisions globales préalablement prises. Ces comités sont donc voués à prendre chacun leurs propres initiatives sans consulter le reste du mouvement, au risque qu’il n’apparaisse ensuite des contradictions politiques irrésolvables. Un autre risque est celui des groupes trop petits pour faire quoi que ce soit et qui se retrouvent tellement isolés du reste qu’ils ne se reposent pas sur la force de l’assemblée et pensent nécessaire de faire appel à des intervenants extérieures (pour rédiger par exemple les revendications même de « on arrête toutes »).

En conséquence de ce manque fondamental de démocratie et de cette division injustifiée et inutile, à l’approche du 8 mars (qui semble pourtant être la priorité absolue) On arrête toutes n’a toujours pas établi ni les axes politiques, ni la date exacte, ni un plan de lutte concret… Elle n’a même pas encore clairement identifié le gouvernement comme responsable et ennemi principal des femmes dans la lutte pour son émancipation  !

Il est grand temps de faire changer la dynamique de cette structure si on veut un jour la voir triompher.

Toutes celles qui souhaitent réellement faire avancer les choses dans ce sens doivent impérativement identifier ces défaillances et les combattre. Pour ce faire nous nous efforçons d’identifier les dysfonctionnements démocratiques de la direction de On arrête toutes et d’en proposer une indépendante pour que les femmes prennent réellement le contrôle des décisions.

De la même façon, nous appelons les différents courants présents à participer à la démocratisation de l’assemblée. Nous avons toutes un rôle à jouer pour encourager et mener à bien la politisation du mouvement, afin que les débats soient enfin collectifs et d’en finir avec la supercherie du consensus.

 

Pour un mouvement des femmes qui luttent dans les rues contre le gouvernement Macron 

Las Rojas soutient ces espaces d’auto-organisation, comme celui de « On arrête toutes », dans le sens où ils permettent de valoriser la force des femmes. Ce sont précisément ces espaces qui permettent aux plus jeunes de poursuivre la lutte et l’engagement des générations précédentes dans le but d’organiser les actions futures. 

Elles comprennent que les droits des femmes en France ne sont pas acquis et qu’il faut lutter contre le gouvernement pour les maintenir et les faire évoluer. Macron est le responsable de la situation de précarité dans laquelle vivent les femmes : un président qui fait que des cadeaux aux plus riches mais qui ne fait rien pour les femmes travailleuses. Malgré les promesses du président et de sa secrétaire Schiappa; aucun budget n’a pas été attribué pour les femmes en danger. Par ailleurs, le projet réactionnaire de la réforme des retraites est un recul énorme qui menace nos conditions de vie et contre lequel il faut lutter. 

Toutes les femmes ont déjà subit le système capitaliste et patriarcal dans leur chair. A travers la chasse aux sorcières des femmes voilées, à travers la précarisation des travailleuses comme des étudiantes… La violence du gouvernement ne les a pas fait faiblir ; elles sont encore là et le seront encore demain ! Mais déjà 130 femmes ont perdu la vie pendant l’année en cours. Nous exigeons de la justice pour elles. Elles ne sont pas oubliées, d’autres viendront pour les représenter et mener leur combat ! Partout les femmes sont les premières cibles des gouvernements et de leurs mesures d’austérité. Mais elles sont aussi les premières au front comme au Chili, en Argentine, en Irak…

C’est pourquoi il est primordial de faire de cet espace un lieu qui donne une perspective de changement. Les avancés politiques sont une lutte de chaque jour et nous n’avons pas de temps à perdre ! Il est impératif de se lancer dans le combat avec force car si nous ne nous en chargeons pas, personne ne le fera à notre place. Ce mouvement est pour nous, il doit nous représenter. Construisons le à notre image : déterminé et combatif !

 

Socialisme ou Barbarie – Las Rojas

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