Tandis que les rébellions populaires s’étendent à l’échelle internationale, les conditions se réunissent pour que l’onde de rébellion explose une nouvelle fois dans les rues françaises. Ces derniers mois les expériences de lutte se sont accumulées avec, notamment, les manifestations étudiantes, celles en défense du climat, contre l’islamophobie, l’anniversaire des Gilets Jaunes et les différentes grèves au sein de la RATP, de la SNCF, des hôpitaux et de l’éducation. La dernière manifestation contre les violences faites aux femmes a été suivie massivement et cette démonstration de force du secteur féministe peut être perçue comme un point d’appui pour la grève générale qui va commencer le 5 décembre contre Macron et sa réforme des retraites.

Un contexte mondial de révoltes 

 

Chaque semaine, un nouveau pays s’ajoute à la liste des peuples qui se soulèvent contre leur gouvernement capitaliste. Aux exemples déjà bien connus de la Catalogne, le Hong Kong, le Liban, l’Irak, Porto Rico et Haïti, entre autres, s’ajoute avec chaque fois plus de vigueur la lutte des peuples sud américains. Ce qui avait commencé en Équateur avec le combat contre l’augmentation du prix du carburant, s’est répandu jusqu’au Chili avec une révolte massive impulsée par les étudiants et leur protestation contre l’augmentation du prix du métro. En Bolivie, la population se mobilise contre un coup d’Etat, qui est sans nul doute, une attaque directe aux libertés démocratiques par la force de la violence et des armes. Cette impressionnante mobilisation se poursuit avec la Colombie qui vient tout juste d’entrer dans la grève la plus importante depuis les années 70, contre la réforme des retraites et contre la réforme du travail.

Le point commun de tous ces exemples réside dans un désir de faire de la politique en dehors des sentiers battus, en dépassant les limites parlementaires bourgeoises pour donner lieu à des confrontations plus directes. En autres termes, la lutte des classes apparaît au grand jour, dans les rues, sous forme d’implication concrète parfois même physique, et toujours explosive. En effet, la séquence initiée l’an passé en France (avec l’irruption sur la scène politique du mouvement des Gilets Jaunes) constitue, d’une certaine manière, l’antichambre des révoltes actuelles. C’est un mouvement qui a anticipé de nombreux d’éléments que l’on retrouve aujourd’hui et qui pourraient faire leur retour dans les semaines à venir.  

L’effet miroir est un phénomène très courant dans la lutte des classes. Il apparaît grâce aux partages d’expériences qui se basent sur les conditions matérielles concrètes : tous les travailleurs de la planète subissent, dans l’intérêt du capitalisme, une surexploitation qui va grandissante, une crise économique internationale, un contexte de décroissance mondiale et la volonté des gouvernements du monde de resserrer encore et encore l’étau qui opprime la classe ouvrière.

Nous sommes dans un contexte de décroissance qui pousse les gouvernements mondiaux à faire leur marge sur la classe travailleuse. Et c’est là qu’entre en jeu la réforme des retraites, accompagnée d’une autre série de réformes incluant l’augmentation du prix du carburant, la réforme du travail et les privatisations en tout genre. Accompagnée d’un discours politique idéologiquement réactionnaire qui va trop souvent à l’encontre de la loi et de la Constitution à travers des mesures répressives, des couvre feux, des États d’urgence, etc.

Le durcissement néolibéral est déjà très avancé en France grâce, notamment, à la “loi Travail” et à l’État d’urgence instaurés sous Hollande et approfondis sous le gouvernement Macron. Mais le président des riches a été mis en difficulté par les Gilets Jaunes qui ont interrompu la hausse du prix du carburant. Il revient cependant à la charge avec la réforme des retraites, une attaque innommable qu’on ne peut pas laisser passer

 

La réforme des retraites : le grand pari du programme capitaliste de Macron

 

Nous pourrions résumer le grand pari que constitue “l’acte 2” du gouvernement Macron de la manière suivante : il s’agit de remplacer le système des retraites actuel basé sur une répartition solidaire par un nouveau système universel de capitalisation individuelle “par points”. Aujourd’hui ce sont les travailleurs actifs qui payent des cotisations pour payer la retraite des travailleurs passifs. Cependant, le gouvernement cherche à tordre le coup à cette logique afin que chaque travailleur cotise durant toute sa vie pour payer sa propre retraite de façon individuelle. 

Cela implique la disparition de la retraite calculée sur les 25 meilleures années dans le secteur privé et sur les 6 derniers mois dans le secteur public. En revanche, la nouvelle réforme tiendrait en compte l’ensemble de la carrière d’un travailleur. A une certaine quantité d’euros cotisés, un certain montant de “points”. Évidemment, le gouvernement ne dévoile pas quelle serait la valeur de ces points, ni avec quel montant monsieur-tout-le-monde pourrait partir à la retraite à partir de la réforme. Ainsi, l’ensemble des travailleurs serait à la merci des décisions du gouvernement, et de son choix d’indexer la valeur du point selon des modalités qui restent inconnues. 

Un autre versant de la réforme consisterait à universaliser le régime des retraites pour que “tous aient les mêmes droits”, comme Edouard Philippe le proclame. Le gouvernement entend par là la suppression des régimes spéciaux obtenus par des luttes historiques de certains secteurs des travailleurs et la fin d’un départ à la retraite pour les métiers pénibles. En effet, tout le monde en viendrait à appartenir au fameux système universel, à l’exception de certains “privilégiés” : le gouvernement exclu de la réforme les policiers, les militaires et les parlementaires ! 

D’autre part, Macron prétend élever de manière insidieuse l’âge de la retraite au delà des 62 ans. Bien que l’âge légal de départ reste le même, il faudra désormais, pour espérer obtenir une retraite à taux plein, travailler plusieurs années supplémentaires. On parle d’imposer un “âge pivot” à 64 ans ou encore d’appliquer un chiffre sidéral d’années de cotisation pour arriver à une retraite pleine, puisque, comme l’a dit le président : “on doit travailler plus longtemps parce qu’on vit plus longtemps”. Ce que cache le gouvernement c’est que le taux de chômage des travailleurs de plus de 60 ans dépasse les 50%. Les “seniors” devront donc choisir entre chercher désespérément un emploi, travailler jusqu’à ce que mort s’en suive ou accepter une pension misérable. 

Avec le fameux critère de “l’équilibre” le gouvernement prétend pallier définitivement au déficit fiscal : l’idée étant de ne pas dépenser un centime de plus dans les retraites que ce qui aura été engrangé au cours de la même année budgétaire. Et comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement essaye d’imposer une limite maximale de 14% du PIB consacrée aux retraites. Les pensions pourraient donc baisser automatiquement et de manière généralisée si la situation l’imposait : peu importe combien seraient misérables les pensions qui en résulteraient. 

Les retraités constituait déjà un secteur fréquemment pénalisé mais il s’agit cette fois d’autre chose. Il s’agit du premier pas pour aller, disons le clairement, vers un changement structurel qui cherche à écraser chaque fois plus ceux d’en bas. Il s’agit là d’une mesure qui sans l’ombre d’un doute, réveille les colères et la rue devra faire preuve d’une résistance sans bornes pour qu’elle soit retirée.

Le féminisme montre la voie pour poursuivre la lutte 


Nous aimerions dans ces lignes paraphraser et reprendre ce slogan que l’on entend actuellement au Chili pour dire “Le féminisme s’est (enfin) réveillé en France”. En effet, la manifestation du 23 novembre dans le cadre de la journée internationale contre la violence envers les femmes a enregistré une participation jusqu’alors jamais vue pour ce genre d’événement. On dénombre plus de 50 000 manifestants dans la ville de Paris et environ 150 000 personnes mobilisées sur l’ensemble de l’Hexagone. 

Et pour cause : la situation est insupportable dans ce pays qui enregistre déjà plus de 130 cas de féminicide pour 2019. Les promesses gouvernementales du président et de la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa n’ont été rien d’autre qu’un écran de fumée et ne s’en sont suivies aucunes mesures concrètes. Pire encore, le gouvernement n’a cessé les attaques islamophobes contre les femmes portant le voile, ce qui a en revanche permis à une bonne partie de la population de se mobiliser afin d’exprimer son attachement à la tolérance et au vivre ensemble.

Le succès de la marche féministe de samedi dernier est à mettre en lien avec l’importance croissante du mouvement féministe au niveau international aussi bien qu’avec le contexte particulier de lutte des classes que vit le pays. Pour retrouver une marche d’une telle ampleur un 25 novembre il faut remonter en 1995, juste avant l’historique grève ferroviaire qui a paralysé le pays et a permis de défaire l’avancée des privatisations néolibérales.

De notre côté, nous avons pu observer la présence d’une grande quantité d’organisations, partis, syndicats et associations de tout type et nous considérons qu’ils maintiennent entre eux une coordination faible ou insuffisante. Un des principaux problèmes est le manque d’un cadre d’auto-organisation pour politiser le mouvement afin de pouvoir développer une stratégie qui serve à identifier les ennemis en présence et à développer les méthodes conséquentes pour vaincre.

Nous avons participé à la manifestation dans le cortège de notre organisation féministe Las Rojas avec des camarades qui se sont joints à la mobilisation pour lutter contre toutes les violences sociales, sexuelles et patriarcales, en dénonçant la responsabilité du gouvernement. Dans ce sens, nous insistons sur la nécessité de développer l’organisation du mouvement, comme nous l’avons souligné lors des AG “On arrête toutes”, comme sur la nécessité d’apporter notre stratégie féministe socialiste pour lutter dans les rues contre le capitalisme et le patriarcat. 

 

Pour la grève générale illimitée ! Bloquons le pays jusqu’à la défaite de Macron ! 

 

La journée du 5 décembre sera le moment opportun pour exiger que la réforme de retraites soit retirée. Il s’agit d’un enjeu énorme pour le gouvernement : l’ensemble de son programme sera mis à l’épreuve par la lutte dans les rues. Les éléments pour construire la résistance sont déjà visibles dans les assemblées et les réunions syndicales qui s’organisent à la fois dans le milieu du travail et dans le milieu étudiant. Les grèves sectorisées qui ont eu lieu récemment démontrent que la force des travailleurs est disponible cette semaine pour faire une entrée fracassante dans la lutte. En outre, les exemples internationaux contribuent à apporter une motivation qui pourrait aider à développer la lutte ici. 

Il s’agit d’une attaque historique et la riposte doit être à la hauteur. À l’appel des principaux syndicats nationaux (CGT, FO, SUD, FSU, UNEF et UNL) et des partis politiques, les travailleurs de la SNCF et de la RATP, les hospitaliers et les enseignants, les étudiants et les Gilets Jaunes, entre autres, se joignent à la mobilisation. Une paralysie généralisée des transports est prévue. Dans l’éducation nationale, une énorme quantité d’établissements se retrouvera sans professeurs qui assurent leurs cours ou directement fermés. À cela s’ajoute  les étudiants en colère contre la précarité, à l’image du jeune étudiant qui s’est immolé devant le CROUS de Lyon pour dénoncer cette situation, qui participeront à des nombreux blocages. 

L’enjeu principal est bien donc de développer une résistance jusqu’au retrait de la réforme, en exigeant une annulation pure et simple du projet, sans accepter aucun amendement et sans tomber dans aucun piège du gouvernement. Il faut également prendre garde à la bureaucratie syndicale qui pourrait essayer de faire des compromis par secteur allant ainsi à l’encontre de l’intérêt général. À cet égard, les déclarations des certains dirigeants syndicaux ainsi que les commentaires des journalistes des grands médias sont éloquents. Ceux-ci conseillent en effet de manifester une seule journée, option raisonnable et correcte selon eux, mais de ne pas poursuivre la grève sous peine que les syndicats ne parviennent plus à gérer une masse “incontrôlable” et “dangereuse”.

Il va de soi que c’est justement cette tactique qu’il faut privilégier : une grève générale illimitée et reconductible jusqu’au retrait de la réforme. Parce qu’une victoire contre cette réforme sera un pas fondamental pour vaincre l’ensemble du plan capitaliste de Macron et ouvrira la possibilité de passer à l’offensive en imposant les revendications des travailleurs.

Pour une retraite digne à taux plein à partir de 60 ans ! Pour la fin de la précarité et l’amélioration des conditions de vie. Aux capitalistes de payer leurs crises ! Grève générale illimitée dans tous les lieux de travail et d’étude ! Organisons des assemblées des travailleurs pour dépasser les manœuvres des bureaucraties syndicales. Il faut bloquer le pays contre la réforme de retraites.

Construisons une grève historique pour défaire Macron ! 

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