Par Dani L.

L’appel à la mobilisation de nuit du samedi 7 mars n’a pas été massif, mais il a été fortement entendu par la jeunesse et surtout par des secteurs de l’avant-garde universitaire parisienne. Il s’agissait d’une manifestation non mixte des femmes et des personnes trans qui est partie du nord de Paris jusqu’à la Place de la République. Un parcours qui a traversé les très vivantes rues de Belleville où de nombreuses femmes qui profitaient du samedi soir dans les bars ont montré leur solidarité avec les manifestantes.

On a pu témoigner d’un secteur du mouvement avec une grande force et sensibilité.
Ainsi, les militant.e.s trans ont exprimé leur préoccupation par l’énorme violence qu’elles souffrent au quotidien, en France comme dans d’autres pays du monde, structurellement discriminé.e.s et souvent en situation d’exploitation sexuelle. Face à cela, un secteur des femmes trans adhèrent à des positions “pro-travail sexuel” ou “réglementaristes”, parce qu’elles identifient d’une manière erronée l’abolitionnisme comme un courant transphobe.

Bien au contraire, nous considérons que l’abolitionnisme représente la lutte contre toute forme d’exploitation et de violence. C’est pour cela que nous sommes pour la construction d’une alternative abolitionniste dans la jeunesse capable de clarifier un caractère non discriminatoire vis-à-vis des camarades femmes et trans en situation d’exploitation sexuelle.

De son côté, l’appel du dimanche 8 mars à Place d’Italie a été très massif. Il est nécessaire de rappeler que cet appel de tradition féministe réalisé notamment par des organisations féministes et par le mouvement des femmes réunit dans les AGs “On arrête toutes” a été également suivi par l’intersyndicale, dans le cadre de son plan de lutte limitée contre la réforme des retraites. Un plan de lutte qui n’a pas été approfondi après l’attaque brutale de Macron qui a utilisé le 49.3 pour éviter le débat parlementaire. Il s’agit d’une avancée anti-démocratique qui cherche à nous imposer un programme néolibéral de retraites de misère pour les générations actuelles et futures.

Malgré la pluie et le froid une concurrence massive s’est mobilisée pour protester contre la réforme des retraites et le 49.3 mais également contre la violence sexiste. On a pu voir des cortèges syndicaux et des cortèges étudiants qui scandaient des slogans contre le gouvernement Macron. Ainsi, beaucoup de manifestantes simplement regroupées dans des petits groupes affinitaires, amicaux ou familiaux, se sont mobilisées avec des pancartes contre la violence sexiste, contre le harcèlement sexuel et contre la discrimination de genre. Un groupe a réussi à mettre en lumière avec des pancartes les 151 mortes aux mains de leurs compagnons et ex-compagnons tuées en France en 2019.

D’autre part, il y a un débat d’actualité dans le mouvement des femmes : l’impunité et le machisme de ceux qui ont du pouvoir. Un débat qui suscite de l’intérêt, dans la continuité du mouvement #metoo, notamment à partir de la nomination scandaleuse de Polanski comme meilleur réalisateur aux César. Polanski, dénoncé comme pédophile, avec des plaintes très largement diffusées, n’a reçu aucune condamnation et par contre il a été sacré comme meilleur réalisateur de l’année. Le prix qu’il a reçu est perçu comme une re-victimisation des victimes, comme une provocation à toutes les femmes qui portent plainte contre leurs agresseurs.

C’est la mise en scène de l’argument couramment défendu par les agresseurs qui disent à leurs victimes qu’il ne faut pas porter plainte parce que rien ne changera. Personne n’y croiera parce que les violents possèdent le pouvoir, ils ont des juges et des policiers amis et ils se présentent comme de bonnes personnes face à la société.

La nomination a mis le féminisme en état d’alerte. Ce 8 mars l’indignation généralisée du mouvement des femmes contre ce prix s’est exprimée dans beaucoup de pancartes avec le slogan “ Merci Adèle “. Le geste de l’ actrice Adèle Haenel a été vastement applaudi : elle s’est retirée de l’événement au moment de la remise de prix à Polanski.

De même, la manifestation devant la porte de la cérémonie du 28 février (avant que Polanski ne reçoive son prix) a été fortement réprimée avec des gaz lacrymogènes. Les manifestations du 8 mars qui se sont déroulées en province, comme à Lyon par exemple, ont témoigné des épisodes de violence policière aussi. L’autoritarisme du gouvernement Macron contredit son propre discours “républicain” et “démocratique”, quand on sait bien que la violence des forces armées dans chaque manifestation est devenue le pain quotidien.

Dans ce contexte, l’organisation féministe Las Rojas Paris et le courant Socialisme ou Barbarie ont participé à deux journées de manifestations. Ainsi, nous avons fait partie des réunions préparatoires du 8 mars avec l’intention de proposer une alternative capable de dépasser les clivages du mouvement que nous venons de décrire ici. Nous continuerons à être mobilisées dans les rues pour construire un mouvement des femmes en totale indépendance politique des secteurs libéraux qui veulent récupérer le mouvement, pour défendre une position abolitionniste, contre toutes les formes de violence et de discrimination contre les femmes, y compris celles basées sur l’origine sociale, raciale et religieuse, et contre toutes les violences aux personnes LGBTTTI.

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