Lundi, le président de la République française a déclaré « la guerre » au coronavirus sur la chaîne nationale. En accord avec les pays membres de l’Union Européenne, Macron a annoncé la fermeture des frontières de l’espace Schengen, la mobilisation générale des forces armées dans tout le territoire, la création d’hôpitaux de campagne dans les zones les plus affectées, l’interdiction de regroupement dans les espaces publics ou privés ainsi qu’une série de mesures économiques en soutien aux entreprises durant toute cette période de crise. Il a également remis à plus tard le deuxième tour des élections municipales et suspendu toutes les réformes en cours, notamment la réforme des retraites.  

 

Un discours hypocrite sur la santé publique 

Face à l’augmentation des cas de coronavirus dans tout le territoire, Emmanuel Macron s’est dirigé ce jeudi 12 vers les français pour la première fois depuis le début de la crise dans le but d’annoncer un certain nombre de mesures pour éviter la contagion et la propagation du virus. Il a demandé à tous ceux qui le pouvaient de travailler depuis leurs maisons et promis que l’Etat destinerait des fonds pour couvrir le chômage de tous ceux qui resteraient chez eux. Il a prolongé la trêve hivernale au mois de mai et a ensuite déclaré la France à l’avant garde du développement scientifique et technologique susceptible de trouver un antidote au coronavirus. Dans son discours, le président appelle au calme, à l’unité, à la paix sociale et à une sortie de la crise en communion avec l’union européenne. Il a également insisté à maintes reprises sur la nécessité de s’appuyer sur le système de santé et sur l’élaboration de mesures sanitaires afin de garantir les besoins de la population “au delà des intérêts du marché”. 

Ces annonces grandiloquentes sont en complète contradiction avec la politique ultralibérale de démantèlement des services publics qu’il a mené jusqu’alors. Les fonctionnaires de la santé se sont mis en grève et se sont massivement mobilisés contre la précarisation imposée par les coupes budgétaires car ces dernières affectent non seulement leurs conditions de travail mais aussi la qualité de la santé publique. On peut retrouver les principales revendications de ce mouvement des travailleurs de la santé sur la page du collectif L’Inter-urgences datant du 13 mars 2019 : 1) augmentation du salaire de tous de 300 euros. 2) cesser de couper le budget de la santé pour éviter la fermeture des lieux de travail et la diminution du nombre de lits disponibles dans les hôpitaux. 3) la proposition d’un temps plein à tous les travailleurs en temps partiel imposé. Il s’agit d’un secteur qui a fait entendre sa voix pendant toute l’année 2019, qui s’est impliqué dans la mobilisation contre la réforme des retraites et qui a enchaîné les actions de contestation pour ses propres revendications. Une des réactions au discours du président ont été des images d’infirmières et infirmiers accompagnés de pancartes avec les inscriptions “Oui M le Président, vous pouvez compter sur nous ! Mais l’inverse reste à prouver. »

 

Un gouvernement impopulaire qui cherche à se légitimer en pleine crise 

Dans son premier discours du jeudi 12 mars, le président dit ne pas avoir l’intention de fermer les frontières nationales (comme le souhaitait Le Pen). Macron cherchait à se placer à l’avant garde d’une coordination mondiale et en particulier européenne. Il fait ainsi référence à l’assistance en terme de “collectivité” européenne alors que cette dernière n’existe pas. Le projet d’une Union Européenne comme “salvation capitaliste” est entrée en crise il y a des années et a atteint son summum avec la sortie du Royaume Unis. En demandant la fermeture de l’espace Schengen en premier alors même que les autres pays fermaient leurs frontières, Macron tente de se légitimer à échelle internationale. 

A niveau national, depuis les trois ans de mandat, la REM a appliquée une politique néolibérale très réactionnaire. En réponse, on a vu émerger des mobilisations massives de résistance contre le président et son gouvernement. Ces derniers (avec les gilets jaunes et la mobilisation contre la réforme des retraites) ont largement entachés l’image du “président des riches”. Il avait pourtant annoncé quelques semaines auparavant seulement l’utilisation du 49.3 pour suspendre le débat parlementaire et ainsi faire passer par décret une réforme des retraites ultralibérale et désapprouvée par la grande majorité de la population. 

A présent, ce même président en appelle à l’unité nationale entre travailleurs et employeurs, entre gouvernement et mouvements sociaux alors que ces derniers se sont vus poussés à sortir dans la rue pour se confronter à une politique invivable ne recevant pour toute réponse qu’une répression de plus en plus violente. Il profite de la situation d’épidémie pour se racheter une réputation après des mois de mobilisation qui l’avait poussée au bord du précipice. Il annonce par la suite la “suspension” des réformes en cours, garanti un “dispositif de chômage partiel” pour les salariés et une autorisation à ne pas payer les loyers, les factures d’eau, de gaz et d’électricité pour les entreprises. Ces mesures, en totale contradiction avec son programme, ne sont en réalité qu’une manœuvre pour gagner le soutien de la population.

 

Nous sommes contre l’autoritarisme du gouvernement et contre la militarisation du territoire

Néanmoins, au delà des discours face caméra, un des éléments du gouvernement de Macron subsiste dans ce contexte exceptionnel ; il s’agit de l’autoritarisme. Dans la ligné d’une politique qui a réprimé violemment toutes les manifestations, qui a gouvernée à base d’ordonnances et qui a pris des mesures contraires aux besoins de la population, Emmanuel Macron annonce à présent la militarisation du pays. Cela inclut des restrictions quant aux déplacement, aux réunions publiques comme privées, le déploiement de toutes les forces armées sur le territoire ainsi que la mise en place de sanctions pour tous ceux qui ne respecteraient pas ces mesures.

C’est l’arrivée en scène d’un discours hypocrite qui annonce la paralysie totale du pays mais qui hier encore permettait de façon irresponsable le premier tour des élections municipales. La légitimité des résultats est évidemment à remettre en question quand on sait que le taux d’abstention dépasse le 50%. Le gouvernement y a récolté de maigres résultats et a décidé de remettre à plus tard de second tour.  

Il est justifié de prendre des mesure drastiques face à une crise bien réelle qui a déjà affecté une grande partie de la population mondiale et qui prend de l’ampleur dans le continent. Cependant, cela ne justifie en rien le renforcement des caractéristiques les plus autoritaires du gouvernement. De fait, la solidarité et “l’unité nationale” et européenne proposée par le président est en réalité la solidarité des exploités avec leur exploiteurs. Nous sommes contre la présence des policiers, gendarmes et militaires dans les rues car contrairement à ce que le président veut nous faire croire, nous ne sommes pas tous dans le même bateau et nous ne vivront pas tous cette « guerre » de façon équivalente. Nous n’accepterons pas que l’épidémie soit une excuse pour justifier une augmentation de la répression autoritaire et réactionnaire.

Nous sommes également contre la dépense de 300 milles millions d’euros au profit des banques ainsi que de l’aide apporté aux entreprises et non à la population. Nous soutenons la l’initiative de réquisitionner tous les logements vides, pour l’investissement massif dans le domaine de la santé publique, pour les méthodes qui permettront aux travailleurs de se protéger sans restreindre leurs droits. 

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