Par Santiago Follet

Dans son discours d’hier soir, Macron s’est félicité de la politique «réussie» menée par le gouvernement jusqu’ici. Un bilan qui semble au premier abord trop positif et faisant fi de la quantité de morts dus à la mauvaise gestion de la crise par le gouvernement. Ainsi, il a annoncé la prolongation du confinement jusqu’au 11 mai, avec une reprise des cours dans les écoles prévue à partir de cette datte. Le chef de l’État a signalé que «chaque crise est une opportunité» et il a appelé les français à se réinventer dans un projet national «sans idéologies» pour le monde d’après.

 

Un bilan macronniste : entre la «réussite» et la «lenteur»

Macron a commencé son discours en s’adressant aux différents secteurs de la société qui se sont engagés pour faire face à la crise du coronavirus. Il a essayé de mettre tout le monde sous son aille protectrice en montrant que les «trois lignes» de la «nation» ont réagi d’une façon coordonné et solidaire. Le discours d’unité nationale déjà évoqué par Macron et par son premier ministre revient encore une fois pour tenter de légitimer le rôle d’un Etat protecteur de la nation française au delà des différences sociales. 

Selon le président, la gestion de la crise a été une réussite : «ces dernières semaines ont été marquées par de vraies réussites, le doublement du nombre de lits en réanimation, les coopérations inédites, le transfert de patients, l’organisation d’enseignement à distance, les chaînes de solidarité dans nos communes, le rapatriement de plusieurs dizaines de milliers de ressortissants. Ce qui semblait impossible, nous avons su le faire en quelques jours. Nous avons innové, osé, agi au plus près du terrain. Nous devrons nous en souvenir». 

Mais, il n’est pas nécessaire de remettre en question le triomphalisme du président, car il s’est lui même contredit quelques instants après : «Mais comme vous, j’ai vu des ratés. Encore trop de lenteur, de procédures inutiles. Des faiblesses aussi de notre logistique. Nous en tirerons toutes les conséquences en temps voulu, quand il s’agira de nous réorganiser». 

En effet, il est impossible de nier la réalité ; avec plus de 15.000 morts, un système de santé complètement saturé et des décisions improvisées depuis le début de la crise, personne ne peut parler d’un bilan positif. La gestion policière de l’épidémie n’a pas résolue ni la crise sanitaire, ni la situation économique des plus démunis. Alors même qu’il donne d’énormes sommes d’argent aux entreprises, il n’a que des remerciements à donner à ceux qui risquent leurs vies au quotidien. C’est encore plus frappant avec le secteur de la santé publique dont les travailleurs sont régulièrement hypocritement félicités.

 

Une reprise des cours dangereuse 

Par ailleurs, le président de la République a annoncé une prolongation du confinement jusqu’au 11 mai et la reprise des cours à partir de cette datte : «A partir du 11 mai, nous rouvrirons progressivement les crèches, les écoles, les collèges et les lycées. C’est pour moi une priorité, car la situation actuelle creuse des inégalités.» Il a ajouté que : «trop d’enfants, notamment dans les quartiers populaires ou dans nos campagnes, sont privés d’école, sans avoir accès au numérique, et ne peuvent être aidés de la même manière par les parents. C’est pourquoi nos enfants doivent pouvoir retrouver le chemin des classes.»

Commençons par dire que la continuité du confinement s’annonce comme une mesure nécessaire étant donné le contexte actuel. Nous pensons qu’il est primordial de prolonger cette quarantaine, bien que nous soyons contre la récupération autoritaire du gouvernement qui veut l’utiliser comme excuse pour mettre en place des mesures d’exception autoritaires et antidémocratiques. 

L’annonce d’un « combat contre les inégalités » ressemble cependant plus à une manœuvre du président pour débarrasser les parents de leurs enfants et ainsi les renvoyer au travail. Cela expliquerait assez bien pourquoi les écoles rouvriraient leurs portes alors que les universités resteraient fermées jusqu’à l’été. Cette décision semble plus orientée vers les besoins économiques des entreprises (un conseil direct du Médef) que vers les besoins sanitaires de la population. Si la priorité réside dans la santé de la population alors pourquoi renvoyer les enfants aux écoles quand nous savons bien que les conditions d’hygiènes indispensables ne sont pas réunies dans les établissements scolaires ? 

 

Un projet pour l’avenir 

Le président a précise que «chaque crise est une opportunité» pour se réinventer: «Sachons, dans ce moment, sortir des sentiers battus, des idéologies et nous réinventer. Moi, le premier. Il y a dans cette crise une chance de nous ressouder, éprouver notre humanité, bâtir un autre projet dans les prochaines semaines (…), un projet français, une raison de vivre ensemble profonde, avec toutes les composantes de notre nation. Je tâcherai de dessiner le chemin qui rend cela possible. Mes chers compatriotes, nous aurons des jours meilleurs et nous retrouverons les jours heureux.»

Il est évident que ce gouvernement a besoin de se réinventer, après des années de contestation sociale avec le mouvement des Gilets Jaunes et la lutte contre la réforme des retraites. Macron a besoin de se repositionner pour donner un sens à son projet politique. C’est pour cela qu’il s’annonce à l’avant-garde de la recherche des vaccins et des traitements contre le virus. Et c’est pour cela qu’il insiste sur la nécessité d’une unité nationale et européenne pour bâtir un nouveau projet politique pour la France.

A notre avis, il est clair que la crise mondiale du coronavirus montre la nécessité de promouvoir un nouveau projet politique international. Mais ce projet pour le monde d’après, ce projet pour l’avenir, doit impérativement rompre avec la politique capitaliste qui nous a menée à cette catastrophe sanitaire, écologique, sociale et donc politique.

Il est urgent de mettre en place un projet anticapitaliste. Un projet basé sur les besoins de la majorité de la population, avec une planification économique de la production sous contrôle ouvrier. Avec la réquisition des grandes entreprises et un investissement massif dans la santé publique. Ce n’est pas le moment de signer «la mort des idéologies», ni d’appeler à l’unité entre les exploiteurs et les exploités, comme si le mouvement social était amnésique.

Il est temps de considérer le dilemme fondamental auquel le capitalisme du XXIème siècle nous renvoi, aujourd’hui plus que jamais : Socialisme ou Barbarie !

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