NPA – Socialisme ou Barbarie

 

Dans cet article nous analyserons les débats qui ont traversé l’université d’été et les mettrons en rapport avec la situation internationale et nationale. Nous nous pencherons sur la politique des tendances du NPA, sur les perspectives d’intervention au sein de la lutte des classes ainsi que sur le prochain congrès qui déterminera l’avenir du parti.

 

La situation internationale et la nécessité d’une conférence anticapitaliste

Pour être pertinent, un débat politique révolutionnaire se doit de commencer par une caractérisation de la situation internationale. L’impacte de la pandémie n’a échappé à personne, c’est sans aucun doute l’événement caractéristique de la situation mondiale actuelle. Notre courant a déjà signalé que cet événement sans précédent établie une nouvelle situation politique qui pourrait représenter le début d’un nouveau siècle. La pandémie est un catalyseur de la crise économique du capitalisme. Elle ajoute toute une série des problèmes sanitaires, écologiques, sociales et politiques majeurs que nous avons évoqué lors des précédents articles au cours des derniers mois

Pour ne citer que les éléments les plus déterminants, nous pouvons mentionner : un impacte considérable sur le quotidien de millions de personnes, l’interruption des chaines de production internationales, la paralysie de plusieurs branches importantes de l’économie (aviation, tourisme…), l’avancée des régimes réactionnaires avec les états d’urgences, la saturation des systèmes de santé, sans parler des milliers des morts. Cette accumulation d’événements créent un contexte politique et social explosif.

En témoignent les premières réactions populaires en réponse à l’incompétence de la gestion capitaliste de la crise sanitaire. La pandémie n’est pas une situation “naturelle” ou “inévitable”, mais la conséquence directe des actions irresponsables du capitalisme sur la nature. 

La rébellion anti-raciste qui a lieu en ce moment même aux Etats-Unis en est un témoignage incontestable puisqu’elle fait irruption dans la plus grande puissance mondiale. Cette rébellion est un témoignage du désir des nouvelles générations à se confronter aux politiques des gouvernements capitalistes à l’échelle internationale. La révolte anti-raciste défie l’ordre établi et questionne les actions de la police; une des institutions garantes du système d’exploitation structurelle dont souffrent les noirs, les travailleurs et toutes les populations exploitées et opprimées. 

En plus d’avoir fait surgir de nouvelles rébellions, la pandémie en a renforcé bien d’autres dont celle du Liban qui est un exemple de la continuité des luttes qui ont commencé en 2019 avec “le printemps des peuples”. Cette vague de révoltes généralisée contre les conditions d’exploitation du capitalisme au XXIème siècle, entrainée par la jeunesse qui se mobilise conteste l’absence d’avenir qui nous est imposé par le capitalisme.

Nous assistons à une vague des révoltes partout dans le monde, en parallèle des mouvements des luttes qui se développent au delà des frontières (écologiste, anti-raciste, féministe). Ces mouvements sont spontanés et n’ont pas de représentation politique à l’échelle internationale. C’est la raison pour laquelle notre courant propose une conférence internationale anticapitaliste pour construire la convergence entre les secteurs en lutte et les organisations trotskistes qui puissent apporter un programme anticapitaliste et révolutionnaire. Cet appel lancé par le Nuevo MAS en Argentine est en cours de discussion avec le PSOL du Brésil et il nous semble que le NPA devrait prendre part aux débats, se joignant ainsi au reste du mouvement.

 

La situation nationale et le danger d’une implosion du NPA

Il a été dit que la situation nationale française n’est pas sans rapport avec la situation internationale. Les débats autour de la situation nationale encadrent la France à l’intérieur de cette conjoncture de révoltes sociales au niveau international. Dans ce sens, la séquence ouverte en 2016 avec la lutte contre la loi travail « El Khomri » du gouvernement Hollande s’est poursuivit avec les Gilets Jaunes en 2018, puis la bataille contre la réforme des retraites de Macron en 2019. En 2020, les manifestations féministes, anti-racistes et des travailleurs de la santé sont autant des mises en évidence de la combativité des mouvements sociaux en France. On assiste à l’émergence d’une nouvelle avant-garde ouvrière et de la jeunesse qui s’est forgée au cours de ces luttes et qui constitue un phénomène réel en totale contradiction de l’énorme la crise interne du NPA. C’est parce que le parti n’a pas été à la hauteur des événements de la lutte des classes de ces dernières années que cette crise a lieu, elle en est la conséquence directe et indéniable. 

Cette crise trouve son origine dans la fondation du projet politique du NPA; un parti anticapitaliste large, électoral et pas nécessairement militant. A présent que la lutte des classes externe au parti a atteint une certaine ampleur, les fondamentaux de ce dernier se trouvent remis en question au point de le menacer d’implosion. Les erreurs politiques de l’organisation menant à la situation actuelle peuvent être résumés de la manière suivante : l’absence de positionnement claire lors de l’émergence du mouvement des Gilets Jaunes (certains courants allant jusqu’à se refuser à y participer passant ainsi totalement à côté du mouvement), le suivisme constant des directions  syndicales bureaucratiques sans proposer un plan alternatif de lutte face à la bureaucratie, les problèmes internes d’une organisation électorale non militante, l’absence d’une politique offensive de recrutement dans la jeunesse. A cela s’ajoute  l’absence d’intervention politique en tant que NPA dans les instances électorales (absence aux élections européennes 2019 ainsi qu’aux municipales 2020 à Paris et dans plusieurs autres villes déterminantes) comptent parmi les facteurs qui ont profondément affaibli les forces du parti.

Face à cette situation, la direction majoritaire historique du NPA, (originaire de la LCR et regroupé internationalement dans le Secrétariat Unifié de la Quatrième Internationale) a décidé de rendre publique son intention de rompre l’organisation. Son argumentaire repose sur le fait que l’organisation ne fonctionne pas avec un système de centralisme démocratique, remettant notamment en cause la liberté des tendances qui construisent leur propre politique sans se coordonner entre elles. Ils s’appuient sur l’exemple des interventions lors de la lutte contre la réforme des retraites où les divers courants ont lancé leurs propres “assemblées interprofessionnelles” qui n’ont pas abouti à la coordination d’un effort du parti de manière centralisée. Par conséquent, ils soutiennent que la scission a déjà eu lieu et qu’il ne reste plus qu’à la rendre effective. 

En réalité, ce discours est une instrumentalisation des différents politiques des tendances par la majorité qui les accuse de tous les maux pour ne pas assumer l’échec de ses propres positionnements politiques pendant une longue période de la lutte des classes. Vient s’ajouter à cela la menace d’exclusion des tendances sous forme de scission du parti alors qu’elles représentent, malgré toutes leurs divergences, erreurs stratégiques et tactiques, une force militante active au sein de l’avant-garde des luttes.

Deux problématiques fondamentales résident dans la politique de la “majorité”. Premièrement, la proposition de scission est en totale contradiction avec l’orientation internationale que les camarades du SU ont défendu lors de cette université d’été. En effet, il a été dit à de multiples reprises que “l’heure n’est plus aux partis larges à la manière de Syriza ou Podemos” dans un début de bilan sur cette orientation. Il s’est dit également que la conjoncture actuelle ne correspondent plus à celle de la création du parti en 2009 et que la priorité consiste à développer une politique en accord avec les mouvements de lutte émergents. 

Mais si la lutte des classes impose des opportunités et des défis à la construction d’une organisation militante et révolutionnaire en France, l’idée selon laquelle le parti doit scissionner est une hérésie, ainsi la mise à pied des tendances de la gauche du parti est un contre sens. De ce fait, la place d’un nouveau projet “inconnu”, comme l’a proposé Besancenot, est inexistante et n’a donc pas lieu d’être.

Le deuxième problème réside dans le fait qu’une bonne partie des militants qui se reconnaissent comme membres de la “plateforme U” (présenté par la majorité historique du parti lors du dernier congrès) sont en désaccord avec l’idée de rupture du parti. Nous avons pu voir grand nombre de camarades qui, s’ils partagent les critiques faites aux tendances, sont opposés à la désintégration du NPA. C’est un élément sur lequel il nécessaire de s’appuyer pour maintenir l’organisation et ainsi éviter l’implosion.

 

La politique des tendances de la “gauche” du parti 

Jusqu’alors, le NPA est un parti avec liberté des tendances qui est composé par plusieurs courants internes qui appartiennent à des groupes nationaux ou à des courants internationaux. De plus, à chaque congrès de l’organisation peuvent librement présenter des plateformes et des contributions composés par des militants du parti. C’est de cette façon que la direction du parti est élue et renouvelée après chaque congrès. Au congrès national de 2018, par exemple, 8 plateformes ont été présentées et à la conférence nationale de la jeunesse du parti, en 2019, se sont présentées 5 plateformes.  

Ainsi, les principales “minorités” sont la Fraction L’Étincelle, le Courant Communiste Révolutionnaire, Anticapitalisme & Révolution, Démocratie Révolutionnaire et l’Alternative Révolutionnaire Communiste, entre autres fractions, courants et sensibilités internes. C’est en tant que militants de Socialisme ou Barbarie en France que nous militons au NPA et que nous intégrons les comités internes tout en conservant notre affiliation internationale. Sans nous étendre sur la caractérisation exhaustive de chaqu’une des tendances de la “gauche” du parti, on peut dire sans se tromper qu’elles partagent une préoccupation; éviter à tout prix la menace de scission et l’implosion du parti. 

C’est dans ce contexte que les camarades d’A&R ont lancé un appel à débattre sur ce thème aux autres tendances de la “gauche” et à l’ensemble de l’organisation. Les camarades du CCR et de DR ont répondu à cet appel quand les autres courants se sont contentés d’y assister en exprimant des positionnements critiques. De cette façon, nous avons pu observé plusieurs problèmes dans les propositions des tendances présentes. 

Par exemple, Gaël Quirante d’A&R a mis en évidence son malaise face à une situation qui semble le pousser vers la porte de son parti et du courant politique dans lequel il milite depuis plusieurs années. De son côté, Yvan Lemaitre a insisté sur la nécessité de changer le programme de l’organisation en expliquant que l’initiative prise par DR dans ce sens a été de proposer une commission pour la ré-élaboration programmatique du NPA. Cependant, il a lui-même avoué que le travail de cette commission demeure jusqu’ici inexistant. Pour sa part, le CCR a maintenu une logique d’auto-proclamation durant toute l’université d’été allant jusqu’à annoncer dans l’assemblée des jeunes que le NPA Jeunes est la seule organisation capable de mobiliser et d’organiser la jeunesse en France. Une idée absurde et mensongère qui est complètement déconnectée de la réalité interne du parti et qui représente de surcroît une exagération de la modeste activité des comités jeunes que le CCR dirige. 

Face à la déconnexion entre ces trois interventions, il semble nécessaire de poser une critique. C’est ce qui firent les autres tendances, comme la Fraction L’Étincelle et l’ARC, présentes au débat en partageant la nécessité de se positionner contre la scission tout en gardant une certaine distance face à l’incapacité évidente de ces trois tendances à partager une politique. En effet, on s’attendait à un débat dont le but aurait été de rassembler les forces de chaqu’une des tendances, au lieu de cela, nous avons assisté à l’exposition des désaccords qui les divisent. Ce débat s’est avéré assez représentatif des limites de ces différentes tendances à déterminer une coordination concrète.

Un des débats catalyseur de ces désaccords est celui de l’intervention du NPA dans le front électoral Bordeaux en Luttes, qui a obtenu près du 10% des voix dans les municipales de Bordeaux et qui a obtenu que Philippe Poutou soit conseiller municipal. Sachant qu’il s’agit d’une expérience qui valorise la figure de Poutou, qui renforce les capacités électorales du parti et qui représente une avancée considérable dans la représentation politique des mouvements de lutte, ce sont autant d’éléments positifs qui permettront de poursuivre la lutte extraparlementaire dans un contexte ouvert de mobilisation social. À partir de cela, une position sectaire comme celle d’A&R et d’autres tendances contre cette formation plus large nous semble erronée. 

Nous avons déjà signalé qu’il nous semble correcte de réaliser des expériences dans lesquelles le parti puisse converger avec d’autres secteurs en lutte, comme les Gilets Jaunes, et qu’il puisse forcer des secteurs réformistes vers un programme d’indépendance de classe. Cependant, nous devons rester attentifs au risque de dilution du parti dans ce type des formations, risque qu’il nous faudra combattre tout au long de cette expérience. 

 

Contre l’implosion du NPA. Pour un parti militant, unitaire et révolutionnaire, en toute indépendance de classe.

 

Sachant que nous traversons une période de hausse de la lutte de classes, impulsé par soit par la dégradation des conditions de vie, soit par l’implication des mouvements revendicatifs, tel que les mouvements écologistes, féministes et anti-racistes, il est fondamental de maintenir et défendre le premier outil d’organisation de la classe, à savoir, le parti.

Nous nous positionnons donc fermement contre la scission du NPA puisque nous considérons que, au delà de toutes les problématiques auxquelles le partie est confronté, il nous permet de maintenir une position d’indépendance de classe et de conserver l’espace historiquement occupé par le trotskisme en France. Une scission représenterait un recul majeur et c’est la raison pour laquelle nous nous y opposons. D’après bien des expériences similaires dans d’ autres pays et à d’autres époques nous pouvons constater que cela a systématiquement été au désavantage de la lutte et de la classe. La reconstitution d’un espace comme celui-ci représenterait alors un défi sans précédent, car cela entraînerait une profonde démoralisation chez les militants de tout âge dans un contexte dans lequel on perçoit déjà une fragmentation des mouvements sociaux et des luttes en cours.

C’est dans ce sens que nous avons proposé une déclaration en commun avec tous ceux qui souhaitent éviter la scission et maintenir l’unité nécessaire à la période. La perspective d’une rupture contribuerait à la fragmentation politique de l’ensemble de la classe travailleuse, et nous insistons ; il s’agirait d’un recul historique d’envergure.

Le contexte nous invite au contraire, à renforcer le caractère unitaire, militant et ainsi avoir une intervention conséquente dans les luttes en cours. Il est nécessaire que le parti avance dans la restructuration de son régime interne pour donner lieu à un parti militant qui fonctionne comme un outil au service de la lutte des classes.

En parallèle, la menace de scission est une entrave à la démocratie au sein même du parti et à son droit de tendances. Nous considérons que la tradition marxiste nous permet de tirer des enseignements organisationnels à partir des nouvelles circonstances. Ceci dit, impulser les débats internes pour avancer de façon constructive.

En ce sens, lors du prochain congrès, le parti se doit d’appliquer la plus large liberté possible au sein des débats sans exclure les camarades les plus récemment intégrés dans un échange qui pourrait nous fortifier en tant que parti.

Nous sommes prêts à nous engager contre la scission du parti lors du congrès qui aura lieu dans les mois à venir et nous défendrons cette position à chaque occasion qui nous sera donné de le faire.

Contre l’implosion du NPA. Pour un parti militant, unitaire, indépendant et révolutionnaire.

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