Samedi 26 septembre, plusieurs organisations et collectifs féministes de Paris se sont rassemblés Place de la république, faisant écho à une date incontournable de l’agenda féministe international : La journée de lutte pour le droit à l’avortement en Amérique Latine et au Caraïbe.
Notre collectif féministe « Las Rojas » a évidemment participé à cet appel, impulsé par le Planning familial au niveau national. A Paris, l’appel a été repris par divers collectifs féministes latino-américains, femmes organisées au sein de leurs appartenances syndicales comme Solidaires, CGT mais aussi politiques comme le PCF, NPA jeunes, parmi d’autres.
L’évènement s’accompagnait des activités et débats autour du récent lancement du film « Femmes Argentines » de Juan Solanas, dans les cinémas français.

Je ne serais pas libre tant que la plus opprimée des femmes ne le sera pas

Les intervenantes latino-américaines ont évoqué les chiffres scandaleux rendant compte de la situation effrayante des centaines de milliers de femmes qui ne disposent pas de leurs corps. La plupart des femmes de cette partie du globe, sont passibles d’être victimes de viol au sein même de leur foyer car elles habitent pour la majorité d’entre elles avec leurs agresseurs. Les filles et les femmes, qui décident d’interrompre leurs grossesses, se mettent régulièrement en danger de mort puisqu’elles ne disposent pas de moyens qui leur permettraient de pratiquer une IVG dans les conditions sanitaires requises. A cette terrible violence s’ajoute celle de la criminalisation insupportable de cet acte.
L’Equateur est l’exemple emblématique de cette situation malheureusement répandue dans toute la région. Non seulement des filles de 10 à 14 ans « tombent » enceintes suite à d’horribles agressions mais en plus, elles ne bénéficient d’aucun accompagnement ni d’aucune d’aide de la part des autorités. Cette cécité accablante place ce pays andin en tête de liste de grossesses forcées aux mineurs avec un taux de 74 %, suivi par le Nicaragua et le Guatemala. Et pour enfoncer le clou, Le président de ce pays andin, vient d’exprimer son veto au COS, Code organique de la santé, ce qui, de fait, plonge la population dans une précarité absolue d’accès à la santé… On peut donc en conséquence facilement imaginer la futilité que représentent les droits sexuels et reproductifs, pour cet individu ! Les petites filles sont alors tout naturellement utilisées au travail reproductif et à leur prise de responsabilité face aux enfants « qu’elles mettent au monde » étant encore elles enfants. Condamnées à rester à la maison, dépendantes économiquement de leurs prédateurs elles subissent la violence domestique qui accompagne cette intenable situation.
Face à l’indifférence des décideurs, les chiffres ne font qu’augmenter d’année en année. Et Malgré les dix dernières années de progressisme latino-américain cette situation n’a pas évoluée mais elle a, en plus, régressé.
A l’exception de l’Uruguay, aucun autre gouvernement dit « progressiste » n’a accordé ce droit fondamental aux femmes qui, par contre, est bien garanti à Cuba, en Guyane et dans quelques districts du Mexique.
Lors de l’intervention de notre collectif « Las Rojas », nous avons évoqué une situation représentative de la résistance au changement : le cas de l’Argentine. Pendant la dernière décennie ce pays n’a pas réussi à « décrocher » le droit à l’IVG alors même qu’il possédait une femme à la tête du pouvoir. On retrouve la même situation dramatique au Chili et au Brésil.
Avec le virage politique effectué au Brésil et en Argentine, on constate que la dimension répressive et réactionnaire prend place au détriment de toute évolution en faveur des femmes. La volonté affichée de ces gouvernements, pour renforcer leurs liens avec l’Eglise catholique et évangélique, nous amène à penser, que non seulement, une évolution en faveur de l’IVG semble très compromise mais qu’à l’inverse, celle de renforcer le contrôle sur le corps des femmes deviendrait une priorité !
Dans ce contexte, il semble politique régional tourne à droite avec des gouvernements en poste de plus en plus répressives et réactionnaires. C’est un contexte où les femmes difficilement pourront avancer juste par la voie parlementaire. Les gouvernements comme Bolsonaro au Brésil ou celui d’Alberto Fernandez en Argentine, démontrent que la tendance est plus tôt à l’inverse. Celle de renforcer leurs liens avec l’église catholique et évangélique, et donc le contrôle sur le corps des femmes.

Dans « l’immonde d’après », nous n’avons toujours pas…

Par ailleurs durant cette journée, les féministes françaises ont évoqué l’acharnement des politiques européennes contre les femmes et ce, notamment en Italie où le 70% des professionnelles de la santé adhèrent à la clause de conscience. Leurs interventions insistaient sur la nécessité d’aller beaucoup plus loin dans la bataille pour le contrôle définitif de leur corps, en demandant notamment :
• La suppression de la double clause de conscience sur l’IVG pour les professionnel.le.s de la santé
• La liberté de méthode et inclusion de sages-femmes pour des IVG instrumentales.
• L’inclusion des sages-femmes pour les IVG instrumentales.
• Plus de moyens financiers pour la réouverture des CIVGs fermés et la création de centres de planification accessibles sur l’ensemble de territoire.
• Journées d’éducation sexuelle dans les établissements scolaires garanties par la loi du 4 juillet 2001

S’organiser pour gagner !

Pour l’Argentine, la bataille est en cours. Par contre le débat social doit se développer pour le reste du continent. Saluons, ici, les femmes argentines qui ont su lutter pour devenir aujourd’hui la référence régionale qui porte l’espoir du changement tant attendu. Non seulement Elles représentent la force du possible pour les femmes de cette partie du monde : les latino-américaines les caribéennes mais aussi pour toutes les autres…Car oui, force est de constater une première victoire obtenue contre vents et marées : La lutte des femmes traverse les frontières et frôle l’internationalisme !
Alors, nous pensons que le moment est venu de tirer des enseignements politiques pour les femmes d’Amérique Latine par rapport aux projets réformistes qui ont eu lieu durant cette fameuse décennie. L’expérience signale l’urgence et la nécessité de s’organiser en dehors du projet politique de la bourgeoisie. Nous nous devons de favoriser : l’organisation indépendante dans les espaces d’étude et de travail, la création d’un propre agenda de lutte et l’ouverture d’espaces spécifiques de débat stratégique du mouvement, pour un mouvement des femmes avec les travailleurs et les plus exploités.
Ensemble, nous allons continuer à nous organiser dans ce sens pour renforcer le mouvement et atteindre notre objectif commun :
Que le droit des femmes à disposer de leur corps devienne une réalité et une garanti pour toutes !

Las Rojas

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