Interview réalisée au mois d’octobre. Suivi et mise à jour de la situation, disponible sur le site Université Ouverte

 

SoB : Quelles sont les conditions de travail actuellement dans la recherche ?

GM : Il y a au moins deux choses qu’il faut prendre en compte: D’une part, la question du financement de la recherche, de la façon dont les politiques publiques de recherche sont construites, et d’autre part quelles sont les conditions de travail de travailleur·ses qui font effectivement la recherche.

La première chose qui frappe c’est la diminution des recrutements sur des postes pérennes et la multiplication des contrats précaires. Je reprends les chiffres : pour les établissements publics scientifiques et techniques le SNRS, l’INRAE, l’Ined, ils ont perdu entre 2012 et 2018, 3650 postes de titulaires (ingénieur·es, technicien·nes et chargé·es de recherche). Du côté de l’université, le nombre de postes ouverts chaque année en recrutement a baissé pour la même période de 36% pour les maitres·ses de conférence et de 40% pour les professeur·es d’université.

Ce sont des chiffres qui concernent le personnel de recherche et d’enseignement, mais à l’université comme dans les établissements publics de recherche les plus précarisé·ess se sont celles et ceux qui assurent les fonctions supports de l’enseignement et de la recherche. À l’université ce sont les BIATS (bibliothécaires, ingénieurs, personnel administratifs et technique), et à la recherche celles qu’on appelle ITA ingénieur, technicien et personnel administratif. A l’université plus de 50% des BIATS sont sur des contrats précaires. Pour elles et eux, ça signifie une grande incertitude pour leur avenir, parce que ce sont généralement des contrats de 3 mois, 6 mois ou mieux 1 an, qui sont renouvelés pendant des années, en totale contradiction avec le droit du travail. Bien souvent à l’université on change la personne d’unité de formation et recherche, UFR, on change la personne de département, on change le nom de son poste pour pouvoir continuer de renouveler cette personne sur le contrat précaire pendant extrêmement longtemps sans jamais la titulariser, en infraction totale par rapport à la loi Sauvadet qui exige la titularisation des personnes employés pendants 6 ans dans la fonction publique.

SoB : Concernant le projet de contre-réforme de retraites, comment affecte-t-elle ces travailleur·ses de l’université ?

GM : Évidemment, ce projet de casse des retraites affecterait surtout les plus précaires, et les femmes en particulier. Mais à l’université, c’est l’ensemble des travailleur·ses qui verra diminuer son salaire socialisé, une partie de ce salaire capté par État pouvant servir à financer la recherche, comme nous l’avons montré sur Université Ouverte.

Pour revenir aux personnes en situation de précarité, bien sûr elles s’inquiètent pour leur droit à la retraite, et pour l’avancement de leur carrière. La précarité c’est évidemment une incertitude permanente et une grande difficulté à se projeter dans l’avenir, mais ce sont aussi des souffrances morales, psychiques et des problèmes matériels immédiats. Pour leur majorité, les activités de recherche ont lieu dans les métropoles, les grandes villes ou les tensions du marché immobilier sont très fortes Avec des CDD courts, des périodes de chômage et des vacations, impossible d’avoir un crédit, et pour louer c’est difficile. Pas mal de collègues à la quarantaine, cinquantaine, doivent avoir des garant·es pour trouver un logement, parce qu’ils n’ont pas de CDI.

Évidemment, la précarité à l’université ne se pense pas seule. Il y a une multiplication de la précarité à tous les niveaux. Du côté de la recherche on peut estimer que les nouvelles pistes sont souvent explorées par des doctorant.e.s et des jeunes doctor.eus.e.s. Or, ce sont les chercheuses les plus précaires. Aujourd’hui, toutes disciplines confondues, il y a 40% de thèses qui ne sont pas financées, ça veut dire qu’il y a des chercheurs et chercheuses qui font de la recherche gratuitement. Évidemment cette production gratuite de recherche ne se limite pas à la production de thèses. C’est aussi l’animation des colloques, c’est aussi faire vivre les revues scientifiques, publier des articles scientifiques, tout ce travail gratuit qui se prolonge bien après le temps du doctorat. Aujourd’hui l’âge moyen de recrutement pour un maitres·ses de conférence est 34 ans, et c’est 34 ans pour quelques sur les élues parce que vu la baise de postes dont on a parlé toute à l’heure Il y a aujourd’hui seulement 14% de candidat.e.s qui sont effectivement recruté·es, donc l’immense majorité de ces chercheu.r.se.s qui ont été exploitées pendant des années se retrouvent ensuite contraint.e.s de quitter le service public de l’enseignement et la recherche pour lequel elles étaient formé.e.s et où il y a une vrai besoin.

Il y a besoin de recherche sur la société, de production et diffusion de connaissance démocratique pour mieux organiser notre vie sociale mais aussi il y a un besoin très concret et pragmatique de formation des étudiant.e.s et d’enseignement. Et il n’y a pas de moyens pour assurer les postes de titulaires des enseignants. Depuis 2008 il y a 300 000 étudiant.e.s en plus à l’université. Iels sont encadré·es par moins d’enseignant·es . On a une explosion de nombre d’enseignants sur des contrats précaires et extrêmement précaires comme le contrat de vacateur-vacataire. Qu’est-ce que c’est la vacation ? C’est un statut qui permet à des gens qui ont une activité professionnelle par ailleurs de donner des heures complémentaires à l’université.

Aujourd’hui on se retrouve dans une situation où on a près de 20 000 de vacataires qui font la moitié de service d’un titulaire et pour qui la vacation est leur revenu principal. C’est un énorme problème, puisque les vacataires n’ont aucun droit des travaillieur.e.s, ils n’ont pas des congés payés, ils n’ont pas d’arrêt maladie, ils n’ont pas de cotisation au chômage, ils sont payés 0.29€ en dessous du SMIC horaire. Aujourd’hui il y a 130 000 vacataires qui font tourner l’université. L’université fonctionne sur l’exploitation de ces vacataires. Dans certaines licences il y a plus de 70% de cours qui sont assurés par des vacataires et évidemment c’est une situation intolérable pour ces travailleur·ses mais c’est aussi un problème pour l’université puisque ça dégrade structurellement le fonctionnement structurel des équipes pédagogiques. Quand on recrute des vacataires 15 jours avant le début des cours, voire après le début des cours, on ne peut pas construire l’enseignement de la meilleure qualité possible.

Évidemment la précarité n’est pas seulement la précarité de travailleurs qui sont employées par l’université mais aussi la précarité de travailleur·ses qui assurent toutes les fonctions qui ont été externalisées et sont assurées par des entreprises privées, notamment les activités de nettoyage. Là on retrouve des oppressions multiples dont les victimes sont surtout des travailleuses, oppression d’autant plus forte qu’elles sont complètement exclues des collectifs de travail de l’université. Souvent sont des travailleur.e.s qui souffrent des oppressions de genre et de race qui vient de s’ajouter à la précarité de leurs conditions d’emploi . La précarité est celle aussi des étudiant.e.s. Entre 20 et 40% des étudiant.e.s sont sous le seuil de pauvreté et un 1 étudiant·e sur 2 travaille habituellement pour financer ses études. Aujourd’hui avec la crise du covid19 pour ces etudiant.e.s il est presque impossible de continuer à vivre et étudier, parce que trouver un emploi est impossible.

SoB : A ton avis qu’est-ce que peut changer à niveaux de vos conditions de travail avec la Loi de Programmation de la Recherche (LPR) ?

GM : Il y a plein de niveaux différents, mais pour synthétiser ça, pour nous le projet de loi qui est maintenant en examen au Sénat est une loi de précarisation et privatisation de la recherche. D’abord, précarisation parce que le projet prévoit d’aggraver les conditions de précarité existante dans le secteur. Le projet de loi ne crée aucun poste pérenne, qui est le seul remède contre la précarité. Toutes les organisations syndicales sont d’accord sur ce point : il faut recruter massivement. Le chiffres qui fait consensus à l’université c’est d’au moins 6000 enseignant·es/chercheur·ses sur 5 ans pour retrouver un taux d’encadrement correct et en finir avec l’exploitation des précaires. Il faut recruter à l’université au moins autant de personnels administratifs et techniques, de BIATS, avec des contrats des titulaires. C’est un minimum absolu, et on pourrait aller bien au-delà si notre projet commun est celui d’une université émancipatrice.

Non seulement, il n’y a pas de recrutement, mais en plus le projet de loi prévoit d’introduire des nouveaux contrats précaires, par exemple le CDI de mission comme contrat de projet et les tenure tracks.

Mais aussi il y a la précarisation d’activités de recherche qui passe pour la précarisation encore accrue de financement de la recherche. Aujourd’hui la recherche est financée à la fois par des financements pérennes et par des projets des recherches, des financement qui sont obtenus en soumettant de projet de recherche au niveau national (ANR) ou au niveau européenne (ERC) De plus en plus, on est obligé·e de se tourner vers d’autres financements publics, comme les régions, et le financement privé. La LPR prévoit renforcer les financements sur projet par rapport au financement pérenne. Ca empêche les chercheu.r.se.s de définir par eux et elles-mêmes ce sur quoi ils vont travailler, quelles sont les pistes scientifiques qu’ils vont creuser parce qu’ils savent que ce sont des pistes prometteuses et ça oblige les chercheu.r.se.s a se conformer au volonté de pouvoir politique. Ça pose un problème extrêmement grave pour les sciences humaines et sociales. Aujourd’hui on a un pouvoir politique qui fait des déclarations extrêmement hostiles à l’égard des études de genre et des études décoloniales, donc quand le financement de la recherche dépend d’une autorité politique on peut s’inquiéter pour la liberté de cet chercheu.r.se.s.

Mais le financement par projet est un problème pour l’ensemble de la recherche. On cite régulièrement le cas de laboratoire dirigé par Bruno Canard, une virologue qui, au moment de la crise du SRAS en 2003 , a développé des pistes de recherche extrêmement pointu sur des coronavirus avec des résultats extrêmement intéressants. Mais à partir de la fin des années 2000, il a été complètement impossible de financer ces projets. Pourquoi ? Parce que selon le pouvoir politique il n’y avait plus d’intérêt à financer la recherche sur les coronavirus. Donc on a perdu 15 années de recherche sur les coronavirus qui nous auraient été très utiles aujourd’hui. Le financement par projet déstructure complètement le travail de la recherche. Le travail qui est effectué perd en qualité et devient moins efficace. C’est la pire manière d’organiser le travail de la recherche.

Continuons avec cet exemple. On a débloqué des millions pour la recherche sur le coronavirus en raison de la crise, mais avec quels effets concrets ? Des équipes qui ne sont pas spécialisées sur le coronavirus doivent d’abord commencer à se former sur les coronavirus. Évidemment quand on passe à un nouveau domaine de recherche on prend des semaines ou des mois à se former pour se mettre à la page en prenant des connaissances des résultats existant , avant d’essayer de développer des nouvelles pistes, des nouvelles méthodologies, etc. Il y a énormément d’énergie dissipée. On peut dire que ce n’est pas grave que des gens consacrent 6 mois, un an pour rattraper et ensuite faire de la recherche sur le coronavirus. Mais comment peut-on faire avec un financement par projet de seulement un an, deux ans, 3 ans ?

Changer de question de recherche peut être très pertinent et très fertile, mais quand c’est en fonction de l’intérêt scientifique et sur la décision des chercheu.r.se.s , pas en raison de logiques des financements comptables.

Et une fois encore ce sont surtout les jeunes travailleur·ses précaires de la recherche qui en souffrent. Quand on passe de postdoc en postdoc, avec des contrats d’un an ou deux ans, mais souvent de 6 mois, 9 mois, on entre en permanence sur de nouveaux projets et on passe de temps et d’énergie à se former à ce projet. On travaille 70 heures ou 80 heures par semaine pour se mettre au niveau, on devient expert.e.s sur une nouvelle question mais très rapidement le contrat se termine et on doit recommencer avec un autre projet.
Le financement par projet, c’est donc une modalité de financement qui est dangereuse démocratiquement parce que la production de connaissances devient dépendante du pouvoir politique. C’est aussi une attaque grave contre les libertés académiques et une forme de violence pour les travailleu.r.se.s de la recherche.

Le financement par projet proposé par la LPPR est basé sur la compétition. On est en permanent combat avec d’autres collectifs de chercheu.r.ese.s pour obtenir le financement. Or, la nature même du travail scientifique repose sur la coopération, en vue de produire collectivement des connaissances, qui sont discutées, validées ou améliorées par les échanges organisés entre chercheur·ses. Mais si pour avoir le financement on doit prouver qu ’on est meilleur·e que les autres, alors on détruit le dialogue. Sans un cadre d’échange de qualité, disparaissent tous les éléments qui assurent la vérifiabilité des travaux scientifiques, on n’a plus le détail de la méthode et des données produites. Rapidement, les résultats deviennent invérifiables et c’est le travail scientifique lui-même qui devient impossible.

La LPR propose un modèle de recherche ou chacun·e est en compétition avec tou·tes, un modèle de financement dans lequel sont financées les stars. Alors l’enjeu n’est plus de faire de la science, c’est d’avoir un nom qui circule. Cela incite toujours à être le ou la premier·e à parler d’un sujet et à publier sur un sujet, sans se préoccuper forcément de la qualité scientifique de cette production. Malheureusement, pendant cette crise du coronavirus nous ne manquons pas d’exemples.Évidemment, c’est le financement compétitif qui définit qui sont celles et ceux qui peuvent faire de la recherche, et accroissent les inégalités.

Aujourd’hui, seulement 28% des projets financés par l’ANR sont portés par des femmes. La majorité des projets sont captés par des hommes. Les hommes qui captent le financement peuvent reproduire des logiques de domination sociale à l’intérieur de ces équipes de recherche et des laboratoires. Le financement par projet c’est la destruction du peu démocratie qui existe aujourd’hui dans l’université et le renforcement de toutes les dominations spécifiques, sexistes, racistes , validistes, etc.

SoB : Quel est le niveau de l’organisation pour lutter contre ces attaques à la recherche ?

GM : La lutte contre la LPR et contre la précarité dans l’université et la recherche, s’est structurée l’année dernière autour du calendrier de la lutte la contre le réforme des retraites avec l’idée que cette attaque que subissent l’université, la recherche publique, c’est une attaque qui est pas isolée des autres contre les services publics. Pour nous, elle est très semblable à ce qui se passe avec l’hôpital public. C’est un changement des modalités de financement, comparable à celui introduit à l’hôpital public à partir de la tarification à l’activité (T2A). En fin de compte, ça déstructure complètement le service public et vise à transformer et micro-manager les pratiques des soignants et des soignantes. Ce ne sont plus les soignants et les soignants qui déterminent comment ils vont soigner, c’est le pouvoir politique, à travers des logiques comptables. Là, c’est exactement la même chose qui se passe pour l’université et la recherche. On détruit le service public de l’enseignement et la recherche et on transforme le travail des chercheur·ses à partir de la structure de financement.

On s’est inscrit·e dans des luttes collectives aussi bien sûr parce que les travaillieu.r.e.s de la recherche sont très fortement affectés par ce projet des réformes de retraites. Qu’est-ce qui se passe? C’est que pour eux et comme beaucoup de fonctionnaires, la part de la cotisation employeur va passer de 74 % à 16 %. C’est une perte de salaire socialisé considérable : à terme c’est 6 milliards d’euros par an de perte de salaire socialisé pour les travailleurs et travailleuses de l’enseignement supérieur et de la recherche. De 2021 à 2030, ce sont 21,8 milliards d’euros de salaire socialisé qui sont volés aux travailleurs et travailleuses de la recherche. Or, la LPPR promet une hausse de financement, une hausse de financement elle n’est budgétée absolument nulle part, donc le plus probable c’est qu’en réalité ce sera simplement un transfert de la partie de salaire socialisé qui est volé aux chercheurs et chercheuses vers le financement de leurs activités de recherche. Un tour de passe-passe cynique !

Voilà la raison pour laquelle on s’est structuré à partir du mois de décembre. Maintenant, comment on s’est structuré? Je crois que c’est la question qui intéresse ici. C’est une structuration avec des collectifs locaux dans toutes les universités et puis des relais nationaux. D’abord de grandes AG au mois de décembre et au mois de janvier, des assemblées de coordination, et puis quand le mouvement a pris de l’ampleur deux Coordinations nationales, en février et en mars., Dans les collectifs locaux il y avait des militants et des militantes, travailleurs et travailleuses qui avaient un rapport avec l’organisation syndicale tout à fait différents. Il y avait à la fois des militants et militantes syndiquées mais aussi des personnes qui n’étaient pas syndiqués mais qui se sont impliqués très fortement dans ces collectifs locaux.

Lors des coordinations nationales, d’abord les 1er et 2 février puis les 6 et 7 mars, ont été des journées lors desquelles on a pu se retrouver tous et toutes ensemble, avec plus d’une centaine d’établissement représentés et des personnes occupant tous les statuts, toutes les fonctions à l’université, même s’il y a toujours eu, malheureusement, une surreprésentation des chercheurs et enseignants- chercheurs, par rapport aux personnels administratif, technique, etc.

L’idée c’était de structurer des actions locales et des actions nationales. Les collectifs de précaires ont organisé une grande journée nationale de lutte contre la précarité le 11 février. Pendant tout le mouvement, les collectif de précaires ont vraiment été en première ligne et dès la première coordination nationale la question de la précarité a été définie comme question centrale dans la lutte. Puis le 5 mars, le jour ont l’université et la recherche se sont arrêtées, a été une grande journée de grève et de manifestation : plus de 50000 travailleurs et travailleuses de la recherche qui ont manifesté partout en France. Sur les modalités d’organisation, il faut aussi insister sur la caractéristique très autogestionnaire de la mobilisation, très horizontale, large et inclusive, en dialogue permanent avec les organisations syndicales.

Grâce aux camarades féministes, nous avons porté une attention particulière à la non reproduction des oppressions , à faire en sorte que dans le cadre de la lutte, on ne reproduise pas les oppressions validistes, racistes et patriarcales. C’est passé notamment par une gestion très stricte des prises de parole dans toutes les assemblées, par la mise en place d’une vigie féministe, par une attention à l’inclusivité des mots d’ordre. Bien sûr, cela est aussi passé par une analyse féministe de la LPR et donc une attention particulière aux effets négatifs de la LPR sur les inégalités de genre.

SoB : Qu’est-ce qui s’est passé le 13 octobre ?

GM : La semaine dernière la LPR a été votée à l’Assemblée nationale en première lecture, au mois de septembre et maintenant au mois d’octobre, elle est en examen au Sénat et donc le 13 octobre, avant son entrée au Sénat on a organisé à nouveau des manifestations. Malgré le contexte extrêmement difficile, la manifestation parisienne a rassemblé plus de 1000 personnes et il y a eu des rassemblements dans presque toutes les villes universitaires de France.

La lutte continue évidemment au Sénat, on essaie de convaincre les sénateurs et sénatrices de voter contre cette loi. Mais la lutte continue dans les rues, dans les fac et dans les labos même si la loi est passée. La question de la défense du service public de l’Université et de la recherche ne disparaîtra évidemment pas. Malheureusement la question de la précarité va encore devenir plus pressante à la fois pour les travailleurs et pour les étudiants et les étudiantes, donc on va s’efforcer de continuer la lutte et de continuer à l’amener à tous les niveaux.

SoB : Il y a quelque chose que tu voudrais ajouter?

GM : Je voudrais d’abord ajouter que cette lutte a été victorieuse a plein de niveaux. Là on peut avoir l’impression que c’est un bilan finalement assez sombre, avec la loi qui passe à l’Assemblée et au Sénat, malgré notre lutte, malgré les avis négatifs des instances consultatives comme le Cese (conseil économique social et environnemental), le Haut Conseil à l’égalité femmes-hommes.

D’abord, notre lutte a permis de limiter la casse et de réduire la violence des attaques contenues dans la loi. Mais au-delà du processus législatif, elle a construit énormément de choses très positives. D’abord elle a ressoudé les collectifs locaux, ce qui est d’autant plus important que ces réformes de destruction des services publics, comme toutes les formes de management néolibérales, fracturent les collectifs de travail, à l’université comme ailleurs. On a refait collectif et on s’est remis·e en capacité de résister localement sur des questions qui sont extrêmement importantes dans la manière dont les travailleurs et travailleuses vivent au quotidien. C’est un premier bilan, très important. Un deuxième bilan c’est que ça a permis de mettre à l’agenda de recherche des questions qui n’étaient pas présentes auparavant, par exemple la question de la présence d’oppression raciste et sexiste dans l’université et la recherche qui était complètement invisibilisée. En mettant cette question en lumière, ça permet de mieux mener ce combat demain. Et puis évidemment la question de la précarité des étudiants et étudiantes, des travailleurs et des travailleuses, qui était complètement invisibilisée. Maintenant, plus personne ne peut prétendre ne pas la voir, ne pas la connaître, donc ça permet aussi de mener ce combat plus efficacement, depuis des positions différentes, de tisser de vraies solidarités qui ne sont pas naïves mais qui sont concrètes et réfléchies , qui se fondent sur une analyse sérieuse des rapports de domination qui se jouent à l’université. C’est seulement en analysant ces rapports de domination qu’on peut construire, depuis positions différentes, des collectifs capables de défendre l’ensemble des travailleurs et des travailleuses et de défendre notre service public.

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