Les limites possibilistes du « vote utile »

La défaite de la politique ultralibérale de la bourgeoisie est une nécessité pour la classe ouvrière. Mais la tactique du "vote utile" est-elle vraiment efficace pour gagner ce genre de bataille ? Un débat avec le possibilisme réformiste à dix jours des élections.

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Marseille le 27 mars 2022. Marche marseillaise pour la VIe République - Meeting de Jean Luc Melenchon

Depuis quelques semaines, nous entendons se répéter une vieille musique électorale : celle de la nécessité d’un « vote utile » pour le « mieux placé » à gauche pour faire face à Macron et à l’extrême droite dans les urnes. Certes, la défaite de la politique ultralibérale de la bourgeoisie est une nécessité pour la classe ouvrière. Il faut dire que les annonces du gouvernement Macron font vraiment peur aux travailleurs qui ne souhaitent pas voir réalisées les promesses de travailler jusqu’à 65 ans ou encore de la mise en place d’un système d’esclavage pour les allocataires du RSA. Surtout quand les alternatives les plus créditées dans les sondages se placent à l’extrême droite avec un discours raciste et xenophobe complètement décomplexé. Mais la tactique du « vote utile » est-elle vraiment efficace pour gagner ce genre de bataille ? 

 

La solution possibiliste du « moindre mal »

La solution pour certains serait donc de voter pour le « moins pire » : la candidature de Jean-Luc Mélenchon et l’Union Populaire. Le député de la France Insoumise continue à monter dans les sondages, mais il reste encore dans la troisième position et loin du second tour. (Macron 28%, Le Pen 17%, Mélenchon 14% selon Ipsos) Selon tous les sondages, il serait de toute façon perdant face à Macron dans un éventuel ballotage. 

Il est vrai qu’il existe une certaine dynamique ascendante dans sa campagne après un meeting réussi à la place de la République. (1) Mais cette dynamique s’explique plus par la peur de voir Macron gouverner durant un nouveau quinquennat que par l’enthousiasme pour le programme de Mélenchon.

En effet, le programme de l’Union Populaire ne préconise qu’une maigre augmentation salariale (SMIC à 1400 euros) et la mise en place d’une Assemblée Constituante pour passer à la « 6ème République ». Il s’agit d’un « maquillage » pour rendre le système capitaliste plus joli, plus tolérable, mais en aucun cas d’un programme radical de rupture avec l’Etat impérialiste français et toutes ses institutions bourgeoises.

La France Insoumise est une organisation petite-bourgeoise qui cherche à gouverner en collaboration avec la bourgeoisie. C’est pour cela que depuis des semaines les parlementaires insoumis cherchent à se montrer crédibles et se disent « prêts à gouverner ». C’est compréhensible, car LFI est une formation politique presque purement parlementaire basée sur la figure électorale de JLM avec très peu de structure militante au niveau nationale. Et Mélenchon n’a rien de révolutionnaire… Il s’agit d’un ancien politicien du PS intégré à l’appareil de l’Etat depuis plus de 40 ans ! Il a déclaré avoir un patrimoine de 1,4 million d’euros… Difficile d’y accéder avec le salaire à 1400 qu’il propose pour les travailleurs ! 

Le grand danger du possibilisme est d’alimenter les illusions pour les solutions magiques. Mélenchon déclare ouvertement que voter pour lui c’est la meilleure façon d’économiser des kilomètres de manifestations et des pertes salariales pour des journées de grèves. Cette illusion désarme les travailleurs pour les batailles à venir, car il va falloir préparer la riposte contre les attaques du nouveau gouvernement. 

 

Philippe Poutou, le seul vote vraiment « utile » pour les travailleurs

Il n’y a pas grand chose d’utile dans une élection totalement anti-démocratique. Après le dur obstacle des 500 parrainages, le pouvoir a décidé de faire le tri entre les bonnes et les mauvaises candidatures, en invitant seulement 8 candidats (parmi les 12 participants à l’échéance électorale) à un « débat sans débat ». La crainte de Macron de débattre avec Philippe Poutou est symptomatique de quelque chose de plus grand. 

Le candidat du NPA a le mérite de représenter la classe ouvrière. Poutou exprime une voix alternative, anticapitaliste et internationaliste. Voter pour Poutou représente un vote « utile » à la révolte sociale, à renforcer la construction d’un parti révolutionnaire pour un finir avec le système capitaliste. Nous ne croyons pas aux illusions de recettes réformistes. Il faut construire un projet politique dans la durée, une alternative anticapitaliste et révolutionnaire pour lutter pour mettre en place une société socialiste. Il y a une urgence anticapitaliste, la situation sociale de crise politique et écologique ne va pas se résoudre avec un maquillage réformiste. 

Nous assistons à une époque de grands bouleversements, avec des guerres, des crises et des révoltes sociales d’ampleur. Il ne faut surtout pas économiser quoi que ce soit. Il faut se préparer pour une dure bataille à venir. Pour défendre les intérêts des travailleurs face aux attaques capitalistes. Un vote pour Poutou est un vote pour faire passer ce message politique. Un vote « utile » à la révolte. Un vote « utile » au mouvement social, à la lutte des classes, à la conscience et à l’auto-représentation de la classe des travailleurs. Un vote pour dire clairement qu’on est là et qu’on sera là, avec nos méthodes historiques : les grèves et les manifestations dans la rue. Les armes des travailleurs ne sont pas les réformes de Mélenchon, ce sont les mobilisations populaires ! 

 

(1) Parmi les invités au meeting à République, nous avons remarqué la présence de Rafael Correa, ancien président de l’Equateur, qui a favorisé la prise du pouvoir de Lenin Moreno. Ce dernier a mis en place une politique d’ajustement budgétaire selon les plans du FMI qui a provoqué une énorme révolte populaire en octobre 2019. 

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