Chili : Défaite de Kast, vitalité de la rébellion

La claire défaite de l'extrême droite aux élections présidentielles ne sont pas le forfait du gagnant, mais bien le triomphe de la rébellion d'Octobre.

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Article originalement paru sur Izquierda Web, le 19/12/22. Traduction d’Emilien Sallard pour Socialisme ou Barbarie.


Federico Dertaube

Avec 100% des urnes dépouillées, la victoire de Boric sur Kast au second tour des éléctions présidentielles est totalement indiscutable. Le candidat de centre-gauche s’est imposé face à l’extrême droite pinochetiste avec un écart de 12%.

Le pinochetiste Kast se proposait explicitement d’écraser la rébellion contre les 30 ans de néolibéralisme et de post-pinochetisme. Boric, bien qu’il ne représente pas réellement les aspirations des mobilisations de masses qui firent tout récemment trembler le régime, a voulu dans ce contexte se présenter.

Bien que la majorité de la rue d’Octobre 2019 n’avait pas confiance en lui, il s’appropria la candidature de manière défensive. La priorité était éviter que l’extrême-droite arrive au pouvoir et c’est cela a était fait.

La rébellion a tout mis en question, et ce tout désormais chancelle. Les partis qui convernent le Chili depuis 3 décennies sont restés hors de la course à la présidentielle. La vieille “Concertation des partis pour la démocratie” de Bachelet et la force de Piñera en purent faire autre chose que regarder et lançer des communiqués de soutien à d’autres candidats.

Avec les deux longues années de mandat de Piñera, la Constituante en fut pas capable de transformer le régime politique chilien. Et quand elle pensait pouvoir laisser tout comme il en est aujourd’hui, il a été massivement démontré que cela n’était pas possible.

La force de la rébellion, le refus du vieux pinochetisme maquillé, firent de cette éléction celle avec le plus haut taux de participation depuis plus d’une décennie. La rébellion a vaincu celui qui voulait être son plus féroce ennemi sans avoir pour autant le triomphe qu’elle méritait.

Boric : la “gauche” réformiste… et capitulatrice

Loin de la campagne d’hystérie anti-communiste contre Boric et l’alliance “Apruebo Dignidad”, ceux-ci commençèrent à capituler bien avant d’avoir leur influence actuelle, ils ont continué à le faire chaque fois qu’ils ont pu, ils le font par devoir et par conviction.

La trajectoire politique de Boric est assez similaire à celle du déjà retiré Pablo Iglesias en Espagne, comme sa FA l’est avec PODEMOS. Ils surgirent comme un pan critique “radicalisé” par rapport à la “gauche” classique qui faisaient des sermons de “réalisme” politique à la gauche marxiste. Le “réalisme” de chacun s’imposa sur leur “radicalité” plusieurs fois jusqu’à devenir pire que le vieux stalinisme lui-même.

Boric est apparu comme référent dans les luttes étudiantes en 2011, lorsque des milliers et des milliers se lançèrent dans les rues contre l’exclusion privatiste du système universitaire.

Pour s’imposer durant toute cette année-là comme plus “combatif” que la direction de la FECH (Le PC et l’internationallement connue Camila Vallejo), il les suplanta l’année suivante en se mettant à la tête de la principale organisation étudiante de l’Université de Santiago de Chile.

Déja dans la direction de la FECH, commença la carrière et le système de la capitulation. Le gouvernement de Piñera d’alors voulu démobiliser sans céder la revendication fondamentalende la mobiliation; celle des universités publiques. Au lieu d’introduire la plus minime transformation du système éducatif marchandisé, le gouvernement présenta comme solution la “bourse de gratuité universitaire”. Boric devant la FECH signa la “concession” et renonça à la lutte contre le gouvernement et contre le régime des 30 ans.

Mais là où il fut le plus néfaste fut pendant la rébellion de 2019. A la tête d’un “parti” sans militance ni rôle concret dans les mobilisations, il a voté la “Loi Antibarricades” présentée par le gouvernement de Piñera. Le voici, le candidat de la “gauche”, alors que des dizaines de milliers et de millions de jeunes subissaient la violente représsion des flics, il a choisi la barricade des uniformes verts votant ainsi une loi vide et platement représsive.

Il fut aussi parmi les signataires de l’ “accord por la paix”; Il a traité avec tout ce qu’il y a de pire dans le régime des 30 ans, avec tous les partis du pinochetisme, leur donnant une sortie, une déviation institutionnelle de la crise des rues. La “paix” devait être garantie par la rue, tandis que les flics installaient la politique pacifique d’Etat le jour suivant en tuant un étudiant Place Dignidad. Ce fut ainsi la cinquième roue du carrosse de Piñera, une position si lamentable que même le vieux et oublié PC n’a pas voulu avoir. Que sa liste éléctorale se nomme “Apruebo Dignidad” pour s’accaparer les drapeaux de la rébellion d’Octobre est aussi cohérent que si Bolsonaro se présentait avec des listes dont les slogans seraient sur la tolérance et Macri avec le “parti du travail”.

Sa trajectoire politique est conséquente sur un seul et unique point; celui de faire constamment le contraire de ce qu’il avait dit pour gagner de l’influence. Dès que les prisonniers politiques du Front Patriotique Manuel Rodriguez (une guerilla qui combattit Pinochet dans ses dernières années), il est passé de revendiquer publiquement leur droit à la liberté à soutenir qu’en cas de victoire, il en leur accorderait aucune grâce.

Conséquent dans l’inconséquence, désormais il utilise le capital politique gagné par la critique de la politique d’alliance du PC en essayant d’amplifier “Apruebo dignidad” vers des membres et des partis de l’ex Concertation de Bachelet. Boric teste à l’avance la bande présidentielle et se regarde dans le miroir en s’imaginant entouré de fonctionnaires “sérieux”; il désir la sympathie de ceux qui ont gestionné l’aile “gauche” du régime des 30 ans afin d’en faire ses ministres et ses secrétaires.

Les secteurs de l’institutionalisme capitaliste le regardent avec sympathie comme le candidat de la conclusion de la rébellion, de la tentative de dévier la mobilisation de rue vers les urnes et la démoralisation de masse. Ils veulent que des millions regardent avec des attentes, se désillusionnent et retournent chez eux en pensant que rien ne peut changer. La politique de Boric est celle du léopard; “Il est important que tout change pour que tout reste comme présent”

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