Anasse Kazib rencontre le STRASS. Est-ce que le réglementarisme de la prostitution est une position révolutionnaire ?

La semaine dernière le candidat de Révolution Permanente à l’élection présidentielle, Anasse Kazib, a rencontré le STRASS, une organisation des “travailleuses du sexe” qui vise la réglementarisation de la prostitution.

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La semaine dernière le candidat de Révolution Permanente à l’élection présidentielle, Anasse Kazib, a rencontré le STRASS, une organisation des “travailleuses du sexe” qui vise la réglementarisation de la prostitution. Ce soutien d’Anasse Kazib ne nous surprend pas, car Du Pain et des Roses, organisation féministe de Révolution Permanente, semble avoir abandonné depuis des années la lutte pour l’abolition de la prostitution en faveur des positions ambigües et opportunistes. Dans cet article, Las Rojas Paris polémiquent avec cette position opportuniste pour clarifier un positionnement féministe abolitionniste révolutionnaire.

Las Rojas Paris

 

La semaine dernière, Anasse Kazib et le STRASS se sont rencontrés dans le cadre de la campagne pour les élections présidentielles 2022. Cette rencontre ne nous laisse pas indifférent.e.s puisque le STRASS mène une démarche active pour rencontrer les candidats à la présidentielle, afin de les engager par la suite pour la réglementarisation de ce qu’il appelle le “travail du sexe”. Cette organisation exerce une pression démesurée auprès des équipes de campagne en leur forçant la main pour les rencontrer et, en cas de désaccord, conduisent une campagne de dénigrement des figures sur les réseaux sociaux.

Lors de cet article, nous allons éclairer les positionnements autour du débat de la prostitution -qui n’est pas nouveau parmi les organisations féministes en France et ailleurs- afin de définir ce qui est d’après nous une position abolitionniste révolutionnaire.

A notre avis, le positionnement de Du Pain et des Roses, organisation féministe de Révolution Permanente, reste depuis un certain temps un positionnement ambigu, voire opportuniste. Dans un contexte de dégradation des conditions de vie et d’augmentation de la précarité dans les secteurs populaires et des jeunes, les positionnements réglementaristes de la prostitution ont gagné du terrain, légitimant l’adoption de la notion “travail du sexe”. Par opportunité de s’incruster dans la vague de popularisation du “travail du sexe”, notamment chez les jeunes, Du Pain et des Roses ne se déclare “ni abolitionniste, ni réglementariste”[1] ou encore se proclame « abolitionniste en dernière instance”.

Ce positionnement est central dans le texte d’Andrea D’Atri[2] où elle expose comme position de principe celle de toutes les révolutionnaires pour l’abolition de la prostitution. Cependant, elle considère que la réglementation de la prostitution pourrait se considérer comme une “revendication transitoire” à soutenir dans la période actuelle.

Nous ne croyons pas qu’une revendication transitoire puisse être formulée à partir de la capitulation à notre programme ou à l’affirmation d’un programme contraire à ce que nous défendons. Malheureusement, le constat c’est que dans les faits, Du Pain et des Roses s’engage pour le réglementarisme plus quotidiennement que dans des luttes abolitionnistes.

Au contraire, Las Rojas restent toujours abolitionnistes de la prostitution. Nous ne voyons pas l’intérêt de faire des concessions aux “syndicats” réglementaristes qui nous promettent de l’empowerment à travers de la banalisation et de la légitimation de la violence que les diverses situations de prostitution représentent, notamment la vente du consentement sexuel. Nous sommes contre le fait de donner aux consommateurs et aux lobbys proxénètes le pouvoir de continuer à exploiter les femmes migrantes, les trans et les mineur.e.s.

Il n’y a pas d’intérêt pour nous de jouer le jeu de la confusion des catégories qui veulent faire de l’abolitionnisme l’alibi conservateur des femmes à l’encontre des personnes en situation de prostitution. Nous sommes tout à fait contre la criminalisation et la persécution que subissent les femmes, cis et trans, en situation de prostitution de la part de la police. Mais nous luttons pour des meilleures conditions de vie pour toutes et contre la légitimation néolibérale de la précarité que nous vivons en ce moment.

Nous en profitons pour rappeler que l’abolitionnisme n’est pas transphobe par définition. Là où nous intervenons, nous luttons aux côtés des personnes trans pour leur intégration au marché du travail. En Argentine, nous avons acquis par la lutte le quota de travailleuses et travailleurs trans, une lutte principalement développée par des femmes trans qui étaient ou avaient été en situation de prostitution. Par conséquent, une très large intégration au travail authentique pour tout un secteur de la population a été rendue possible pour des gens qui ne voyaient plus d’autres options de survie que de s’exposer à la violence prostitutionnelle.

Non, Il n’y a pas de “revendication transitoire” qui pourra nous faire capituler d’une telle manière sur un objectif aussi stratégique que l’émancipation intégrale des femmes. Nous continuerons la lutte contre toutes les formes d’exploitation et violence envers les femmes, pour un féminisme abolitionniste et révolutionnaire.

 

[1] https://www.revolutionpermanente.fr/Prostitution-au-dela-du-debat-regulation-VS-abolition-la-lutte-contre-l-exploitation-des-femmes

[2] https://www.laizquierdadiario.com/Regulacion-o-Abolicionismo-Un-debate-que-no-tiene-solo-dos-posiciones-excluyentes

 

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