Chili : la défaite de l’«Apruebo» est la responsabilité du gouvernement Boric

Ce dimanche 4 septembre, les résultats du référendum constitutionnel chilien, censé permettre au pays de se débarrasser de la Constitution imposée par Pinochet en 1980, ont donné un retour défavorable.

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(Photo by Martin BERNETTI / AFP)

Par Izquierda Web, le 4 septembre 2022

 

Aujourd’hui, la tendance est totalement irréversible. Le rejet («Rechazo») de la nouvelle Constitution l’a emporté avec 62% des voix contre 37% pour l’adoption du projet («Apruebo»). Ainsi, pour l’instant, la Constitution actuellement en vigueur continue de s’appliquer.

Le résultat contraste énormément après une rébellion populaire extraordinaire en 2019. Suite aux événements, le peuple chilien s’était déjà exprimé massivement en dépassant le 70% pour la réalisation d’une convention constituante. Cependant, les manœuvres institutionnelles n’ont pas tardé à apparaître avec le conditionnement de l’Assemblée constituante (qui n’était ni libre, ni souveraine). De même, toutes les anciennes institutions sont restées au pouvoir et, à travers elles, un nouveau gouvernement a été mis en place.

Le résultat confirme que la campagne de la peur de ces dernières semaines a triomphé. Tout ce qui a été dit était déconnecté de la réalité : que la nouvelle Constitution était «socialiste», que l’État plurinational signifiait diviser le pays, que les travailleurs allaient se voir confisquer leurs maisons, etc. Avec le triomphe de cette campagne, il y a eu un virage électoral à droite au Chili.

La nouvelle Constitution était extrêmement limitée : elle ne touchait pas à la propriété capitaliste, ni même à aucun pilier important du capitalisme néolibéral chilien. Elle a introduit quelques réformes progressistes, comme le droit à l’avortement ou la reconnaissance des droits des peuples autochtones. Même avec toutes ses limites, si la nouvelle Constitution avait été approuvée, elle aurait permis à la mobilisation d’exiger la réalisation de ces nouveaux droits ainsi que de continuer à faire pression pour une véritable Assemblée constituante libre et souveraine, qui remettrait en cause les fondements du capitalisme chilien.

Le gouvernement de Boric est le principal responsable de tout cela. Après les attentes qu’il a suscitées parmi ceux qui remettent en cause «les 30 ans» du capitalisme néolibéral, il a décidé de pacter avec «l’aile progressiste» des derniers 30 ans et de former un gouvernement avec eux. Il a même capitulé devant la campagne de la peur, et pour rendre les propriétaires du pays heureux, il a promis de réformer la nouvelle Constitution une fois qu’elle serait approuvée, en éliminant tout ce qui était progressiste dans celle-ci. Voici les résultats.

L’appel à l’abstention lancé par des secteurs de la gauche a également contribué à donner cette victoire au régime, aux propriétaires du pays et à la droite.

Les contradictions que cette situation laisse sont nombreuses. L’énorme majorité du pays, comme cela a été pleinement démontré, ne veut pas que l’ancienne Constitution continue de régner, mais elle a cru les mensonges de la droite. Ainsi, rien n’a été résolu de tout ce qui s’est ouvert avec la rébellion de 2019.

La situation en Amérique latine devient donc très complexe. La réponse massive dans les rues à l’attaque réactionnaire contre Cristina Fernandez de Kirchner situe l’Argentine comme le pôle de défense des libertés démocratiques, ce qui contraste avec le Brésil où Bolsonaro prépare des mobilisations putschistes mercredi prochain.

Rien n’est résolu dans une région et dans un monde polarisé. Tout est ouvert, les résultats du référendum au Chili après la rébellion populaire de 2019 et le triomphe de Boric l’année dernière le prouvent. Nous suivrons de près les événements à venir.

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