L’échec de la prise du Capitole à la brésilienne

L’attaque des partisans de Bolsonaro à la Place des Trois Pouvoirs doit être contestée par la lutte dans la rue contre le néo-fascisme.

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Dimanche 8 janvier, des milliers de partisans de Bolsonaro ont occupé la « Place des Trois Pouvoirs » à Brasilia dans le but de créer les conditions d’un tournant réactionnaire du régime. Malgré la farce de cette action, il y a une crise politique profonde au Brésil qui ne peut pas, comme le veulent Lula et son gouvernement, être résolue par les institutions bourgeoises. Dans ce contexte, il est nécessaire de mettre en place un large mouvement antifasciste organisé à partir de la base en regroupant les syndicats, les mouvements et les organisations politiques engagés en faveur des droits démocratiques des masses et des opprimés.

Nous avons vu à Brasilia, dans le district fédéral, des milliers de partisans de Bolsonaro envahir et détruire les bâtiments du Congrès National, du Tribunal Suprême Fédéral et du Palais du Planalto, sièges respectifs du pouvoir législatif, du pouvoir judiciaire et du gouvernement fédéral. Ces bâtiments, qui concentrent les pouvoirs fédéraux de la République, disposés les uns devant les autres sur la place dite des Trois Pouvoirs, ont été envahis et pillés.

Il ne s’agit pas d’une action inattendue, d’un coup de théâtre : elle a été ouvertement et largement annoncée par les néo-fascistes. Bolsonaro a utilisé des instruments institutionnels et non institutionnels pour rester au pouvoir et, après les élections, il y a eu des blocages de routes, des campements devant les casernes, des émeutes à Brasilia et, maintenant, cette action coordonnée pour faire une démonstration de force. Tout cela sans la moindre condamnation, arrestation ou poursuite de ces putschistes.

Évidemment, ce coup politique de faible impact (bien qu’il peut être extrêmement dangereux, s’il n’est pas arrêté) n’a pas été suivi par la participation des larges masses, ni par le soutien direct de secteurs des forces armées, du grand capital ou de l’impérialisme. Cette attaque ne peut être comprise que dans un scénario où la défaite électorale de Bolsonaro n’a pas été directement accompagnée d’une défaite de l’ensemble du mouvement que Bolsonaro représente. Nous rappelons que le président sortant a réussi à faire élire trois gouverneurs, un grand groupe de parlementaires et qui jouit de la sympathie d’une partie importante des forces armées et répressives.

L’action d’aujourd’hui, outre ce contexte de défaite électorale de Bolsonaro mais de renforcement relatif de son mouvement d’extrême droite, de complaisance généralisée des institutions et de soutien de secteurs de la classe dirigeante, ne peut s’expliquer que par la complicité directe du gouverneur du District fédéral (DF), Ibaneis Rocha (MDB), et de son secrétaire à la Sécurité publique, Anderson Torres (qui fut le ministre de la Sécurité publique de Bolsonaro), qui, conscients des menaces, ont quitté Brasilia.

Il est certain que la responsabilité politique directe de cette action putschiste incombe au gouverneur Ibaneis Rocha, puisqu’il avait amplement connaissance du déplacement d’une centaine de bus, de la grande concentration devant le quartier général de l’armée et de l’intention des partisans de Bolsonaro d’envahir la Place des Trois Pouvoirs. Les informations qui nous parviennent au moment de la rédaction de cet article montrent que la police militaire du DF a été totalement complice du mouvement putschiste, car non seulement elle n’est pas intervenue pour contenir l’attaque, mais elle a en fait escorté la foule néofasciste du quartier général de l’armée à la Place des Trois Pouvoirs.

Face à la complicité ouverte d’Ibaneis Rocha dans le coup d’État, Lula a décidé de faire une intervention fédérale uniquement pour garantir la sécurité publique du District Fédéral. Jusqu’à présent, Lula et son gouvernement, qui étaient bien conscients du mouvement néo-fasciste, se sont limités (car il ne pouvait en être autrement en raison de leur caractère de classe ) à prendre une mesure institutionnelle dans le domaine de la sécurité publique. Lula n’a pas responsabilisé le gouvernement de Rocha et n’a pas fait le moindre appel à la mobilisation populaire pour démanteler le coup d’État néo-fasciste.

L’action d’aujourd’hui, malgré son caractère un peu farfelu, n’est pas fondée. Aujourd’hui, tout changement de régime ne peut passer sans que toutes les personnes impliquées (dirigeants, hommes d’affaires, politiciens, agents de la sécurité publique et forces armées) soient tenues directement et indirectement responsables. Cependant, comme nous l’avons souligné dans d’autres articles, le bolsonarisme est une force extra-parlementaire et néo-fasciste puissante qui agit avec des instruments institutionnels et extra-institutionnels avec la stratégie permanente de générer du chaos afin d’imposer un tournant réactionnaire dans le régime politique.

Par conséquent, face à la menace qui pèse sur la souveraineté populaire et sur les droits démocratiques d’organisation et de lutte, les exploités et les opprimés ne peuvent pas (comme le veulent Lula, le PT et leur gouvernement de conciliation de classe) rester immobiles et attendre l’action des institutions bourgeoises face au néo-fascisme. Il est nécessaire, tout en maintenant toute l’indépendance politique face au gouvernement Lula, de mettre en place, par la base, l’unité d’action antifasciste dans les rues. Pour organiser et mobiliser directement toutes les forces politiques, syndicales, populaires et étudiantes, ainsi que toutes les organisations qui se réclament démocratiques. Cette unité d’action doit servir à exiger immédiatement dans les rues la destitution d’Ibaneis Rocha, l’arrestation et la poursuite d’Anderson Torre et de tous les responsables et complices de cet essai de coup d’État, et organiser un mouvement dont la tâche politique est d’écraser le néo-fascisme au Brésil.

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