Résolutions du Premier Congrès international des travailleurs de plateformes

Les 24, 25, 26 et 27 avril des centaines de travailleurs venus de 15 pays sur 3 continents se sont réunis à Los Angeles, en Californie, lors du Premier Congrès International des Travailleurs de Plateformes.

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Les 24, 25, 26 et 27 avril des centaines de travailleur.euse.s venu.e.s de 15 pays sur 3 continents se sont réuni.e.s à Los Angeles, en Californie, lors du Premier Congrès International des Travailleur.euse.s de Plateformes. Les délégations réunies ont discuté des problèmes et des défis des travailleur.euse.s de plateformes, dans le but de renforcer la lutte pour la reconnaissance de la relation salariale et pour garantir des conditions de travail dignes pour tous.tes. Le Congrès a voté une Déclaration de principes, qui a posé les bases d’une coordination internationale des travailleur.euse.s de plateformes en lutte pour leurs droits. 

 

Premier Congrès international des travailleurs de plateformes
Avril 2023, à Los Angeles

Déclaration de principes

1° Les conducteur.rice.s et les livreur.euse.s sont des employé.e.s comme les autres. Peu importe la plateforme, qu’elle soit déjà existante ou en devenir. Ils ne sont ni associés, ni entrepreneur.euse.s indépendant.e.s, ni collaborateur.ice.s. Nous accomplissons nos tâches dans des conditions imposées par l’entreprise en échange d’un salaire, en conséquence la première exigence de ce Congrès est la reconnaissance légale de cette relation de travail, de plein droit, afin de garantir des conditions de vie justes et équitables pour nous et nos familles.             

2° Les modèles économiques des entreprises de travail de plateforme reposent sur la négation de notre statut d’employé.e.s, pour nous exploiter et réaliser des profits. Ils se présentent comme des prestataires de services intermédiaires, cachant la véritable source de leurs profits : l’exploitation sinistre de leurs travailleur.euse.s, qu’ils privent de tous leurs droits fondamentaux. Ces capitalistes opèrent de manière délibérée, systématique et coordonnée au niveau international, investissant des millions de dollars pour continuer à nier nos droits les plus fondamentaux, luttant contre toutes les tentatives de syndicalisation et d’organisation des travailleur.euse.s défendant des revendications.  

En outre, ils ont des liens avec les gouvernements du monde entier et agissent en conséquence pour essayer d’empêcher tout type de réglementation qui pourrait accorder des droits aux travailleur.euse.s. Il n’y a donc pas de terrain d’entente entre les travailleur.euse.s de plateformes et leurs employeurs. Ce Congrès préconise une indépendance politique totale des organisations de travailleur.euse.s de plateformes vis-à-vis des entreprises.                

3° Le travail de plateforme est un secteur en croissance avec des centaines de milliers de travailleur.euse.s dans le monde. Notre force réside dans l’unité et la solidarité collective pour renforcer et faire avancer nos revendications. Ce Congrès encourage la création et le renforcement des syndicats de bases, ou d’organisations ouvrières de toute autre nature, afin de lutter pour leurs droits. Nous appuyons sans réserve le droit à la syndicalisation, que les entreprises et les gouvernements du monde entier doivent reconnaître. Notre force réside dans la lutte, avec la rue pour une participation massive des travailleur.euse.s, avec des syndicats pour tous.tes.                          

4° La privation totale de droit du travail nous place dans une situation professionnelle extrêmement précaire, nos métiers étant parmi les plus affectés par cette absence de droit dans le monde. Le capitalisme du XXIe siècle pratiqué par ces entreprises a l’intention de faire reculer le droit du travail de 200 ans, et de traiter leurs travailleur.euse.s comme des esclaves. Ce Congrès exige des entreprises du secteur et des gouvernements mondiaux une prise en compte intégrale de nos droits, internationalement reconnu. Par conséquent, nous exigeons  une table des négociations démocratique pour discuter des taux de commande et  la mise en œuvre d’un salaire équitable, de pensions, d’arrêts maladies rémunérés,  de congés payés et d’une assurance maladie et professionnelle.                                        

5° Les femmes et les personnes LGBTQI sont deux fois plus exposés aux violences lors de leurs activités professionnelles dans la rue. Nous n’avons aucune entité à qui nous adresser en cas d’accident. En parallèle, nous n’avons aucun congés spécifiques, comme le congé  maternité. Le travail de plateforme doit reconnaître les droits de tous.tes les travailleur.euse.s et fournir des protocoles de prévention contre la violence.                                                

6° La gestion des processus de travail par algorithme, présenté comme une innovation technologique, est en fait un mécanisme de contrôle et de subordination pour les travailleur.euse.s, contrôlant ainsi les taux de productivité, l’organisation et les salaires. Cela témoigne de la relation de travail que nous entretenons avec les entreprises. Parallèlement, les algorithmes sont gardés cachés par les entreprises, conservant leur gestion et l’utilisation des données personnelles pour leurs propres bénéfices. L’utilisation de cette technologie  vise à accroître l’exploitation des travailleur.euse.s et des usagers. Le capitalisme du XXIe siècle empiète de plus en plus sur tous les secteurs du travail, les annexant à un système d’exploitation numérique. Nous exigeons la transparence des algorithmes, qu’ils soient open-source et simplement expliqués, afin que les conséquences de ces mécanismes deviennent clairement visibles et que nous puissions résister au contrôle des entreprises sur nos vies. Nous rejetons toutes les attaques sur nos conditions de travail, dans les tentatives de numérisations systématiques de tous les secteurs d’activités.                                                  

7° Les travailleur.euse.s de plateformes effectuent leur travail en extérieur et sont très vulnérables. Nous travaillons pendant les vagues de chaleur, le froid extrême et bien d’autres conditions météorologiques défavorables. Nous sommes, par conséquent, exposé.e.s à des accidents et des agressions, si nous perdons nos outils de travail (véhicules, téléphones), non seulement nous devons les remplacer nous-mêmes, mais aussi dans l’intervalle, nous sommes incapables d’effectuer notre travail. Pour cette raison, nous demandons aux entreprises et aux gouvernements de fournir des points de soutiens aux travailleurs de plateformes. Nous exigeons des endroits pour nous loger, nous reposer, réparer nos véhicules ou nous hydrater. Les entreprises devront également fournir nos outils de travail, nos équipements et des lieux précis à proximité des magasins pour assurer la sécurité de nos véhicules.                                         

8° La pression à laquelle ces entreprises nous soumettent est de plus en plus grande. Des changements constants sont mis en œuvre dans les applications nous concernant comme l’augmentation de la distance à couvrir pour chaque commande, le passage par des routes et zones dangereuses, pour lesquelles des pénalités sont appliquées si nous ne les acceptons pas. Il en résulte des journées de travail de 10 ou 12 heures, 6 ou 7 jours par semaine, ce qui est beaucoup plus élevé que dans d’autres secteurs d’activités. Par conséquent, il est nécessaire d’établir des limites de temps clairement définies pour la journée de travail, ne devant pas dépasser 6 ou 8 heures, avec un salaire équitable et la prise en compte d’heures supplémentaires en cas de session plus longue. Il est aussi nécessaire de réguler le poids des commandes, afin de limiter les impacts sur notre santé.            

9° Le travail de plateformes à travers le monde repose en grande partie sur les travailleur.euse.s migrant.e.s et est très souvent effectué par des travailleur.euse.s noir.e.s. Un grand nombre d’entre eux sont sans papiers, sans réseaux de soutien, et sont susceptibles d’être harcelés par la police ou de tomber en proie à des escroqueries. Ce Congrès se déclare pour la défense inconditionnelle des droits des travailleur.euse.s migrant.e.s, pour leur intégration dans la société ainsi que pour des conditions de vie et de travail dignes. Ce Congrès se déclare ainsi, contre toutes les attaques et discriminations racistes sur les travailleur.euse.s de plateforme. 

10° Les travailleur.euse.s s’organisant et revendiquant leurs droits, sont constamment soumis à un comportement arbitraire de la part des entreprises. Elles affirment leurs positions anti-syndicale en bloquant nos applications signifiant une forme de licenciement. Dans le même ordre d’idées, partout dans le monde, les organisateurs syndicaux et les dirigeants ont subi des menaces de violences et même des menaces de mort pour avoir tenu tête aux politiques d’exploitation et de précarité des entreprises d’applications. Ce Congrès est fermement opposé à toutes représailles contre les organisations ouvrières et les travailleur.euse.s qui luttent pour leurs droits. Nous exigeons la protection contre les licenciements et les suspensions, ainsi qu’une protection contre toutes formes de violences pouvant toucher les travailleur.euse.s et référent.e.s syndicaux.

11° Le travail de plateformes est un phénomène mondial du capitalisme du XXIe siècle. Nous sommes confrontés au même modèle et aux mêmes conditions de travail dans de nombreux pays, liant ainsi tous les travailleur.euse.s dans la lutte. Les entreprises de ce secteur sont de grands conglomérats qui opèrent au niveau multinational et ne connaissent pas de frontières. Notre lutte non plus. C’est la raison pour laquelle nous avons organisé ce Congrès, pour renforcer la solidarité et la coordination internationale afin de construire un mouvement international massif pour conquérir de nouveaux droits. Nous allons travailler à renforcer l’organisation des travailleur.euse.s de plateformes afin de lutter pour nos droits partout dans le monde. Travailleur.euse.s du monde entier, unissez-vous !  

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