Palestine, Arménie, Soudan, Congo : la barbarie capitaliste de la guerre

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Depuis le 7 Octobre, l’Etat d’Israël a amplifié ses attaques contre les territoires palestiniens de Gaza et de Cisjordanie. C’est désormais un génocide assumé qui est en cours, une destruction de toutes traces de l’existence des palestinien.ne.s dans la région. On regarde avec effroi les bombardements d’églises et de mosquées millénaires ainsi que le rasage au bulldozer de la ville de Gaza.

Bien que toute notre attention se porte sur la Palestine, les génocides et nettoyages ethniques ont lieu partout dans le monde en ce moment même, les conséquences d’une crise mondiale du capitalisme qui ne vit plus de la stabilité et se régénère dans l’instabilité, les impérialistes occidentaux ne tiennent plus et les puissances émergentes réorganisent le monde, elles aussi sans considération pour les peuples. 

 

Arménie et Azerbaïdjan, une guerre pour le Haut-Karabakh. Russie et Turquie, une guerre pour le Caucase

 

Le Haut-Karabakh (“Artsakh” en arménien), région majoritairement et historiquement arménienne de l’Azerbaïdjan est la cause de tensions et de guerres entre les deux pays depuis la chute de l’URSS, la région de jure azerbaïdjanaise, de facto arménienne de 1991 à 2020 est de nouveau sous le contrôle de Bakou depuis le début de la guerre en Ukraine. 85% de la population du Haut-Karabakh (soit 100 000 personnes) a fui vers l’Arménie et le gouvernement azerbaïdjanais envoi des azéris repeupler la région.

Dans une situation similaire à la Guerre des Balkans suite à la chute de la Yougoslavie, la rivalité entre les arménien.ne.s et les turc.qu.es azéris à refait surface avec sa guerre de territoire.

Il suffit de regarder une carte de la région pour comprendre le problème : l’Arménie dispose d’enclaves en Azerbaïdjan et une de ses régions (le Haut-Karabakh) appartient à son voisin, l’Azerbaïdjan dispose lui aussi d’enclaves en Arménie, pays qui le coupe en deux et isole la région du Nakhitchevan.

Une décision arbitraire de Staline est à l’origine de ce découpage ne respectant ni géographie ni aires culturelles. Si c’est aujourd’hui l’Azerbaïdjan qui massacre les arménien.ne.s, dans les années 1990 c’est l’Arménie qui a nettoyé ethniquement la région du Corridor de Latchine pour relier le Haut-Karabakh à son territoire principal.

Aujourd’hui les deux armées bombardent des villages le long de la frontière devenue une véritable ligne de front, ces attaques servent de négociation pour le contrôle du Haut-Karabakh, dans ces attaques ce sont surtout des civil.e.s et des jeunes en service militaire obligatoire qui perdent la vie.

Ce conflit régional n’est que la façade d’une guerre par procuration que se livrent la Russie et la Turquie pour le contrôle du Caucase. La Russie qui a été historiquement l’arbitre de la région depuis l’Empire Russe est un important allié de l’Arménie, son armée a plusieurs fois fait du maintien de l’ordre à balles réelles contre les diverses révoltes du peuple arménien de 2008 à 2018, période de crise économique et protégeait l’Arménie contre une attaque de l’Azerbaïdjan dans le cadre de l’alliance militaire OTSC.

Depuis le gouvernement élu démocratiquement en 2018 et la guerre en Ukraine en 2020, le pays cherche à s’éloigner de la Russie et à se rapprocher de l’Union Européenne comme l’a fait l’Ukraine. La Russie a cependant besoin de l’AzerbaÏdjan pour blanchir son gaz et le vendre à l’Europe.

La Turquie alliée de l’Azerbaïdjan à un plan en plusieurs étapes pour le Caucase : la prise du Haut-Karabakh, la création d’un corridor entre le Nakhitchevan et l’Azerbaïdjan le long de la frontière iranienne, l’annexion du sud de l’Arménie pour unifier réellement l’Azerbaïdjan et enfin l’annexion du Nord de l’Iran peuplé d’azéris, qui doublerait la taille du pays. Tout cela permettrait une importante côte le long de la mer Caspienne et donc de relier la Turquie aux nations turques d’Asie Centrale.

L’Union européenne qui s’affiche en soutien de l’Arménie ne peut pas couper ses relations avec l’Azerbaïdjan qui l’approvisionne en gaz (+30% d’exportation depuis le blocus de la Russie et gaz russe blanchi).

Ce que vit actuellement la population du Haut-Karabakh est la conséquence d’un conflit des puissances de la région, la Russie ne peut plus maintenir la paix régionale bénéfique à son économie et la Turquie se sert de cette guerre de territoire comme point de départ de son projet expansionniste.

Les peuples des deux pays sont cependant sur la voie de la révolte sociale et ne doivent pas tomber dans les rivalités nationalistes de leurs bourgeoisies, simples pions des impérialistes.

 

7 millions de personnes déplacées au Congo 

Près de 7 millions de personnes ont été déplacées au sein de la République démocratique du Congo et 200 000 personnes ont fui leur foyer depuis octobre, et ce dans un silence quasiment total des médias. 

Les combats se font de plus en plus fréquents dans l’Est du pays où s’affrontent le groupe armé M23 et le mouvement dit d’autodéfense des Wazalendo (voulant dire “patriotes” en swahili), avec également la présence de soldats étrangers depuis janvier, poussant la population à fuir Goma. 

Une situation critique, donnant lieux à des témoignages des civil.e.s dans lesquels on entend parler de “violation des droits de l’homme” de la part des Wazalendo qui “emprisonnent des civil.e.s dans des caves, dans des conditions inhumaines”,  des prisons qu’iels appellent “kiboro”. Ce à quoi le porte-parole des groupes armés, membre de Wazalendo, répond qu’il reconnaît qu’il y ait eu quelques “dérapages” mais rejette l’idée que les Wazalendo “représentent une menace pour la sécurité du Nord-Kivu”. Le gouverneur militaire du Nord-Kivu a interdit la présence de ces groupes à Goma et derrière les lignes des FARDC, armée de terre de la République démocratique du Congo, dans un communiqué le 25 octobre 2023. 

 

Une guerre “civile” sans le peuple au Soudan

Une grave crise humanitaire touche le Darfour, région désertique occidentale du Soudan depuis 2003, aux origines de cette crise, une stratégie de l’ancien dictateur Omar Al-Sharif pour éviter la révolte populaire. Vers 2000, la population massalit du Darfour historiquement délaissée est sur la voie de la révolte, elle ne survit que par l’exploitation du peu de terres arables du Sahel.

Le régime encourage les tribus arabes nomades à terroriser la population sédentaire, ils massacrent, détruisent les récoltes agricoles et violent les femmes, c’est un chef d’une de ces tribus Mohamed Hamdân Dogolo dit “Hemedti” qui devient gouverneur du Darfour.

En 2011, quand le Soudan du Sud devient indépendant, le Soudan perd deux tiers de ses réserves de pétrole et plonge dans une crise économique, le FMI impose au pays un plan d’austérité alors que 70% des dépenses publiques allaient déjà à l’armée. Commence ainsi une longue révolte des soudanais.e.s qui mènent à la destitution d’Al-Sharif en 2019.

Durant cette période les combattants arabes sont organisés par le régimes en milice privée : les Forces de Soutien Rapide (“FSR”), elles maintiendront le Darfour sous la terreur.

C’est pendant cette période d’alliance avec le régime d’Al-Sharif que les FSR vont devenir ce qu’elles sont aujourd’hui : en exploitant les importantes mines d’or du Darfour, en se battant pour le compte de l’Arabie Saoudite au Yémen et en formant ses soldats auprès de la milice russe Wagner alors présente au Sahel. Les FSR se retrouvent ainsi avec autant de ressources financières, matérielles (armes de pointe) et humaines que l’armée nationale soudanaise.

A la chute d’Omar Al-Bashir en 2019, un général de l’armée Abdel Fattah Al-Burhan va avec Hemedti profiter de la crise pour prendre le pouvoir, prétextant une future transition démocratique, celle-ci n’arrivera jamais, et la cohabitation des deux militaires ne dure pas, avec leur armée respective, ils vont plonger le Soudan dans une guerre pour le pouvoir sans aucune considération pour la population civile.

C’est dans cette situation que la crise au Darfour empire, les FSR ont commencé un véritable nettoyage ethnique des massalits par les armes et la famine, 70% des habitant.e.s d’El-Geneina soit 420 000 personnes ont fui vers les pays voisins principalement le Tchad lui aussi en pleine crise.

C’est une destruction de l’existence tout entière des massalit auquel s’attaque les FSR, les milliers de civil.e.s tué.e.s sont enterré.e.s dans des fosses secrètes ensuite camouflées, tout.e.s les intellectuel.le.s massalits sont immédiatement abbatu.e.s : avocat.e.s, ingénieur.e.s, fonctionnaires, artistes, professeur.e.s et militant.e.s. Les cimetières sont rasés, les registres brûlés et les objets culturels détruits.

La population du reste du pays vit dans une extrême pauvreté, les principaux secteurs d’activités du pays ont été militarisés, les islamistes du régime d’Al-Bashir sont appelés en renfort par Burhan, qui s’en était débarrassé en 2019 pour faire illusion de changement, et les deux armées ne portent aucune attention à elles dans les zones de combats, la survie ne se fait que grâce aux comités de résistance qui s’était formés lors de la révolution de 2019.

Depuis le début de la crise, la communauté internationale n’a apporté aucun soutien matériel à la population soudanaise, seul Médecins sans Frontière est présent sur place, les seuls pays qui tentent de calmer la situation sont les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite, mais on ne voit là que des intérêts pétroliers.

De son côté l’Union Européenne à au début soutenu Hemedti qui promettait d’empêcher les migrations subsahariennes vers l’Europe, mais ce dernier n’est plus considéré comme fiable.

Aujourd’hui le Soudan est un pays qui sert de champ de bataille à deux bourgeoisies rivales, un pays qui n’a pas d’intérêt à être stable pour les Etats impérialistes, le chaos leur profitant plus. Le peuple du Darfour est sur le point de disparaître à cause d’une tension ethnique qui avait pour but de diviser pour mieux régner. La situation au Soudan ne peut s’améliorer qu’en dégageant les militaires du pouvoir, et par l’auto-organisation du peuple dans la continuité de la solidarité des comités de résistance.

Les peuples sont pris au piège des conflits bourgeois dans différents types de conflits, comme la guerre par procuration au Haut-Karabakh et la guerre civile au Soudan. Il faut dégager les colons et être indépendant.es des gouvernements bourgeois au service des grands impérialistes. Les cas de cet article sont tous des pays en crise ayant connu ou étant sur la voie de la révolte. Ces révoltes font peur aux bourgeoisies et nous devons nous montrer solidaires de ces peuples. Avec la perte de contrôle de la France en Afrique et de la Russie dans la sphère post-soviétique, ce genre de conflits ne deviendra que plus courant. Quand le capitalisme est menacé, les attaques réactionnaires sont ses moyens de s’en sortir. Nous assistons à une époque des crises et des guerres, ce sont aussi des moments propices aux révolutions.

 

Hamza Mouf et Samia Djellal

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