1er Mai : Histoire d’une lutte ouvrière

Histoire de la journée internationale des travailleurs.

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Gravure de 1886 parue dans le journal Harper's Weekly représentant le drame de Haymarket Square

Chaque année, les militants anticapitalistes répètent à qui veut bien l’entendre : le 1er mai n’est pas la “fête du travail” mais “la journée internationale des travailleurs”. Depuis sa création, la journée du 1er Mai est passée à travers les tentatives de diabolisation et les récupérations politiques. Retour en quelques lignes et anecdotes sur cette journée centrale dans l’histoire des luttes ouvrières.

 

Les pendus de Chicago

Le 1er mai trouve son origine dans la seconde moitié du XIXème siècle. En pleine révolution industrielle, les journées de travail durent entre dix et dix-sept heures pour les hommes, les femmes et les enfants. Certains mouvements ouvriers commencent à se former à travers le monde pour demander la réduction du temps de travail, mais la répression est féroce. Après avoir essuyé plusieurs échecs, les ouvriers laissent tomber les révoltes épisodiques et se coordonnent en grandes organisations afin de répandre les idées socialistes et communistes et être plus forts et nombreux dans l’action. En France, le droit de coalition (de grève) est accordé en 1864. La même année est créée l’Association internationale des travailleurs plus connue sous le nom de la Première Internationale.

Aux Etats Unis, le syndicat Les Chevaliers Du Travail compte plus de 700 000 adhérents en 1886. Ils furent parmi les premiers à utiliser la grève comme moyen d’action régulier. Lors de leur congrès de novembre 1884, ils avaient pris une décision : à partir du 1er mai 1886, la journée de travail serait de huit heures, et pas une de plus. D’après Gabriel Deville, ils avaient choisi la date du 1er mai parce que c’était le premier jour des années comptables dans les entreprises. Les grèves et manifestations sont massives et s’étendent lors des jours suivants. Le 3 mai, lors d’un meeting organisé au Haymarket square à Chicago, une bombe blesse une soixantaine de policiers. En représaille, huit militants sont jugés arbitrairement, dont cinq à la pendaison. Si cette journée du 3 mai entache l’image du mouvement ouvrier dans l’opinion publique, les cinq pendus deviennent des martyrs de la cause ouvrière dans le monde entier : le 1er Mai entre dans l’Histoire.

 

Importation et victoires en France

En Europe, les syndicats et les idées socialistes étaient aussi en plein essor dans les années 1880. Toutes les organisations s’étaient mises d’accord pour mettre en place une journée de rassemblement international afin de porter collectivement la revendication de la diminution du temps de travail. La Deuxième Internationale, réunie à Paris en juillet 1889, décide de la date du 1er mai pour s’accorder avec l’American Federation of Labor des États Unis . Le 1er mai 1890 a donc lieu la première manifestation internationale ouvrière.

En France, certains premiers mai ont plus marqué les esprits que d’autres. Notamment celui de 1891. Dans la cité ouvrière du Nord, les Fourmies, les affrontements entre grévistes et forces de l’ordre font quatre-vingt blessés dont dix morts. La répression de cette journée est à l’image de celle qui s’abat désormais chaque année sur les travailleurs. Reprenant le slogan de leurs homologues américains, les syndicalistes révolutionnaires français, très en vogue à l’époque, annoncent qu’à partir du 1er mai 1906, les journées de travail se limiteront à huit heures. Clémenceau, alors ministre de l’intérieur, déploya sur tout le pays un arsenal répressif sans précédent, 50 000 soldats rien qu’à Paris, ce qui créa de nombreuses tensions et affrontements. Malgré la répression, les grévistes arrachèrent au gouvernement l’instauration d’un repos hebdomadaire dans toutes les entreprises. Le même Clémenceau, cette fois chef du gouvernement, réitéra en 1919. Il ne put cependant pas faire taire les grèves ouvrières qui atteignirent leur apogée ce jour-là, célébrant le vote de la journée de huit heures qui avait enfin été votée quelques jours auparavant.

Cette journée de mobilisation internationale a continué de porter ses fruits pendant de nombreuses années. En 1936, il célèbre la victoire électorale du Front Populaire et lance un grand mouvement de grèves par lequel les travailleurs obtiennent la semaine de 40 heures et les congés payés. 

 

Reconnaissance légale

Pendant des années, le Premier mai fut un cailloux dans la chaussure des bourgeoisies capitalistes européennes et américaines. Ces manifestations donnaient l’occasion aux travailleurs de s’organiser pour conquérir leurs droits avec l’appui de syndicats puissants dans tous les pays. En France, le régime de Vichy mit un coup d’arrêt à l’élan révolutionnaire socialiste qui s’était construit autour de cette journée de mobilisation. A son arrivée au pouvoir, un premier mai qui coïncidait aussi avec la Saint-Philippe, Pétain inscrivit le Premier Mai au calendrier, plus en tant que “fête internationale des travailleurs” pour célébrer les victoires du camp ouvrier, mais en tant que “fête nationale du travail”, manière pour lui d’ancrer dans l’esprit collectif le travail comme pilier de la société qu’il souhaitait.

Le premier mai devint un jour chômé et payé en 1947, vidé de l’essence révolutionnaire qu’il portait à sa création.

 

Information importante : le muguet !

Militants, militantes, lors de vos défilés, rangez vos brins de muguet ! Ils ne sont que le symbole d’une bourgeoisie démunie face aux offensives ouvrières.

Lors de la première marche aux Etats Unis, les manifestants portaient comme symbole un petit triangle rouge représentant leur revendication : “huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures de loisirs”. En France, le triangle est remplacé par une fleur de printemps, l’églantine rouge, reprenant la couleur du communisme et du socialisme. Elles étaient portées par les ouvriers du Nord massacrés en 1891. Les élites bourgeoises et patronales avaient en horreur ce drapeau rouge accroché à toutes les vestes. Elles ont alors monté par voie de presse, à partir de 1907,  un mythe autour du muguet, autre fleur du printemps appelée “les larmes de la Vierge Marie”. La fleur prit petit à petit sa place lors des défilés. Quand Pétain officialise sa “fête du travail”, trop content de trouver la fleur de muguet, symbole de valeurs traditionnelles et royalistes avec la couleur blanche, il l’imposa comme seule fleur à accrocher aux boutonnières.

Le muguet est le symbole contre-révolutionnaire qui a supplanté l’Églantine ouvrière. Alors, militants du camp révolutionnaire des travailleurs, ne faîte pas cette fleur aux réactionnaires et laissez tomber vos muguets. Dans vos marches, en scandant vos revendications pour plus d’égalité, de droits au travail, de partage des richesses, arborez fièrement vos églantines rouges ou vos petits triangles antifascistes et anticapitalistes.

 

Sources :

Article L’Histoire “Le Mai des ouvriers” : https://www.lhistoire.fr/le-mai-des-ouvriers

Article Histoire Pour Tous “Fête du travail” : https://www.histoire-pour-tous.fr/dossiers/5580-la-fete-du-travail-en-france-et-dans-le-monde-1er-mai.html

Vidéo Yann Bouvier “Le Muguet, fleur des travailleurs ?” : https://youtu.be/KVGkesp3Ybw?si=h5m0bpzBHwV3wksy

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