Réponse à Macron : sa vision rétrograde et dangereuse de la famille

Le 7 mai, le magazine ELLE publiait un entretien avec le président de la République, abordant les question du mouvement #MeToo, de la notion de consentement, ou encore l’accès effectif à la PMA.

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Macron y est aussi revenu sur la condition des familles monoparentales qui représentent entre 1,5 et 2 millions de familles françaises,et qui sont, à plus de 80%, à la charge des mères. En une phrase, le président a réussi à faire bondir la majeure partie des organisations féministes et de protection des enfants en annonçant vouloir “ouvrir le débat” sur un “devoir de visite” pour tous les parents, en particuliers les pères, qui n’ont plus la garde de leur enfant. Pour ce “devoir de visite et d’accompagnement jusqu’à l’âge adulte des enfants”, Macron n’a évidemment pas précisé s’il comptait élargir cette mesure aux deux parents quand les enfants sont placés par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Ces enfants étant toujours oubliés alors qu’ils étaient au nombre de 200 000 en France en 2020.

 

Une fausse bonne idée

Comme d’habitude, quand le Président essaye de faire dans le progressisme, il faut se tenir sur ses gardes. Les associations crient à la fausse bonne idée concernant ce devoir de visite, et pour cause. Cette proposition ne prend absolument pas en compte un paramètre essentiel des familles monoparentales : les raisons pour lesquelles les femmes se retrouvent à élever seules leurs enfants. Pour une partie d’entre elles, c’est un choix. De plus en plus de femmes ont recours à l’adoption ou à la PMA (Procréation Médicalement Assistée), légalisée depuis 2021 pour les femmes seules, et fondent des familles en tant qu’unique parent. Pour beaucoup, leur désir d’enfant n’est pas lié à un  désir d’avoir un partenaire de vie. Une étude d’IPSOS de 2021 a montré que les femmes sont beaucoup plus exigeantes sur le profil de leur potentiel futur conjoint. De manière générale, elles sont moins prêtes à supporter que les tâches ménagères ne soient pas réparties, les comportements sexistes, voire les violences. Elles renoncent alors au modèle traditionnel, préférant être seules que mal accompagnées. Pour la plupart, elles ne restent pas isolées, et s’entourent même de figures masculines qui pourraient supplanter la figure d’un père. 

Quel serait alors l’intérêt d’introduire de façon ponctuelle un père biologique complètement étranger à toute la famille ? A part faire penser à l’enfant que sa famille ne serait pas normale et lui imposer une figure paternelle à laquelle il devrait être attaché. Cependant, ces femmes restent minoritaires.

 

Aveugle face aux parents dysfonctionnels et violents

Dans la plupart des familles monoparentales, la violence est au cœur de la séparation avec le père des enfants. 60% des femmes seules ont vécu des violences conjugales, dont la moitié lors de la rupture, et 13% ont continué à en vivre durant l’année qui a suivi la rupture. Les enfants deviennent alors, pour l’ex conjoint violent, un moyen de chantage, de pression et de contrôle sur la mère. De plus, dans la majorité des cas, l’enfant a lui aussi subi des violences. En France, on estime à 4 millions le nombre d’enfants impliqués dans les violences conjugales. On compte aujourd’hui un infanticide tous les 5 jours sous les coups d’un des parents, et les trois quarts des 67 enfants morts recensés par la police en 2016 avaient moins de 5 ans. 

Les associations estiment également que 160 000 enfants sont victimes d’inceste chaque année, et que, dans 30% des cas, c’est le fait du père. Imposer à tous les enfants de voir leur père régulièrement pourrait, au pire, les mettre en danger eux et leur mère, au mieux leur rappeler les violences et traumatismes qu’ils ont vécu. Dans tous les cas, ces visites seraient néfastes pour le bon développement de l’enfant. Et si le “devoir d’accompagnement” impliquait une obligation d’hébergement des enfants, même ponctuelle, le risque d’être victime de négligence s’ajouterait au risque de violence. 

La négligence est inscrite dans le code pénal comme maltraitance depuis 1994, et est caractérisée par la privation volontaire ou non de nourriture, de soins, de sommeil ou d’accès à l’éducation. Elle est l’une des premières raisons pour lesquelles les enfants sont retirés d’un ou de leurs deux parents. Emmanuel Macron a visiblement oublié que certains parents ne savent pas s’occuper de leurs enfants, voire sont extrêmement dangereux pour eux.

Mais admettons que Macron ne viserait que les père démissionnaires, ceux qui, après la séparation, ne prennent plus aucune part dans la vie des enfants. La soustraction à ses obligations sans justification de la part d’un parent est aussi condamnée comme une maltraitance. A un certain niveau, elle est même assimilée à un abandon familial. Ces pères-là ne sont pas attachés à leurs enfants, ils ne les aiment pas. Et on voudrait les obliger à venir les voir ? Ce serait obliger les enfants à rester attachés à un père qui ne veut pas d’eux, une souffrance dont ils pourraient se passer. On peut imposer des visites, on ne peut pas imposer l’amour. Les enfants n’ont pas besoin d’un parent indifférent.

 

Une mesure profondément réactionnaire et autoritaire

Contrairement à ce qu’il prétend à la fin de l’entretien, Macron n’a absolument pas pour objectif de “protéger les enfants et les familles”, c’est même tout l’inverse. La journaliste peut toujours insister en demandant s’il vaut vraiment mieux “un père présent malgré lui qu’un père absent”, Macron persiste et signe. Le devoir de visite est une “mesure fondamentale”. 

Alors que 170 000 enfants sont surveillés par l’ASE faute de pouvoir être placés, que 77% des juges pour enfants disent renoncer à un placement par manque de moyens, que les associations féministes alertent sur le manque de logements d’urgence pour les femmes violentées et leurs enfants, le gouvernement Macron supprime des financements à des associations, coupe dans le budget de la justice et se moque éperdument des préconisations de la CIIVISE.En réponse à sa propre inaction, le gouvernement propose aux familles violentées de leur imposer la présence de leur bourreau. Quelle brillante idée !

Mais ne soyons pas naïfs, cette mesure n’a rien d’aléatoire ou de maladroite. Elle s’inscrit dans la ligne autoritaire et réactionnaire que mène le gouvernement. Macron s’en cache à peine. Lors de l’entretien, il justifie son idée par le fait que pour qu’un enfant soit équilibré, il lui faut “un père, une mère”. Un slogan qui nous ramène aux heures sombres de 2013, lorsque les réactionnaires s’opposaient aux mariages pour les couples homosexuels. Il continue en disant qu’un enfant qui ne voit pas son père, “c’est un enfant dont le développement affectif et éducatif n’est pas le même”. Cette phrase pourrait passer inaperçue si elle ne faisait pas directement écho aux propos tenus par le même Macron sur France 2 en juillet 2023, durant la période des révoltes urbaines suivant la mort du jeune Nahel. Le Président avait alors ciblé le profil des révoltés, selon lui “fragilisés, soit parce qu’ils sont dans des familles monoparentales, soit parce qu’ils sont à l’Aide Sociale à l’Enfance”. Il en avait appelé à “un retour de l’autorité à chaque niveau, et d’abord dans la famille.” Le puzzle s’assemble. Le “devoir de visite” n’est pas là pour responsabiliser les pères, mais pour ramener une figure d’autorité à la maison, quelles qu’en soient les conséquences.

Si seulement Emmanuel Macron était seul dans son projet, mais la droite sénatoriale lui a emboîté le pas. Peu après son annonce, le groupe Les Républicains du Sénat a déposé une proposition de loi pour mettre en place ce devoir de visite. Cette loi propose, entre autres, de supprimer dans le Code civil la possibilité pour les juges de refuser le droit de visite et d’hébergement pour motif grave. Cette mesure est l’une des seules protections qui existent pour éloigner les enfants de parents abusifs.

La droite de ce pays est tellement obsédée par sa vision rétrograde de la famille et son désir d’ordre qu’elle est prête à mettre en danger de nombreux enfants et parents de ce pays. Il faudra nous en souvenir ! Certaines organisations comme le Comité de Vigilance des Enfants Placé.es ont déjà commencé à travailler pour protester et se lever contre cette mesure. Soutenons-les, rejoignons-les, ne laissons pas les enfants les plus fragiles de ce pays être encore plus mal traités et surtout, ne laissons pas encore l’extrême droite mettre un pied dans nos familles !

 

Sources :

 ELLE « Ces propos d’Emmanuel Macron sur les familles monoparentales ne passent pas »: https://www.elle.fr/Societe/News/Ces-propos-d-Emmanuel-Macron-sur-les-familles-monoparentales-ne-passent-pas-4141422

ELLE : Un devoir de visite pour les pères ? Macron ouvre le débat : https://www.elle.fr/Societe/Interviews/Entretien-exclusif-Un-devoir-de-visite-pour-les-peres-Macron-ouvre-le-debat-4233075

 LégiFrance : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000006165321

Vidéo Yann Bouvier « Un DEVOIR DE VISITE pour les pères » : https://www.youtube.com/watch?v=IaD9y1xpBcg&t=3s

Instagram « Protéger l’enfant » : https://www.instagram.com/p/C6y-PpCLPIq/?img_index=1

 Au Féminin « Qui sont ces femmes qui ont choisi d’élever un enfant toute seule » : https://www.aufeminin.com/enfant/mere-celibataire-qui-sont-ces-femmes-qui-ont-choisi-d-elever-un-enfant-toute-seule-s4069659.html

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