
Grâce à l’élargissement du programme de dette que l’Équateur a conclu avec le FMI en juillet dernier, les coupes dans les dépenses publiques sont à l’ordre du jour pour respecter les conditions de l’organisme international. Il s’agit d’un décaissement d’un milliard de dollars qui s’ajoute à la dette préexistante du pays, qui atteint des niveaux historiques. Derrière cette mesure, le gouvernement prévoit le maintien de l’augmentation de la TVA (plus 3%) et la suppression des subventions les plus importantes, telles que celles sur le gaz et le diesel. Ce cocktail de taxes s’accompagne d’une vague massive de licenciements dans le secteur public, qui ne manque pas d’avoir un impact sur le secteur privé.
C’est la suppression de la subvention du diésel qui a déclenché la révolte. Ce carburant joue un rôle clé dans l’économie du pays en ce qui concerne la chaîne de distribution de la production du secteur agricole, qui impacte la plupart de la population indigène assez précaire. Cette boule de neige économique ne génère rien d’autre qu’une grave contraction de l’économie du pays. Cette économie est déjà affaiblie suite à l’endettement de 2019 pour 4,2 milliards et qui double en 2025 pour atteindre près des 8 milliards après des renégociations successives de la part de Daniel Noboa.
Sans le moindre doute, les conséquences sur la population sont néfastes si l’on tient compte du fait que le déploiement des mesures s’effectue dans des conditions économiques initiales défavorables. Le chômage frappe le pays, la marginalisation augmente et alimente indirectement la délinquance, sans compter le délabrement du salaire et d’accès aux services publics de plus en plus restreints.
Noboa veut faire du pays son fief
Noboa n’est pas seulement le fils d’une famille fortunée qui est devenu président. Il est également un acteur clé du monopole du commerce de la cocaïne dans la région et un agent direct de l’impérialisme.
La famille Noboa est propriétaire des territoires où le fruit est cultivé, mais aussi : des conteneurs, de l’entreprise chargée de fabriquer les cartons pour l’exportation, et même des bateaux. Ecuadorian Line est un élément fondamental du groupe entrepreneurial, elle exporte vers plusieurs ports européens. Cette entreprise est enregistrée dans des pays aussi divers que le Maroc, la Serbie et l’Allemagne. Elle appartient à une société enregistrée dans le paradis fiscal des Bahamas : Fruit Shippers Limited, une entreprise liée à la famille Noboa. « C’est le premier cas documenté dans l’histoire de l’Équateur où une famille présidentielle serait impliquée dans le trafic de cocaïne. La famille Noboa contrôle tout le circuit du commerce d’exportation de bananes, de la plantation à la récolte, en passant par le transport et les ports privés. » explique Andrés Duran, lanceur d’alerte depuis son pays d’exil.
Pour justifier l’annulation de la subvention, le gouvernement a prétendu le besoin de fonds pour la lutte contre le financement et les bénéfices du trafic de drogue. Ce point faible de l’argumentaire n’a fait qu’éluder les contradictions et les intérêts du gouvernement et attiser la colère sociale.
Il est maintenant plus clair pour les Equatorien·nes que cette politique vise à livrer totalement les ressources du pays. En échange, Noboa obtiendrait une collaboration en matière de « sécurité » et de renseignement. Dans ce sens, il se met à disposition comme un version low cost du « Bukele créole » soumis aux autorités migratoires étatsuniennes comme l’ICE (immigration customs enforcement).
Dans la même ligne, Noboa a été l’un des premiers dirigeants à rencontrer Benyamin Nétanyahou après sa condamnation par la CPI, afin de s’assurer de futures collaborations dans sa démarche de militarisation du territoire national. C’est ainsi que le pays plonge dans une ambiance autoritaire et réactionnaire avec des couvre-feux récurrents et une présence policière accrue. Toute cette force est aujourd’hui orientée à la répression d’un mouvement social de plus en plus massif et déterminé.
La mobilisation se poursuit malgré les manœuvres électorales du gouvernement.
Face à l’impasse, tout en jouant son image de démocrate, Noboa promeut en même temps une assemblée constituante comme voie de sortie. Il s’agit d’un plan ambitieux par lequel Noboa entend modifier le fonctionnement de l’État, qui est sous le contrôle d’organismes tels que le conseil de participation citoyenne et la Cour constitutionnelle. Certainement que Noboa a compris que pour négocier avec l’impérialisme yankee, il devra offrir sur un plateau les ressources naturelles du pays.
Pour cela, la majorité parlementaire qui lui garantit toutes les réformes possibles de la Constitution de 2008 (qui reconnaît et protège les droits de la nature) ne lui suffit pas. Il aspire à faire disparaître d’un seul trait les entités de contrôle du pouvoir exécutif afin de faire des cadeaux à l’impérialisme.
Non par hasard, la subvention du diesel n’a pas été touché depuis des décennies malgré les gestions néolibérales en raison des conséquences directes qu’elle porte sur la vie de la population et par défaut sur la gouvernabilité du pays.
Suite à l’appel des secteurs de travailleur·euses le 11 septembre, la Confédération de Nationalités Indigènes de l’Equateur (CONAIE) a rejoint la mobilisation le 22 septembre. Les mobilisations prennent de la force à Quito, Latacunga, Ibarra et Otavalo. On peut y constater une radicalité dans le mouvement ainsi qu’une accumulation des expériences de lutte passées. Il y a une petite ambiance de 2019 qui parcourt le pays sur la base de contestations précédentes contre Lenin Moreno et Guillermo Lasso.
Six millions de dollars par jour, tel est le coût de la grève, et le mouvement indigène a déjà revendiqué la poursuite de la mobilisation. La demande d’annulation du décret 126 qui supprime la subvention sur le diesel et l’augmentation de la TVA sont des points fondamentaux du cahier de revendications. La mobilisation se poursuit malgré les manœuvres électorales du gouvernement.
Face à la répression: organisation par la base!
Dix jours après le début des mobilisations, les blocages routiers s’intensifient dans le centre du pays. Efraín Pérez a été la première victime mortelle de ce que le gouvernement appelle le « recours progressif à la force ». Les comptes bancaires de la CONAIE ont été suspendus, tout comme l’électricité et l’internet dans les villes où les affrontements ont été les plus violents. Plusieurs manifestants ont été transférés vers des prisons de haute sécurité dans d’autres villes. Certains de ceux qui ont été libérés ont dénoncé des violations des droits humains. Plus d’une centaine de personnes arrêtées lors des manifestations sont actuellement poursuivies pour terrorisme. La solidarité des communautés équatoriennes au niveau international reste mobilisée et alerte sur la situation, tandis que des actions indépendantes sont proposées pour soutenir la poursuite de la grève et de la résistance.
La continuité de la mobilisation est essentielle, car elle peut ouvrir de nouvelles perspectives pour les Équatorien·nes, loin de l’horizon féodal que Noboa envisage pour le pays. Pour vaincre ce gouvernement, il est nécessaire d’approfondir l’auto-organisation et les assemblées dans chaque territoire. Il est nécessaire que la classe ouvrière puisse se fixer comme objectif de gouverner. Pour cela, il faut empêcher la manœuvre électorale du gouvernement et ne pas abandonner la rue. C’est par l’organisation par la base que nous gagnerons toutes les revendications. Vive la résistance du peuple équatorien !

