
Philip Young, 49 ans, a été inculpé au Royaume-Uni pour cinquante-six infractions sexuelles et placé en détention à l’issue de sa comparution devant un tribunal de Swindon, à l’ouest de Londres. Les faits qui lui sont reprochés s’étendent sur treize années, entre 2010 et 2023. Il est accusé d’avoir administré des substances à son ex-femme afin de l’étourdir ou de la maîtriser, de l’avoir violée à de multiples reprises et de l’avoir livrée à d’autres hommes.
Rien ne permet de considérer ces faits comme accidentels, durant tout ce temps, une femme a été violée au sein même de son foyer, dans un système qui protège les agresseurs bien davantage qu’il ne protège les victimes. Cinq autres suspects sont également inculpés pour des viols et agressions sexuelles commis sur la même victime. Une nouvelle audience est prévue devant la cour criminelle de Swindon.
La police parle de « complexité de l’enquête ». Nous parlons de violences patriarcales organisées, rendues possibles par la domination masculine, le contrôle du corps des femmes et la banalisation de la soumission chimique. Droguer une femme pour la violer n’est pas une dérive individuelle : c’est une arme, une stratégie, une violence politique.
Cette affaire révèle aussi le rôle des institutions. Les enquêtes longues et complexes, les difficultés d’accès aux informations et le poids des normes patriarcales au sein de la police et de la justice démontrent que les victimes sont trop souvent laissées seules face à leurs agresseurs. Dans un État réellement protecteur, les violences sexuelles seraient traitées avec urgence et efficacité, et non comme des incidents secondaires.
Joanne Young a décidé de lever son anonymat. Dans un monde où les victimes qui osent parler sont mises en doute, culpabilisées et sont insultées de « sales connes », se montrer à visage découvert est un acte de grand courage. La violence de certains de ces propos est extrême, et montre combien les institutions et l’opinion publique choisissent souvent le camp des agresseurs plutôt que celui des victimes. Comme Gisèle Pelicot à Mazan, elle refuse que la honte continue de peser sur celles qui subissent, pendant que les hommes violent en toute impunité.
Cinq autres hommes sont également inculpés : Norman Macksoni, 47 ans, Dean Hamilton, 47 ans, Conner Sanderson Doyle, 31 ans, Richard Wilkins, 61 ans, et Mohammed Hassan, 37 ans. Chacun a un âge, une adresse et une vie sociale. Le fait que leurs noms et informations personnelles soient si difficiles à trouver, surtout dans les articles francophones, révèle à quel point le système continue de protéger les agresseurs plutôt que de soutenir les victimes. Ils ne sont pas des cas isolés. Ils sont le produit d’un système qui permet aux hommes de contrôler le corps des femmes et de perpétuer des violences sur le long terme. Cette affaire ne révèle pas seulement l’ampleur des faits, elle met en lumière la persistance et la banalité de la violence masculine.
À l’approche du 8 mars, Journée internationale des droits des femmes, cette affaire rappelle que la lutte pour l’égalité et la protection des femmes est loin d’être terminée. Ce n’est pas seulement une question de lois ou de sanctions individuelles : il s’agit de transformer la société pour que le corps des femmes ne soit plus jamais instrumentalisé, contrôlé ou violé. Chaque témoignage, chaque dénonciation, est un acte politique qui s’inscrit dans un combat collectif pour la dignité et la liberté des femmes.
Nous affirmons notre soutien indéfectible à Joanne Young, et à toutes les victimes de viols, de soumission chimique, d’agressions sexuelles. Nous refusons ce langage qui transforme les viols en « affaires » et les violences en « faits divers ». Ce sont des crimes. Ils sont systémiques. Et ils exigent une réponse politique.
Croire les victimes n’est pas un slogan. C’est un minimum. Exiger des moyens, des protections, une justice réelle, et la fin de l’impunité masculine est une nécessité. La honte doit changer de camp.

