Le NPA-A et les élections municipales, de LFI au PS l’unité à tout prix ?

Cet article s’inscrit dans la continuité d’un long débat entre SoB et les ancien·nes camarades du NPA-L’Anticapitaliste sur la démarcation politique des révolutionnaires face aux réformistes et à leurs fronts politiques.

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NPA-A

Avant-Propos

Cela fait quelques années que nous répétons inlassablement que tout parti révolutionnaire ne peut se fondre avec n’importe quel groupe dit de « gauche ». 

La scission du NPA au Ve Congrès du parti en 2022 s’est effectuée précisément sur ce point : poursuivre vers la construction d’un parti révolutionnaire, là où nous nous sommes engagés, ou vers la déliquescence du parti au sein de La France Insoumise, l’actuel NPA-A.  

C’est cette position de départ qui engendrera deux années plus tard le fait que le NPA-A se joigne au Nouveau Front Populaire pour les législatives anticipées de 2024. Cette orientation d’adaptation vient tout juste d’être renforcée à travers les municipales de cette année, avec des alliances électorales avec LFI ou encore des listes débarrassées des insoumis et unionistes avec la gauche social-libérale. 

C’est pourquoi il y a ici un enjeu à dénoncer une dérive de ces ancien·nes camarades qui s’éloignent d’une politique de classe à travers leur position de « tout pour l’union ». 

 

Le NPA-A et « l’union de la gauche »

Depuis sa création, le NPA incarnait, malgré ses flux stratégiques et ses problèmes d’orientation, un espace d’indépendance de classe. C’est pour cette raison que Socialisme ou Barbarie l’avait rejoint en tant que tendance interne de l’organisation. 

Avec la naissance de La France Insoumise, qui portait un projet de « gauche radicale »  -presque tout aussi radical que celui des principaux cadres du NPA- il n’en a pas fallu longtemps avant que ces derniers se tournent vers le nouveau parti de Jean-Luc Mélenchon. Après des années de crise interne, l’orientation de l’ancienne majorité du NPA et son rapprochement à LFI a remis l’existence entière de l’organisation politique en question, ce qui a été conclu par cette volonté de devenir un petit satellite de la FI en incarnant sa ligne la plus « 100 pourcent à gauche » .  

Ces dernières semaines, le processus d’adaptation institutionnelle du NPA-A à pris une tournure tout à fait autre à l’aube des municipales de 2026. A Montreuil par exemple, le NPA-A a pris la décision de se rallier à la liste de Patrice Bessac, maire PCF depuis 2014, qui a mis en place toutes les politiques les plus anti-ouvrières de ces dernières années, entre destructions de squats LGBTI et de personnes migrant·es, augmentation des effectifs de police, mise en place de vidéosurveillance : tout un arsenal sécuritaire et une « gauche résolument droitière » . La liste « Vive Montreuil » n’est pas la promesse de la « gauche de rupture »  que le NPA-A sous-entendait construire avec LFI. 

Au contraire, on y retrouve toute l’aile la plus droitière de la gauche institutionnelle : PCF, PS, EELV, Génération.s ou encore l’APRÈS, parti d’Alexis Corbière (ex LFI). Les ancien·nes camarades du NPA-A  justifient ce ralliement de cette manière : « face à ces dangers et à la possibilité que l’extrême droite arrive au pouvoir aussi en France, nous devons unir nos forces […]. Unitaires et révolutionnaires avec la liste « Vive Montreuil. »

Le NPA-A cherche ici à faire de « l’unité » la centralité d’une orientation politique connue par les sphères bourgeoises de la gauche institutionnelle. C’est uniquement dans le sens opportuniste de la quête des postes parlementaires qu’agit toute organisation bourgeoise dénuée de programme politique, comme le fait Ruffin, Tondelier, Faure et consor.  

Mais ce sens de la préservation de « l’unité de la gauche » en vient à ouvrir l’union toujours plus à droite, mais rarement plus à gauche. Ce qui est de toute évidence logique pour la gauche institutionnelle défenseuse de la Ve République, qui cherche toujours l’unité électorale large pour dépasser les clivages et obtenir des postes parlementaires, avec l’excuse du danger de l’extrême droite.

Et ce sens de l’unité le NPA-A l’élargie sur l’ensemble du territoire français, notamment à Arles, où ces derniers rallient la liste « La force de l’union »  dirigée par Nicolas Koukas (PCF), soutenue également par Place Publique, le micro-parti de Raphaël Glucksmann, représentant de la gauche impérialiste et néo-libérale. Le NPA-A fait ici le choix de soutenir un baron de la gauche social-libérale, ayant gouverné de 2001 à 2020 en tant qu’adjoint au maire proche du PS et ayant soutenue toute les propositions de gentrification de la ville, très loin d’un projet anticapitaliste même partiel.  

Ce choix du NPA-A est d’autant plus douteux car il vient ici plus qu’ailleurs s’opposer à la liste de La France Insoumise. Cette chose paraît totalement aller à l’encontre de leur projet initial, c’est à dire, de créer un pôle de « gauche de rupture »  autour du NPA-A et de LFI. On peut aussi noter que nos anciens camarades ont décidé de rejoindre la liste « Nouvelle ère » à Pau, dans une liste où ne figure ni LFI ni le PCF, et où la tête de liste Jérôme Marbot est candidat pour le Parti Socialiste. Dans un cas comme dans l’autre, le NPA-A s’éloigne du projet de devenir une « gauche de rupture » avec l’ordre capitaliste et s’approche à devenir un nouveau parti de la gauche institutionnelle. 

 

« De Poutou à Hollande »  comme seule boussole politique ? 

A l’aube du premier tour des législatives anticipées de 2024, on avait pu entendre plusieurs fois cette phrase qu’il fallait rassembler la gauche de « Poutou à Hollande» . Il est primordial de rappeler que si l’un existe, c’est avant tout et surtout dans la contestation de l’autre, du moins à l’origine. Alors ce mot d’ordre est éminemment et avant tout contradictoire. Mais on le voit bien que cela en est devenu le principal mot d’ordre d’action et de construction politique de nos ancien·nes camarades.

Depuis que les municipales 2026 s’annoncent en grandes pompes, on a pas arrêté d’entendre le chef de file du NPA-A, Olivier Besancenot, répéter encore et encore la même chose : « le PS n’est pas notre adversaire », puis ajoutant : « Je le dis parce que je l’entends la petite musique qui monte dans nos propres rangs, c’est tentant (de dire “plus jamais PS”). » Il y a là une faute politique grave dévoilant toute la stratégie du NPA-A, refaire du Parti Socialiste un allié de circonstance.

Mais ce qui en est d’autant plus grave, c’est que cette politique de front unitaire, vient dissimuler toute politique d’indépendance de classe, et vient se confondre et même se concilier avec les pires bourreaux des travailleur·euses ; la bourgeoisie et ses gardes-fous. Le NPA-A s’impose comme un grand défenseur d’un programme qui n’est ni transitionnel, ni maximum, mais un programme de conciliation entre les secteurs bourgeois et ouvriers. Ils en viennent à fétichiser un programme qui ne vaut rien et qui à été défait par la politique de trahison du PS partout où ces derniers auraient dû l’appliquer. Et tout cela, dans le contexte politique de l’application par le gouvernement Macron d’un budget de guerre sociale, via 49.3, et grâce à la non censure du PS. 

Alors entendre qu’il faut maintenir l’union à tout prix et surtout avec les secteurs de la gauche qui ne veulent ni l’union -si ce n’est pour pouvoir prendre le pouvoir plus facilement en instrumentalisant l’union comme un marche pieds vers les fonctions étatiques- ni le programme commun bien trop à gauche pour ces secteurs de la gauche. Le NPA-A ne traduit qu’un seul projet politique : la désorientation politique, ne sachant plus qui est un allié, qui est un ennemi, simplement car ces derniers ont abandonné la démarcation en toute indépendance de classe. La gauche de Poutou à Hollande n’est qu’une vaste fumisterie, qui à déjà démontré ses limites, celle d’une conciliation impossible et intenable, entre les exploité·es et ses oppresseur·euses. 

 

La nécessité de reconstruire une gauche révolutionnaire en toute indépendance de classe

Pareillement aux européennes de 2024 le NPA-A déclarait également ceci : qu’ils étaient « prêt à défendre le programme de la Nupes comme un ensemble de mesures d’urgence, parce qu’il apparaît à large échelle comme un outil de résistance face au RN et une alternative au macronisme ultra-libéral et autoritaire ». Or ce n’est pas avec un programme minimale et avec une alliance qui décide de se désister face à Elisabeth Borne et Gérald Darmanin au nom du « front républicain »  face au RN que l’alternative est possible. Tout ce processus d’alliance se disqualifie par opportunisme politique. 

Car ce sont bien Borne, Darmanin, Macron et toute la branche néo-libérale qui ont fait en sorte à faire du Rassemblement National un des principaux partis de l’opposition actuelle en alimentant des discours racistes, xénophobes et anti-ouvriers. Le gouvernement a mis en vigueur tout un tas de propositions les plus antisociales comme la suppression de l’ISF, la loi Darmanin-Le Pen, la réforme des retraites à 64 ans et autres. C’est pour cela qu’en tant qu’anticapitaliste, il est inadmissible que d’accepter une quelconque accointance proche (dans une alliance comme l’a fait Aurélien Rousseau) comme lointaine (par le désistement) avec la bourgeoisie, alors qu’il est nécessaire de se solidariser avec les classes populaires et travailleuses. 

Avec cette orientation du NPA-A, une partie de l’extrême gauche prétendument révolutionnaire s’est automutilée à travers la tactique unioniste avec la FI et le PS. Tout ça ne remet qu’une seule chose en lumière : la nécessaire refondation de la gauche révolutionnaire en toute indépendance de classe cherchant à concilier les classes travailleuses, exploitées et opprimées de la société capitaliste pour son renversement final. 

Il n’y a qu’avec l’émergence d’une gauche révolutionnaire anticapitaliste que nous pourrons repousser, freiner la montée de l’extrême droite, par la mobilisation, la grève générale et la dénonciation des politiques cherchant à se présenter comme telles par simple calcul électoral. Alors que la bourgeoisie et l’extrême droite ne se cachent plus et attaquent de plus en plus violemment les droits sociaux des travailleur·euses, de la jeunesse et de toustes les exploité·es,  ces dernier·es doivent s’organiser en toute indépendance de classes.

C’est pour ces raisons que Socialisme ou Barbarie milite pour la reconstruction d’une gauche révolutionnaire indépendante, capable de rassembler les luttes des travailleur·euses, de porter leur revendications et d’être à l’avant-garde des combats contre la guerre, l’austérité et l’extrême droite. Dans une nouvelle étape de la lutte des classes, avec le bilan des expériences révolutionnaires du passé, notre courant s’engage dans la refondation d’une gauche révolutionnaire pour relancer la bataille pour la révolution socialiste.

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