
En plein été austral, la Patagonie est la cible de feux de forêts incontrôlables depuis deux mois. Loin d’être naturelle, la cause de ces incendies est motivée par des intérêts extractivistes et la mise en tourisme de la région.
Déjà victime de méga-feux les étés précédents, les incendies reprennent cette année. Ce sont déjà 30 000 hectares de forêts qui ont brûlé et 200 000 menacés dans le Parc National de Los Alerces en Argentine. On compte côté chilien 21 morts et 50 000 personnes déplacées ; côté argentin ce sont les touristes de la station balnéaire de Puerto Patriada qui ont été évacuées.
La flore de Patagonie habituée à un climat sec est particulièrement sensible aux changements de température et de précipitations causée par le dérèglement climatique et les risques d’incendie ; aussi leur acclimatation à la sécheresse rend leur pousse très lente. De plus, la foresterie qui s’est développée dans la région a planté des pins, une espèce invasive qui pourrait voler les terres aux espèces natives avant qu’elles n’aient le temps de repousser.
La réponse du gouvernement a été tardive, malgré des alertes en octobre 2025, deux mois avant le début des feux. Une fois l’incendie déclenché, le gouvernement a tardé à déployer les moyens nécessaires pour le combattre. Ce sont 300 pompiers et 14 bombardiers d’eau qui ont été déployés. Des moyens jugés insuffisants par le syndicat des travailleurs de l’État, 700 pompiers sont nécessaires en Patagonie tout au long de l’année.
Le gouvernement de Milei a commencé par des accusations racistes contre les populations natives. Un moyen de protéger les capitalistes responsables du déclenchement volontaire des incendies : les promoteurs immobiliers et les entreprises minières. La législation argentine interdisant le démantèlement des forêts indigènes, les capitalistes provoquent des incendies considérés comme naturels, les autorisant par la suite a exploiter ces terres : pour des mines, projets immobiliers et touristiques.
Toutes les preuves que ces incendies sont volontaires existent, des branches sont accumulées avec des matériaux hautement inflammables et carburants dans des zones éloignées des chemins et peu accessibles ; précisément pendant la saison sèche.
La localisation de ces incendies n’est pas un hasard. Le multimillionnaire britannique Joseph Lewis et son entreprise Hidden Lake demandent depuis 10 ans une autorisation pour la construction d’un quartier privé de luxe dans la province Rio Negro. Ou encore le Proyecto Calcatreu, un méga-projet de minage dans les Andes bloqué depuis plusieurs années par les autorités. Les terres incendiées en 2025 comme en 2026, se trouvent précisément sur les sites de ces projets.
La complicité du gouvernement Milei est évidente. Ce dernier a tenté deux fois depuis le début de son mandat d’abroger la loi de protection des forêts contre la spéculation minière et la loi de gestion des incendies. Face à ses échecs, il définance les services responsables de l’application de ces lois. Le Service National de Maitrise du Feu a perdu 70 % de son budget et plusieurs centaines de fonctionnaires depuis l’arrivée de Milei au pouvoir.
Les gouvernements argentins et chiliens rêvent de vendre les ressources des Andes et de la Patagonie aux impérialistes. Du côté chilien de la Patagonie, Total Énergies prévoit la construction d’une méga-usine d’hydrogène – H2 Magallenes – de 72 000 hectares, soit sept fois Paris. L’hydrogène produit par ce site sera en totalité exporté vers l’Europe et l’Asie de l’Est.
Face à l’abandon de l’État, les habitants de Patagonie s’organisent avec les gardes forestiers et les pompiers volontaires pour se protéger des flammes : collectes pour achat de matériel, cuisine communautaire et premiers secours.
La catastrophe en cours en Patagonie n’est pas naturelle, elle est l’œuvre du fonctionnement normal du capitalisme. Pour se faire toujours plus de profit, les bourgeois détruisent la planète et assassinent les travailleur·euses par le feu. Avec les gouvernements d’extrême droite climato-sceptiques – comme celui de Milei – les bourgeois se sont trouvés des alliés pour leur course aux profits.
Ce ne sont pas les traités sur le climats et les COP qui nous sauveront de la catastrophe, mais notre auto-organisation comme le montre les habitants de Patagonie. L’utilisation des ressources doit être planifiée par l’ensemble de la société selon nos besoins. La seule façon d’y arriver est par des luttes conjointes entre les militant·es écologistes et les travailleur·euses des industries destructrices.

