
Le 22 février dernier, Nemesio Oseguera Cervantes, connu sous le nom d’« El Mencho », a été tué lors d’une opération menée par les forces armées mexicaines. Il est décédé alors qu’il était en route vers l’hôpital.
Osegueda était le fondateur du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), qui est à la fois le plus violent et le plus influent politiquement au Mexique. Une prime de 10 millions de dollars offerte par la Maison Blanche était mise sur la tête d’Osegueda.
La mort d’El Mencho a déclenché une crise dans ce pays d’Amérique du Nord, car les membres du cartel ont mené des attaques violentes en réponse à l’action du gouvernement mexicain. Ainsi, plusieurs régions du pays ont été le théâtre de violences liées au trafic de drogue, principalement dans les états de Michoacán et de Jalisco (les principaux bastions du cartel), bien que les attaques se soient également étendues au Chiapas, au Tamaulipas, à Colima, à Guanajuato, au Nayarit, à Zacatecas, au Guerrero et au Nuevo León.
Dans le cadre de cette vague de violence, 250 « narcobloqueos » ont été organisés dans plus de 20 États, sans compter les émeutes à Cancún, Playa del Carmen et dans le Yucatán, où des fusillades et des incendies de véhicules ont été signalés. Au total, on estime qu’environ 70 personnes ont trouvé la mort lors de ces événements sanglants.
La présidente mexicaine, Claudia Sheinbaum, a présenté l’assassinat d’Osegueda comme une victoire de son gouvernement contre le trafic de drogue. Cela s’inscrit dans le contexte des pressions constantes exercées par Trump pour que le pays « résolve » le problème de la drogue, c’est-à-dire qu’il se joigne à la « guerre contre la drogue » menée par la Maison Blanche. Cependant, les résultats qui pourraient découler de cette action sont très incertains : il s’agit pour l’essentiel d’hypothèses laissant présager des situations de barbarie.
En ce qui concerne les répercussions de cet assassinat et les conflits potentiels liés au vide qu’il laisse, il convient de souligner que le CJNG a réussi, par la violence, à établir un équilibre des pouvoirs entre les cartels. Mais après la mort d’« El Mencho », une nouvelle vague de conflits pourrait se déclencher, entre les groupes de narcotrafiquants qui se disputeront à nouveau une plus grande part du pouvoir.
La guerre contre la drogue : la pression impérialiste de Trump
L’assassinat d’Osegueda s’inscrit dans un contexte où Trump exerce une pression sur la région, sous le prétexte de la guerre contre la drogue. Il menace d’intervenir et de lancer lui-même des « attaques contre les cartels » si le gouvernement mexicain ne résout pas ce problème.
De plus, cette action ne peut être dissociée des agissements de l’impérialisme américain dans la région, avec les bombardements dans la mer des Caraïbes, l’enlèvement de Maduro, les menaces contre d’autres présidents (comme c’est le cas de Petro en Colombie) et le blocus pétrolier contre Cuba. Tout cela démontre que ladite « guerre contre la drogue » est avant tout une politique impérialiste utilisée pour renforcer le contrôle stratégique étasunien dans la région.
Après la mort d’Osegueda, Trump a publié sur ses réseaux sociaux que « le Mexique doit intensifier ses efforts contre les cartels et la drogue », ce qui laisse présager que les pressions sur le gouvernement mexicain vont continuer à s’intensifier. De plus, mardi 24 février, lors de son premier discours sur l’état de l’Union, Trump s’est félicité de la réduction de 56 % du trafic de fentanyl au cours de sa première année de mandat.
De son côté, Karoline Levitt, attachée de presse de la Maison Blanche, a indiqué lors d’une conférence de presse que Washington avait apporté un soutien en matière de renseignement pour cette opération, sans préciser exactement la nature de ce soutien.
Entre 2008 et 2023, le gouvernement étasuniein a dépensé 3,6 milliards de dollars pour la sécurité bilatérale avec le Mexique, mais a caché cette information au gouvernement mexicain. En janvier, les États-Unis ont créé le Commandement spécial pour l’échange de renseignements en Arizona, à 24 km de la frontière avec le Mexique, ce qui laisse présager un éventuel renforcement des politiques visant à accroître le contrôle de la frontière mexicaine.
Cette « nouvelle ligne » de renseignement et d’action découle de l’application en Amérique latine de méthodes similaires à celles utilisées pour combattre des groupes tels qu’Al-Qaïda et l’État islamique.
Cette politique consiste à déclarer comme organisations terroristes différentes organisations criminelles de la région, et se voit dans la rhétorique adoptée par la Maison Blanche qui, avec Trump, a commencé à utiliser le terme « narcoterroriste » pour justifier la militarisation des Caraïbes et commettre de véritables actes de terrorisme d’État contre des bateaux de pêcheurs dans les Caraïbes.
Alors qu’aux États-Unis, on célèbre et on prononce des discours, au Mexique règne l’incertitude face à la possibilité d’une recrudescence de la violence liée au trafic de drogue. Des scénarios similaires se sont déjà produits par le passé. Sous le gouvernement de Felipe Calderón (2006-2012), par exemple, la « guerre contre la drogue » a été menée en recourant à la même tactique dite « kingpin », qui consiste à assassiner les chefs principaux ou intermédiaires des cartels. Elle avait déclenché une fragmentation de ces organisations criminelles, avec des conflits entre factions qui ont dégénéré et entraîné une recrudescence de la violence.
Un autre scénario similaire s’est produit en juillet de l’année dernière avec la capture de « El Mayo » Zambada, chef du cartel de Sinaloa, qui a débouché sur des affrontements aux conséquences très sanglantes entre deux factions, Los Chapitos et La Mayiza.
Selon les analystes du crime organisé, en l’absence d’un leadership clair pour remplacer Osegueda, le cartel pourrait sombrer dans une spirale de violence similaire (même s’il n’y a pour l’instant aucune perspective de scission).
Le CJNG et la violence extrême liée au trafic de drogue au Mexique, une conséquence de la guerre contre la drogue
À la suite de la « guerre » contre le trafic de drogue menée par Felipe Calderón (2006-2012), le « monde » du crime organisé s’est reconfiguré et des groupes tels que Jalisco Nueva Generación ont vu le jour. El Mencho a commencé avec un groupe de « mata Zetas » qui, comme son nom l’indique, se consacrait à assassiner les membres de cette organisation criminelle (connue pour ses activités paramilitaires et terroristes). Par la suite, il s’est allié à la famille González en épousant Rosalinda González et, fort de ce soutien, s’est lancé dans la construction du CJNG.
Le beau-frère d’Osegueda, Gerardo González Valencia, se consacre au blanchiment d’argent et, depuis 2009, s’est installé en Amérique du Sud, où il a mis en place un réseau de prête-noms, d’opérateurs locaux et de sociétés commerciales qui, entre 2009 et 2011, a reçu 1 800 000 dollars d’une actionnaire mexicaine liée au crime organisé.
Le CNJG est devenu l’un des plus connus au Mexique, tant pour la diversité de ses activités criminelles (traite d’êtres humains, déforestation illégale, exploitation minière, blanchiment d’argent et exportation de cocaïne, de méthamphétamines et de fentanyl vers les États-Unis), que par son activité internationale dans plus de 40 pays, s’étendant de l’Amérique latine (comme le Guatemala, le Pérou, la Colombie, la Bolivie) à l’Asie (Chine et pays d’Asie du Sud-Est) et au Kenya (Afrique).
Dans un article précédent, nous avons évoqué la découverte d’un camp d’extermination au Mexique dirigé par le cartel Jalisco Nueva Generación. Cet événement est l’un des plus récents et peut être considéré comme représentatif du niveau de barbarie imposé par cette organisation criminelle.
D’un point de vue structurel, le trafic de drogue au Mexique a établi une symbiose avec des secteurs de la bourgeoisie nationale qui y voyaient un moyen de s’enrichir. Pour comprendre l’ampleur opérationnelle du trafic de drogue, il suffit de noter qu’il s’agit du troisième secteur « employeur » du pays – juste derrière des multinationales comme Femsa et Walmart – et qu’il emploierait environ 183 000 personnes. Le cartel qui « emploie » le plus est Jalisco Nueva Generación, avec 18 % du total.
C’est pourquoi le trafic de drogue se présente comme une « possibilité de vie » pour un grand nombre de personnes au Mexique, alors qu’en réalité, c’est une activité qui n’offre rien d’autre qu’une barbarie qui dégrade la vie des gens.
D’autre part, le Mexique est un pays extrêmement violent. En 2024, l’INEGI (Institut national de Statistique, de Géographie et d’Informatique) a dénombré 33 241 homicides présumés dans le pays, auxquels s’ajoute un nombre considérable de personnes disparues. En mars de l’année précédente, ce chiffre s’élevait à plus de 120 000 personnes disparues (chiffre qui pourrait être sous-estimé, car le gouvernement mexicain lui-même tente de le dissimuler). Tout cela contribue à façonner la violence liée au trafic de drogue dans le pays.
Il convient de souligner que le trafic de drogue au Mexique s’appuie également sur les réseaux de trafic de drogue aux États-Unis (dont la relation passe souvent inaperçue) et sur l’industrie de l’armement, dont il tire son armement lourd. En d’autres termes, il subsiste un lien avec l’impérialisme et les politiques imposées par les États-Unis pour créer les conditions permettant le développement des activités criminelles.
La guerre contre la drogue est un échec
Dans cette nouvelle phase de la lutte des classes, l’impérialisme américain cherche à réaffirmer son contrôle territorial sur l’Amérique latine, qu’il considère comme son « arrière-cour » et dans laquelle il se sent libre de déployer impunément sa puissance militaire, comme l’ont démontré la militarisation des Caraïbes et l’attaque contre le Venezuela.
Dans ce contexte, Trump tente de renforcer la présence américaine dans la région en invoquant la guerre contre la drogue, une politique qu’il souhaite étendre, en exerçant des pressions fortes sur d’autres gouvernements pour qu’ils l’adopte à leur tour.
La guerre contre la drogue, en tant que politique de contrôle impérialiste, a échoué dans son objectif de lutter contre le trafic de drogue. Au contraire, chaque fois que des offensives militaristes ou punitives sont lancées, des rivières de sang coulent en Amérique latine et le trafic de drogue ne disparaît pas. Pour résoudre le problème du trafic de drogue, il est indispensable de résoudre les problèmes structurels du capitalisme, en commençant par garantir les droits fondamentaux tels que l’accès à l’éducation et à la santé publique, ainsi qu’à un véritable emploi et à un logement décent pour toustes.
Face à la violence liée au trafic de drogue, la solution réside dans l’organisation par la base contre le trafic de drogue. Au Mexique, il existe des groupes d’autodéfense contre le crime organisé expérimentés, composés d’agriculteur⸱ices, d’autochtones et de commerçant⸱es. En 2024, dans l’État de Michoacán, dans la communauté autochtone de San Ángel Zurumucapio, la population s’est soulevée en armes contre les groupes de narcotrafiquant⸱es.
Ainsi, face à la barbarie et aux rivières de sang que la bourgeoisie mexicaine et l’impérialisme étasuniein imposent aux secteurs exploités et opprimés du Mexique – qu’il s’agisse de la classe ouvrière, de la jeunesse, des femmes, des autochtones ou des migrant⸱es –, la solution consiste à organiser l’autodéfense contre ces groupes criminels et à construire une alternative anticapitaliste et anti-impérialiste au Mexique.

