Élections municipales : l’effondrement de la Macronie et l’émergence d’une polarisation politique croissante

Article du 16 mars sur les résultats du premier tour des Municipales.

0
33

Les résultats du premier tour des élections municipales montrent un paysage politique français en pleine recomposition. Il est évident que les résultats sont provisoires et fragmentaires, vu la nature de cette élection décentralisée avec d’énormes inégalités entre les plus de 35 000 circonscriptions municipales. Cependant, il est possible de tirer quelques conclusions rapides, avec les premiers résultats électoraux.

Le premier élément à souligner de cette élection est l’abstention. Bien que le taux de participation soit plus élevé qu’en 2020, ces élections se sont déroulées dans les conditions exceptionnelles de la pandémie. L’abstention reste encore un élément marquant des municipales : le taux de participation est estimé à 56%, un net recul par rapport au 63,6% de participation en 2014. Le manque de participation est symptomatique de la crise profonde de la représentation politique qui touche la France depuis des années. 

La deuxième définition de l’analyse est l’effondrement du camp présidentiel, c’est-à-dire du projet « centriste », voulant éviter les « extrêmes » : « Longtemps principal animateur de la rhétorique de « l’arc républicain », excluant et l’extrême droite et LFI, le parti présidentiel semble désormais hors jeu d’une confrontation gauche-droite qui se joue beaucoup sans lui. Le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, a eu beau commenter la « progression inédite de l’extrême droite et de l’extrême gauche dans cette élection municipale », son parti n’est plus en position de jouer les arbitres. Une autre leçon des municipales qui pourrait peser lourd en 2027. » (Julie Carriat, Le Monde)

Les déclarations d’Attal viennent à confirmer la fin de partie pour la Macronie en tant que projet politique. Les partis qui composent l’alliance présidentielle n’ont pas pu peser pour imposer leurs « candidatures républicaines » qui avaient pour but d’échapper à la polarisation politique. Cette polarisation s’est jouée en dehors du camp présidentiel, favorisant la montée d’autres formations électorales. Cela s’explique par le fait que pour les partis de la bourgeoisie les municipales fonctionnent comme un sondage anticipé des présidentielles 2027. Les macronistes n’ont percé nulle part, Macron étant absent des prochaines présidentielles.

L’extrême droite a fait un score non négligeable dans plusieurs villes importantes, notamment à Marseille, avec le 35% du Rassemblement National. Les formations politiques de Le Pen-Bardella, Ciotti et Zemmour ont fait des scores importants sur la base des discours haineux, racistes et réactionnaires : « À Perpignan, Louis Aliot l’emporte dès le premier tour avec 50,61 % (…) La dynamique du RN est particulièrement visible dans le Sud-Est. À Toulon, Laure Lavalette arrive largement en tête avec 42,05 %. À Nice, Éric Ciotti (UDR, allié au RN) enregistre 43,43 % des voix. » (Valentin Ledroit, Toute l’Europe) De cette manière, une partie du mécontentement avec le gouvernement Macron s’exprime d’une façon réactionnaire à l’extrême droite, dans un contexte de normalisation croissante du RN. De même, Les Républicains, avec un poids électoral important au niveau national, ont la tendance à unifier leurs candidatures réactionnaires avec l’extrême droite, ce qui rajoute encore plus de polarisation politique. 

En ce qui concerne la gauche institutionnelle, la nouveauté est la percée de La France Insoumise dans plusieurs villes, notamment avec la victoire de Bally Bagayoko à Saint-Denis, avec plus de 50% des voix au premier tour. Nous rappelons que cette organisation était presque absente des dernières municipales. Le changement de stratégie des insoumis, notamment avec l’intention d’utiliser les municipales comme tremplin de la campagne Mélenchon 2027 a modifié le scénario électoral. Le « duel » entre le Parti Socialiste et La France Insoumise a été instrumentalisé afin de décider la préparation de la campagne présidentielle, car les deux organisations aspirent à pouvoir accéder au deuxième tour des présidentielles. Pour leur part, Les Ecologistes et le PCF ont choisi de se rallier aux insoumis ou aux socialistes, selon l’opportunisme électoral dans chaque circonscription. De toute façon, les organisations de la gauche pourraient unifier leurs listes au vue du deuxième tour dans les principales villes.

Du côté de la gauche révolutionnaire, l’explosion du NPA et la presque dissolution électorale du NPA-L’Anticapitaliste dans les listes de la gauche institutionnelle ont affaibli la portée électorale de la gauche anticapitaliste, par rapport à d’autres élections précédentes. Cela ne veut pas dire en aucun cas un affaiblissement de la combativité de notre classe sociale. Au contraire, pendant que les politiciens de droite et les médias ont tenté de positionner La France Insoumise comme une force d’« extrême gauche », une grande partie de la population est allée voter pour les soutenir, face aux candidatures de l’extrême droite. Cela témoigne d’une polarisation politique qui peut également être propice au développement d’une véritable gauche révolutionnaire, qu’il est nécessaire de reconstruire en France. De leur côté, les candidatures de Lutte Ouvrière, malgré leur « routinarisme traditionnel », ont réussi à obtenir près de 75 000 voix, en obtenant autour de 24 conseillers municipaux. 

Les élections sont toujours une image distorsionnée de la lutte des classes. Les municipales nous montrent la photo électorale de la polarisation politique, entre la campagne sécuritaire et « anti-antifasciste » de l’extrême droite et l’élection d’un maire d’origine malienne dans la ville la plus populaire du pays. Le premier tour des élections municipales nous montre le bilan d’un effondrement de la Macronie (après dix ans des luttes sociales acharnées) et l’émergence d’une polarisation politique en syntonie avec une nouvelle ère des « extrêmes » internationale. Dans ce contexte, la reconstruction d’une gauche révolutionnaire anticapitaliste est une tâche urgente pour préparer les combats à venir dans un climat de polarisation politique croissante.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici