Cuba en crise : entre panne générale, menaces de Trump et désastre de la gestion bureaucratique du régime

Ce lundi 16 mars, Cuba a connu une panne générale après l'effondrement de son réseau électrique national. C'est le sixième incident de ce type qui se produit au cours des dix-huit derniers mois. Cela témoigne de la grave crise énergétique que traverse le pays, conséquence d'un réseau électrique obsolète, aggravée par le brutal « blocus pétrolier » imposé par la Maison Blanche.

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Paru dans Izquierda Web, le 19 mars 2026.

 

Ce lundi 16 mars, Cuba a connu une panne générale après l’effondrement de son réseau électrique national. C’est le sixième incident de ce type qui se produit au cours des dix-huit derniers mois. Cela témoigne de la grave crise énergétique que traverse le pays, conséquence d’un réseau électrique obsolète, aggravée par le brutal « blocus pétrolier » imposé par la Maison Blanche.

 

Une attaque impérialiste contre l’autodétermination du peuple cubain

En ce qui concerne le siège mené par l’administration Trump, il est important de souligner qu’il s’agit d’une opération impérialiste visant à bafouer l’autodétermination nationale de l’île.

Le président américain veut faire à Cuba ce qu’il a déjà fait au Venezuela, c’est-à-dire se transformer en « juge » qui décide qui doit gouverner le pays, c’est-à-dire suivre les indications de la Maison Blanche, comme un gouvernement fantoche. En d’autres termes, il s’agit d’une tentative de détruire le peu qui reste de la révolution anticapitaliste de 1959, en particulier l’indépendance que le pays a conquise face à l’impérialisme.

C’est ce que veut le président américain lorsqu’il pose comme condition la démission de Díaz-Canel. En effet, selon la presse internationale, c’est une condition exigée par l’administration américaine dans le cadre des négociations qu’elle a ouvertes avec le régime cubain.

Si cela se concrétisait, cela signifierait que Cuba redeviendrait un « casino-bordel » comme à l’époque de Batista, et non qu’elle s’émanciperait du régime bureaucratique. Pour cela, le gouvernement compte sur le soutien de la « vermine » cubaine, qui a en Marcos Rubio un représentant direct à la Maison Blanche. Son intention est de récupérer les propriétés qu’il a perdues après le triomphe de la révolution cubaine.

Pour toutes ces raisons, nous nous opposons à ce que le président cubain démissionne sous la pression de l’impérialisme américain. Il appartient uniquement au peuple cubain de décider qui doit gouverner l’île.

 

L’île des « coupures de courant »

Ces dernières années, les coupures de courant sont devenues une réalité du quotidien dans le pays. Dans de nombreux quartiers de La Havane, par exemple, les coupures d’électricité qui peuvent durer jusqu’à 15 heures sont monnaie courante. Dans d’autres provinces, elles s’étendent sur 24 heures ou plus.

Face à cette situation, la population cubaine parle d’« alumbrones » sur l’île : littéralement, cela signifie “moment d’éclairement”. Une façon sarcastique d’expliquer que les gens ne disposent d’électricité que pendant de courts moments dans la journée, car la « normalité » consiste à vivre sans lumière.

Outre les coupures « partielles » habituelles, le pays a commencé à subir des coupures d’électricité à l’échelle nationale depuis deux ans. En 2024, trois coupures ont été signalées en l’espace de deux mois : la première s’est produite le 18 octobre, en raison d’une panne à la centrale électrique Antonio Guiteras. La deuxième a été causée par les effets de l’ouragan Rafael le 6 novembre. La troisième a eu lieu le 4 décembre à la suite d’une nouvelle panne à la centrale de Guiteras.

En 2025, deux autres coupures totales se sont produites : l’une le 14 mars, à la suite d’un incendie dans la sous-station de La Havane ; l’autre en septembre, en raison d’une nouvelle panne à Guiteras. À ces coupures s’est ajoutée celle du 16 mars dernier, cette fois-ci dans le cadre de l’« asphyxie énergétique » imposée par Trump à l’île.

 

Les causes de la crise énergétique

La récurrence des coupures de courant s’explique par deux raisons principales. D’une part, les centrales thermoélectriques sont assez anciennes et obsolètes, puisqu’elles datent des années 60 et 70. Pour se faire une idée de leur état déplorable, il suffit de signaler que neuf des seize unités sont hors service. Ce n’est pas un détail négligeable, étant donné qu’elles garantissent – en théorie – 40 % de l’approvisionnement électrique du pays.

Selon plusieurs études indépendantes, la détérioration des centrales est due à un manque chronique d’investissements dans le secteur énergétique, dont les conséquences se font aujourd’hui sentir. On estime qu’il faudrait entre 8 et 10 milliards de dollars pour remettre à niveau le réseau électrique du pays.

Par ailleurs, la crise énergétique s’est considérablement aggravée en raison du blocus pétrolier sauvage imposé par les États-Unis à Cuba depuis le début de l’année 2026. Ainsi, aucun pétrolier n’a accosté dans les ports de l’île depuis le 9 janvier. Cette attaque impérialiste porte atteinte au droit à l’autodétermination nationale du peuple cubain. Cela a entraîné l’arrêt complet des moteurs de production d’électricité fonctionnant au diesel et au fioul, qui fournissent 40 % supplémentaires de l’électricité du pays.

En moyenne, Cuba a besoin de 110 000 barils de pétrole par jour, dont elle ne produit que 40 000. Au cours des dernières décennies, le régime cubain a comblé ce déficit structurel grâce au pétrole brut provenant du Venezuela, qui couvrait un tiers des besoins de l’île. Cette source s’est brusquement tarie après la mise sous tutelle de Maduro par la Maison Blanche et le rôle collaborationniste endossé par l’actuel gouvernement dirigé par Delcy Rodríguez.

De même, la présidente du Mexique, Claudia Sheinbaum, a affirmé que la Maison Blanche avait fait pression sur son gouvernement pour qu’il suspende les livraisons de pétrole de PEMEX à Cuba. En 2025, l’île recevait 12 000 barils de pétrole brut par jour de la part de la compagnie mexicaine. Depuis le début de cette année, elle n’a reçu qu’une seule cargaison de 84 000 barils au cours des premiers jours de janvier.

Ainsi, la combinaison d’un système de production d’électricité obsolète et dépourvu de financement public, ajoutée à l’offensive impérialiste brutale menée par Trump, place Cuba au bord de l’effondrement énergétique, économique et social.

 

La planification bureaucratique

Selon le gouvernement cubain, le manque d’investissement dans le réseau énergétique et les coupures de courant sont une conséquence de l’embargo économique imposé par les États-Unis depuis 1962. D’après les estimations de La Havane, cet embargo a entraîné, depuis, des pertes s’élevant à 170 677 millions de dollars aux prix courants (chiffres arrêtés en septembre 2025).

Récemment, le ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a affirmé que « si le blocus cessait pendant deux mois, nous disposerions des ressources nécessaires pour garantir le carburant nécessaire à la production d’électricité ». Ce discours illustre le discours manichéen de la bureaucratie castriste, selon lequel tous les problèmes du pays sont dus aux attaques de l’impérialisme et, par conséquent, le gouvernement de l’île est exempt de toute responsabilité.

Nous ne remettons pas en cause le caractère criminel et illégitime du blocus impérialiste, ni ses terribles conséquences sur l’économie de l’île. Cependant, cela ne signifie pas que nous capitulons devant les directions bureaucratiques indépendantes et leurs discours manichéens, selon lesquels tous les problèmes économiques et sociaux relèvent de la responsabilité exclusive des États-Unis et, par conséquent, le régime cubain est exempt de toute faute.

Au contraire, la gestion de la bureaucratie castriste joue un rôle prépondérant dans la crise énergétique actuelle, en gouvernant à travers un régime antidémocratique de parti unique qui lui procure d’énormes privilèges tout en amplifiant les effets de la crise (y compris les coûts du blocus impérialiste) sur la grande majorité de la population cubaine.

Comme on le sait, les haut⸱es gradé⸱es de l’armée constituent l’un des secteurs les plus privilégiés de l’île, et iels ont gagné du terrain au sein du gouvernement après l’arrivée au pouvoir de Raúl Castro en 2008. La principale source de leurs privilèges est le Grupo de Administración Empresarial SA (GAESA), une entreprise créée en 1995 et rattachée au ministère des Forces armées révolutionnaires (FAR), qui gère un réseau complexe d’activités commerciales, parmi lesquels figurent des hôtels, des auberges, des restaurants, des cafés, des centres de loisirs, des agences de voyage, des agences immobilières, des compagnies aériennes, des importateurs, des sociétés de location de voitures, des entrepôts, des compagnies maritimes, des services de messagerie et de livraison de colis, des grossistes, des banques, des sociétés financières, des services d’audit, des entreprises de construction, ainsi que l’ensemble du réseau de magasins de détail en CUC, et désormais en MLC.

En d’autres termes, GAESA représente un pilier fondamental de l’activité économique de l’île et, bien qu’il s’agisse en théorie d’une entreprise d’État à « caractère socialiste », elle est en réalité dirigée par la bureaucratie militaire, qui ne rend de comptes à aucun organe de l’État. En effet, les biens sous son contrôle ne sont pas subordonnés à la Cour des comptes de la République. Par conséquent, ses audits sont internes et leurs résultats ne sont pas accessibles au public.

Ainsi, la prétendue « propriété socialiste qui appartient à toustes » est en réalité gérée de manière discrétionnaire par une classe politique de bureaucrates qui contrôlent l’appareil d’un État détenant les principaux moyens de production et entreprises de l’île.

Ceci explique la manière arbitraire dont les ressources publiques cubaines sont investies. Un article récemment publié par The New York Times indique qu’« au cours des 15 dernières années, le gouvernement cubain a investi environ 24 milliards de dollars dans des hôtels ». Un gaspillage d’argent sans justification apparente, étant donné que la fréquentation touristique de l’île affiche une tendance à la baisse depuis plusieurs années : en 2018, le pays a accueilli 4,7 millions de touristes, contre 1,8 million l’année dernière.

Selon Paolo Spadoni, professeur à l’université d’Augusta et cité dans l’article que nous avons mentionné, le gouvernement cubain a inauguré 70 établissements touristiques et ajouté 22 000 nouvelles chambres entre 2014 et 2025. C’est pourquoi l’île compte 85 000 chambres d’hôtel, bien que le taux d’occupation ne soit que de 20 %.

Mais, alors qu’iels ont consacré une somme exorbitante de ressources à la construction d’hôtels qui sont vides, iels n’ont rien investi dans l’entretien du réseau énergétique. Cela, explique Spadoni, s’explique par le fait que les hôtels sont gérés par Gaviota, une filiale du groupe GAESA, et, selon lui, il est probable « que les responsables militaires adoptent une « vision à long terme » en cherchant à contrôler des biens immobiliers de valeur ».

En d’autres termes, la bureaucratie castriste a privilégié l’affectation de ressources à un secteur qui lui rapporte des bénéfices immédiats, mais qui constitue également un investissement immobilier susceptible, à l’avenir, d’être reconverti en propriété privée au cas où le capitalisme serait rétabli sur l’île.

Telle est la « rationalité » qui se cache derrière la planification « irrationnelle » du budget à Cuba : elle est au service de l’accumulation bureaucratique et n’a rien de prolétarien ni de socialiste.

 

Une économie en crise aggravée par l’étranglement pétrolier

La crise énergétique et le siège impérialiste de Trump surviennent alors que Cuba traverse une période économique difficile. La production industrielle de 2024 a été la plus faible depuis 40 ans et le tourisme a clôturé l’année 2025 avec ses pires chiffres des vingt dernières années, à l’exception de la période de la pandémie.

Selon le Centre d’études de l’économie cubaine (CEEC), dans son dernier rapport sur les performances économiques de l’île, le produit intérieur brut du pays s’est contracté de 5 % l’année dernière, cumulant une chute de 15 % depuis 2020.

De même, le CEEC a analysé que la crise énergétique a entraîné l’ensemble de l’économie dans une spirale descendante. En termes interannuels, il a estimé que la production d’électricité sur l’île avait chuté de 13,7 %, un chiffre calculé avant l’embargo pétrolier ordonné par Trump.

Enfin, il a précisé que l’inflation officielle s’élevait à 14,07 % en 2025, tout en soulignant que les estimations non officielles la situaient autour de 70 %.

Compte tenu de ce qui précède, les conditions de vie des masses cubaines se sont considérablement détériorées ces dernières années. Les salaires ne suffisent pas à couvrir les besoins les plus élémentaires. Une donnée qui illustre l’ampleur de la crise sociale est la mortalité infantile, qui a augmenté de cinq points de pourcentage depuis 2020 et s’élève actuellement à 9,8 pour 1000 naissances vivantes.

« Cuba traverse ce que l’on pourrait qualifier de « conjoncture critique », définie comme une situation d’intersection et de chevauchement de plusieurs crises : malaise social, remise en cause des institutions établies, rupture de la « normalité », émergence de nouveaux acteurs sociaux jouant également un rôle politique, stagnation de l’ancien modèle de fonctionnement, et un débat, explicite ou non, sur le projet de pays », conclut le rapport du CEEC.

Face à la pénurie de carburant, le gouvernement a décrété une série de mesures d’austérité, qui s’apparentent à celles mises en œuvre pendant la « Période spéciale » dans les années 90.

Par exemple, les cours en présentiel dans les universités ont été suspendus. La fermeture temporaire de plusieurs entreprises publiques a été ordonnée. Le service de transport interprovincial a été réduit et une semaine de travail de quatre jours (du lundi au jeudi) a été instaurée. En outre, il est rapporté que les interventions chirurgicales ont été suspendues dans les hôpitaux.

Parallèlement, comme on pouvait s’y attendre, plusieurs hôtels à faible taux d’occupation ont été fermés, et les compagnies aériennes ont été informées qu’il n’y avait pas de carburant pour ravitailler les avions, ce qui a entraîné une baisse drastique du nombre de vols.

Compte tenu de ce qui précède, des images et des rapports internes circulent depuis plusieurs semaines, illustrant l’ampleur de la crise sociale sur l’île. Des rues jonchées de déchets non ramassés parce que les camions manquent d’essence, des charrettes tirées par des animaux servant de transports publics, ou encore des personnes désespérées parce que le peu d’argent dont elles disposent est dépensé pour acheter de la nourriture ou des médicaments à des prix exorbitants qui, à cause des coupures de courant, pourrissent ou se détériorent en peu de temps.

Il n’est donc pas surprenant que le mécontentement de la population à l’égard du gouvernement cubain, qu’elle identifie – à juste titre – comme faisant partie du problème, ne cesse de croître. On sait que les bureaucrates et leurs familles vivent dans « une autre » Cuba, pleine de luxes et épargnée par les mesures d’austérité. Une réalité qui contredit le mythe selon lequel il s’agirait d’un « État ouvrier bureaucratique », comme le soutiennent encore certains courants trotskistes (du PTS à l’ensemble des organisations issues du morénisme).

En raison de la crise énergétique et sociale, les manifestations locales contre les coupures d’électricité sont de plus en plus fréquentes, car les conditions de vie sont devenues extrêmement difficiles. Ce sont des manifestations légitimes, qui reflètent le ras-le-bol des masses face à la gestion de la bureaucratie cubaine. C’est ce qui est apparu de manière tout à fait manifeste avec l’incendie du siège du Parti communiste à Morón qui a eu lieu il y a quelques jours.

Ce serait un « crime contre le socialisme révolutionnaire » d’aborder les manifestations à Cuba contre les coupures d’électricité en se basant sur les récits de la bureaucratie castriste. Agir ainsi, c’est renoncer à l’indépendance face à un régime bureaucratique et autoritaire qui, outre le fait qu’il n’a aucune perspective historique, est responsable de l’exploitation et de l’oppression du peuple cubain.

Face à la crise actuelle, il convient de dénoncer le blocus économique et pétrolier criminel imposé par l’impérialisme américain contre Cuba, qui bafoue le droit à l’autodétermination nationale de l’île. Il faut souligner que l’émancipation du peuple cubain face au régime bureaucratique ne viendra pas d’un impérialiste comme Trump qui, depuis son arrivée à la Maison Blanche, a soutenu le génocide sioniste à Gaza, bombarde le peuple iranien et a transformé le Venezuela en un quasi-protectorat colonial des États-Unis.

D’autre part, nous défendons le droit à l’autodétermination du peuple cubain non seulement face à l’impérialisme, mais aussi face au régime autoritaire et bureaucratique castriste. Cela signifie que nous soutenons le droit à la liberté d’organisation et de manifestation du peuple cubain, car les mobilisations contre les coupures d’électricité et le désastre provoqué par le gouvernement cubain après des décennies de planification bureaucratique sont tout à fait légitimes.

 

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