
Dans le contexte réactionnaire qui s’est installé depuis les élections municipales, les grands médias et la classe politique ont mis en place diverses stratégies visant à diaboliser le parti la France Insoumise (LFI). Cela s’est concrétisé fin février dernier par la qualification du mouvement d’« extrême gauche », confirmée par le Conseil d’État (lire l’article Le débat stratégique sur les contours de notre extrême gauche). Avec une insistance remarquable, ces dernières semaines ont été le théâtre d’une cabale de calomnies et d’attaques racistes à l’encontre des figures les plus importantes du mouvement insoumis.
Dans ce cadre, la victoire électorale historique de Bally Bagayoko à Saint-Denis n’a pas tardé à faire réagir les milieux de droite, les médias et les groupuscules néofascistes qui n’ont pas hésité à s’en prendre personnellement au tout nouveau maire élu. Quelques semaines plus tard, la députée européenne Rima Hassan a été mise en garde à vue en raison de la publication d’un tweet, une attaque sans précédent à la liberté d’expression et à l’immunité parlementaire.
Le contexte politique s’inscrit ainsi dans une série de rebondissements dans les affaires juridiques de violences policières (meurtre de Nahel, Adama, el Hacen Diarra) où se superpose violence du traitement médiatique et violence de la justice de l’Etat qui couvrent les meurtres racistes de la police.
L’ensemble des événements donnent le ton d’un climat particulièrement répressif, raison pour laquelle la journée de mobilisation a été organisée ce samedi 4 avril au pied de la mairie de Saint-Denis.
Le courant international Socialisme ou Barbarie était présent : notre organisation se joint à toutes les mobilisations antiracistes qui dénoncent les discours de haine. Un ensemble d’organisations sociales, syndicales et politiques s’est réuni lors de ce rassemblement. Le discours a porté principalement sur le racisme et les violences policières ; des collectifs de proches de victimes de violences policières ont pu prendre la parole, ainsi que des jeunes et des élu·es insoumis·es. Des camarades issu·es de diverses organisations de gauche ont répondu à l’appel sans toutefois avoir le droit de prendre la parole lors du rassemblement.
L’événement, dont le motif a pris tout son sens et son caractère d’urgence face à la nécessité de manifester contre les discours de haine, a rapidement été récupéré dans un événement aux caractéristiques d’un meeting électoral de France Insoumise 2027.
La nouvelle France et ses fier⸱es citoyen·nes qui veulent y arriver par les urnes !
S’il y a bien une chose qui n’a pas manqué lors des prises de parole du rassemblement d’hier à Saint-Denis, ce sont les déclarations d’amour à la France et la fierté des personnes issu·es de l’immigration de travailler chaque jour pour faire rayonner ce grand pays. Les références aux citoyens et citoyennes qui, fier·es de leurs origines, ne craignent pas les attaques de l’extrême droite mais enorgueilli·es d’occuper maintenant des postes privilégiés pour mener la bataille institutionnelle.
Le discours a salué la réussite politique des Insoumis·es, qui ont su rassembler différents types de militantisme autour de la lutte contre l’islamophobie et de la solidarité avec Bally Bagayoko, « l’incarnation du projet républicain ». Ce discours enflammait les esprits d’une classe moyenne, associative, des électeur·ices de la FI qui brandissaient leur drapeau français au pied de la scène – tout en demandant à la gauche rouge et syndicale de faire baisser les siennes – en renforçant la conviction qu’une nouvelle France verrait le jour grâce à l’unité électorale vers 2027.
Il n’est pas anodin d’avoir fait abstraction du contexte politique général de la guerre dans laquelle la grande France ne joue sans doute aucun rôle impérialiste. Le décalage est flagrant entre le discours antiraciste et les problèmes mondiaux rencontrés par les migrant·es (dont le taux est élevé en Seine-Saint-Denis) qui n’ont même pas accès au vote dans cette France « tissue de migrations ».
Les conséquences économiques et politiques de la guerre justifiées par cette incitation au patriotisme n’ont pas non plus été évoquées dans un contexte où l’on prétend préparer les nouvelles générations à partir au front. Cependant, la radicalité du discours qui évoquait l’anticapitalisme et la résistance n’a que peu ou pas de rapport avec la réalité, qui correspond plus dans le faits à un groupe politique de stratégie bourgeoise au service du régime et qui tente de calmer le jeu lorsqu’il est débordé par la gauche. C’est précisément ce qu’il se passe avec la question du désarmement effectif de la police, alors que les insoumis·es veulent garder le cap de la « désescalade ».
Face à cette image de petit coq français au poitrail bombé, la véritable extrême gauche s’est retrouvée dans une situation inconfortable, donnant l’impression de participer à un meeting électoral célébrant une victoire à laquelle elle semblait n’avoir joué aucun rôle. Les organisations prônant une stratégie extraparlementaire semblaient n’avoir pas grand-chose à dire dans ce contexte. Pas plus que de s’engager à « mener la lutte ensemble » avec celles et ceux, remercié·es de leur présence, mais marginalisé·es, tout comme le font les médias, en ne leur accordant pas le moindre droit d’intervention.
La nécessité d’une refondation révolutionnaire par la base
Si les organisations qui se réclament révolutionnaires ne se sentaient pas à l’aise lors de cet événement, c’est sans doute parce qu’elles ne traversent pas leur meilleure période. Le processus de déliquescence du projet NPA, avec ses multiples ruptures et expulsions, porte aujourd’hui plus que jamais le poids de la responsabilité historique face à l’absence d’une ligne politique anticapitaliste et révolutionnaire contre l’impérialisme et la guerre. Aujourd’hui, les NPA-A et NPA-R ne sont plus que des fossiles orbitant de la FI et de Lutte Ouvrière respectivement.
La véritable lutte contre la montée de l’extrême droite et ses valeurs racistes ne passe que par la construction d’organisations révolutionnaires indépendantes de tout programme bourgeois, nationaliste et belliciste. Il est impossible de défendre un programme patriotique dans un contexte de guerre tout en se revendiquant de l’anticapitalisme ; non seulement cela n’est pas cohérent, mais cela trahit les masses travailleuses, qui sont celles qui finissent par mettre leur vie en jeu dans les conflits armés.
Des attaques internationales contre les figures médiatiques pour la Palestine
Simultanément aux attaques racistes des médias de la bourgeoisie contre Bally Bagayoko, la police de Macron a détenu Rima Hassan, députée européenne de la FI au commissariat le 2 avril. Elle est accusée « d’apologie du terrorisme » pour un tweet, publié huit jours auparavant. L’offensive du gouvernement, par la garde à vue de Rima Hassan, n’est pas un fait isolée du contexte mondial. La flottille pour Gaza, à laquelle Rima Hassan avait participé, s’est reconstituée et prépare un nouveau départ, ce qui a l’air de faire réagir les autorités de plusieurs pays. Dès ce samedi 4 avril, vingt bâteaux ont levé l’ancre du port de Marseille.
Les figures les plus médiatiques de la flottille ont été visées. La police de Milei s’en est pris à Thiago Ávila, coordinateur international de la Global Sumud Flotilla. Il a été arrêté et expulsé d’Argentine le 31 mars, alors qu’il arrivait d’’Uruguay pour organiser la flottille en Argentine.
Le gouvernement israélien ne supporte plus aucune position jugée trop neutre. Après que Macron ait refusé que des avions israéliens transportant du matériel militaire pour la guerre en Iran survolent le territoire français, Nétanyahou a déclaré cesser les importations militaires en provenance de France. Est-ce que cela signifie, contrairement à ce que prétendait le gouvernement français, que la France vend des composants militaires à Israël ? Effectivement, le dernier rapport au Parlement français sur les exportations d’armement démontre que l’État français à vendu pour 223,2 millions d’euros entre 2015 et 2024.
L’acharnement contre celles et ceux qui dénoncent le génocide en Palestine ne s’arrête pas à la stigmatisation de quelques figures en France. Le projet de loi Yadan prévoit criminaliser l’expression de tout soutien à la Palestine, sous couvert de lutter contre l’antisémitisme. On comprend mieux pourquoi : le génocide en Palestine rapporte, et maintenant que Macron s’est faché avec Tel-Aviv, il lui faut renouveler son allégeance à Nétanyahou.
Pour un projet révolutionnaire, sans guerre ni patriotisme
Nous ne soutenons ni le projet impérialiste de la France, ni la défense de sa « grandeur », ni le projet électoral servile et défaitiste qui démobilise et dépolitise. Aujourd’hui plus que jamais, nous devons construire une alternative qui conteste le régime et ouvre la voie vers un gouvernement légitime des travailleur·euses.
Il est essentiel de rester mobilisé·es et de ne pas laisser la force de la rue servir à la récupération politique du réformisme institutionnel. Reconstruisons une gauche révolutionnaire, pour lutter contre le racisme et l’impérialisme au-delà des cadres institutionnels. Avec Socialisme ou Barbarie, militons pour la refondation d’une gauche révolutionnaire indépendante et issue de la base.
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Justice pour Nahel et pour toutes les victimes des violences policières, par Marie Solet, le 22 mars, 2026

