La révolte de Los Angeles montre la voie contre l’engouffrement autoritaire des États-Unis

Depuis le 6 juin dernier, de grands mouvements de foules ont fait apparition dans les rues de Los Angeles contre les politiques de Donald Trump. Il s'agit d'une mobilisation massive qui s'étend aux 50 états américains.

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Depuis le 6 juin dernier, de grands mouvements de foules ont fait apparition dans les rues de Los Angeles (LA). Le mouvement entamé s’est rapidement étendu comme un mouvement populaire de contestation du pouvoir en place, avec l’administration Trump ayant employé la police de l’immigration. C’est une remise en question radicale de l’institution américaine qui se fait entendre dans les rues de LA.

 

Les politiques déshumanisantes de Donald Trump

Le 22 janvier dernier, nous avions déjà réagi à l’investiture de D. Trump, qui venait tout juste de rentrer à la Maison Blanche. À ce moment-là, ce dernier avait prévu toute une série de décrets à adopter immédiatement et sans conditions. 

Ainsi, c’est une bascule de la situation politique qui s’est fait ressentir à travers les États-Unis, mais aussi à travers le reste du monde. 

Trump avait commencer à appliquer une politique intérieure réactionnaire, avec l’abrogation du texte sur l’inclusivité des minorités ou encore avec l’effacement et l’interdiction d’employer certains mots comme « égalité », « inclusion », « femme », « minorités », « stéréotypes ». Le président américain a ensuite agité la scène internationale par des déclarations houleuses, comme “nous allons faire de l’actuelle bande de Gaza la nouvelle French Riviera du Moyen Orient”, ou encore la mise en scène grotesque de l’humiliation du président ukrainien Volodymyr Zelensky, en direct sur la télévision nationale américaine. 

Nécessairement, dans un autre article, nous avions expliqué que l’arrivée de Trump au pouvoir redessinait l’entièreté de la scène internationale par sa logique de la loi du plus fort, de l’escalade de la violence, etc. En bref, qu’il y avait là une géopolitique du trumpisme, qui vient modifier drastiquement les relations internationales entre les Etats, via la guerre commerciale des droits de douane, entre autres. Face à ce changement, les Etats de l’Union Européenne avancent dans leurs projets de réarmement et militarisation, en réponse au délaissement des États-Unis dans la guerre en Ukraine. 

Ainsi, sur le plan international, ce ne sont clairement pas des rebondissements à gauche qui se sont fait ressentir, en tout cas cela n’est pas le cas en Occident. Notamment, avec les discours militaristes qui ne font que pleuvoir depuis. L’arrivée de Trump a plutôt exacerbé la droite et l’extrême droite occidentale, qui jouissent d’une aisance totale à pouvoir déblatérer tout discours xénophobe. Rien qu’en France, par exemple, nous avons eu l’apparition d’un rapport faisant étalage d’un entrisme des “frères musulmans” qui ne traduit que le fait d’avoir une excuse pour pouvoir déporter arbitrairement toute personne qui serait trop “musulmane”. Dans d’autres pays, la vague réactionnaire comporte des attaques anti-LGBTQI+, via l’interdiction de la pride en Hongrie, ou avec le saccage d’une exposition LGBTQI+ par le premier ministre polonais, entre autres. 

Les réactionnaires européens bénéficient du fait que le “grand modèle de la démocratie libérale”, sur lequel nous devions nécessairement approuver toutes les décisions, était pendant longtemps les États-Unis. Alors, le fait que les USA aient commencé à devenir une “république illibérale” aux excès autoritaires, devient un exemple concret et de choix pour l’extrême droite européenne afin de dire : “les temps ont changé, les USA l’ont compris, nous devons en prendre exemple comme nous l’avons toujours fait”

Cela a donc remotivé et libéré la parole de tout un hémisphère du champ politique qui, aujourd’hui, ne se cache presque plus des aspirations et inspirations fascisantes de son idéologie. Car, soyons clair, Trump, à l’heure d’aujourd’hui, tourne la “démocratie” américaine en un régime autocratique de plus en plus prononcé. Ayant employé les grands moyens via la police de l’immigration du nom de ICE – US Immigration and Customs Enforcement – qui a littéralement les pleins pouvoirs d’arrêter absolument n’importe quelles personnes immigré.es – même légales – en pleine rue, en pleine journée, en plein repas de famille, etc. 

Vous avez sans doute tous vu ces vidéos sur internet qui sont abominables à souhait, de déshumanisation. Les personnes “immigrés” embarquées sont entassées dans des camions dans des sortes de “cages à immigrer”, et ce n’est pas exagérer que de dire cela tellement cela paraît invraisemblable. In fine, les migrant.es se voient être déportés dans des camps de “rétentions”, c’est-à-dire des prisons spécialisées pour entasser les immigré.es. 

Au-delà de ça, Trump torpille aussi les lois et juridictions de certains États – trop démocrates et pas assez républicains – comme la Californie. Pas plus tard que le 8 juin dernier, Trump est venu déployer la Garde nationale américaine – qui est une sorte d’armée qui n’en est pas une, comme nous avons les gendarmes en France – pour réprimer les manifestations californiennes anti-ICE et surtout anti-Trump. 

Là où nous pouvons y voir un excès autoritaire, c’est dans l’ambition de centraliser le pouvoir américain à la seule Maison-Blanche, qui peut ou pourrait déclarer l’urgence d’intervention pour pouvoir passer au-dessus des lois de chaque État des États-Unis. Littéralement, ce déploiement annonce ce que nous avions déjà vu auparavant, c’est-à-dire la bascule dans un régime bonapartiste.

 

Les mobilisations de Los Angeles ouvrent la voie de la contestation populaire dans la rue 

Dans l’article du 22 janvier dernier, nous parlions déjà à l’époque de la récente accession au pouvoir de Donald Trump, qui produirait des “rebondissements à gauche”. Par là, nous entendions en effet qu’il y aurait une contestation populaire au vu du contexte de la lutte des classes états-unienne qui était en pleine réorganisation. Par là, il était naturel de penser que la classe prolétarienne contesterait les excès du président américain. 

C’est à partir du 6 juin que cela a pris forme, dans un premier temps comme une contestation de la police de l’immigration ICE, suite aux déportations de 118 immigré.es –prétendu.es– illégaux sur le sol américain par l’ICE avec l’aide du FBI. 

Alors, en réaction aux arrestations, des manifestations éclatent dans certains quartiers de Los Angeles, où sont scandés des slogans tels que “Libérez-les tous.tes” en portant la réclamation de l’arrêt des déportations. Par la suite, des affrontements avec la police commencent à éclater dans le centre-ville de Los Angeles et à Paramount. 

Le 7 juin, Trump, en réaction aux contestations californiennes, en vient à signer un “mémorandum présidentiel”, lui permettant de déployer près de 2000 gardes nationaux pour réprimer les contestations populaires. Ainsi, il mobilise l’article 10 du code états-unien qui permet de déployer la garde nationale sans préalable “en cas de rébellion contre l’autorité du gouvernement des États-Unis”. Le gouverneur de Californie – du parti démocrate – qualifie expressément la mesure de Trump d’illégale, d’autres dénonçant une “déclaration de guerre à tous les Californien.ne.s”.

Le 8 juin à Los Angeles, une manifestation en soutien aux migrants dégénère en affrontements avec la police, blocage d’autoroute, incendies et pillages, entraînant 56 arrestations.

Puis, du 9 au 14 juin, le contexte de LA devient de plus en plus tendu avec Washington ; les manifestations deviennent massives, portant un discours progressiste avec la participation des associations pro-migrant.es, tout en se déclarant comme une manifestation pacifique. Seulement, avec les 2100 gardes nationaux, les 700 marines, plus l’utilisation de drônes Predator dont le rôle est la surveillance, ainsi que l’accumulation des violences policières ; utilisation de gaz lacrymogène, de balles en caoutchouc et mise en place d’un couvre-feu en Californie, Los Angeles devient le terrain de bataille d’une lutte des classes américaines, là où les affrontements sont les plus virulents. 

Le 14 juin est le jour de la mobilisation du No King’s Day, qui fut organisé par la gauche états-unienne pour dénoncer les abus de pouvoir de la présidence Trump, suite à l’épisode californien. En plein Los Angeles, c’est près de 30 000 militant.es qui descendent dans les rues pour protester contre l’autoritarisme trumpiste. Bien sûr, dans ces cortèges, la présence de l’extrême gauche y joue un rôle fondamental ; antifascistes, socialistes révolutionnaires ou encore anarchistes sont visibles au sein du mouvement. 

Là où nous pouvons les retrouver, c’est dans les affrontements directs avec la police. Ils constituent donc des sortes d’avant-gardes permettant de disperser un peu plus les forces de l’ordre, notamment en s’attaquant aux véhicules “Waymo” ayant des liens logiques avec Trump directement. Ces véhicules sont soupçonnés d’être utilisés pour la surveillance des manifestant.es par la police.

Aussi, avec l’utilisation du drapeau mexicain qui est devenu un symbole de contestation du pouvoir en place et de solidarité avec les migrant.es latinos de Californie s’étant fait déporter. Ainsi, l’extrême gauche américaine s’organise comme principal contre-pouvoir de rue, ayant bloqué des autoroutes de Californie ou en organisant des occupations, etc. 

Ils viennent durcir la ligne du mouvement en demandant par exemple la fin immédiate de l’ICE, la fin aussi de la militarisation des États-Unis et aussi la rupture avec les institutions fédérales, ce qui ferait de la Californie un État indépendant et à part entière des États-Unis d’Amérique. 

Après plus d’une semaine de manifestation, c’est plus de 500 arrestations qui ont eu lieu. La Californie est devenue l’épicentre de la lutte de classes américaine via ce bras de fer qui s’annonce historique entre les États démocrates et Washington, puis la radicalisation momentanée du mouvement de contestation produit une montée en puissance de la mobilisation populaire face à la répression de l’État fédéral.

 

Quelles perspectives pour le prolétariat américain ?

Ce que nous pouvons attendre de plus du mouvement de contestation américain actuel, c’est que ce dernier devienne peu à peu la principale opposition politique des États-Unis dans les États dans lesquels la répression est la plus violente. Car ce qui a produit et produira à l’avenir les rebondissements à gauche comme alternative au régime actuel, ce sont les excès du président Trump. 

L’emploi de la force démesurée que ce dernier a appelée, pour réprimer les manifestant.es que ce dernier considère déjà comme un danger pour la stabilité politique de son régime – une simple manifestation pacifique étant déjà considérée comme un mouvement de guérilleros – ne pourra que radicaliser les tranches les plus opprimées de la population étatsunienne. 

La bascule du régime démocratique libéral classique des États-Unis en régime bonapartiste ne convient pas aux bourgeois libéraux qui auraient préféré rester dans le régime originel, Trump ayant pour projet de devenir la seule tête pensante de son régime politique et voulant dépasser le clivage classiste de la lutte des classes. Ce dernier ne sert guère les intérêts de la bourgeoisie américaine. 

De fait, cela explique que le Parti démocrate redevienne un parti adoptant les positions historiques du clivage progressistes contre réactionnaires – comme en 1789 en France, par exemple –. Il y a donc là une reconfiguration même de l’opposition politique américaine. 

Cependant, le prolétariat américain ne doit pas tomber dans le piège des démocrates. Certes, dans la lutte contre le trumpisme, la bourgeoisie libérale et le prolétariat ont un objectif commun, mais, dans l’unité d’action que représente par exemple le “No King’s Day”, il faut tout de même que le prolétariat garde son indépendance politique vis-à-vis des libéraux et se dote de ses propres organisations politiques. 

Car, nécessairement, la crise de Los Angeles doit déboucher sur une remise en question radicale. Trump n’est pas un fou, mais un produit de la démocratie libérale défendue par les bureaucraties démocrates et républicaines, comme avec l’exemple de l’article 10 du code américain (employé par Trump, cité plus haut), qui représente une attaque fondamentale contre l’auto-émancipation du prolétariat états-unien, car ce n’est pas la spécialité de Trump que d’être autoritaire, même celle des lois états-uniennes. 

Alors, il faut que le mouvement actuellement en cours se radicalise, que la lutte des classes devienne la portée du message de ces manifestations, que de la remise en cause du présidentialisme devienne la remise en cause de la démocratie bourgeoise. Le mouvement a les potentialités de devenir un mouvement pré-révolutionnaire, notamment par la peur qu’il cristallise avec l’emploi de la force du gouvernement américain, par crainte que Los Angeles devienne une zone échappant au contrôle totalisant de la machine Trump. 

Il faut appeler à la solidarité internationale aux migrants.es emprisonné.es -simplement car n’étant pas de “purs” américains selon le gouvernement- aux USA. Solidarité aussi à ceux qui prennent position et défendent les droits des personnes immigrées aux États-Unis, pour la construction d’un mouvement de contestation radicale, populaire et anticapitaliste face à la dérive autoritaire des États-Unis. 

 

Sources :

https://www.lemonde.fr/international/article/2025/06/15/manifestations-no-kings-contre-donald-trump-aux-etats-unis-on-avait-besoin-de-se-compter_6613227_3210.html

https://www.latimes.com/california/story/2025-06-06/la-me-ice-raids-protests-color-scene

https://www.france24.com/fr/info-en-continu/20250611-calme-pr%C3%A9caire-%C3%A0-los-angeles-apr%C3%A8s-une-premi%C3%A8re-nuit-de-couvre-feu

https://fr.euronews.com/video/2025/06/16/en-images-aux-usa-la-police-accueille-la-manifestation-non-aux-rois-avec-des-grenades-asso

https://www.tf1.fr/tf1/jt-20h/videos/trump-envoie-la-garde-nationale-en-californie-69786587.html

https://edition.cnn.com/2025/06/06/us/los-angeles-immigration-enforcement-protesters

https://www.bbc.com/news/articles/c87jnnj1pxno

https://www.vanityfair.com/news/story/national-guard-arrive-in-los-angeles-after-trump-signs-orders

https://www.liberation.fr/checknews/incidents-a-los-angeles-trump-se-felicite-de-laction-de-la-garde-nationale-qui-nest-pas-encore-deployee-20250608_ASKHO5KEU5FKVGDCOZIEMC7A6Y/

https://www.latimes.com/california/story/2025-06-06/la-me-ice-raids-protests-color-scene

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