Quelques notes sur l’internationalisme et le campisme

La rédaction de cet article a pour objectif de dénoncer les organisations et militant·es de gauche revendiquant des positions campistes quant aux événements récents survenus en Iran.

0
4

L’idée d’écrire cet article nous est venue juste après l’annonce de la mort du guide suprême de la République islamique d’Iran, Ali Khamenei. Cette idée s’est renforcée notamment après les déclarations de certaines organisations et militant·es de gauche revendiquant des positions campistes quant aux événements récents survenus en Iran. Il est urgent de clarifier une position anti-impérialiste non campiste, notamment après la dangereuse intervention des soutiens du régime des Mollahs dans la dernière Marche des solidarités. Aux côtés des collectifs Roja et Feminists 4 Jina, nous dénonçons les positions campistes par rapport à la situation en Iran. 

 

Loin de nous l’idée de pleurer un dictateur qui n’a cessé de terroriser et d’attaquer sa population durant des années. Au contraire, nous y restons attentif·ves, car un symbole de terreur vient de tomber, et cet événement ouvre un nouvel espace pour les peuples d’Iran révoltés, dans une situation interne en pleine turbulence, en ébullition permanente, ce qui peut constituer un soutien stratégique de taille dans la volonté des peuples d’Iran de renverser la dictature et tous ses symboles. 

Cependant, nous sommes également conscient·es de la réalité du terrain, à savoir que, en quelques semaines de répression, près de 40 000 personnes ont perdu la vie, ce qui a affaibli la contestation de masse sans pour autant la stopper. À l’heure où nous écrivons, la République islamique continue de lancer des frappes sur tous les alliés économiques des États-Unis, dont Dubaï, Bahreïn, les Émirats arabes unis, et bien d’autres. Le gouvernement iranien vise en premier lieu toutes les bases américaines présentes au Moyen-Orient, en réponse aux bombardements états-uniens et israéliens survenus quelques jours auparavant.

Nous considérons que toute posture campiste face aux dynamiques internationales actuelles est un danger pour l’action politique elle-même, car elle la rend le plus souvent léthargique et, avant tout, toujours comprise dans des considérations anhistoriques. Cela est la tendance actuelle de certaines organisations staliniennes et maoïstes en France. Dans un contexte de recomposition du mouvement anticapitaliste et révolutionnaire, il est plus que jamais nécessaire d’affirmer un point de vue révolutionnaire et internationaliste, s’inscrivant dans une critique assidue du capitalisme du XXIe siècle, afin de relancer la lutte pour le socialisme. 

L’Iran comme élément de polarisation globale de la lutte des classes 

Lorsqu’on parle de l’Iran, il est difficile aujourd’hui de ne pas le caractériser comme un théâtre, ou plus précisément comme un laboratoire des rivalités inter-impérialistes. Nous affirmons ce point car l’enjeu essentiel qui s’y joue est la crise de l’hégémonie américaine sur la scène internationale, via la crise ouverte du capitalisme international depuis 2008. Avec les attaques successives contre le Venezuela et l’Iran, le projet politique de Donald Trump est clair : tous les partenaires commerciaux de la Chine, ou ceux qui souhaitent s’en rapprocher, seront désormais « américanisés » de force. 

Au Venezuela, les conséquences concrètes se font déjà sentir, notamment avec la capitulation du gouvernement provisoire, qui s’est expressément jeté dans les griffes du prédateur états-unien. Ce dernier se rapproche désormais de faire main basse sur la deuxième réserve mondiale de pétrole, ce qui représente un avantage économique certain. Il démantèle également d’office la zone d’influence chinoise qui commençait à se dessiner aux portes des États-Unis avec le Venezuela. 

L’Iran se retrouve dans le même cas : dans une région où la plupart des échanges commerciaux s’effectuent en dollars, l’Iran représentait un espace échappant aux règles, à la réglementation et à la monnaie des États-Unis. Dans une crise généralisée de l’hégémonie du dollar au niveau international, et alors que la Chine est en passe de devenir la puissance économique majeure, l’impérialisme américain procède à des découpages territoriaux pour élargir sa « zone vitale ». Ce qui se passe aujourd’hui sur la scène internationale est une bataille inter-impérialiste menée par les États-Unis pour réaffirmer leur leadership économique mondial. 

Nous disons que l’Iran devient peu à peu un laboratoire des conflits géopolitiques impérialistes, car il est le reflet exacerbé de la lutte des classes actuelle et de la lutte pour la domination impérialiste internationale. Les États-Unis, qui représentent une bourgeoisie internationale vorace en quête de territoire, cherchent à mettre en place une antenne américaine au pouvoir, soit le Shah Pahlavi. De l’autre côté, la révolte des classes ouvrières et étudiantes doit faire face à l’ingérence étrangère, au même titre qu’à la répression du régime réactionnaire des Mollahs. 

Mais si l’Iran devient le théâtre d’une lutte des classes internationale, et qu’une classe passe à l’offensive, alors la contre-offensive se prépare dans le sens contraire. On observe une polarisation de la lutte des classes actuelle en Iran, notamment à travers les méthodes de la bourgeoisie et de l’impérialisme, mais aussi par rapport aux révoltes, aux manifestations et aux dégradations des symboles du régime islamique. La mobilisation des opprimé·es, notamment via le mouvement « Femme, Vie, Liberté », cherche la construction d’un modèle de société échappant aux logiques impérialistes et capitalistes.

Les néo-staliniens d’aujourd’hui tendent à dire qu’il n’y a que deux camps : soit celui des États-Unis, soit celui des « résistants » à l’impérialisme américain. À titre d’exemple, pour la Cause du peuple : « La nation et l’État iranien restent, avec les résistances palestinienne et libanaise, la principale épine dans le pied des politiques impérialistes-sionistes de colonisation du proche orient et d’expansion de l’État d’Israël ». Cette position est justifiée par l’argument que le « prolétariat » n’est pas encore arrivé à son stade le plus « mûr », dans le sens d’une prise de conscience « révolutionnaire ». Cependant, une chose est de dire que les conditions subjectives ne sont pas encore mûres pour la révolution socialiste et une autre est de nier l’expérience des millions de personnes en lutte contre l’impérialisme et contre le régime des Mollahs. De plus, cette position confond « Etat » et « nation », comme si le gouvernement de la République islamique et les 40 000 personnes assassinées par le régime faisaient partie d’une même entité. 

Cette position, des plus campistes, ne résout rien et n’étonne pas. Elle reste descriptive et ne prépare pas à l’action révolutionnaire ni à la prise de maturité de ce « futur prolétariat ». Elle joue même un rôle contre-révolutionnaire en s’affiliant à un soutien néfaste à l’actuelle République islamique, en tant que « camp de résistance ». Il ne peut exister un camp de résistance autour d’un gouvernement réactionnaire et répressif qui ne représente que ses propres intérêts, contre les aspirations des masses iraniennes. 

D’autre part, sur la question des zones d’influence entre des Etats capitalistes, voici ce qu’écrivait Lénine : « Car il est inconcevable en régime capitaliste que le partage des zones d’influences, des intérêts, des colonies, etc., repose sur autre chose que la force de ceux qui prennent part au partage, la force économique, financière, militaire, etc. Or, les forces respectives de ces participants au partage varient d’une façon inégale, car il ne peut y avoir en régime capitaliste de développement uniforme des entreprises, des trusts, des industries, des pays. »  Vladimir Lénine. « L’impérialisme stade suprême du capitalisme » ch 9. La critique de l’impérialisme.

Cette citation montre clairement que la question fondamentale est le redécoupage des frontières de l’impérialisme états-unien envers ceux qui lui échappent, car ils ne sont pas compris dans ses « zones d’influence » économiques. Bien qu’un pays capitaliste soit moins développé qu’un autre, il n’en reste pas moins qu’il participe à cette lutte des « cartographies économiques ». Dans ce sens, l’État de la République islamique est un État particulièrement oppresseur de sa population et qui cherche également à instaurer sa sphère d’influence dans la région. La question de la « force » utilisée pour aboutir à ce nouveau « partage » à des vitesses de développement différentes a pu être observée le 28 février dernier. La République islamique d’Iran a tout intérêt à faire croire qu’elle dispose de plus de ressources, dans une dernière tentative de stabilisation par la force de son régime actuel. 

La question de la résistance à l’impérialisme américain ne peut venir que des peuples opprimés eux-mêmes. Comme nous le disions plus haut, cela doit être l’expression d’une réponse d’une classe envers une autre, soit le prolétariat envers la bourgeoisie. La République des Mollahs, en tant que pays capitaliste émergent, a tout intérêt à prendre part à ce « partage » pour constituer sa propre zone d’influence. Ni shah, ni mollah, ni impérialisme. C’est aux peuples opprimés de décider de leur avenir, contre les ingérences impérialistes et les régimes répressifs. 

 

Dans une ère de combustion, qui dit turbulences ne dit pas immobilisme

Du point de vue de notre courant, la situation internationale dans son ensemble est en pleine combustion. Cette idée de combustion permet d’expliquer le processus actuel du capitalisme international. Derrière cette idée de combustion se cache l’image du feu, qui caractérise le stade actuel de la vie du capitalisme, en pleine crise et en proie à s’auto-consumer. Mais aussi ce que ce même système est prêt à entreprendre pour s’en sortir : mettre le monde à feu et à sang.

En effet, depuis l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, un tournant majeur a été pris dans la politique internationale, avec cette rupture des conventions bourgeoises internationales représentées par l’ONU, la CPI et tant d’autres, au profit de la seule force, économique, militaire, etc. Cela a donné lieu à des menaces contre le Venezuela, l’Iran, le Groenland, le canal de Panama, le golfe du Mexique, etc. 

Un véritable tournant commence à s’opérer dans la conjoncture actuelle, notamment, comme nous le disions plus haut, sur la question du partage ou de la répartition des territoires : « l’impérialisme de la mondialisation s’est vu imposer un autre type d’impérialisme, celui de la territorialisation. Le capitalisme de la plus-value relative s’est vu imposer une autre logique, pour le dire clairement, celle de la plus-value absolue. Au capitalisme d’accumulation spécifiquement capitaliste (c’est-à-dire sans éléments extra-économiques) s’impose, ou s’ajoute, l’« accumulation primitive » (l’accumulation par des moyens violents, par exemple par l’appropriation de territoires, comme le disait Marx dans sa théorie du revenu agricole et minier, de portions de l’atmosphère et même du cosmos). Au capitalisme d’exploitation s’ajoute celui de la spoliation, des ressources naturelles et des êtres humains. » (Roberto Saenz, « L’ère de la combustion », 2025). 

Tout cela manifeste une instabilité croissante qui ne fait qu’accroître de manière exponentielle les dynamiques voraces du capitalisme international pour trouver des solutions à sa subsistance. Toutefois, il ne faut pas non plus tomber dans la caricature finaliste : le système ne peut s’effondrer de lui-même et ne pourra donc pas être stoppé par « le camp de la résistance » de la République islamique face aux États-Unis concernant la situation en Iran.

Ainsi, le campisme se présente comme un discours de vérité, mais surtout comme un discours rationnel. Il ne faut toutefois pas se tromper sur sa nature purement opportuniste, qui ne vise pas à faire prendre conscience aux masses de leur rôle historique dans la conquête du pouvoir, dans leur auto-organisation et dans leur auto-défense contre les ennemis de leur camp social. Au contraire, il prône l’immobilisme en réponse à la crise et appelle à se rallier à ceux qui freineront le mouvement de révolte, c’est-à-dire les mollahs dans ce cas précis. Selon la Ligue de la Jeunesse Révolutionnaire « Le peuple iranien, il est uni derrière le gouvernement », une affirmation entièrement fausse qui nie la réalité. 

Cela revient à dire : « laissons les rivalités bourgeoises s’exprimer entre elles, cela ne concerne pas les peuples révoltés ». Or, précisément, les révoltes de ce début d’année ont mis en lumière la question des salaires, de la vie chère, de la pauvreté et des inégalités sociales, le tout ralliant les revendications des droits des femmes et de la jeunesse étudiante. Un mouvement s’est créé, il faudrait être entièrement aveugle pour lui demander d’attendre ou de se rallier derrière ses ennemis.

Ces propos viennent des groupes néo-staliniens, qui ont toujours cherché à installer ou à soutenir des régimes démocratiques bourgeois, notamment lors de périodes de transition, comme en France après la Seconde Guerre mondiale, en mai 68 ou lors de la révolution espagnole, entre autres. La question de la prise de pouvoir en Iran et de ses conséquences n’est que le symptôme le plus exacerbé du dilemme qui entoure les dynamiques internationales. Nous considérons que c’est aux masses en Iran de décider de l’avenir du pays et nous faisons confiance dans la capacité de ces dernières à lutter pour leur auto-émancipation, au-delà des discours déterministes : 

« Cela ne doit pas être interprété de manière déterministe ou catastrophiste, car le capitalisme ne s’effondrera pas de manière inévitable. Il ne doit pas non plus être utilisé pour justifier des approches défaitistes et unilatérales, dans lesquelles les facteurs défavorables sont surdimensionnés pour justifier la capitulation et le possibilisme. Au contraire, il doit nous aider à comprendre quelque chose de très important : lorsque l’ancien ordre entre en crise, la bataille politique pour définir les contours du nouveau qui est sur le point d’émerger s’intensifie. » [Victor Artavia, Entre combustion et rébellion : clés pour comprendre la conjoncture internationale. 19 octobre 2025]

Pour les fractions déconnectées du mouvement ouvrier, le facteur défavorable sera l’impérialisme américain, (qu’ils nomment par ailleurs « l’ogre yankee »), ce qui démontre bien le caractère presque insurmontable de la tâche, car nous ferions face à un monstre sans foi ni loi. Il y a là un défaitisme inhérent. Le peuple iranien ne veut ni shah, ni mollah, ni Américain. Il est possible de défendre l’autodétermination des peuples d’Iran sans se rallier ni au shah, ni au mollah, mais en s’unissant et en s’auto-organisant.

 

L’internationalisme militant comme seule stratégie face à l’impérialisme

Au XXIè siècle, la question de l’impérialisme ne peut être traitée uniquement à l’aide des anciennes définitions de l’expérience de l’impérialisme du XXe siècle. Comme le dit l’un des camarades de notre courant : « Le processus le plus marquant de la répartition du monde de l’époque récente s’est effectué par la mondialisation néolibérale. Sous l’hégémonie de l’unique superpuissance états-unienne, le monde est devenu un marché unique où l’économie a pris le dessus sur la politique. L’organisation sociale issue de cette répartition est la diffusion des capitaux des nations impérialistes dans tous les marchés, par la force diplomatique. »  Hamza Mouf, Iran – Venezuela, l’internationalisme au cœur de la stratégie.

Dans l’époque récente, il est essentiel de comprendre que la répartition des richesses entre les différents États capitalistes se fait par le haut et est surtout détenue par une seule puissance : les États-Unis. Ces derniers sont les régulateurs et les acteurs de cet immense marché mondial, et c’est cette conception qui les pousse à agir aujourd’hui en Iran, au Venezuela et partout ailleurs. Tout cela est motivé par le contexte d’une crise internationale du dollar américain, d’une perte de vitesse de la croissance économique et de l’émergence de la Chine comme superpuissance mondiale, ce qui menace de fait la position hégémonique des États-Unis dans le système capitaliste international. 

Comme nous le disions plus haut, l’interventionnisme américain est motivé par une volonté de réaffirmation, par la force, de la puissance économique américaine. Dans le contexte de l’attaque orchestrée par les Etats-Unis contre l’Iran, il est important de noter que nous faisons face à une victime attaquée par un agresseur : les peuples d’Iran enterrés sous les bombes et qui cherchent à y survivre. Mais le gouvernement de la République islamique n’est pas un allié de la population pour faire face à l’ingérence étrangère, mais au contraire, un deuxième agresseur capable de massacrer et d’opprimer brutalement la population du pays. Dans ce cadre, les armées des États-Unis et de la République islamique d’Iran se tirent mutuellement dessus, se disputant le contrôle de la zone du Moyen-Orient en tant que zone d’influence économique stratégique, car s’y trouvent le détroit d’Ormuz et les routes de la soie. Dans le contexte de l’économie américaine, si les impérialistes venaient à les reprendre, ce serait un point d’appui stratégique pour eux. 

Cette conception, qui consiste à croire qu’il y aurait une victime et un agresseur, du moins d’un État à l’autre, produit des lignes politiques à gauche qui frôlent le confusionnisme le plus total. En effet, nous ne pouvons pas défendre un gouvernement qui ne représente en rien les volontés de son propre peuple, alors que celui-ci se révoltait encore il y a moins de deux mois. Nous ne défendons aucun gouvernement, quels qu’ils soient, car ils ne représentent qu’une seule chose : les intérêts de la propriété privée, du patronat, des trusts et des banques, en somme de leurs propres impérialismes. Dans les régimes capitalistes, l’État n’est que le reflet de cette nature profonde. 

Face aux agressions impérialistes, il ne s’agit pas seulement de dénoncer les attaques, mais aussi de proposer un projet différent de celui des impérialistes, c’est-à-dire de ne pas se ranger dans le camp d’un régime dit du « bien » face à celui du « mal ». Non, il faut au contraire chercher la solidarité non pas avec les États, mais avec les peuples en lutte et organisés, lorsque cela est possible. Et avec le peuple iranien, c’est possible ! 

C’est parce que nous nous battons pour que tous les peuples puissent décider de leur avenir que nous disons cela. Lénine l’a d’ailleurs très bien exprimé : 

« Du point de vue de la théorie du marxisme en général, le droit de libre détermination ne présente aucune difficulté. Il ne peut être sérieusement question […]  de vouloir entendre par libre détermination autre chose que le droit de séparation, ni de nier que la formation d’Etats nationaux indépendants est une tendance propre à toutes les révolutions démocratiques bourgeoises. La difficulté tient, jusqu’à un certain point, au fait qu’en Russie luttent et doivent lutter côte à côte le prolétariat des nations opprimées et le prolétariat de la nation qui opprime les autres. Sauvegarder l’unité de la lutte de classe du prolétariat pour le socialisme, combattre victorieusement toutes les influences bourgeoises et archi réactionnaires du nationalisme, telle est la tâche à résoudre. Parmi les nations opprimées, le rassemblement du prolétariat en un parti indépendant entraîne parfois une lutte si acharnée contre le nationalisme de la nation intéressée que la perspective se trouve déformée et qu’on oublie le nationalisme de la nation qui opprime » . Lénine, Le droit à l’auto-détermination (1913-1914)

En effet, dans le contexte iranien, l’attaque impérialiste a ouvert la voie à une défense du patriotisme iranien large. Et les peuples iraniens se sont joints à cette lutte, qu’il s’agisse des travailleur·euses, des bourgeois, des soutiens du régime des ayatollahs, des royalistes ou encore des socialistes. Toutefois, pour vaincre l’ingérence impérialiste, les travailleur·euses doivent s’organiser afin de mettre en avant leur propre ligne politique et d’imposer leurs revendications de classe dans la lutte. Il est également nécessaire de défendre une ligne d’indépendance de classe pour imposer ses revendications au sein du mouvement de contestation. Cette lutte des tendances, presque « moléculaire », est essentielle pour la constitution d’un État iranien renouvelé, par et pour les peuples d’Iran.

La lutte pour l’autodétermination des peuples reste une lutte progressiste, à condition que nous défendions la constitution d’un État débarrassé des oppresseurs internes et externes. Il est donc impossible d’appeler à l’unité derrière le régime de la République islamique d’Iran, car cela reviendrait à maintenir le statu quo de l’État iranien actuel, ce qui constituerait une concession envers le régime des ayatollahs.

Mais cela doit se faire avec la solidarité internationale des travailleur·euses en lutte partout dans le monde, ainsi qu’avec la classe des opprimé·es des États-Unis et la classe ouvrière iranienne. Il faut lutter simultanément et conjointement contre les discours guerriers et le patriotisme de la nation opprimante. Pour que cela se fasse, il faut constituer des réseaux de solidarité internationale. De la même manière, notre courant construit des liens avec des organisations luttant pour l’autodétermination des peuples iraniens, telles que Roja ou encore Feminist 4 Jina. Ces liens organiques constituent l’axe primordial d’un internationalisme de classe dépouillé de toutes les fractions réactionnaires prétendues du mouvement anti-impérialiste. 

Nous luttons pour développer une ligne politique anticapitaliste indépendante, afin que la solidarité avec les peuples opprimés à l’échelle internationale soit construite dans une perspective de renversement du capitalisme et de remise de tout le pouvoir aux travailleur·euses en lutte.

 

Le XXIe siècle comme période historique de recomposition de la lutte pour la révolution socialiste

Le XXIè siècle est une période de renouveau historique pour la classe ouvrière, marquée par l’ouverture d’une brèche qui ne semble pas près de se refermer : « Nous traversons une période non hégémonique, au cours de laquelle s’affrontent des projets aux orientations alternatives. Cela s’exprime au niveau des luttes inter-impérialistes et de la division bourgeoise à l’échelle nationale, en particulier avec l’émergence de l’extrême droite comme un phénomène de l’époque qui remet en question les anciens consensus et les institutions démocratiques bourgeoises », Victor Artavia, Un monde en ébullition qui attise le retour de la révolution.

Ainsi, cette nouvelle étape, que nous caractérisons comme une période de crises, de guerres et de révolutions, ne peut guère s’accompagner sans une recomposition historique de la classe ouvrière en tant que sujet politique, mais aussi dans ses méthodes d’action. Nous avançons dans une période du capitalisme des plus bellicistes, réactionnaires et répressives de notre histoire récente. Face à cela, et comme nous l’a démontré la question de l’Iran, il est impossible pour les révolutionnaires d’en rester passifs. L’action révolutionnaire est justement en train de se recomposer. La recomposition implique de nouvelles expériences de lutte, comme nous l’ont montré les révoltes de Minneapolis, où l’on a pu observer des éléments de lutte « communards ». Cela implique également une recomposition de la conscience de classe et de son organisation.

Dans ce sens, l’avancée des projets réactionnaires à travers le monde nous installe toujours un peu plus dans une situation prérévolutionnaire qui pourrait se dessiner devant nous. Mais pour passer de la pré-révolution à la révolution, il ne faudra clairement pas s’enfermer dans un immobilisme politique total, mais dans la prise d’initiative militante et active, pour provoquer des rebondissements à gauche qui sortent du cadre institutionnel et consensuel. Si plus aucun consensus n’existe entre les bourgeois, il n’en existe plus non plus entre la bourgeoisie et le prolétariat.

Il faut préparer une action consciente, élaborer des programmes révolutionnaires en phase avec les enjeux du XXIè siècle, rester attentif aux évolutions et mutations du mouvement ouvrier international, notamment avec l’émergence des travailleurs de plateformes, qu’il s’agit d’organiser à l’échelle internationale. Il faut également investir les luttes antiracistes, féministes, LGBTI, anti-impérialistes, avec une perspective anticapitaliste qui vise l’action consciente et la remise en question du système de domination. Il s’agit de s’attaquer à la maladie, et non aux symptômes, comme nous le prônent — et comme nous l’avons démontré — les courants campistes sur la question iranienne. 

Socialisme ou Barbarie milite pour un internationalisme militant par en bas, dans une nouvelle étape de la lutte des classes. L’une des forces de notre courant réside dans son ancrage au XXIè siècle. Nous construisons un courant anticapitaliste international capable de faire face aux nouvelles formes capitalistes et impérialistes du XXIè siècle. Il est indispensable de tirer les leçons stratégiques du bilan du stalinisme, de sa bureaucratie et des échecs des révolutions du XXe siècle. Avec ses enseignements stratégiques nous militons pour relancer la bataille pour la révolution socialiste dans l’époque actuelle. 

 

Bibliographie :

https://socialismeoubarbarie.com/2025/10/19/entre-combustion-et-rebellion-cles-pour-comprendre-la-conjoncture-internationale/

https://socialismeoubarbarie.com/2026/03/01/stop-a-lagression-imperialiste-des-etats-unis-et-disrael-contre-liran/

https://socialismeoubarbarie.com/2026/02/08/iran-venezuela-linternationalisme-au-coeur-de-la-strategie/

https://socialismeoubarbarie.com/2026/03/04/lagression-de-trump-et-netanyahou-contre-liran-place-le-moyen-orient-a-un-tournant-historique/

https://socialismeoubarbarie.com/2026/03/09/un-monde-en-ebullition-qui-attise-le-retour-de-la-revolution/

https://wikirouge.net/texts/fr/Manifeste_de_la_IVe_Internationale_sur_la_guerre_imp%C3%A9rialiste_et_la_r%C3%A9volution_imp%C3%A9rialiste_mondiale

https://www.marxists.org/francais/lenin/works/1916/vlimperi/imperialisme.pdf

https://www.causedupeuple.net/2026/03/01/liran-au-carrefour-de-son-destin/

https://www.causedupeuple.net/2026/01/17/iran-pourquoi-limperialisme-francais-porte-t-il-letendard-du-changement-de-regime/

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici