Iran – Venezuela, l’internationalisme au cœur de la stratégie

La situation mondiale est marquée par les conflits : Ukraine, Palestine, ingérence états-unienne au Venezuela et en Iran. La question de l'anti-impérialisme est au centre du débat stratégique.

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Introduction

Aujourd’hui l’anti-impérialisme prend différentes caractéristiques selon les intervenant·es, elles sont issues de différentes grilles d’analyses politiques. La plupart sont erronées, souvent pour justifier des programmes politiques qui rompent avec un principe fondamental du marxisme révolutionnaire : l’internationalisme.

L’anti-impérialisme a été défiguré par les courants réformistes, staliniens et décoloniaux. Leurs caractérisations se sont diffusées au sein de notre classe et aujourd’hui chacun·e peut crier à l’anti-impérialisme sans vraiment savoir de quoi il est question. Tout comme des politiciens de gauche peuvent le crier par pur opportunisme.

Le débat sur les stratégies anti-impérialistes et internationalistes est long dans le mouvement ouvrier : la question des ouvriers irlandais et anglais au 19e siècle, traitée par Marx ; la capitulation de la 2e Internationale face à la Première Guerre Mondiale, qui a mené à la fondation de la 3e Internationale par les bolchéviks ; la dégénérescence du stalinisme et la théorie du socialisme dans un seul pays ; et toutes les expériences révolutionnaires du 20e siècle.

Il est nécessaire de définir clairement les différentes notions qui font débat pour faire face aux récupérations et leurs influences. La tâche est ensuite de chercher comment les mettre en pratique dans la situation mondiale actuelle.

 

Impérialisme, anti-impérialisme et internationalisme

Il faut d’abord définir ce qu’est l’impérialisme, ses origines et les formes qu’il prend à notre époque. Au travers d’une analyse économique du capitalisme de son époque, Lénine – dans L’impérialisme, stade suprême du Capitalisme – décrit et explique en détail ce qu’est l’impérialisme.

L’impérialisme est l’étape du développement économique qui fait suite – tout en étant issue – au libre-échange. Les capitaux se concentrent dans un nombre restreint d’entreprises, qui à leur tour s’organisent en cartels, trusts et syndicats de branche. L’impérialisme est un capitalisme financier, c’est-à-dire un regroupement du capital industriel et du capital bancaire. Dans l’étape impérialiste, les banques ont dépassé leur fonction première d’intermédiaire pour les crédits, et prennent part activement dans les décisions économiques des entreprises auxquelles elles prêtent.

Tout comme le capital industriel se concentre dans un nombre restreint d’entreprises, le capital bancaire se concentre dans un nombre restreint de banques. La concentration et les liens étroits entre les différents capitaux créent une oligarchie, chaque grand groupe et grande banque investissent leur capital dans des structures plus petites et les intègrent de faits à leur groupement. Mais pour étendre leur capital, les bourgeois ne peuvent se contenter de ce processus à l’échelle de leur propre état, les capitaux doivent s’internationaliser.

Ce sont les états qui ont atteint le stade impérialiste, ceux où la concentration de la production est un fait qui vont pouvoir réaliser cette tâche ; en 1916 ces nations sont : le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et les États-Unis. La conquête de ces nouveaux marchés à des fins économiques prend souvent une forme militaire pour les colonies et usurières pour les semi-colonies. Les différentes nations se battent pour étendre leur sphère d’influence et agrandir leur capital, quand les traités de répartition du monde ne suffisent pas, c’est la guerre inter-impérialiste ; voilà tout le caractère mondial de la guerre de 1914-1918.

L’impérialisme a des racines économiques : infrastructurelles et prend des formes super-structurelles, c’est-à-dire une organisation sociale et politique particulière.

Au 21e siècle les impérialistes continuent de se partager le monde pour leurs intérêts financiers. Le processus le plus marqueur de la répartition du monde de l’époque récente mondialisations néolibérale. Sous l’hégémonie de l’unique superpuissance états-unienne, le monde est devenu un marché unique où l’économie a pris le dessus sur la politique. L’organisation sociale issue de cette répartition est la diffusion des capitaux des nations impérialistes dans tous les marchés, par la force diplomatique.

La situation actuelle est un point de bascule. Les États-Unis ne sont plus la seule superpuissance et le monde doit donc être de nouveau réparti. Dans cette situation, le risque de guerre inter-impérialiste est présent. Il faut pouvoir clairement définir une stratégie pour y faire face.

Toute stratégie qui écarte l’indépendance de classe, les intérêts de la classe ouvrière – soit en remplaçant par une union derrière la bourgeoisie nationale ou un bête campisme – a plus d’effets négatifs que positifs. Les événements de l’actualité ne font que le démontrer.

 

Au Venezuela, l’inconséquence du socialisme du 21e siècle

Avec ses attaques contre le Venezuela en janvier 2026, Trump a démontré l’incapacité du régime bolivarien à faire face à l’impérialisme. Cette condamnation de l’inconséquence politique ne justifie en rien l’attaque états-unienne. La capitulation du gouvernement par intérim de Delcy Rodríguez s’inscrit dans les relations historiques entre les États-Unis et l’Amérique Latine ; desquelles le Venezuela ne s’est jamais émancipé.

L’impérialisme états-unien a toujours pillé les ressources naturelles de l’Amérique Latine pour ses industries. Cela place le Venezuela avec ses importantes ressources en pétrole dans une relation de dépendance avec les États-Unis depuis plus d’un siècle. Une bourgeoisie vénézuélienne s’est construite sur le pillage du pétrole. Depuis 2017, les sanctions états-uniennes contre le Venezuela ont fortement diminué la production de barils.

Si Trump attaque le Venezuela aujourd’hui, c’est que la Chine voit une opportunité dans les réserves massives de pétrole inexploitées du pays. Les États-Unis tentent de reconquérir leur sphère d’influence traditionnelle en Amérique Latine ; les capitaux états-uniens doivent être réinvestis, par la force militaire et l’ingérence si nécessaire.

Le gouvernement de Delcy Rodríguez, présidente par intérim, a immédiatement capitulé face aux menaces de Trump. Elle a ainsi commencé à libéraliser le pétrole au profit des entreprises états-uniennes ; le profit de ce pétrole sera versé sur un compte bancaire contrôlé par les États-Unis qui pourront décider à la place du Venezuela de son utilisation.

Qu’une telle position de conciliation soit tenue par le régime bolivarien n’est pas une surprise. Les gouvernements successifs de Chávez et Maduro n’ont jamais fait évoluer la nature de l’État bourgeois, sa loi et ses intérêts y règnent toujours. Leur projet politique de soi-disant Socialisme du 21e siècle se limite à une approbation dans les urnes à chaque élection. Malgré quelques concessions sociales, jamais la classe ouvrière n’a été impliquée activement dans la politique nationale, les institutions sont toujours celles de la démocratie bourgeoise. La classe ouvrière vénézuélienne reste subordonnée à une bureaucratie opportuniste.

Aujourd’hui quand nous appelons à la libération de Maduro, c’est en condamnation de son enlèvement illégitime, mais également sans aucun soutien à son projet politique. Maduro doit être libéré et renvoyé au Venezuela pour être jugé – lui et l’ensemble de son régime – par les travailleur·euses vénézuélien·nes. Face à la capitulation du gouvernement, un mouvement de lutte doit imposer un nouveau pouvoir dans le pays, en tirant les leçons de plus de 25 ans de faux socialisme. Seul un gouvernement des travailleurs est à même de faire face aux menaces de l’impérialisme états-unien.

La défense des intérêts des nations opprimées ne se fait pas en se rangeant derrière les bourgeoisies locales, ou en remplaçant un impérialisme par un autre. Dans cette perspective, la classe ouvrière et la jeunesse aux États-Unis sont dans la rue contre leur propre impérialisme, en solidarité avec la Palestine et les victimes de l’ICE.

Les guerres impérialistes américaines récentes résonnent au sein de notre classe. Quand Trump attaque le Venezuela – sans même les habituelles justifications de démocratie et de liberté – certains sont vite amenés à défendre l’autre camp par bête campisme.

Les marxistes révolutionnaires se délimitent de Maduro et de son projet politique, sans le mettre à égalité avec Trump, ils reconnaissent son inconséquence pour faire face à l’impérialisme et au capitalisme. Dire le contraire en agitant un anti-impérialisme flou, c’est se ranger derrière ceux qui ont pour seul objectif de se ranger derrière les nouveaux impérialismes russes et chinois.

De même, il n’y a rien à attendre des gouvernements de gauche : Petro, Lula ou Mamdani à New York. Leur politique réelle tranche avec leurs prises de positions, ils sont là pour gouverner pour la bourgeoisie et avec la bourgeoisie.

 

En Iran, inconditionnellement du côté des travailleur·euses en lutte

Comme au Venezuela, des secteurs de la bourgeoisie iranienne se rêvent en marionnette des États-Unis. C’est le cas de Reza Pahlavi, fils de l’ancien Shah d’Iran qui propose le retour de l’Empire comme solution à la crise en cours.

Les importantes mobilisations en cours en Iran rassemblent plusieurs secteurs ouvriers, de la jeunesse et des minorités ethniques ; contre l’austérité et l’autoritarisme de la République Islamique. L’impérialisme états-unien tente de tirer profit de cette situation, soi-disant avec le peuple en lutte. Donald Trump sous couvert de soutien aux manifestant·es lançait cet avertissement : « Si l’Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue violemment, comme à son habitude, les États-Unis d’Amérique viendront à leur secours ». La même administration Trump qui bombardait l’Iran et tua 1000 civils en 2025 n’a qu’un objectif : récupérer le pétrole iranien et étendre sa sphère d’influence au Moyen-Orient ; tout en se débarrassant d’une nation qui constitue une menace pour son avant-poste israélien.

La République Islamique cherche depuis sa contre-révolution de 1979 une place derrière les concurrents des États-Unis. Aujourd’hui, c’est derrière les impérialismes russes et chinois, avec l’intégration de l’Iran dans les BRICS. La dévaluation du rial, les sanctions internationales témoignent de l’échec de la stratégie économique iranienne dans la nouvelle situation internationale.

Les travailleur·euses iranien·nes paient le prix de l’autoritarisme du régime et de la menace impérialiste. Ce n’est ni avec les Ayatollahs, le Shah ou Trump que les Iranien·nes amélioreront leur sort. Pour les droits des femmes, des minorités ethniques, contre l’austérité et les menaces impérialistes, la seule solution est la convergence des différents secteurs en lutte dans la continuité de la révolution ouvrière de 1979, des révoltes de 2017 et des mobilisations Femme, Vie, Liberté en 2022.

Aucune forme de campisme n’est tolérable dans cette situation. La seule position juste est la défense des masses iraniennes en lutte. Il est clair que le régime iranien ne constitue en aucun cas un allié dans la lutte anti-impérialiste, sauf pour ceux qui cherchent à remplacer un impérialiste par un autre.

 

Intervenir auprès de la classe, défendre un internationalisme anticapitaliste sans compromis

Les courants socialistes nationalistes, réformistes et populistes appellent à une alliance des travailleurs avec la bourgeoisie nationale face à l’impérialisme, justifiant une classe ouvrière pas assez forte. L’échec du projet de la révolution de février 1917 est le résultat de cette même stratégie. La révolution d’octobre a prouvé qu’une révolution ouvrière était aussi possible même dans un pays arriéré avec une majorité paysanne.

Dans la lutte contre l’impérialisme, les ouvriers doivent intervenir en tant que classe et en défense de leurs intérêts de classe. Elle doit s’imposer face aux autres secteurs en tant que direction de la nation opprimée. L’attaque contre la propriété privée des impérialistes doit être une attaque contre toute forme de propriété privée, elle doit passer sous contrôle ouvrier. L’anti-impérialisme doit être anticapitaliste pour détruire les fondements mêmes du système et du développement d’une nouvelle classe d’exploiteurs.

Dans ce processus la classe ouvrière n’agit pas de manière homogène avec la conscience socialiste autour d’un même programme. Plusieurs secteurs suivent les directions bourgeoises, le dialogue avec eux est primordial. Il faut agir pour que la classe impose des décisions à la direction par la pression, dénoncer les directions quand elles refusent la décision de la classe. L’objectif est d’impliquer activement la classe dans les décisions politiques pour qu’elle soit à même de dépasser sa direction bourgeoise.

Se saisir de l’anti-impérialisme croissant bien que confus est une nécessité. Une intervention politique juste sur les questions internationales peut participer à construire des luttes nationales d’auto-détermination. Prendre conscience du système de domination internationale sert à prendre conscience de la domination de classe.

Notre stratégie est internationaliste, une position radicale d’indépendance de classe, un soutien inconditionnel aux peuples opprimés par l’impérialisme, le colonialisme ou par leur propre bourgeoisie, en combattant toute forme de domination externe ou interne. Les révolutionnaires interviennent dans les luttes en défendant les perspectives de classe pour mener la lutte jusqu’à son objectif final. Nous défendons l’autodétermination des peuples et apportons un soutien à ceux qui luttent contre l’impérialisme et l’oppression coloniale. 

Dans la continuité de la 4e Internationale qui portait en 1936 cette perspective face à un fascisme bien établi en Europe, des empires coloniaux couvrant la majorité de la planète et à l’aube de la Seconde Guerre mondiale. Socialisme ou Barbarie construit une internationale communiste révolutionnaire capable de construire des perspectives et des luttes à même de faire face aux nouvelles formes de l’impérialisme au 21e siècle. En ayant tiré un bilan de l’échec du stalinisme et des expériences du siècle passé, pour renverser le système capitaliste.

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