La Nakba : la catastrophe palestinienne

Nous présentons ci-dessous un extrait du livre de 2008 « Palestine : 60 ans de nettoyage ethnique » de notre camarade Roberto Ramírez, dans lequel il explique avec une grande clarté les conditions réelles du début du « conflit » pour les terres palestiniennes, ce qu’était la Nakba et les caractéristiques de l’État d’Israël en tant qu’État raciste et colonialiste depuis ses débuts. Le 15 mai 2026

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La guerre de 1948 a commencé en 1947

Le rejet arabe du plan de partition a conduit à un conflit qui allait entraîner, en 1948, l’intervention de plusieurs États arabes, principalement la Transjordanie (aujourd’hui la Jordanie) et l’Égypte, et qui se solderait par leur défaite.

Nous allons ici devoir démystifier un autre mythe du sionisme : celui de la « poignée d’Israélien·nes luttant contre le géant des 100 millions d’Arabes », « David contre Goliath », etc., etc. Dans tous les affrontements armés depuis 1948 – à l’exception peut-être de la guerre du Yom Kippour en 1973, où les forces étaient un peu plus équilibrées – les sionistes ont toujours disposé d’une nette supériorité militaire, non seulement en termes d’effectifs mais aussi de matériel de guerre.

En 1947/48, alors que les Palestinien·nes étaient anéanti·es par la défaite de l’insurrection de 1936/39, le sionisme disposait non seulement de la Haganah (organisée, armée et tolérée par le Royaume-Uni, même aux moments de plus grande tension avec les sionistes), mais aussi d’unités « irrégulières » comme l’Irgoun et d’autres, ainsi que de plusieurs milliers de combattant·es formé·es dans les brigades juives de l’armée britannique. Le général Dayan est issu de cette école, par exemple.

Dans l’ouvrage sioniste officiel « Anthologie d’Israël », cité précédemment, des chiffres éloquents sont fournis. [1] Faisons le compte :

Police rurale juive ……………………………………. 2 000

Haganah ………………………………………………… 45 000

Palmach (commandos entraînés par les Anglais) ….. 3 000

Irgoun et autres groupes terroristes …………………….. 3 000

À ceux-ci, il faut ajouter plusieurs milliers de « volontaires » venu·es d’Europe et des États-Unis, des vétérans de la Seconde Guerre mondiale, parmi lesquel·les des pilotes de chasse, qui se sont joint·es au conflit. Avec elleux, on arrive à un chiffre compris entre 60 000 et 70 000 combattant·es sionistes, dont la plupart possédaient des compétences techniques et/ou militaires de haut niveau.

De son côté, Staline, par l’intermédiaire du gouvernement fantoche de Tchécoslovaquie, a fourni aux sionistes des armes en abondance, et même des avions.

Que leur opposaient les « hordes de cent millions d’Arabes » ? Jusqu’à l’intervention des États arabes limitrophes, la principale force organisée des Palestinien·nes était pratiquement l’Armée de libération de Fawzi el-Kawakji, qui entra en Palestine en janvier 1948. Elle comptait à peine 5 000 personnes.[2]

Il y avait bien sûr plusieurs milliers d’autres résistant·es dans les villages et les villes arabes. Mais la résistance était fragmentée et désorganisée sur les plans militaire et politique. Pour pouvoir imposer leur supériorité numérique face aux colonisateur·ices, les Palestinien·nes avaient besoin d’une arme qui leur faisait défaut : une politique et une organisation révolutionnaires, capables de mobiliser l’ensemble des masses palestiniennes et des pays arabes limitrophes. Inutile de préciser que tel n’était pas l’objectif d’Abdullah, de Farouk et des autres personnages qui se présentaient comme les « représentants de la nation arabe ». Au contraire, ils préparaient une trahison monumentale.

 

L’étrange guerre de 1948 et la trahison du roi Abdullah de Jordanie

Alors que la résistance palestinienne était exterminée, alors que se succédaient les massacres dont nous parlerons plus tard, les gouvernements arabes passaient de conférence en conférence. Le 14 mai 1948, l’État d’Israël était proclamé. Le lendemain, après des mois de lutte, la Transjordanie est intervenue, puis l’Égypte et, dans une moindre mesure, d’autres pays arabes. Mais l’ensemble des armées engagées par les États arabes ne dépassait pas 25 000 combattant·es,[3] et sans unité de commandement, qui plus est. Même à ce moment-là, les forces sionistes disposaient d’une supériorité militaire incontestable.

La seule force capable de rivaliser militairement avec la Haganah était la Légion arabe de Transjordanie, dirigée par des officier·ères anglais·es. Et dire cela, c’est déjà dire qu’elle courait à la défaite. L’Angleterre, à qui il convenait désormais d’apparaître comme la « protectrice » des Arabes, menait en réalité un double jeu. Alors qu’elle s’était opposée à la partition de la Palestine aux Nations Unies, elle finit par se plier au blocus et à l’embargo sur les armes et les munitions imposés aux belligérant·es. Sauf que cet « embargo », comme ce fut le cas lors de la guerre d’Abyssinie ou de celle d’Espagne, ne touchait qu’une des parties en conflit, en l’occurrence les Arabes.

Mais le coup de grâce porté aux Palestinien·nes allait être le pacte secret entre Abdallah, roi de Transjordanie, et Golda Meir, alors représentante du gouvernement israélien. Cet accord consistait, tout simplement, à se partager la Palestine. [4] Ainsi, l’État d’Israël étendit son territoire au-delà des frontières tracées sur la carte de partition des Nations Unies et le roi de Transjordanie, grand-père de l’actuel Hussein, s’appropria la Cisjordanie. Le roi Farouk n’eut droit qu’à une maigre part : la bande de Gaza.

Quelques années plus tard, Abdallah allait être exécuté par un Palestinien. Mais cet acte de justice et de désespoir n’allait pas changer le sort de son peuple. Commençait alors la tragédie du peuple palestinien, dépouillé de sa terre et de son droit à l’autodétermination.

 

La terreur pour obtenir une « terre sans peuple »

Les colons sionistes avaient eu le temps de constater que le slogan de la « terre sans peuple » ne correspondait pas à la réalité de la Palestine. Mais si la « terre sans peuple » n’existait pas, on pouvait en revanche la fabriquer. Nous avons vu comment, au début de leur colonisation, les mesures économiques et politiques du sionisme tendaient vers une marginalisation lente mais ferme de la population arabe. Ce processus allait désormais franchir une étape décisive : l’expulsion de la majorité des Palestinien·nes et l’expropriation de leurs biens.

Le dirigeant sioniste Weitz, directeur pendant de nombreuses années du département de colonisation de l’Agence juive, notait dans son « Journal » en 1940 : 

« La seule solution est une Palestine, ou du moins une Palestine occidentale [à l’ouest du Jourdain] sans Arabes… et il n’y a pas d’autre voie que de transférer tous les Arabes d’ici vers les pays voisins, de tous les transférer : pas un village, pas une tribu ne doit rester. » [[5]]

 

Pour mettre en œuvre ces plans dignes d’Hitler, il n’y avait qu’une seule méthode : celle qu’utilisait Hitler. Et elle fut utilisée.

À peine la partition votée aux Nations Unies, une campagne de terreur a commencé, forçant les populations arabes à fuir. Les principaux et principales auteur·ices de ces massacres furent les membres de l’Irgoun, une organisation terroriste qui avait l’avantage d’être « extra-officielle ». Autrement dit, lorsqu’elle commettait un massacre, Ben Gourion pouvait s’en laver les mains et dire qu’il n’était pas responsable. Le dirigeant de cette organisation fasciste était le célèbre Menachem Begin, aujourd’hui chef du parti Herut, membre de la Knesset (parlement israélien) et ministre dans de nombreux gouvernements.

Il serait impossible de dresser la liste de tous les massacres commis par les sionistes durant cette période. Nous avons déjà relaté l’exploit de l’Irgoun à la raffinerie de Haïfa le 31 décembre 1947. Parlons maintenant de Deir Yassin.

L’extermination du village arabe de Deir Yassin a été qualifiée à juste titre de « My Lai du sionisme », en la comparant au célèbre massacre perpétré dans ce village du Vietnam par les troupes américaines.

Les principaux témoignages du massacre de Deir Yassin ont été fournis par le délégué de la Croix-Rouge internationale en Palestine, M. De Reynier, qui a découvert les cadavres et a réussi à sauver trois victimes gravement blessées. Son rapport a été publié en 1950. [6] En avril de l’année dernière, le journal israélien Yedioth Aharonot a publié divers documents sur le massacre, parmi lesquels un rapport secret du soldat Meir Philipsky – qui est aujourd’hui le général (r) Meir Pa’el – et qui, au moment du massacre, était « officier de liaison » entre la Haganah et les groupes terroristes (l’Irgoun Zvi Leumi (ETZEL) et le groupe Stern (LEHI). [7] Ces informations peuvent se résumer ainsi :

Le 9 avril 1948, des unités spéciales de la Haganah ont pris le village de Deir Yassin, après avoir vaincu une faible résistance arabe. Une fois la résistance vaincue, elles l’ont laissé aux mains des boucher·ères de l’ETZEL et du LEHI. Celleux-ci sont allé·es de maison en maison, exterminant tou·tes les habitant·es civil·es, dont la majorité étaient des femmes, des personnes âgées et des enfants, car les hommes travaillaient hors du village à ce moment-là. En lançant des grenades à main dans les habitations, puis en mitraillant ou en égorgeant les survivant·es, ils ont exterminé environ 250 Palestiniens et Palestiniennes.

« Avec un groupe d’habitants de Jérusalem – raconte Philipsky –, nous avons supplié les commandants de donner l’ordre d’arrêter le massacre, mais nos efforts ont été vains. Entre-temps, environ 25 hommes avaient été sortis de leurs maisons. Ils furent embarqués dans des camions et emmenés en procession triomphale – à la manière d’un triomphe romain – à travers les quartiers de Mahaneh Yahuda et Zakhron Yosef (à Jérusalem). À la fin du défilé, ils ont été conduits dans une carrière située entre Giv’at Sha’ul et Deir Yassin et y ont été tués de sang-froid. »[8]

Les cadavres du village ont été jetés dans les puits. C’est là qu’ils ont été découverts par le délégué de la Croix-Rouge, De Reynier.

L’historien israélien Arieh Yitzhaqui, commentant dans Yediot Aharonot la documentation publiée, souligne que ce qui s’est passé à Deir Yassin «a suivi le schéma habituel de l’occupation d’un village arabe en 1948. Au cours des premiers mois de la guerre d’indépendance, les troupes de la Haganah et du Palmach ont mené des dizaines d’opérations de ce type…» [9]

L’objectif politique des massacres de Deir Yassin, Lydda, Jaffa, etc. ne saurait être plus clair : fabriquer la « terre sans peuple », « transférer – comme le disait Weitz – tous les Arabes d’ici vers les pays voisins… »

S’il subsiste des doutes, Menachem Begin, l’un des principaux auteurs de ces crimes, les dissipe : « Toutes les forces juives – dit Begin – avançaient à travers Haïfa comme un couteau dans du beurre. Les Arabes fuyaient, pris de panique, en criant : « Deir Yassin ! »… Cet exode massif s’est rapidement transformé en une fuite effrénée et incontrôlable. »[[10]] Ainsi, lors de la signature de l’armistice au début de l’année 1949, environ un million de Palestinien·nes avaient été expulsé·es de leur terre.


L’État colonial et raciste

L’État d’Israël est l’institutionnalisation du fait colonial. Comme dans ses homologues, les États d’Afrique du Sud et de Rhodésie, la population autochtone a été dépouillée de ses terres et de ses biens, ainsi que de ses droits nationaux et démocratiques ; une partie d’entre elle a été contrainte d’émigrer et le reste a été soumis aux normes classiques des États où une prétendue « race supérieure » domine une « race inférieure ». L’État d’Israël est l’instrument (armé jusqu’aux dents par l’impérialisme) qui a pour but de maintenir cette situation coloniale. Il rend service à l’impérialisme en jouant le rôle de gendarme contre les mouvements révolutionnaires ou simplement nationalistes du monde arabe.

Nous conclurons cette étude par quelques exemples du caractère colonial, raciste et contre-révolutionnaire de l’État d’Israël actuel.

L’un des plus scandaleux – après l’exode forcé d’un million de Palestinien·nes sous la terreur des massacres sionistes – est la spoliation massive de leurs biens. Nous avons déjà vu par quelles méthodes iels ont été contraint·es de fuir.

Après la guerre de 1948, tout en les empêchant de retourner dans leurs foyers, l’État d’Israël a appliqué une loi dite de « propriété des personnes absentes »[[11]], selon laquelle tout Arabe se trouvant « absent·e » perdait tous ses biens, ceux-ci étant considérés comme « abandonnés ». C’est ainsi que les terres, les maisons, les commerces, les industries, les comptes bancaires, etc. de ce million de Palestinien·nes sont passés dans les poches des colons. Ce fut l’« accumulation primitive » du sionisme.

La « loi sur l’absence » est une « loi » de vol massif, même du point de vue des normes juridiques bourgeoises. C’est comme si une bande de cambrioleur·euses pénétrait dans la maison d’une famille, en assassinait une partie et provoquait, par conséquent, la fuite du reste. Lorsqu’on leur demande des comptes, ces messieurs-dames font valoir que, les survivant·es s’étant « absenté » et ayant « abandonné » leurs biens, iels ont perdu tout droit sur ceux-ci. Ces biens sont désormais entre les mains des gangsters. Dans le même temps, sous la menace des armes, iels empêchent le retour des survivant·es et, chaque fois que celleux-ci tentent de rentrer chez elleux, les gangsters clament haut et fort qu’iels sont « agressé·es ».

La soi-disant « loi du retour » est un autre exemple de racisme. Toute personne juive, quel que soit son pays d’origine, même si ses ancêtres n’ont jamais eu de lien avec la Palestine, a le droit de « revenir » (?) en Israël et d’y devenir citoyenne à part entière. En revanche, un·e Palestinien·ne (qui a été chassé·e de force il y a 25 ans) ou son enfant n’ont droit ni au « retour », ni à la citoyenneté.

Pendant l’occupation britannique, des « lois d’urgence » ont été promulguées en 1945, que le dirigeant sioniste Jacob Shapira a qualifiées comme suit : « Ces lois n’ont d’équivalent dans aucun pays civilisé, pas même dans l’Allemagne nazie elle-même. Ce sont des lois qui ne s’appliquent qu’à un pays occupé… aucune autorité ne peut se permettre de promulguer des lois aussi inhumaines. » [[12]] Mais ces lois – avec quelques modifications formelles – sont restées en vigueur dans l’État d’Israël et, pour comble d’ironie, M. Shapira est devenu peu après ministre de la Justice, c’est-à-dire chargé de les appliquer !

Conformément à ces « lois » actuellement en vigueur en Israël, et appliquées dans les territoires usurpés après la guerre de 1967, les Palestinien·nes se trouvent sous « gouvernement militaire ». Les autorités militaires ont le droit de « transférer et expulser les habitants des zones, saisir et conserver en leur possession tout bien, article ou objet, procéder à des perquisitions et des fouilles à tout moment, limiter les déplacements des personnes, imposer des restrictions dans le domaine de l’emploi et des affaires, décréter des expulsions, placer toute personne sous surveillance policière ou lui imposer une résidence forcée (…),  confisquer tout terrain dans l’intérêt de la sécurité publique, recourir librement à la réquisition, imposer l’occupation militaire aux frais des habitants, instaurer le couvre-feu, suspendre les services postaux et tout autre service public ».[[13]]

Il existe peu d’États dotés d’une législation similaire et s’appliquant exclusivement à un secteur de la population, ce secteur étant déterminé par sa prétendue « race ». L’Allemagne hitlérienne était un exemple de ce type d’État. 

La Rhodésie et l’Afrique du Sud en sont aujourd’hui des exemples. La similitude, y compris dans la forme, entre la législation anti-Noir·es en Afrique du Sud et la législation anti-Arabes en Israël est frappante. Toutes deux reconnaissent d’ailleurs une origine commune : la législation coloniale britannique. L’enchevêtrement de lois et de dispositions racistes et coloniales se renforce mutuellement et aboutit au même résultat : l’oppression, le vol et l’exploitation de la population arabe. Un exemple fréquent est le suivant : une autorité militaire déclare telle ou telle région comme une « zone de sécurité ». Aucune personne arabe ne peut donc y entrer, ni y vivre. S’il y avait un village dans la zone, ses habitant·es sont expulsé·es ; s’il y avait des terres appartenant à des Arabes, on ne les laisse pas passer pour les cultiver. C’est alors que la « loi de l’absence » entre en vigueur : les terres et les villages sont « abandonnés », leurs cultivateur·ices et leurs habitant·e·s se sont « absenté·es », et les terres deviennent donc la propriété d’Israël. 

En effet, la « loi de l’absence » s’applique également aux Palestinien·nes qui se sont déplacé·es ailleurs, même si ces Palestinien·nes restent en Israël et même si leur déplacement a été imposé par une autorité israélienne.Le « Rapport du Comité spécial des Nations unies chargé d’enquêter sur les pratiques israéliennes affectant les droits de l’homme de la population des territoires occupés » donne une pâle idée du régime fasciste auquel est soumise la population palestinienne. [14] C’est un catalogue d’horreurs : « tortures et mauvais traitements », « détention administrative » (c’est-à-dire l’emprisonnement de milliers de Palestinien·nes dans des prisons et des camps de concentration sur ordre des autorités militaires, sans aucun procès et pour une durée indéterminée), « expulsion de personnes des territoires occupés en vertu de ce qu’on appelle des ordres d’expulsion », « transfert de plusieurs milliers de personnes de leurs foyers vers d’autres parties du territoire occupé », « expropriation de leurs biens, y compris ceux appartenant à des personnes déplacées de leurs foyers », « démolition de maisons » (environ 10 000 depuis 1967), « déni du droit de retourner dans leurs foyers aux personnes qui ont fui le territoire occupé en raison des hostilités de juin 1967 et à celles qui ont été déportées ou expulsées de toute autre manière ». Tels sont les points soulevés dans le rapport du Comité spécial des Nations Unies.

Le « Rapport » conclut qu’il ne s’agit pas d’une politique « employée dans des circonstances exceptionnelles » mais que, au contraire, elle « est devenue arbitrairement une norme de conduite ou une politique définitive ».[15] Et nous ajoutons : cette « norme de conduite ou politique définitive » est la conséquence logique, fatale et inévitable de toute situation coloniale.

Jamais, à aucune époque et sur aucun continent, un groupe de colonisateur·ices n’a pu établir et maintenir sa domination sur la population indigène sans recourir à des méthodes de ce type. La Rhodésie, l’Afrique du Sud, l’Algérie « française », les colonies portugaises d’Afrique et Israël en sont la preuve.

Depuis 1948, le développement de l’État colonial et raciste d’Israël a accentué de plus en plus sa similitude avec les expériences de colonisation mentionnées. Et désormais, toute la fausseté de l’argument sioniste, selon lequel iels ne sont pas des colonisateur·ices parce qu’iels n’exploitent pas la main-d’œuvre indigène, apparaît clairement. Nous avons déjà vu qu’au début de la colonisation, cette idée de « ne pas exploiter la main-d’œuvre indigène » servait de manteau « socialiste » pour dissimuler l’expulsion des ouvrier·ères et des paysan·es arabes de leurs emplois et de leurs terres. Mais, une fois le déplacement de la population autochtone et l’expropriation massive de ses biens effectués, les sionistes n’ont eu aucun scrupule à exploiter les Palestinien·nes spolié·es.

La soif de superprofits qui domine la bourgeoisie sioniste étend également l’exploitation, la discrimination raciale et la misère à de larges secteurs de la population juive, en particulier ceux d’origine orientale (Séfarades, Yéménites, etc.). Aujourd’hui, l’État d’Israël est une pyramide raciste, dont le sommet est occupé par deux mille milliardaires (en dollars) d’origine ashkénaze (Juifs et Juives européen·nes) et étroitement liés aux investissements impérialistes. Plus bas, une bourgeoisie moyenne et une bureaucratie privilégiée de l’État et de la Histadrout, également d’origine ashkénaze. Ces classes et ces couches privilégiées s’appuient sur les masses de Juifs et Juives orientaux·ales et, au dernier échelon de la pyramide, sur les Palestinien·nes.[[16]] Israël est l’Afrique du Sud du Moyen-Orient.

 

[1].- Shaul Ramatí, « La Haganah : les milices populaires d’Israël », dans Anthologie Israël, op. cit., p. 77 et 78.

[2].- Ion Rotschild, op. cit., p. 1211.

[3].- Rodinson, op. cit., p. 74.

[4].- Rodinson, op. cit., p. 86 et Ian Rotschild, op. cit., p. 1211.

[5].- Publié dans « Daavar » du 29/9/67 et cité par Rotschild, op. cit., p. 1206 et Nathan Weinstock, op. cit., p. 3.

[6].- M. De Reynier, « À Jérusalem un drapeau flottait », Neuchâtel, 1950.

[7].- Une partie de ces rapports a été traduite en anglais et publiée dans la revue Middle East International, Londres, avril 1973. C’est de là que nous les tirons.

[8].- Cit.

[9].- Cit.

[10].- Menachem Begin, « The Revolt; Story of the Irgun », p. 165, cité par Rodinson, cit., p. 115 et Peter Buch, cit., p. 18.

[11].- Al-Ard Co. Ltd., « Les Arabes en Israël », dans « Dossier… », cit., p. 843.

[12].- Cit., p. 860.

[13].- « Colloque des juristes arabes sur la Palestine », Alger, 1967, p. 75.

[14].- Nations Unies, 27e session, 9 octobre 1972, publication A/8828, espagnol.

[15].- Cit., p. 44.

[16].- Une étude parue dans Le Monde diplomatique, octobre 1973, dresse le portrait social suivant de l’État d’Israël : 

« Le niveau de vie général de la population s’est amélioré après la guerre de juin 1967, mais l’écart entre les secteurs favorisés et défavorisés ne cesse de se creuser d’année en année.

Ce phénomène se reflète, entre autres, dans les chiffres suivants : de 1970 à 1972, la part des travailleurs dans le revenu national est passée de 80,5 % à 74 %. Au cours de la même période, la part des capitalistes est passée de 19,5 % à 26 %. Mais l’écart de revenus devient brutalement évident lorsqu’on compare le mode de vie des 15 % d’Israéliens qui partent chaque année à l’étranger et possèdent des voitures modernes et des maisons de luxe, à la situation des 20 % qui luttent en vain contre la hausse des prix, voyant leur niveau de vie précaire se détériorer chaque mois. Une partie croissante de ce secteur se transforme en un lumpenprolétariat misérable et sans espoir.

Ce lumpenprolétariat israélien, ou plutôt judéo-israélien, a tendance à s’accroître ces dernières années, et avec lui la criminalité sous toutes ses formes. Ce phénomène est dû avant tout à la transformation de la composition de la main-d’œuvre. Israël, comme tout pays en voie d’industrialisation rapide (les exportations ont augmenté de 25 % en 1972 et les investissements de 20 %) et en situation de plein emploi, a recours à l’importation de main-d’œuvre étrangère non qualifiée pour occuper les emplois les moins rémunérés, tandis que le travailleur israélien occupe des professions plus qualifiées et mieux rémunérées. 

En Israël, c’est la population arabe qui joue le rôle de réserve de main-d’œuvre « étrangère » non qualifiée (il faut ajouter à cela les sept mille Juifs géorgiens récemment émigrés de l’URSS).

Le processus d’arabisation du travail manuel et non qualifié s’est encore accéléré entre 1968 et 1973, après que près de 70 000 ouvriers palestiniens des territoires occupés ont progressivement pu travailler en Israël. La main-d’œuvre arabe – plus efficace et plus disciplinée, surtout parce qu’elle ne dispose pas des mêmes moyens pour faire valoir ses droits – a peu à peu remplacé la masse des travailleurs juifs non qualifiés des usines, des restaurants et même des champs.« Une petite partie de ces ouvriers juifs évincés est revenue en tant que superviseurs, et parfois en tant que contremaîtres du prolétariat arabe. Mais la majorité s’est transformée en un lumpenprolétariat, sous ses formes potentielles et réelles, dont la plupart ne souhaite pas récupérer les emplois perdus, considérés aujourd’hui comme « dégradés » puisqu’ils sont occupés par les Arabes.

Ce lumpenprolétariat est composé à 35 % de Juifs originaires de pays arabes, pour lesquels la possibilité d’emplois plus qualifiés est plus ou moins fermée : ces professions exigent une instruction qu’ils n’ont généralement pas. Ayant grandi dans des familles nombreuses, ils ont dû rapidement quitter l’école pour travailler. Ainsi, pas moins de 20 000 jeunes, âgés de 14 à 18 ans, n’étudient ni ne travaillent.

Autre chiffre révélateur : dans l’Israël de 1972, où les prouesses militaires et scientifiques surprennent le monde, on compte 104 000 enfants (plus de 54 % des enfants juifs) issus de familles dans lesquelles le père n’a pas dépassé le niveau de l’enseignement primaire. C’est dans les couches défavorisées que l’on observe le nombre le plus élevé (un sur cinq) d’enfants sous-alimentés, mal nourris ou ayant grandi dans des conditions qualifiées de « catastrophe familiale ». C’est dans ces milieux que l’on recrute les délinquants juvéniles.

Le ressentiment croissant de ces milliers de Juifs orientaux, qui se demandent ce qui est fait pour eux alors qu’Israël se vante de ses deux milliardaires, trouve son expression politique dans le vote en faveur des « Panthères noires », qui ont obtenu 2 % des suffrages exprimés lors de l’élection à la Histadrout ».

SourceArticle sur IzquierdaWeb

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