Congrès de la CGT : on ne change pas une équipe qui perd

Le 54ᵉ Congrès confédéral de la CGT s’est tenu du 1ᵉʳ au 5 juin 2026 à Tours. Au contraire du 53ᵉ, le rapport d’activité à été voté, alors que son analyse de la situation est en dessous de tout, cherchant à maquiller les errements de l’intersyndicale en victoires. La direction de la CGT poursuit son travail de sape de la mobilisation à la base, ne cherchant qu’à renforcer son appareil bureaucratique.

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À Tours, le 2 juin 2026, Sophie Binet entourée notamment des anciens secrétaires généraux Bernard Thibault et Philippe Martinez. © CGT/A.Sayad
À Tours, le 2 juin 2026, Sophie Binet entourée notamment des anciens secrétaires généraux Bernard Thibault et Philippe Martinez. © CGT/A.Sayad

Le 53 congrès de la CGT avait mis en avant les différentes orientations à l’intérieur de la CGT, entre les lignes Martinez-Buisson et celles de Mateu-Verzeletti. Faute d’accord, la candidature de Sophie Binet est sortie du chapeau, renouvelant l’image de la CGT sur la forme (femme et première secrétaire à être issue du PS et non du PCF) mais pas sur le fond. Dans la droite ligne de Thibault et Martinez, la direction CGT poursuit sa politique d’effacement dans une intersyndicale qui trahit systématiquement les travailleur·euses. 

 

La direction de la CGT fière de la défaite de la réforme des retraites

La première partie du rapport d’activité du congrès « Retraites : une mobilisation structurante pour le mandat » laisse pantois·e. Le titre en dit déjà beaucoup, la défaite de notre camp dans la mobilisation face à la contre-réforme de Macron est vendue comme une étape qui a permis à la CGT de se renforcer comme appareil. Dans le texte, on se félicite d’avoir maintenu l’unité de l’intersyndicale sans appeler à la grève reconductible dans laquelle s’était pourtant engagée certains secteurs. Nous avions analysé dans l’article La bataille des retraites du 22 mai 2023 la stratégie perdante de l’attelage intersyndical.

Dans ce même rapport, la direction de la centrale syndicale semble accuser la classe organisée d’être trop faible, de ne pas avoir répondu à ses appels démobilisateurs de journée de grève par-ci par-là. Au lieu de donner de la force à la journée de grève appelée spontanément le 10 septembre, la direction de la CGT avait proposé sa propre date le 18. 

Sans une once d’analyse critique de sa politique, la direction de la centrale syndicale va jusqu’à interpréter ainsi la défaite de la lutte des retraites : « Cette analyse a aussi permis d’identifier clairement nos limites et difficultés. La première d’entre elles étant la radicalisation du pouvoir et du patronat, qui pèse sur notre capacité à empêcher les mauvais coups et à gagner des avancées pour les travailleur·euses ». Le patronat et Macron seraient donc trop « radicaux » pour la classe ouvrière lorsqu’ils défendent leurs intérêts, comme si à chaque moment de l’histoire la bourgeoisie avait facilement donné les clefs des usines et du pouvoir. C’est un aveu terrible pour une centrale syndicale qui ne croit pas dans les capacités des travailleur·euses à prendre leur lutte en main jusqu’à la victoire, et qui en dit long sur le flou entretenu par la CGT avec le « dialogue social ».

 

Réformisme et conciliation de classe à tous les étages

Lors de ce congrès étaient donc invité·es les autres dirigeant·es syndicaux pour une photo de famille de l’intersyndicale qui a emmené dans le mur la plus grande mobilisation de ces dernières années. Sophie Binet est pourtant réélue lors de ce 54ᵉ congrès sur ce bilan calamiteux. Mais loin d’analyser les erreurs de la direction de la CGT en 1995 et de 2023 avec la politique d’alignement sur des centrales syndicales qui discutent avec le patronat et le gouvernement, l’orientation proposée est de reprendre les mêmes orientations et de recommencer. 

Ces traîtrises ne seraient pas si graves si à chaque fois les travailleur·euses ne s’éloignaient pas plus encore des organisations ouvrières. Dans son bilan, la direction de la CGT évoque son soutien au Nouveau Front Populaire (NFP) comme si la seule alternative à ce moment-là était de jeter les espoirs de la classe ouvrière dans une campagne législative naïve. Dans le scénario le plus fou où Lucie Castets aurait été élue et aurait mené une politique de co-gestion capitaliste aux côtés de Macron, quels mots d’ordre la CGT aurait été légitime de porter face à un gouvernement auquel elle aurait contribué à la formation ?

Dans la grève des mineurs et des autres secteurs qui secoue aujourd’hui la Bolivie, l’un des porte-parole du mouvement a déclaré « Nous ne voulons pas discuter avec le gouvernement, nous voulons le dégager », tout en appelant à la grève illimitée. Voilà ce que nous étions en droit d’exiger à la CGT pendant la réforme des retraites, et non pas qu’elle serve de marchepied à des partis, au mieux réformistes, mais surtout de conciliation de classe.

 

Lutter contre l’extrême droite et pour la paix : grandes ambitions et petits bras

Dans la suite des discussions, dans le rapport d’activité comme dans le document d’orientation, la direction de la centrale syndicale écrit : « nous sommes totalement indépendant·es mais nous ne sommes pas neutres », renvoyant notamment à la séquence NFP. La direction syndicale s’achète la lutte antifasciste à peu de frais avec un appel au vote au PS, EELV, PCF et LFI, dont les grands cadres ont tous contribué à des gouvernements de casse sociale (Mélenchon ministre sous Jospin, loi El Khomri voté par le PS sous Hollande, etc.).

Pour lutter contre l’extrême droite, la première chose qu’une centrale comme la CGT peut faire est de militer la lutte des classes dans les endroits abandonnés au RN, en commençant par soutenir les luttes jusqu’au bout. La politique de cogestion des plans sociaux avec le patronat est le meilleur moyen de désengager les travailleur·euses de la lutte politique et syndicale.

Enfin sur la politique internationale, la CGT se targue de défendre l’internationalisme alors que ses tracts de soutien à la Palestine sont ambigus. Ils appellent à une paix juste et durable et réclament le respect du droit international. Cette position institutionnelle n’est pas ce que nous sommes en droit d’attendre d’une centrale qui revendiquent 600 000 syndiqué·es. Le lancement d’un mouvement tel que Blocchiamo tutto en Italie serait un geste de solidarité internationale à la hauteur des événements. Au-delà de grèves ponctuelles des dockers, une grève internationale de toutes les usines d’armement et de l’ensemble de la société devrait être l’ambition internationaliste de la CGT. 

 

Restons sur le pont de la mobilisation internationaliste

Si nous contribuons sur nos lieux de travail et d’étude à la construction par la base des mouvements sociaux, avec ou sans les centrales syndicales perçues comme les plus combatives, la centralité de l’action militante doit être la construction d’un parti réellement internationaliste et révolutionnaire. Cette organisation permet une politique d’indépendance de classe menée loin des calculs bureaucratiques, capable d’analyser les défaites de notre classe pour les surmonter. Pour les combats en cours et qui s’annoncent, contre les guerres, contre les licenciements, la casse de l’éducation, de la santé, il nous faudra nous organiser au delà des coups d’éclat de Sophie Binet.

Rejoins Socialisme ou Barbarie pour le Week-end d’été anticapitaliste du 27 au 30 août pour nous organiser pour la rentrée, et dépasser l’intersyndicale dans la rue !

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