
Depuis la disparition et la mort de Lyhanna qui a provoqué un choc et de la colère dans l’ensemble du pays, un mouvement reste très actif sur la question de violences sexuelles et sexistes faites aux enfants. Depuis le 8 juin, des appels à manifester tous les lundis à la porte des tribunaux et partout dans l’hexagone sont reconduits. A Paris, nous avons participé à des rassemblements sur la Place Vendôme ainsi qu’à celui du 8 juin sur la Place du Palais, suite à l’interdiction de manifester sur la place Vendôme, la préfecture de Paris cherchant à étouffer le cri de colère massif.
Des centaines de personnes se mobilisent sur le sujet et un appel à une grande manifestation nationale pour la loi cadre intégrale est fait pour le 4 juillet prochain. Nous voulons faire le point de ce qui s’est passé dans ces rassemblements pour comprendre le mouvement et apporter des conclusions politiques sur le sujet.
Quelle est la nature de ces rassemblements ?
Pour avoir participé à deux rassemblements, nous avons constaté la présence de beaucoup de femmes et même de familles avec des adolescent·es. Une partie de la jeunesse et une composition largement féminisée s’est présentée dans les actions des lundis. L’impression que nous avons eu dans les cris des personnes participantes était qu’ une bonne part d’entre elles pouvait se reconnaître à la place des victimes. Les personnes participantes s’apportent les unes aux autres du soutien pendant la durée de rassemblement.
Ce que nous avons vu dans les rassemblements, particulièrement le 15 juin, est que des centaines de personnes ont chanté pour la démission de Darmanin, pour la démission de Macron aussi. Un des slogans les plus repris et le plus touchant a été « 160 000 enfants, que faites vous ? ». Ce soir-là, beaucoup des personnes vers la fin du rassemblement ont chanté spontanément « Révolution, Révolution ». Les chants ont été scandés parfois avec beaucoup d’émotions.
Ses ressentis peuvent se constater aussi par les chiffres. Depuis des années, nous savons le montant sidérant de classements sans suite de plaintes pour viol et agression sexuelle, le nombre de non-lieux des violences sexistes et sexuelles en France et aussi la correctionnalisation des faits. Les personnes se présentent pour denoncer un viol et la justice requalifie et minimise les violences vécues pour les considérer comme des agressions sexuelles, dans les cas où ils decident de retenir une qualification pénale. La façon de concevoir ce type de délit et de crime par la justice est aberrante. Elle fait passer le système « parole contre parole », exige des preuves de production impossibles. A la violence vécue s’ajoute la victimisation secondaire infligée par la violence institutionnelle.
La violence sexiste et sexuelle se produit de façon cachée et insidieuse. Les constats de blessures psychotraumatiques présentés par les victimes pourraient être suffisantes pour les croire et pour constituer un faisceau d’indices suffisantes pour arriver à la conviction sur les faits et augmenter les condamnations. Les juges et policiers expriment souvent un mépris très important à la parole des victimes. Pour continuer la chaîne de construction de l’impunité, le gouvernement publie des campagnes pour annoncer qu’il faut dénoncer les agresseurs mais le système régnant est l’impunité. Des propres membres du gouvernement comme Darmanin ont été accusés de viol et ont bénéficié de ce système.
Nous l’avons déjà signalé lors de la séquence ouverte par l’affaire Pelicot : Les victimes de la violence patriarcale ont légitimement droit à réclamer justice. La nature de la violence patriarcale n’est pas la même nature de la violence sociale et économique qu’exerce le système pénal et punitive dans son ensemble pour d’autres comportements qui sont punis par dans le Code Pénal. Punir les délits comme ceux du petit dealer du coin ou le vol et le cambriolage entre autres, en somme, les violences contre la propriété privé est l’exercice d’un pouvoir qui renforce les valeurs du protection du système. Au contraire, la violence patriarcale n’est pas réprimée par ce même système dans les faits. Il s’agit d’un violence qui discipline les corps féminisés et jugés comme possibles d’être violentés comme ceux des enfants. C’est une violence légitimée et tolérée par le propre système. C’est une violence dont le système profite et, limite, encourage. Se battre contre cette violence représente parfois un besoin très important dans le parcours de reconstruction de beaucoup des victimes.
C’est le fait d’une impunité massive sur la question que sème la colère et fait fleurir un profond sentiment d’injustice. Sur cette base se projette légitimement la réclamation de la démission de Darmanin mais aussi la demande de réponses que certains qualifient de « punitivistes ». D’un point de vu libéral et de la propre théorie du droit bourgeois, on doit considérer comme égaux tous les biens juridiques à défendre. Hors, de façon révolutionnaire, nous ne sommes pas obligés de nous inscrire dans la logique du droit bourgeois de mettre en pied d’égalité tous les crimes et délits et de les traiter de façon égale. Nous sommes pour la prison des violeurs, pour la prison des génocidaires, pour la prison pour l’extrême droite, pour la prison pour les flics qui exercent la brutalité policière dans les quartiers et tuent quotidiennement. Et nous sommes pour la libération de tous les prisonnier·es politiques de notre camp social, pour la relaxe de toutes et tous nos camarades victimes de persécution syndicale et politique, pour la décriminalisation d’un certain nombre de comportements que criminalisent la classe ouvrière ou les franges expulsés du système.
Dans le discours qui demande aux féministes de se priver de la réclamation de justice, réclamation que n’est pas demandé à d’autres mouvements, un des arguments utilisé est de dire que le fait de demander la punition effective de viols et agressions sexuelles renforce le discours punitiviste de l’extrême droite et que l’extrême droite se présente aux rassemblements.
La question méthodologique se pose pour les révolutionnaires quand on considère qu’être révolutionnaire implique l’intervention dans la réalité pour changer le système : laisse t-on un mouvement à l’abri des récupérations politiques de différents secteurs, ou est-ce qu’on peut se donner la tâche d’intervenir pour faire avancer en radicalité ce mouvement et faire avancer son programme vers des positions plus révolutionnaires ?
Dans la pratique nous participons tous et toutes des mouvements qui proposent souvent des questions très minimales ou que en langage militant nous appelons réformistes. D’un point de vue révolutionnaire, nous luttons pour toutes les réformes qui améliorent les conditions de vie des opprimé·es. Et cette lutte nous la menons avec la conviction de ses limites et son caractère insuffisant mais sachant que c’est seulement par la lutte que nous pouvons développer la conscience sur l’oppression et que seulement de la lutte naîtra la fin de tout forme d’oppression, et l’organisation pour renverser le pouvoir instauré.
Le Mariage pour toutes et tous est par exemple une revendication démocratique en dans sa nature réformiste. Cela propose quelque chose qui est extrêmement minimal et démocratique. Nous pouvons dire que, car nous sommes des révolutionnaires et que nous sommes contre la famille comme structure sociale oppressante, nous n’avons pas à porter cette revendication. Et pourtant, formulé comme cela, tout le monde pourra comprendre l’absurde et le sectarisme qu’aurait impliqué tenir un position de ce type. Il a été indispensable de se battre pour le mariage pour toutes et tous. C’est à la chaleur de cette lutte que des masses ont tiré des conclusions sur qui sont les acteurs sociaux réactionnaires et aussi que les propres sujets concernés ont pu développer leur conscience politique et leur propre auto-organisation. Il est évident qu’être contre serait une position qui, à raison, serait accusée de sectarisme. Le sectarisme avec l’état de la conscience et revendications du mouvement actuel contre les violences sexistes et sexuelles et les violences contre les enfants ne peut pas nous amener à la conclusion de ne pas participer ou rester dans la critique de tout ce que ne va pas dans le mouvement sans participation et un investissement réel.
Revenant à la nature et composition du mouvement par principe, une manifestation ou un rassemblement n’est pas fait seulement de la consigne proposée et des personnes qui signent l’appel ou même celles qui sont à la tribune. Cette logique impliquerait ne pas participer quand nous ne sommes pas d’accord sur l’ensemble des revendications jusqu’a à la virgule, ou ne se rendre à aucune manifestation de l’intersyndicale parce qu’il existe des directions syndicales lâches et bureaucratiques qui sont à la tête de cortèges. Il s’agit aussi d’un discussion qui a eu lieu au debut du mouvement des Gilets jaunes. Est-ce que, par le fait que l’extrême droite essaye de participer et de récupérer le mouvement, nous devons lui paver la voie avec du sectarisme ?
Beaucoup de critiques sont faites de certaines figures qui prennent de la place dans la tribune et dans les réseaux sociaux. Certes, laisser à la Fondation des Femmes et à d’autres figures publiques la seule représentation de la cause de violences sexistes et sexuelles ne fait pas avancer la conscience de la révolution contre le patriarcat et le capitalisme. Mais la seule façon de disputer cette représentation est la participation active dans le mouvement.
Pour ou contre la loi cadre intégrale ?
Bien sûr que se contenter de la punition de la violence ne fait qu’arriver à la fin de la chaîne des multiples violences que les femmes et les enfants subissent dans la société. Il s’agit du strict minimum et de réformisme. Mais beaucoup de critiques se concentrent actuellement dans les limites du mouvement et pas dans ses potentialités. Une des revendications principales de la loi cadre intégrale est aussi les moyens qui sont attribués pour combattre la violence.
La proposition de la loi intégrale est réformiste. Pourtant, comme expliqué précédemment, nous devons nous battre pour l’obtention de la loi et pour l’application des politiques publiques pour l’aide aux victimes et combattre la violence. Actuellement et depuis plusieurs annés les associations qui font le reel travail comme le CIDFF, Le Planing Familial les associations de la Federation Nationale Solidarité Femmes (FNSF) ou le Collectif féministe contre le viol (CFCV) dénoncent le manque de financement et les conditions insuffisantes avec lesquels elles déployent leurs actions : coupes des subventions de l’Etat au niveau national ou régional mais aussi pressions politiques sur leurs positionnements. L’Etat demande toujours plus aux assos sans donner les moyens. Le CFCV s’est vu attribuer la ligne d’écoute de la CIVIISE et l’Etat n’a même pas été capable de les aider à trouver un siège social pour recevoir les appels. Les répondant·es ont fait leur travail parfois litteralement dans la merde suite à des dégats d’eau dans leurs locaux.
Les associations de terrain déploient des tâches sociales qui devraient être assurées par l’État . Il suffit d’avoir été en contact au minimum avec le milieu associatif réel qui assure les tâches pour savoir la souffrance au travail des membres des associations. Mais il s’agit en réalité d’une politique publique qui devrait être entièrement assumée par l’État. Sous prétexte de l’auto-organisation, l’Etat se désengage de sa responsabilité, réduit les dépenses publiques qui sont faites et se dédouane de sa responsabilité sur les femmes et enfants victimes. Nous devons nous battre pour les conditions de travail de toutes les personnes, majoritairement des femmes, travailleuses sociales, éducatrices de jeunes enfants, qui accompagnent les victimes au quotidien. La loi cadre intégrale devrait prévoir la revalorisation de leurs salaires et les conditions dignes de travail pour accompagner les situations de violences intrafamiliales, contre les enfants et contre les femmes. Ainsi que les budgets nécessaires pour le logement d’urgence et l’accompagnement vers l’indépendance économique de toutes les victimes en besoin.
Cet accompagnement doit aussi être assuré par des moyens renforcés dans les services publiques qui sont en premier ligne de la situation. Un renforcement de l’école publique, que ce soit le lieu où les enfants sont éduqués dans la perspective d’arrêter cette violence, et qui soit capable d’assurer le repérage de la violence intrafamiliale et la violence sexiste et sexuelle et qui puisse orienter vers des services vers des services compétentes. Il faut aussi des moyens pour la prise en charge psychologique et psychiatrique dans les services publiques médicales de l’État, les maternités, les PMIs pour proposer la sortie de la violence et la prise en charge des victimes pour arrêter la reproduction de la violence.
Participer au mouvement et faire avancer nos revendications
Le mouvement contre les violences sexistes et sexuelles et les violences faites aux enfants est un mouvement que nous devons soutenir. Il est très important de participer à ce mouvement, de ne pas prétexter des aprioris sur le mouvement, sur les victimes, sur les associations de terrain qui sont en première ligne quotidienne de ce combat avec des affreux manques de moyens. Dans la participation, nous devons comprendre ce qui est en train de se jouer pour les participantes. Discuter avec le mouvement réel et disputer la conscience des masses participantes est essentiel pour avancer sur sa radicalité et ses potentialités.
Las Rojas Paris a été présente le 4 juillet, comme le 8 juin, avec des revendications que nous avons déjà exprimées mais que nous répétons :
Contre l’impunité face aux violences sexistes et sexuelles ! Démission de tout fonctionnaire qui contribue à l’impunité, en commençant par Gérald Darmanin et les juges machistes qui protègent les violeurs.
Pour le financement des associations féministes de lutte contre la violence et accompagnement des victimes, la revalorisation de tous les salaires des travailleur·euses de terrain qui font l’accompagnement, les travailleur·es de l’ASE et le respect de leur missions et leurs conditions de travail.
Pour le vrai déploiement de l’EVARS qui permettra massivement pouvoir faire le repérage de la violence sur les enfants et pour des propositions de prises en charge et des réponses à l’hauteur de la protection de l’enfance.
Contre le patriarcat qui éduque dans la violence et contre le capitalisme qui profite de cette violence pour le maintien de son exploitation sur nos corps.

