
Les couvertures thermiques argentées accrochées aux fenêtres des hôpitaux, des écoles, des immeubles d’habitation sont une métaphore de la situation d’un pays placé en mode survie. Beaucoup de questions se posent tandis que 37 départements sont en vigilance rouge canicule et que les moyens alloués semblent dérisoires.
Après la canicule de 2003, où sont passés les fonds pour les structures de santé ?
La canicule de 2003 a provoqué 70 000 mort·es en Europe, dont 20 000 en France hexagonale (d’après l’Inserm). Nous étions en droit de penser que des politiques de prévention seraient mises en œuvre après cette première alerte.
La seule mesure que nous retenons, alors que les hôpitaux et Éhpad (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) sont sous-équipés pour faire face aux canicules, c’est que 2003 a été un prétexte pour voler un jour férié aux travailleur·euses. Le prétexte était de financer l’aide à l’autonomie des personnes âgées ou en situation de handicap. Jean-Pierre Raffarin, alors Premier ministre de Jacques Chirac, a fait supprimer le lundi de Pentecôte non seulement comme jour férié en 2005, mais qui plus est cette journée est maintenant travaillée mais non rémunérée ! Le bénéfice de cotisations de cette mesure s’élève de 50 à 63 milliards d’euros. Pourtant, le texte de loi ne comprenait ni les crèches, les écoles ou les hôpitaux. Les types d’investissement nécessaires n’y sont pas détaillés, et la climatisation des bâtiments ou leur rénovation n’y est pas non plus mentionnée. Mais qu’ont-ils fait de toute cette oseille ?
Le résultat de ce hold-up, c’est que les proches des patient·es d’Ehpad et d’hôpitaux ont acheté elleux-mêmes des systèmes de rafraîchissement pour aider leurs proches en 2026 car les établissements sont outrageusement sous-équipés.
Et 1, et 2 et 3 canicules : 0 investissement
2 025 décès supplémentaires ont été enregistrés lors de la canicule du 22 juin d’après les chiffres du gouvernement. C’est une augmentation de 30 % par rapport à la semaine précédente, et de 62 % pour l’Île-de-France et les Pays de la Loire. Les chiffres ne sont pas définitifs et l’Etat semble tout faire pour retarder la communication des estimations. Mais si la mortalité due à la canicule est probablement encore sous-estimée, c’est que la plupart des personnes qui en sont décédées depuis mai sont mortes chez elles. Avec des logements inadaptés, rester chez soi devient un piège mortel pour les personnes âgées ou en situation de handicap.
La négligence des bailleurs sociaux a aussi été dénoncée, avec des organismes qui refusent même d’installer des volets aux fenêtres ! Les prétextes sont bien souvent esthétiques, certainement là encore pour ne pas assumer un sous-investissement financier. Les castes conservatrices du patrimoine architectural freinent des quatre fers contre l’évolution du bâti pour le confort d’été. Elles préfèrent que la population cuise dans les chambres de bonnes sous des toits en zinc, dans les CROUS, dans des HLM sans volets, sans pare-soleil, sans isolation que de remettre en question leur modèle esthétique poussiéreux.
Canicules : scandales d’Etat à tous les étages
Bien entendu, là encore l’Etat s’est désinvesti en supprimant les deux-tiers du budget du fonds vert, subvention pour accompagner les collectivités locales dans l’adaptation au changement climatique, et en supprimant des moyens au dispositif « MaPrimeRénov’ », qui aide au financement de l’isolation thermique des logements. Vous pensez que la prévention ferait-mieux leur affaire ? Erreur, le Monde met le doigt sur la fin d’un programme de recherche sur l’adaptation des logements : En pleine vague de chaleur, le gouvernement met fin aux programmes de recherche sur l’adaptation des logements et des territoires.
Les plus touché·es par ce désintérêt de l’Etat sont les habitant·es des quartiers les plus populaires, comme en témoigne l’épisode tragique et passé sous les radars de la coupure de courant Chanteloup-les-Vignes
Des quartiers populaires laissés sans électricité
27 000 foyers ont été privés d’électricité en pleine canicule dans les Yvelines à Chanteloup-les-Vignes. Commencée le 24 juin au plus fort de la canicule, la panne d’électricité a duré 5 jours. C’est un phénomène qu’on ne pense arriver que dans un pays du Tiers monde après une catastrophe naturelle. Les villes limitrophes plus cossues ont pourtant été beaucoup plus rapidement raccordées de nouveau au réseau.
La coupure de courant était due à la fonte des câbles enterrés d’un poste d’électricité. La panne a affecté une usine d’eau potable, provoquant la coupure d’eau potable à Vernouillet pendant 24h.
La cité de la Noé de Chanteloup-les-Vignes a dû supporter la situation avec les moyens du bord : se réfugier dans une voiture pour avoir un peu de climatisation et recharger son téléphone, compter sur la solidarité pour les personnes non véhiculées (sachant que le réseau de téléphone était lui aussi coupé)… Commerçant·es et habitant·es ont perdu toutes leurs réserves de nourritures congelées. Sans parler bien entendu de l’impossibilité de faire tourner les ventilateurs dans des logements déjà surchauffés.
Comme nous l’avons dénoncé dans cette vidéo, non nous ne sommes pas toustes logé·es à la même enseigne ! Les travailleur·euses des quartiers populaires sont frappé·es par le froid l’hiver comme par les températures anormalement élevées.
L’aridité causé par les épisodes caniculaires successifs a entraîné avec elle un autre fléau, les incendies qui frappent aujourd’hui particulièrement l’Espagne et la France.
Incendies meurtriers en Espagne et en France
Plus de 25 000 hectares de forêt ont été calcinés en France hexagonale depuis le début de l’année, selon la sécurité civile. Le risque incendie est estimé « élevé à très élevé » dans 59 départements français. Après la canicule de juin, ce sont aussi plus de la moitié des nappes phréatiques qui présentent des niveaux sous les normales, d’après le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM).
La situation est encore pire en Espagne où les incendies ont fait au moins 12 mort·es dans un feu de forêt en Andalousie, et où 23 personnes sont portées disparues. Un pompier de 22 ans à aussi perdu la vie en France en luttant contre un feu dans les Alpes.
Depuis 2017, les feux s’intensifient très sensiblement. La question des moyens de l’Etat pour prévenir et lutter contre les incendies se pose de la même façon que pour les ressources de l’hôpital.
Les températures battent des records, notre colère aussi
Le constat de l’abandon de l’Etat à tous les niveaux et de la voracité des capitalistes qui n’ont aucune intention de polluer moins ne nous laisse plus de doute quant à la nécessité de la révolte.
Les climatologues prévoient des canicule de 10° à celles que nous vivons d’ici 2050 à Paris par exemple. En Inde, les 50°, une température létale, est déjà atteinte. Seule la prise de pouvoir par notre camp social nous permettra de changer radicalement de braquer et de prendre les décisions qui incombent pour la santé de toustes.
Pour cela, nous avons besoin d’une organisation collective. Pour dépasser l’inaction des centrales syndicales, la négligence de l’Etat, et l’exploitation capitaliste, rejoins Socialisme ou Barbarie au 2e Week-end d’Été Anticapitaliste ! Viens respirer un vent frais et révolutionnaire pour préparer la rentrée des luttes dans la forêt de Fontainebleau du 27 au 30 août.
Sources :
https://reporterre.net/La-canicule-est-une-violence-politique
Poursuivre la lecture :
https://socialismeoubarbarie.com/2026/06/02/sante-publique-un-enjeu-ouvrier-et-ecologique/

