Tuer n’est pas un droit, la rue rejette le « Permis de tuer XXL »

Du 18 au 20 septembre, la mobilisation contre la loi sur la « présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre », soit le « permis de tuer » a rassemblé des milliers de manifestant·es dans une centaine de villes.

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Manifestation contre le « permis de tuer » de Paris le 20 septembre 2026.
Manifestation contre le « permis de tuer » de Paris le 20 septembre 2026. Geoffroy Van der Hasselt /AFP

La pétition contre le permis de tuer a obtenu plus de 730 000 signatures. Malgré l’expression de ce refus d’octroyer toujours plus de pouvoirs sans contrôle à la police, l’Assemblée nationale a adopté le texte le 7 juillet. 

 

L’Etat cherche à se décharger de la justice

Le projet de loi est maintenant en examen en Commission des lois constitutionnelles. Il prévoit notamment que ne soit pas réalisé d’enquêtes pour chaque décès suivant l’intervention des forces de l’ordre, comme l’exige aujourd’hui la loi. Les scènes de crime ne seront pas protégées par exemple, facilitant encore le travail de la police pour maquiller ses crimes racistes. Le policier auteur d’un tir mortel ne sera pas placé en garde-à-vue, lui laissant toutes possibilités de s’entretenir avec ses collègues sur une même version des faits. 

Le projet de loi inverse la charge de la preuve. S’il est adopté, ce ne sera plus à l’État de démontrer la légitimité d’un tir mortel mais aux proches de la victime de rassembler les preuves de l’illégalité du tir, tout cela sans avoir accès aux images de caméras de surveillance par exemple !

 

Une loi soufflée par le RN

Comme nous l’avons rappelé dans l’Édito Une rentrée sous le signe de la polarisation , ce projet de loi « permis de tuer » est  une proposition historique de la campagne 2007 du Front National (aujourd’hui Rassemblement National). Qu’attendre de plus d’un gouvernement composé de Gérald Darmanin, ministre de la justice qui a remis en question la justice elle-même lors des manifestations de policier·es en 2021, et de Laurent Nuñez, ministre de l’intérieur, ancien préfet de police de Paris surnommé avec Didier Lallement d’éborgneur de Gilets jaunes ?

Macron et son gouvernement réactionnaire chasse de plus en plus loin sur le terrain idéologique du RN dans la perspective de l’élection présidentielle, tout en offrant ce cadeau de fin de mandat aux syndicats de police. Les policier·es ont manifesté le 15 septembre, principalement pour demander des hausses de salaires. Mais les revalorisations salariales des fonctionnaires n’étant pas à l’ordre du jour du gouvernement libéral, le « permis de tuer » est une loi à peu de frais pour gagner l’assentiment des forces de l’ordre.

 

De Nanterre à Carcassonne, la police raciste en roue libre

L’affaire des propos racistes, misogynes et transphobes du brigadier de Carcassonne a attiré l’attention sur la mort d’un homme survenue en juin 2026, après l’intervention de la brigade de ce même policier. Le jour de la fête de la musique, la police municipale de Carcassonne intervient à 19h45 pour des nuisances sonores et saisit Youssef, âgé de 29 ans, de dos et le projette à terre. Sa tête cogne violemment le sol. 13 jours plus tard, il décède d’une crise cardiaque. Sa famille a porté plainte après avoir vu la vidéo sur les réseaux sociaux, et l’inspection générale de la police nationale (IGPN) a initié une enquête.

 

La police assassine, la justice acquitte

La police protège le pouvoir, mais qui nous protège de la police ? Les enquêtes sur les forces de l’ordre sont confiées à d’autres policiers, appartenant à la même institution gangrénée par l’extrême droite. Aujourd’hui déjà, la police abat de sang froid celles et ceux qu’elle considère comme citoyen·nes de seconde zone, comme dans les affaires El Hacen Diarra, Nahel Merzouk, Zineb Redouane, Cédric Chouviat sous le mandat Macron, ou encore Adama Traoré sous Hollande, entre autres cas moins médiatisés. 

Le média Basta!mag a recensé, pour les cinq premiers mois de 2026, 22 décès par action des forces de l’ordre. 49 personnes ont été tuées en 2025 par la police, 66 en 2024. Le média dénombre que depuis 2017, le nombre de personnes tuées lors d’une intervention policière a très fortement augmenté. En effet, après l’adoption de la loi de 2017 élargissant les conditions de recours aux armes pour les policiers, les tirs mortels sur des personnes à bord d’un véhicule ont été multipliés par cinq (faits démontrés par les recherches de 2022 du sociologue Sébastian Roché). Le gouvernement ne cherche pas à réduire le nombre de victimes mais plutôt à entraver les enquêtes exigées par la société civile. 

Dans l’affaire Nahel (lire Justice pour Nahel et pour toutes les victimes des violences policières), malgré une vidéo accablante pour l’auteur des tirs mortels à bout portant, les faits ont été requalifiés en mars en « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». 

 

Avec où sans permis de tuer : abolissons la police !

Nous l’avons vu, le « permis de tuer » est déjà à l’œuvre dans les faits. Au-delà de la mobilisation légitime contre la loi nauséabonde de « présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre », exigeons le démantèlement de la police. La classe ouvrière elle-même doit assurer notre sécurité par son organisation. Tant que la police sera le bras armé d’un Etat qui protège son pouvoir, la violence et le droit à tuer des policiers seront intacts. 

Poursuivons la mobilisation contre la violence de l’Etat face à la jeunesse, aux travailleur·euses, aux migrant·es !

 

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Dix ans d’injustice pour Adama, par Marie Solet le 5 juillet 2026

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