
Manifeste adopté par « Ya Basta ! » jeunesse anticapitaliste du Nuevo MAS, le 19 septembre 2026, lors de la deuxième Assemblée générale nationale de Ya Basta !, à l’Université de Buenos Aires.
1. Introduction
Les universités sont attaquées sur tout notre continent par les gouvernements d’extrême droite. En Argentine, le gouvernement de Milei, le plus réactionnaire que nous ayons connu depuis la dernière dictature militaire, réduit le financement des universités publiques dans le cadre de son plan d’austérité, mais la remise en cause qu’il en fait va bien au-delà : elle est bien plus profonde et universelle qu’une simple question d’argent. De la même manière, aux États-Unis, Trump s’oppose à des institutions prestigieuses et séculaires telles que Harvard ou Columbia.
Pourquoi les gouvernements d’extrême droite s’attaquent-ils aux institutions éducatives les plus prestigieuses de leurs pays respectifs ? C’est cette question, ainsi qu’un programme visant à défendre et à révolutionner les universités, que nous allons développer dans ce Manifeste anticapitaliste pour l’université.
Les universités favorisent la pensée critique et stimulent la connaissance scientifique ; elles disposent d’organes de gouvernance autonomes par rapport à l’État, garantissent (dans une plus ou moins grande mesure) la liberté d’enseignement et abritent les organisations syndicales des étudiants, des enseignants et du personnel non enseignant. C’est dans les universités que naît le mouvement étudiant, et c’est le terrain d’action de groupes tels que ¡Ya Basta!, qui favorise la prise de conscience et l’organisation contre le système capitaliste, en faveur d’une perspective socialiste.
C’est pourquoi l’extrême droite, fer de lance de l’ultra-capitalisme du XXIe siècle, voudrait les fermer. L’université publique et gratuite est en danger, et pour la défendre, il ne suffit pas de la maintenir telle quelle, nous devons la révolutionner.
2. Les contradictions de l’université sous le capitalisme
L’université est une immense conquête de l’humanité : avec sa création, puis sa révolution par le mouvement des Lumières, l’éducation est passée d’une affaire privée, individuelle ou monastique à une affaire publique, politique et potentiellement universelle.
Dans ce système, l’université est un rapport de production et de reproduction du mode de production capitaliste. Elle forme les enfants de la classe dominante et dirigeante : les enfants des entrepreneurs, des politiciens du système, pour qu’ils deviennent les futurs dirigeants de l’État et des entreprises bourgeoises[1].
Mais l’État capitaliste finance également les universités pour former un secteur spécifique de la main-d’œuvre. Les professionnels, les techniciens et les scientifiques sont formés pour travailler dans de grandes entreprises ou au sein de l’État, afin de gérer les affaires communes de la société capitaliste. De ce point de vue, l’université est une chaîne de production qui ajoute de la valeur et a pour objectif la reproduction du système de production actuel : elle produit des médecins, des avocats, des ingénieurs, des physiciens, des sociologues, des historiens, des économistes, des comptables, des gestionnaires, des enseignants.
Comme le disait Marx, l’idéologie dominante dans chaque société est l’idéologie de la classe dominante. Cette idéologie se reproduit et se recrée dans de multiples institutions, telles que la presse, la culture et l’éducation. En ce sens, l’université cherche à former en reproduisant l’idéologie bourgeoise et capitaliste.
Dans le même temps, l’université publique constitue un immense bond en avant, une force productive colossale qui renforce considérablement l’humanité. C’est un lieu de développement de la science et de la technique, un lieu qui favorise la pensée critique, et c’est là que se sont développés des mouvements politiques et culturels qui ont remis en question, réformé ou cherché à révolutionner les sociétés dans lesquelles ils s’inscrivent.
Les ultra-capitalistes aimeraient beaucoup que l’université ne soit rien d’autre qu’une chaîne de montage qui, au lieu de voitures, produirait une main-d’œuvre qualifiée pour diriger l’industrie, la science au service du marché et l’administration de l’État bourgeois.
Mais ce qui se passe dans les universités dépasse largement les limites étroites des souhaits des capitalistes. L’université ne se contente pas d’exprimer mécaniquement l’idéologie de la classe dominante. Tout comme dans la société, la domination de classe s’y reproduit, mais la lutte des classes s’y exprime également : la confrontation des étudiants et des enseignants face à l’idéologie bourgeoise et à la direction capitaliste qui gouverne les universités. Le Mai français de 1968 fut une grande expérience de rébellion étudiante contre le caractère bourgeois de l’université, qui finit par mobiliser également la classe ouvrière dans une belle tentative révolutionnaire au cœur de l’Europe. Plus récemment, nous avons assisté à la révolte antisioniste aux États-Unis, où des milliers d’étudiants universitaires, soutenus par des secteurs du corps enseignant, ont occupé les campus pour dénoncer le génocide du peuple palestinien et la destruction de Gaza, ainsi que pour s’opposer aux directions de leurs facultés qui concluent des accords néfastes avec l’État génocidaire d’Israël. Comme le disait Marx dans un autre Manifeste – le Manifeste communiste –, dans sa quête de profits, la bourgeoisie finit par forger son propre fossoyeur. Au sein même des universités s’expriment des éléments de critique à l’encontre du système lui-même, des remises en question apparaissent.
Les gouvernements d’extrême droite s’en prennent aux universités parce qu’ils sont les ennemis de la pensée critique, de l’organisation des étudiants, des enseignants et du personnel non enseignant, parce qu’ils voudraient résoudre par la force cette contradiction entre l’université qui leur est utile et celle qui les remet en question. Ils veulent que l’université soit exclusivement au service du capital. Ils apprécient que l’on forme une main-d’œuvre destinée à gonfler leurs profits, mais pas qu’elle soit critique. Ils apprécient le développement de la science uniquement pour multiplier leurs profits, mais pas celle qui critique la société capitaliste, ni celle qui permet le progrès humain et social. Ils adorent les esclaves, mais ne veulent pas des révoltes de Spartacus. Et c’est pourquoi ils veulent détruire l’université telle qu’elle est aujourd’hui, une totalité concrète, vibrante et contradictoire.
L’extrême droite veut que l’enseignement supérieur redevienne un phénomène privé, et non public. Un enseignement restreint, et non de masse. Afin de favoriser son idéologie platiste, antimoderne, arriérée et réactionnaire. Une éducation qui forme des techniciens, et non des personnes à part entière, dotées de connaissances professionnelles, scientifiques et universelles.
Au sein de « ¡Ya Basta ! », la jeunesse anticapitaliste d’Argentine, nous défendons l’université face à toutes les attaques de l’extrême droite, mais nous voulons la révolutionner : nous luttons pour une université publique anticapitaliste au service de la révolution sociale, pour renverser ce système capitaliste d’exploitation et d’oppression.
2.1. Les grandes étapes de l’université publique en Argentine
L’université argentine est imprégnée d’une immense histoire de lutte et d’organisation politique. Au début du siècle dernier, l’immense mouvement de la Réforme universitaire, né un an après la Révolution d’octobre en Russie, s’est levé pour mettre l’université au diapason des grands changements qui s’opéraient alors sur les plans social et politique. La Réforme a balayé les vestiges coloniaux des institutions universitaires et a ouvert la voie à la lutte pour l’autonomie universitaire et la liberté d’enseignement, revendications exprimées dans le Manifeste préliminaire, ainsi qu’à l’élargissement de l’accès à l’université à d’autres couches sociales. Elle a également constitué une étape importante dans le processus de formation d’organismes de lutte, tels que les fédérations étudiantes.
En 1949, un nouveau pas en avant a été franchi dans la démocratisation de l’accès à l’université, avec l’instauration de la gratuité après des décennies de lutte. Une victoire de la mobilisation qui a été suspendue par les différents gouvernements militaires, puis reconquise avec la chute de la dernière dictature en 1983 et enfin réaffirmée constitutionnellement. Une conquête toujours d’actualité qui a entraîné une multiplication des inscriptions à l’université dans notre pays.
Quarante-huit ans après la Réforme, le gouvernement militaire d’Onganía a cherché à annuler le régime en vigueur dans les universités, ce qui a entraîné l’occupation de plusieurs facultés. La « Nuit des longs bâtons » de 1966 a constitué une tentative de répression d’un mouvement universitaire qui refusait de renoncer aux acquis de la Réforme. Le mouvement étudiant a été au cœur d’un nouvel événement historique en 1969 avec le « Cordobazo » lorsque, aux côtés de la classe ouvrière, il a infligé une défaite à l’armée et porté un coup fatal au gouvernement de facto. Il a fallu une dictature militaire sanglante pour freiner tout cet activisme qui trouvait dans les universités un espace pour s’organiser et lutter en faveur de la transformation révolutionnaire de la réalité.
Une nouvelle offensive contre l’université publique et gratuite a été menée dans les années 90 sous le régime de Menem. L’adoption de la loi sur l’enseignement supérieur et la création de la CoNEAU ont porté un coup dur à l’autonomie universitaire, accordant aux gouvernements, aux entreprises privées et aux organismes internationaux tels que la Banque mondiale une plus grande ingérence dans l’orientation des programmes d’études et l’accréditation des diplômes. Cela a donné lieu à un mouvement de lutte étudiante qui s’est radicalisé, résistant aux arrestations illégales et à la répression. C’est avec l’Argentinazo de 2001 que le mouvement étudiant a réussi à se débarrasser de la bureaucratie de la Franja Morada à la tête de la Fédération universitaire de Buenos Aires (FUBA), donnant naissance à un mouvement indépendant qui, à l’un de ses moments culminants, a réussi à chasser le ministre López Murphy, lequel avait tenté de rendre l’enseignement universitaire payant et de limiter, dans de nombreuses facultés, la pleine application de la LES et de la CONEAU néolibérales.
Aujourd’hui, l’université en Argentine est de masse : 56 % des jeunes âgés de 18 à 24 ans suivent des études universitaires, soit 2 600 000 étudiants [2]. Chaque année, environ 700 000 nouveaux étudiants viennent s’y ajouter. Sur ce total, 80 % étudient dans des universités publiques. Cette massification est une conquête issue de la lutte des classes dans notre pays, qui a peu d’équivalents dans le monde et qui montre qu’aujourd’hui, les travailleurs et les travailleuses ont accès à l’université.
Cependant, dans le contexte économique actuel, rester à l’université et obtenir un diplôme représente un défi énorme.
Plus de 40 % des étudiants abandonnent leurs études après la première année. Parmi ceux qui poursuivent, moins de 25 % terminent leur cursus dans les délais prévus par les programmes d’études.
Dans le même temps, le gouvernement déteste les universités car elles restent des lieux de politisation de la jeunesse, d’« infiltration marxiste », comme le dit l’extrême droite. C’est dans ce milieu que nous intervenons depuis le mouvement « ¡Ya Basta ! » pour forger une conscience anticapitaliste et socialiste, et où des milliers de jeunes à travers tout le pays se joignent à nous pour s’organiser.
C’est pourquoi, face à la crise que traversent les universités, la solution proposée par le gouvernement de Milei est très simple : les fermer ou, si cela n’est pas possible, les priver de financement et les vider de leur substance.
3. Les problèmes de l’université au XXIe siècle
Le capitalisme du XXIe siècle est traversé par de profondes crises structurelles : crise économique, crise géopolitique, crise écologique. Il recèle également d’énormes dangers, en raison du potentiel destructeur des forces productives qu’il a lui-même créées : le danger nucléaire, la possibilité que l’intelligence artificielle dépasse la capacité de l’humanité à la comprendre et à maîtriser son développement et ses effets. L’ancien ordre mondial de la démocratie bourgeoise et de l’hégémonie américaine s’est effondré, et aucun nouvel ordre n’est encore venu le remplacer. Ces facteurs définissent la nouvelle période internationale que nous traversons : une période de crises, de guerres, de réactions, de barbarie et de révolutions potentielles.
Les mouvements politiques d’extrême droite, qui ont accédé au pouvoir dans des pays comme l’Argentine, proposent de sortir de la crise en arrachant toutes les conquêtes des majorités sociales, en détruisant l’organisation des travailleurs et travailleuses, voire en balayant des acquis sociaux et culturels qui remontent à la Révolution française, aux Lumières et à la modernité.
Et parmi toutes les attaques qu’ils déploient, figure celle contre les universités publiques, qu’ils veulent mettre au service strict de la production et des institutions capitalistes, voire fermer purement et simplement.
3.1 Le problème de l’abandon des études et du faible taux de réussite
Au contraire, l’université publique et gratuite représente pour des millions de jeunes issus de familles de travailleurs le seul espoir de sortir de la précarité de l’emploi et de se construire un avenir meilleur. Cependant, cet espoir s’effondre souvent à cause de l’abandon des études et des difficultés à obtenir un diplôme.
Chaque année, près de 20 % des étudiant·e·s abandonnent leurs études, tandis que seulement 5 % obtiennent leur diplôme[3]. Chaque année, quatre fois plus d’étudiant·e·s sont exclus·es que ceux et celles qui terminent leurs études. L’un des principaux problèmes auxquels l’université est confrontée est la difficulté qu’ont les étudiant·e·s à rester et à progresser dans leurs études. Pour le gouvernement, l’abandon des études serait une preuve de plus que les universités « ne fonctionnent pas », qu’il faut les privatiser, les marchandiser et les dégrader. Une pression énorme s’exerce sur nos cursus : ils doivent être plus courts, moins scientifiques, davantage orientés exclusivement vers les besoins du marché.
Mais c’est une erreur de diagnostic totale que de penser que la crise trouve son origine à l’université. Les difficultés rencontrées par la jeunesse pour rester à l’université proviennent de la crise du capitalisme du XXIe siècle, des conditions de vie auxquelles nous, les jeunes, sommes soumis : il est de plus en plus difficile d’étudier, car les pressions quotidiennes ne cessent de s’accentuer. Il est de plus en plus difficile de quitter le foyer familial et de nombreux étudiants vivent à deux, trois heures, voire plus, de leur lieu d’études. De plus, il est impossible de nous consacrer exclusivement à nos études ; nous devons travailler de longues heures pour subvenir à nos besoins ou pour aider financièrement nos familles. Et les emplois sont de plus en plus précaires : ils sont payés une misère, les horaires sont irréguliers, on nous impose des heures supplémentaires et ils nous épuisent physiquement et mentalement.
Il est évident que l’université en Argentine présente de nombreuses lacunes et ne tient pas compte de la réalité des étudiants, qui, au XXIe siècle, sont plus travailleurs que jamais. Il y a très peu de bourses, et leur montant est dérisoire. La principale bourse d’études du pays est la « Progresar », dont le montant est gelé à 35 000 pesos par mois. L’une des revendications du mouvement étudiant, qui a été inscrite dans la loi sur le financement universitaire, est l’indexation des bourses sur l’inflation. L’accord conclu entre les recteurs, les syndicats étudiants et le gouvernement a laissé cette bourse, la plus répandue, sans indexation. De plus, les horaires de cours nous empêchent souvent de suivre nos études, les photocopies nécessaires à l’étude coûtent cher, et encore plus pour ceux qui suivent un cursus nécessitant l’achat de matériel.
Comprendre les causes de la crise des abandons et des taux de réussite nous permet de proposer des solutions concrètes pour résoudre le problème. La solution ne réside pas dans les coupes budgétaires, la dégradation des cursus ni la marchandisation. Si le problème, c’est le capitalisme, nous avons besoin d’une université anticapitaliste, qui soutienne ses travailleurs, ses enseignants, son personnel non enseignant et ses étudiants, et qui offre à chaque étudiant le soutien et les outils nécessaires pour poursuivre ses études et les mener à bien.
3.2 Non à la marchandisation de l’éducation
Dans notre pays, le gouvernement de Milei a déclaré la guerre à l’université, aux étudiants, aux enseignants et au personnel non enseignant. Depuis son arrivée au pouvoir, les universités ont perdu 25 % de leur budget en termes réels. La baisse des salaires des enseignants et du personnel non enseignant atteint plus de 35 %. Cela s’inscrit dans son plan d’austérité et de réduction des dépenses publiques, mais c’est plus que cela : c’est aussi une attaque idéologique. Le gouvernement de Milei déteste l’université telle que nous la connaissons et veut la démanteler. Son projet repose sur la marchandisation et l’obscurantisme, ainsi que sur le rejet de la science qui permet le progrès social et humain.
Ce projet de marchandisation de l’université comporte deux volets. Le premier est le plus évident : il est directement lié aux coupes budgétaires et vise à promouvoir les universités privées. Le gouvernement de Milei veut transformer l’enseignement supérieur en une marchandise, un service qui s’achète et se vend, en une activité commerciale. En Argentine, seuls 20 % des étudiants fréquentent des universités privées : le gouvernement y voit un immense potentiel pour faire avancer la privatisation de l’éducation. Ils veulent en finir avec les universités publiques de masse, remplies de jeunes travailleurs.
Mais il existe un deuxième aspect de la marchandisation de l’éducation, qui est le plus profond. Son attaque contre l’université vise à ce que les connaissances que nous acquérons au cours de nos études soient purement et exclusivement celles dont les entreprises et le marché ont besoin. L’ultra-capitalisme du XXIe siècle veut nous expulser des universités et faire en sorte que ceux qui peuvent étudier réduisent cette activité à une formation purement technique répondant aux intérêts des grands capitalistes.
Les entrepreneurs comme Galperín sont exaspérés de voir des milliers de jeunes, garçons et filles, étudier pendant 5, 6 ou 8 ans la sociologie, l’histoire ou les lettres, alors que pour travailler chez Mercado Libre, il suffit d’apprendre à utiliser Excel et à programmer. Pour eux, n’importe qui muni d’un manuel d’histoire ou de géographie peut donner des cours : pas besoin d’étudier pour être « professeur », il suffit d’être un « animateur pédagogique ». De plus, leur croisade obscurantiste rejette la production et l’accès au savoir.
Au fond, il s’agit d’un débat sur la valeur de l’enseignement universitaire dans la société. Pour l’extrême droite, la seule valeur qui existe est celle reconnue par le marché.
Mais les universités remplissent une fonction sociale qui dépasse de loin les fonctions limitées que le capitalisme veut leur attribuer. Nous, les anticapitalistes, défendons le droit de tout membre de cette société à faire des études, non seulement parce qu’il souhaite obtenir un meilleur emploi, mais aussi parce qu’il aime ça, parce qu’il souhaite développer sa curiosité, accéder au savoir, élever son niveau culturel, et parce qu’il souhaite faire progresser les connaissances scientifiques de la société sur le monde qui nous entoure.
C’est ce qui a été exprimé très clairement en 2025 lors de la diffusion en direct du CONICET. Les scientifiques ont réalisé d’importantes avancées dans la connaissance des fonds marins, en découvrant de nouvelles espèces et en ouvrant de nouvelles pistes pour la recherche scientifique. Mais de leur côté, le gouvernement et ses idéologues s’emportaient et remettaient en cause cette recherche, affirmant : « À quoi bon étudier les fonds marins et découvrir de nouvelles espèces, si le but est d’extraire du pétrole ? »
Le gouvernement s’en prend également aux universités d’arts, sous prétexte qu’elles n’apporteraient aucune valeur à la société. Pour eux, les seules expressions culturelles valables sont celles qui peuvent être monétisées. Mais l’art et la culture font partie intégrante du développement de l’humanité, et tout au long de l’histoire, les sociétés ont soutenu le développement de l’art et de la culture, car cela fait partie de ce qui nous rend humains. C’est là un rôle social fondamental des universités : elles nous permettent de lever la tête au-dessus du poids et de l’agitation du quotidien, et de penser à l’art, aux fonds marins, à l’espace.
La lutte pour l’éducation menée depuis 2024 a montré la force sociale qui existe pour défendre l’université publique et gratuite. L’immense manifestation du 23 avril a donné le ton à Milei et lui a clairement fait comprendre que la communauté universitaire et le mouvement étudiant, ainsi qu’une grande partie de la société, ne lui permettraient pas de bafouer ce rempart qu’est l’université publique. C’est cette force qui, quelques mois plus tard, a donné l’élan aux occupations de facultés qui se sont étendues à travers tout le pays et qui ont bénéficié d’un soutien social important.
Milei ne veut pas seulement vider l’université pour faire des économies budgétaires, il veut commercialiser l’éducation afin qu’elle soit exclusivement au service des besoins du capitalisme. Cela s’inscrit dans sa conception de l’être humain comme une marchandise : pour les libertaires, nous ne sommes que ce que nous pouvons vendre sur le marché, rien de plus, et l’université doit s’adapter à cette logique. Des idéologues du gouvernement, comme « Bertie » Benegas Lynch, nient même le droit des enfants des travailleurs à terminer leurs études secondaires, sans parler d’aller à l’université. Mais les facultés continuent d’être remplies de travailleurs et d’enfants de travailleurs, et nous allons défendre notre droit à poursuivre notre développement au sein d’une université publique, gratuite, universaliste et de plus en plus critique envers le capitalisme que Milei défend tant.
3.3 Pour la défense du caractère critique et universel de l’université
Les universités ont été créées historiquement avec un caractère universaliste, ce qui constitue une conquête que nous défendons. En Argentine, de nombreuses facultés et universités continuent de prôner une éducation universaliste. Que signifie le caractère universaliste de notre éducation ? Étudier nos disciplines de manière générale et globale, et non pas simplement un fragment de celles-ci de façon hyper-spécialisée. En d’autres termes, on privilégie une formation large et scientifique, couvrant les divers aspects de chaque cursus universitaire, plutôt que de se contenter d’enseigner ce qui est nécessaire pour remplir une certaine fonction technique. Il s’agit d’une formation qui privilégie l’interconnexion entre différents domaines de la connaissance, notamment entre les sciences sociales et les sciences exactes, ce qui permet le développement d’un savoir plus profond et plus riche.
C’est pour cette raison que les professionnels formés dans les universités argentines sont si appréciés dans le monde entier : derrière chaque titulaire d’un diplôme universitaire se cache en effet une formation très complète.
Mais cela rend fous les ultra-capitalistes. Ils estiment que nos cursus sont trop critiques. Car dans chacun de ces cursus universalistes, non seulement nous apprenons des choses utiles pour le travail, mais cela nous permet également de nous doter d’outils pour remettre en question l’ordre établi : il n’y a pas moyen de produire de la science, même de la science bourgeoise, sans la possibilité de développer une critique de cette science.
C’est en partie pour cette raison que, partout dans le monde, l’extrême droite s’en prend aux cursus universitaires, en réduisant les programmes et les matières, toujours sous prétexte que les cursus « sont trop longs » et ne fournissent pas les outils nécessaires pour « s’intégrer sur le marché du travail ». En réalité, ce sont les heures de travail que nous devons effectuer pour joindre les deux bouts dans ce système pourri qui sont très longs, au lieu de pouvoir nous former.
La formation universelle dispensée par les universités publiques, associée à leur tradition historique d’organisation et de lutte, est ce qui permet à bon nombre d’entre elles d’être des centres de développement de la pensée critique. Ce sont des espaces de débat, d’échange d’idées, de discussion et d’action politique, où l’on remet en question la réalité et où des milliers de personnes s’organisent pour la transformer. Ce sont des espaces qui remettent en cause l’idéologie obscurantiste et antiscientifique de Milei et des capitalistes du XXIe siècle, où la jeunesse débat, mais aussi s’organise et lutte aux côtés des travailleurs de l’université.
3.4 L’adaptation du péronisme aux pressions de l’extrême droite
De nombreux secteurs universitaires liés au progressisme et au péronisme cèdent à la pression du gouvernement visant à raccourcir les cursus et à réduire le niveau des diplômes ainsi que le contenu des enseignements. Ainsi, sous prétexte qu’il est difficile aujourd’hui de mener à bien un cursus universitaire, ils proposent une politique qui s’adapte et conduit à une dégradation de notre formation. Les administrations péronistes et radicales, qui prétendent défendre les universités, s’adaptent aux mesures d’austérité du gouvernement Milei, en appliquant une auto-austérité au sein des facultés qu’elles dirigent. Elles encouragent les réductions d’horaires, de commissions, les coupures d’électricité, des coupes dans l’entretien des salles de cours, des sanitaires, des ascenseurs et des espaces communs, ainsi qu’un manque de fournitures de base. Face au manque de ressources, ils répartissent les maigres moyens budgétaires entre les secteurs proches de chaque administration, laissant à l’abandon la majorité des enseignants, du personnel non enseignant et des étudiants.
Des initiatives telles que le Système argentin de crédits universitaires (SACAU), approuvé en 2023 par les recteurs des universités sous le gouvernement d’Alberto Fernández, entraînent une réduction et une dégradation des cursus. Le SACAU introduit le Crédit de référence de l’étudiant (CRE) comme unité de mesure du temps total consacré par un étudiant à la réalisation des objectifs de chaque matière. Sous ce prétexte, on cherche à réduire le contenu des cursus, à supprimer les matières les plus universelles et critiques, et à adapter les programmes d’études aux besoins des entreprises. De plus, le SACAU autorise jusqu’à 50 % d’enseignement à distance dans les cursus, supprimant ainsi en grande partie l’enseignement présentiel.
D’autres directions péronistes, comme celle de la Faculté de philosophie et de lettres de l’UBA, se lancent dans la création de diplômes intermédiaires. Elles partent du principe que très peu d’étudiants parviennent à obtenir leur diplôme et, au lieu de chercher des solutions à ce problème, elles proposent des solutions de fortune : elles créent des diplômes pour que l’on « garde quelque chose » de son passage à l’université.
Une réponse aux problèmes profonds de l’enseignement universitaire… qui consiste à offrir un diplôme sans valeur au lieu d’apporter des solutions. Parallèlement, ces diplômes intermédiaires s’accompagnent d’une réduction ou d’une dégradation du contenu des cursus. Face à l’absence d’horaires de cours théoriques – due au manque de budget –, la réponse officielle de certaines autorités est de ne suivre que les travaux pratiques, qui sont « la seule chose qui soit évaluée ». En d’autres termes, au lieu de garantir des cours théoriques à tous les horaires, elles appliquent une réduction de près de 50 % du contenu des matières, sous prétexte de soutenir les étudiant·e·s qui travaillent.
Céder aux pressions du capitalisme et de l’extrême droite et appliquer des mesures d’austérité dans les cursus conduira à l’appauvrissement de l’université ; ce n’est pas ainsi que l’on défend l’enseignement supérieur. Au contraire, il s’agit de garantir les conditions permettant de suivre l’intégralité des matières et de mener à bien les cursus, et non de les dégrader.
4. Qu’est-ce qu’une université publique anticapitaliste ?
Il existe un débat profond sur la manière dont nous nous épanouissons en tant que personnes, en tant qu’êtres humains. Pour l’extrême droite, le seul épanouissement valable est celui du marché. Pour nous, les jeunes anticapitalistes, nous sommes bien plus qu’une simple main-d’œuvre au service des entrepreneurs. Nous parions sur notre capacité à être des sujets critiques et révolutionnaires, à contribuer à la transformation du monde et au dépassement de ce système d’exploitation et d’oppression. L’éducation, le développement de la science, tout comme l’art et la culture, jouent un rôle fondamental dans notre épanouissement en tant qu’êtres humains. Et ils doivent être au service du développement des potentialités humaines, et non subordonnés à la logique de profit des entrepreneurs.
La crise de l’université est la crise du capitalisme ; il est impossible de comprendre la première sans la seconde. C’est pourquoi nous, les jeunes de « ¡Ya Basta ! », sommes anticapitalistes, car il n’y a aucun moyen de défendre l’université publique de manière cohérente si ce n’est en luttant pour mettre fin à ce système capitaliste qui cherche à la détruire. C’est pourquoi nous sommes une jeunesse qui se bat aux côtés de la classe ouvrière et de tous les secteurs exploités et opprimés, car ce sont nos alliés pour en finir avec ce système. C’est grâce à l’anticapitalisme et au socialisme que nous pourrons développer toutes nos potentialités : matérielles, intellectuelles, spirituelles, culturelles, scientifiques et créatives.
Une université anticapitaliste est une université par et pour les travailleurs. Mais… Qu’entendons-nous par là ? L’université pour les travailleurs n’est pas une université qui dégrade ses contenus en jugeant les travailleurs incapables d’accéder à un haut degré de complexité, ni une université qui les considère comme opposés à l’intérêt pour les connaissances universelles. Une université anticapitaliste est une université où il existe des bourses pour qu’aucun étudiant ne soit contraint d’abandonner ses études parce qu’il doit consacrer des heures à travailler pour joindre les deux bouts, car étudier demande du temps. C’est une université qui garantit le matériel d’étude : qui offre des bourses permettant l’accès gratuit aux photocopies nécessaires aux cours, qui dispose d’une bibliothèque dotée d’une bibliographie actualisée et facilement accessible, avec des espaces de lecture et des ordinateurs pour la recherche, qui prête ou mette à disposition le matériel spécialisé requis par chaque filière (une caméra dans une faculté d’audiovisuel, des réactifs et des instruments dans les laboratoires des facultés de sciences exactes, naturelles et médicales, du matériel pour les maquettes en architecture, etc.). C’est une université proposant des cours de soutien dispensés par des étudiants avancés ou des diplômés rémunérés de manière équitable pour leur travail.
C’est une université proposant un large choix d’horaires afin que personne ne soit empêché de suivre des cours. C’est une université dotée d’des structures d’accueil pour les enfants des étudiant·e·s, des enseignant·e·s et du personnel non enseignant, afin de lutter contre les inégalités liées au genre. C’est cette université qui peut réellement permettre aux travailleur·euse·s de s’offrir le « luxe » que représente aujourd’hui la poursuite d’études supérieures.
Une université anticapitaliste est celle qui permet aux travailleurs de s’élever aux questions générales de la société et où ils se préparent à devenir la classe dirigeante.
Pour cela, l’université doit être un espace où l’auto-organisation des étudiants, des enseignants et du personnel non enseignant peut s’exercer : le libre développement des groupes, des associations étudiantes et des syndicats. Et parallèlement, où l’on encourage la participation et la politisation des membres de la communauté éducative, à travers des assemblées, des débats et des interventions en cours, des affiches, des fresques murales, des conférences-débats, des mobilisations et bien plus encore.
L’université anticapitaliste pour les travailleurs est indissociable d’un plan global pour l’éducation : si l’enseignement primaire et secondaire est détruit, ses diplômés rencontrent de graves difficultés à accéder au niveau de complexité que présentent les universités et que nous défendons, car cela fait partie de leur qualité. C’est ce dont souffrent aujourd’hui des milliers d’étudiants à la suite du sous-financement systématique et des réformes dégradantes menées par tous les gouvernements capitalistes de l’histoire récente de notre pays. La solution ne consiste pas à abaisser le niveau des universités pour que les travailleurs et travailleuses puissent accéder à leurs contenus. L’université anticapitaliste nécessite un programme anticapitaliste pour les niveaux d’enseignement primaire et secondaire, comprenant le triplement du budget et une approche favorisant la production de connaissances et de pensée critique, ainsi que l’accès à celles-ci.
Examinons également le fonctionnement de la gouvernance universitaire. Vis-à-vis de l’extérieur, elle est progressiste, dans la mesure où les universités sont autonomes par rapport aux gouvernements en place, contrairement aux autres niveaux d’enseignement. En interne, la co-gouvernance au sein des conseils universitaires est une mascarade : les universités sont dirigées par des autorités, portées à leurs fonctions par une minorité de professeurs. Le corps professoral est restreint et souvent rigoureusement encadré par l’espace politique qui dirige chaque faculté, et il dispose d’un pouvoir considérable lors de la nomination aux chaires : la majorité des enseignants qui dispensent effectivement les cours ne font pas partie de l’« élite » du corps professoral.
Dans la composition des conseils de cogestion, nous, les étudiants, qui constituons de loin la majorité du corps professoral, sommes sous-représentés, ne disposant que de la moitié du nombre de voix du corps professoral. De plus, en règle générale, les non-enseignants (personnel administratif, d’entretien, des services généraux, entre autres) n’ont pas le droit de vote. En réduisant la représentation des étudiants (qui sont pour la plupart des travailleurs en situation de précarité dans d’autres domaines) et des non-enseignants dans les instances de « cogestion », la participation des secteurs les plus prolétaires de l’université est minime au moment de prendre des décisions.
Cela peut conduire à des décisions élitistes, à la reproduction d’une université qui reste toujours la même, conservatrice dans la forme et le fond, qui se montre réfractaire aux questions qui préoccupent les nouvelles générations et qui renforce les attitudes paternalistes et autoritaires des enseignants envers les étudiants.
Une université anticapitaliste est une université où existe une véritable cogestion, avec une majorité étudiante, une voix et un droit de vote pour le personnel non enseignant, et un corps unique composé d’enseignants et de chercheurs. Nous rejetons la hiérarchie rigide qui place une « élite » de professeurs et d’autorités au-dessus des étudiant·e·s. Nous rejetons également le paternalisme et l’infantilisation des étudiant·e·s, qui visent à nous priver de notre statut de sujets de notre propre éducation. Nous, les étudiant·e·s universitaires, avons une capacité de réflexion et de pensée critique, des idées et des propositions, que l’université doit être capable d’accueillir. Nous, les jeunes, exprimons souvent une dynamique progressiste, voire révolutionnaire, que nous voulons voir s’imposer.
Pour y parvenir, l’université anticapitaliste combat l’autoritarisme et considère que l’éducateur doit lui-même être éduqué[4]. Les enseignants ont beaucoup à enseigner aux étudiant·e·s, mais aussi beaucoup à apprendre d’eux et d’elles.
Une partie de cette idéologie s’exprime dans l’inégalité des relations entre étudiant·e·s et enseignant·e·s, où la frange la plus conservatrice du corps professoral cherche sans cesse à renforcer son autorité par des mesures arbitraires et autoritaires, que ce soit par le biais de la notation des évaluations, de l’obligation d’assiduité, de l’exigence de gestes de « respect » désormais dépassés, du machisme, etc.
Dans l’université que nous voulons, les programmes d’études sont discutés démocratiquement et intègrent les thèmes qui préoccupent et intéressent aujourd’hui les jeunes : l’écologie, le féminisme et les questions de genre, les droits de l’homme, le refus de la précarisation du travail, parmi tant d’autres.
Par ailleurs, à travers ses programmes, l’université anticapitaliste doit encourager la pensée critique et la réflexion approfondie sur l’histoire de chaque discipline et ses objectifs : d’où vient ce savoir que nous étudions ? À quels intérêts a-t-il servi et sert-il encore ? Comment peut-il être mis au service des intérêts et des besoins des grandes majorités ?
L’université anticapitaliste ne forme pas des techniciens chargés de reproduire habilement ce qui existe aujourd’hui dans la société capitaliste, mais des professionnels capables de produire de manière créative, originale et critique quelque chose de nouveau pour répondre aux besoins sociaux et collectifs. Par exemple, des scientifiques des sciences naturelles et sociales qui travaillent ensemble pour formuler des alternatives au modèle de production actuel, qui ne reposent pas sur la surexploitation des travailleurs et le pillage de la nature. Pour cela, l’université anticapitaliste est universaliste : elle mise sur la convergence et le dialogue entre les disciplines, sans isoler d’un côté les sciences « sociales » ou les « lettres » et de l’autre les sciences « naturelles » ou « exactes ». Tous les domaines de la connaissance doivent s’unir autour d’objectifs communs, sans renoncer à leur spécificité.
L’université anticapitaliste n’est ni repliée sur elle-même ni corporatiste, avec ses propres besoins et intérêts, mais elle est ouverte à l’ensemble de la société. Elle est profondément liée à la réalité sociale qui l’entoure, solidaire des besoins et des luttes de la classe ouvrière et des secteurs opprimés.
L’université anticapitaliste est une université où les grandes majorités peuvent s’approprier le patrimoine culturel de l’humanité et élargir leurs horizons face aux produits abrutissants du marché du divertissement capitaliste. À travers l’étude de l’art, des sciences et des sciences humaines, l’université anticapitaliste peut contribuer à la lutte contre les fausses idéologies, les préjugés, les superstitions et le « bon sens » capitalistes, tels que la misogynie, la haine de la diversité, le racisme, entre autres. Elle est l’antidote à l’obscurantisme antimoderne en vogue au sein de l’extrême droite du XXIe siècle.
L’université anticapitaliste n’encourage pas la concurrence entre les étudiants (concurrence pour des bourses ou des postes rares, etc.), mais la solidarité et la création de liens sociaux et politiques, car dans ce monde, personne ne s’en sort seul. C’est pourquoi, au sein de l’université anticapitaliste, il existe également des espaces ouverts à la communauté éducative où l’on peut organiser des fêtes et des festivals, ainsi que des espaces d’étude partagés, tels que des salles de lecture suffisamment spacieuses pour accueillir tout le monde. Et l’université anticapitaliste construit également la solidarité avec ce qui l’entoure, en mettant ses espaces à disposition pour des assemblées ou des activités d’autres secteurs de travailleurs, et en se mobilisant pour dénoncer toute injustice et soutenir les collectifs de lutte.
À l’université anticapitaliste, les étudiants, les enseignants et le personnel non enseignant se montrent solidaires les uns envers les autres et partagent des espaces de dialogue et de coordination en vue de défendre l’université ainsi que les besoins et les revendications de chaque secteur.
Telle est l’université anticapitaliste que nous voulons construire au sein du mouvement « ¡Ya Basta ! ». Nous t’invitons à t’organiser avec nous afin que les étudiants, aux côtés de la classe ouvrière, révolutionnent la société et renversent ce capitalisme pourri qui veut nous voler notre avenir.
Programme anticapitaliste pour l’université
Financement universitaire
- Triplement immédiat du budget universitaire, avec indexation automatique sur l’inflation, au détriment des profits des grands capitalistes.
- Application intégrale de la loi sur le financement universitaire dès maintenant, garantissant toutes les ressources nécessaires au fonctionnement, aux salaires, aux infrastructures, aux bourses, à la recherche et au bien-être des étudiants.
- Révision et augmentation salariale pour les enseignants et le personnel non enseignant, avec une clause d’indexation automatique. Fin des enseignants bénévoles.
- Augmentation du budget consacré à la science, à la technologie et à la recherche, en renforçant le CONICET, les instituts de recherche et les projets scientifiques et de recherche. Non à la précarisation du travail : faire de la recherche, c’est travailler. Non aux licenciements. Révision et augmentation salariale pour les boursiers et les chercheurs.
- Fin des mesures d’austérité dans l’enseignement public. Nous rejetons toute forme de démantèlement ou de sous-financement.
- Défense sans restriction du caractère public, gratuit, laïc et de qualité des universités.
- Accès sans restriction et rejet des examens éliminatoires, des quotas ou des mécanismes d’exclusion sociale.
- Non à la privatisation, à la marchandisation et à la tarification de l’enseignement supérieur. Rejet de toute tentative de tarification à l’encontre des étudiants étrangers.
Droits des étudiants
- Système universel de bourses d’études permettant d’étudier sans avoir à effectuer de travail précaire. Actualisation immédiate et automatique des bourses « Progresar » et de toutes les bourses universitaires.
- Titre de transport éducatif gratuit à l’échelle nationale pour les étudiants, les enseignants et le personnel non enseignant.
- Matériel d’étude gratuit, y compris la bibliographie numérique et imprimée, les photocopies et les fournitures spécifiques à chaque filière.
- Cantines universitaires accessibles et subventionnées dans toutes les universités.
- Résidences universitaires publiques pour les étudiants devant se déplacer depuis d’autres localités.
- Élargissement de l’offre horaire des cours, y compris des horaires compatibles avec les étudiants qui travaillent.
- Tutorats et cours de soutien gratuits pour garantir la persévérance et la réussite des études, avec une rémunération pour les enseignants qui les dispensent.
- Crèches et structures d’accueil pour les enfants des étudiants, des enseignants et du personnel non enseignant.
Pour une éducation universitaire de qualité, universaliste et critique
- Rejet du SACAU et de toute réforme visant à réduire les contenus ou à supprimer des filières pour les adapter au marché.
- Des cursus universels, scientifiques, critiques et complets, offrant une formation vaste et approfondie et favorisant l’interdisciplinarité.
- Non à la dégradation des programmes d’études. Débat démocratique sur les contenus et leur mise à jour.
- Défense de l’enseignement présentiel et rejet de l’utilisation de la virtualisation pour ajuster le budget ou dégrader l’éducation.
- Chaires parallèles avec des approches différentes. Promotion d’une grande diversité et de la mise à jour des contenus, en adoptant des regards, des approches, des problématiques et des thématiques novatrices qui intéressent la communauté éducative et la société. Défense de la liberté d’enseignement
- Pour une perspective de genre transversale dans toutes les filières. Garantir la formation à l’ESI dans les formations d’enseignants, en intégrant des outils et des contenus spécifiques à son enseignement.
Démocratisation de la cogestion des universités
- Majorité étudiante au sein des instances décisionnelles.
- Droit de parole et de vote pour le personnel non enseignant à tous les niveaux de la cogestion universitaire.
- Conseil unique réunissant enseignants et chercheurs.
- Élection démocratique des autorités universitaires.
- Pleine liberté d’organisation politique, syndicale et étudiante.
- Défense des associations étudiantes, des fédérations et des syndicats indépendants. Défense des assemblées, des plénières, des occupations et de toutes les méthodes historiques de lutte et d’auto-organisation réelle du mouvement étudiant et des travailleurs universitaires.
Une université qui défend la science, la pensée critique, l’art et la culture
- Défense de la science, de l’art et du caractère universel de l’enseignement universitaire.
- Défense et promotion de la science et de la recherche au service des besoins sociaux et du développement humain.
- Promotion de la pensée critique, de la recherche et du débat démocratique. Réflexion critique sur les disciplines.
- Défense de l’accès au savoir et de sa production. Rejet de toute tentative obscurantiste visant à imposer des contenus réactionnaires ou à censurer le savoir scientifique
- Publication et diffusion de revues et d’autres publications universitaires, afin de partager les recherches et les productions des étudiants, des enseignants et des chercheurs.
- Promotion de la diffusion des connaissances produites à l’université auprès de l’ensemble de la société
Soins de santé et santé mentale
- Dispositifs globaux de prise en charge et de soins de santé pour l’ensemble de la communauté éducative.
- Équipes permanentes et interdisciplinaires de santé mentale et d’accompagnement offrant des soins gratuits et de qualité.
- Centres de prévention, d’assistance et d’accompagnement face aux situations de violence, de discrimination et de consommation problématique.
- Coordination intersectorielle entre les établissements d’enseignement, le système de santé public et les organisations communautaires pour la mise en place de réseaux de prise en charge et d’accompagnement. Formations interinstitutionnelles pour aborder des problématiques complexes (violences, suicide, consommation, etc.).
Genre et diversités
- Des cabinets multidisciplinaires spécialisés dans la lutte contre les violences de genre, dotés d’un personnel permanent. Des protocoles en matière de genre indépendants des autorités, avec des représentant·e·s des étudiant·e·s et du mouvement féministe.
- Défense sans restriction des droits des femmes, des personnes de diversités sexuelles et de genre.
- Défense et respect du droit à l’identité de genre.
Pour une université anticapitaliste
Unité, coordination et solidarité entre les corps enseignants. Non au corporatisme.
Pour une université au service de la transformation sociale, qui prépare les travailleurs et travailleuses à diriger les affaires générales de la société. Qui permette d’envisager le dépassement de ce système d’exploitation et d’oppression.
Pour une université critique qui permette de développer toutes les potentialités matérielles, intellectuelles, spirituelles, culturelles, scientifiques et créatives de l’humanité.
Pour une université offrant des espaces de socialisation, de débat et d’échange. Promotion de la participation et de la politisation des membres de la communauté éducative.
Pour une université où ceux qui enseignent sont également éduqués : transformer l’université implique de transformer les relations entre enseignants et étudiants, en construisant collectivement le savoir à partir de la pratique et de la critique de la réalité. Implication active de l’université face aux besoins des majorités travailleuses. Ouverture des locaux universitaires aux activités culturelles, sociales et d’organisation populaire. Solidarité active avec les luttes ouvrières, sociales, de genre, environnementales et pour les droits de l’homme. Une université publique au service des besoins sociaux et non du profit privé. Pour une université des travailleurs, scientifique, critique, démocratique et anticapitaliste.
[1] Dans notre pays, ce sont aujourd’hui principalement les universités privées qui s’en chargent. Cela apparaît clairement si l’on examine le parcours des membres du gouvernement de Milei, ou de celui de Macri en son temps : une partie de la classe dominante ne se forme plus dans l’enseignement public, mais dans l’enseignement privé.
[2] Annuaire statistique 2024 (avant-première).
[3] En 2022, on comptait 2 030 633 étudiants de premier cycle dans l’ensemble des universités publiques du pays. En 2023, 98 728 ont pu terminer leurs études, mais parmi les autres, seuls 1 490 679 ont poursuivi leur cursus. Autrement dit, plus de 440 000 étudiants ont abandonné leurs études entre 2022 et 2023. Entre 2023 et 2024, 450 000 étudiants ont quitté leur cursus. (Annuaire statistique 2022, 2023 et 2024, avant-première).
[4] Marx, Thèses sur Feuerbach, III.

