Santé publique, un enjeu ouvrier et écologique

Le mois de mai 2026 a été rythmé par des débats autour de plusieurs questions sanitaires : Master Poulet, Hantavirus et canicule. Ces débats ont des impacts concrets sur nos vies, ne les laissons pas aux classes dirigeantes et médiatiques.

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Les évènements sanitaires du mois de mai ont servi à alimenter différentes polémiques, chacune plus réactionnaire que la précédente, mettant de côté les impacts sur nos vies et les solutions à mettre en place pour régler ces problèmes. Cet article revient sur deux de ces évènements : l’ouverture du restaurant Master Poulet à Saint-Ouen et la vague de chaleur qui a frappé la France à la fin du mois. Face à la réaction qui vient parasiter les débats, il est nécessaire de construire des interventions ouvrières et écologiques, seules à même de faire face aux enjeux sanitaires.

 

Master Poulet à Saint-Ouen, une bataille aux relents racistes

Le maire PS de Saint-Ouen, Karim Bouamrane, s’est lancé depuis le début du mois de mai dans une bataille judiciaire et médiatique contre l’installation de l’enseigne de restauration rapide Master Poulet dans la commune. Arrêtés municipaux, vidéos sur les réseaux sociaux et passages sur les plateaux de télévisions lui ont permis de mettre en avant ce qu’il décrit comme « une lutte contre la malbouffe et la ghettoïsation ».

Il y a pourtant un problème dans le discours du maire de « gauche » : il dénonce la malbouffe sans remettre en question les inégalités sociales. Un choix volontaire qui s’inscrit dans la politique de gentrification intensive menée par sa municipalité. Les classes populaires issues de l’immigration, population historique de Saint-Ouen, en sont de plus en plus exclues, comme dans l’ensemble des communes de la proche banlieue parisienne.

La guerre que mène Karim Bouamrane n’est pas contre la malbouffe, mais contre les pauvres, les jeunes des quartiers, les travailleur·euses aux horaires décalés. C’est cette partie de la population qui constitue la clientèle de Master Poulet. L’installation de l’enseigne en plein centre-ville vient rappeler au maire et aux bobos que la commune garde encore aujourd’hui son caractère ouvrier et migrant.

Puisqu’il n’est pas question de santé publique mais bien de politiques racistes, le double discours du maire n’a rien d’étonnant. Les McDonald’s, Burger King et Domino’s, situés sur le même axe routier que Master Poulet et en sortie de métro, sont eux épargnés.

La réponse des personnes concernées par ces attaques racistes et anti-pauvres ont été claires, comprenant de quoi il était réellement question dans cette polémique. Mais celle-ci vient dissimuler un important enjeu de santé publique. Il est nécessaire de se placer indépendamment et en opposition aux deux acteurs de la polémique.

Les enseignes de malbouffe comme Master Poulet se multiplient dans les quartiers populaires, en même temps que leur importante mise en avant sur les réseaux sociaux. Contrairement à La France Insoumise qui a choisi de s’afficher fièrement dans le camp de Master Poulet, nous nous opposons à ces entreprises qui font leur profit au détriment de notre santé, profitant de la pauvreté dans les quartiers.

Les conséquences sont concrètes, cette nourriture produite par l’agro-industrie, remplie de nombreux additifs entraîne diabète, obésité, dérèglements hormonaux, problèmes cardiaques avec des effets à long-terme sur le corps quand consommée par les plus jeunes, cible de ces enseignes.

Les plus pauvres ont bien conscience de ce qu’il y a dans leur assiette. Les salaires et l’inflation ne permettent pas de se nourrir suffisamment et correctement avec des aliments sains hors de prix. Ce que l’on mange n’est pas un choix, comme le présente les soi-disant experts dans les médias pour nous faire culpabiliser.

La seule solution est que la classe ouvrière intervienne politiquement dans les débats de santé publique, pour imposer ses revendications anticapitalistes et écologistes. C’est aux habitant·es de décider quel commerce peut s’installer dans leur quartier, pour en finir avec la prolifération des enseignes de malbouffe dans les quartiers. Ce problème ne peut pas être résolu sans prise en compte de la réalité sociale, il nécessite la mise en place de cantines scolaires gratuites et de qualité, de cantines de quartier gérées collectivement avec rémunération. Ainsi que la création d’une sécurité sociale de l’alimentation sous contrôle des producteur·ices-travailleur·euses et des consommateur·ices, à même de planifier une agriculture qui réponde aux besoins des êtres humains et respectueuse de la planète.

 

La canicule, prétexte à toutes les polémiques réactionnaires

La fin du mois de mai a été marquée par ce qui peut être qualifié de première canicule du printemps 2026. Les températures ont dépassé les 30°C pendant une semaine dans plusieurs villes de France avec de très faibles refroidissements la nuit. En France, ce sont huit personnes qui ont perdu la vie pour cause de chaleur, dont un ouvrier-couvreur de 19 ans mort sur un chantier.

Plutôt que les tendances du réchauffement climatique, les éditorialistes et politiciens bourgeois ont préféré traiter des jeunes qui tentent avec leur moyen de faire face à la vague de chaleur. L’axe était évidemment raciste, seuls les jeunes noirs et arabes vivant dans les quartiers populaires étaient visés.

Les vidéos de bouches incendies ouvertes pour se rafraîchir n’ont été traitées que par l’axe des incivilités, sans jamais mentionner le manque d’accès à l’eau et espaces de fraîcheur dans les quartiers populaires. Les images de bouches à incendies utilisées pour se rafraîchir datent depuis les années 1950, si elles sont toujours d’actualité aujourd’hui, c’est qu’aucun progrès n’a été fait pour permettre aux habitant·es de résister à la chaleur.

Malgré que la dépollution de la Seine ait coûté plusieurs milliards d’euros pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, voir des jeunes sauter dans le canal Saint-Martin pose toujours problèmes. Alors que rendre la Seine baignable est un projet de longue date de la Mairie de Paris, celui-ci se limite aux habitants des quartiers bourgeois de la capitale.

Le point culminant de la polémique a eu lieu sur CNews, des images de jeunes – évidemment racisés – sur une plage surplombant un bandeau « Les incivilités se multiplient à la Baule », station balnéaire du littoral Atlantique. Ces jeunes qui profitaient des trains gratuits le week-end pour quitter la chaleur étouffante des banlieues nantaises, ont tout de suite été accusés de rixe et de trafic de drogue ; leur présence a suffi à faire de la station une « zone de non-droit ».

Cette médiatisation de la canicule avec cet axe raciste a servi à ne pas traiter de l’inefficacité du gouvernement Macron à réagir face au réchauffement climatique. Le président a réuni le mardi 26 mai l’équipe de France de l’électrification, avec 200 patrons du BTP, des transports, de l’énergie et de l’industrie, comme Stellantis. Derrière le vernis écologique, l’objectif de cette réunion était l’indépendance énergétique de l’industrie française, pour compenser les approvisionnements instables de pétrole depuis le Moyen-Orient, la Russie et les États-Unis. Les projets proposés : expansion du  parc de véhicules électriques, installation de bornes de rechargement et de pompes à chaleur.

Le gouvernement décide de la transition énergétique main dans la main avec les capitalistes pollueurs, loin d’apporter de réelle solution à la crise climatique et environnementale, il cherche à maintenir le profit de la bourgeoisie nationale malgré celle-ci.

D’autres revendications sont possibles, décidées par les habitant·es des quartiers eux-mêmes : rénovations des logements sans hausse de loyer, végétalisation des ensembles d’habitations, accès libre et gratuit aux piscines municipales, transports gratuits pour s’éloigner de la ville. Si ces mesures ne vont pas empêcher les vagues de chaleur, elles permettront à toustes de mieux y faire face.

 

Face aux polémiques réactionnaires, imposer des revendications de notre classe dans le débat

La tâche est double, il faut à la fois dénoncer et s’opposer à toutes les attaques racistes de la bourgeoisie et ses chiens de garde des plateaux de télévisions. Il faut ensuite mettre en avant les causes qui mènent aux pratiques alimentaires et de résistance aux vagues de chaleur : l’exclusion des banlieues, la pauvreté, le manque d’infrastructure et de politique publique. Pour pousser le débat plus loin avec nos propres revendications, seulement avec ces bases les réelles solutions face à la crise planétaire pourront être construites. Le renversement du capitalisme, la planification de l’économie par les travailleurs et les travailleuses avec pour but non de faire du profit mais de répondre à nos besoins.

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