
Article du 23 avril 2026, actualisé après les manifestations du 25 avril.
Les mobilisations du 25 avril en Italie ont constitué un point de convergence entre la mémoire antifasciste, la lutte politique face à un gouvernement réactionnaire et la solidarité internationale, principalement avec la Palestine. Cette irruption de la lutte des classes constitue un point de rebond au milieu d’une conjoncture qui a pris un virage nettement à droite.
Un 25 avril dans les rues
Le 25 avril, des mobilisations contre le gouvernement se sont organisées en Italie dans le cadre de la Journée de la libération du fascisme. Cette journée a rassemblé une foule immense, avec des manifestations dans de nombreuses villes, dépassant le caractère purement commémoratif que revêt habituellement cette date. Dans des villes comme Rome, Milan, Naples ou Turin, différentes organisations ont appelé à des marches et des actions rassemblant des milliers de personnes sous des slogans combinant la mémoire antifasciste et les revendications politiques actuelles.
Contrairement aux années précédentes, le climat préalable semble marqué par une tension politique accrue, avec la participation active de secteurs de la jeunesse, d’organisations de base, de collectifs étudiants et de groupes syndicaux combatifs. Une caractéristique distinctive de ces rassemblements est la place centrale accordée à la question internationale, en particulier la solidarité avec la Palestine.
Les slogans dénoncent le rôle du gouvernement italien dans la chaîne de soutien politique, économique et militaire à Israël. S’y ajoutent le rejet du militarisme, des mesures d’austérité et des politiques trumpistes (dans la continuité des manifestations « No Kings » de mars à Rome). En ce sens, cette journée revêt un caractère très politisé et radicalisé, car, outre les marches traditionnelles, des blocages et des grèves sont annoncés.
Une date qui reste vivante
La date n’est pas choisie au hasard : ce jour occupe une place importante dans l’histoire italienne en tant que date commémorant la défaite du fascisme et la fin de l’occupation nazie pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1945, l’insurrection partisane a marqué l’effondrement du régime de Benito Mussolini. Depuis lors, cette journée s’est « institutionnalisée » comme un symbole fondateur de la République italienne et des valeurs antifascistes sur lesquelles elle repose formellement.
Cependant, sa signification est contestée. Différents secteurs s’approprient cette date pour son contenu originel, celui de la lutte, de la résistance et de la défaite du fascisme. Comme un souvenir, mais aussi comme une occasion de descendre dans la rue face à des gouvernements réactionnaires, de relier les revendications sociales et de disputer le terrain idéologique sur lequel s’affrontent différentes lectures de la portée et des limites de ce processus historique.
La date est réinterprétée par les secteurs mobilisés qui cherchent à établir un parallèle entre la lutte antifasciste historique et les tensions politiques contemporaines, notamment face à la montée des gouvernements d’extrême droite en Europe et aux politiques menées par le gouvernement de Meloni. Ainsi, il ne s’agit pas seulement d’un acte de mémoire, mais d’un espace d’intervention politique active.
Blocchiamo tutto !
Dans cette dynamique, le mouvement « Blocchiamo tutto ! » (Bloquons tout !) joue un rôle important ; il est l’un des principaux moteurs des manifestations depuis son émergence lors des actions contre le soutien italien au génocide d’Israël en Palestine. Son approche ne se limite pas à la dénonciation, mais consiste à intervenir directement sur les mécanismes matériels qui relient l’État italien à la guerre à Gaza. Son slogan « bloquons tout » résume son orientation, qui vise à déplacer l’axe de la protestation vers l’interruption effective des circuits commerciaux et logistiques.
C’est ainsi qu’en septembre dernier, l’Italie a connu une gigantesque grève politique pour dénoncer le génocide palestinien. Deux millions de personnes se sont jointes aux actions dans plus de 100 villes. Dans ce contexte, le rôle de certains secteurs du mouvement ouvrier, particulièrement liés à la logistique et aux ports, est significatif. La possibilité de freiner le transit des marchandises, y compris les envois à destination d’Israël, a introduit une dimension concrète de pression qui a transcendé la mobilisation habituelle.
L’articulation entre ce type d’actions et l’appel à une grève politique montre un processus très progressif au milieu d’un climat de virage à droite, même si le « par en bas » de la lutte des classes émerge de plus en plus. Cette convergence n’est pas exempte de tensions, compte tenu de la fragmentation syndicale et des divergences entre les organisations, mais elle exprime en même temps le potentiel de construction d’un mouvement plus large et doté d’une plus grande capacité d’intervention.
La conjoncture politique en Italie est marquée par un climat de tensions croissantes pour le gouvernement, notamment depuis la récente défaite autour de la réforme judiciaire. Ce revers a mis en évidence les limites de la capacité du gouvernement à faire avancer son programme. Bien qu’il ne s’agisse pas d’une crise ouverte de gouvernance, c’est un moment de faiblesse après son plus grand revers à ce jour.
Ce qui commence à bouger
Dans ce contexte, l’appel à la mobilisation constitue un contrepoids face à un contexte national et international marqué par la montée en puissance des forces de droite. Cela n’implique pas un renversement automatique de la tendance mondiale, mais introduit un élément de réversion dans un tableau général où prédominent les politiques conservatrices, autoritaires ou ouvertement réactionnaires. En ce sens, l’émergence de manifestations avec des niveaux croissants de politisation suggère la réapparition de formes d’intervention collective (internationalistes et de classe) qui avaient connu un recul au cours des périodes précédentes.
Un élément central de cette dynamique est l’articulation entre les revendications locales et internationales, notamment à travers la grève politique en solidarité avec la Palestine. Ce type d’actions transcende le cadre traditionnel de la protestation syndicale ou corporative, en reliant la situation interne aux conflits mondiaux et en intégrant des outils propres au mouvement ouvrier. La possibilité pour des secteurs de la classe ouvrière d’intervenir sur le plan politique, et non uniquement économique, introduit une dimension qui pèse lourdement dans la lutte des classes.
L’expérience italienne montre le potentiel de la lutte par la base, de l’organisation syndicale radicale et de la construction de la conscience de classe. Le Jour de la Libération mettra à l’épreuve la portée réelle de ces mobilisations, dans un contexte où les gouvernements d’extrême droite traversent une mauvaise passe (à commencer par Trump, qui chute dans les sondages et s’enlise en Iran) et où la lutte des classes commence à prendre de l’importance.

