La bataille des retraites

Un premier bilan d'étape quatre mois après le début de la mobilisation contre la réforme des retraites.

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Plus de 2,8 millions de personnes (selon les centrales syndicales) se sont mobilisés en France le 31 janvier 2023 pour les retraites. Un grand mouvement social s’en est suivi. Mais pourquoi, en cette fin mai 2023, les travailleuses et travailleurs n’ont-elles pas remporté le retrait de la contre-réforme des retraites voulu par le gouvernement Macron ?

 

  1. La politique capitaliste en France s’aggrave, le droit des travailleuses et travailleurs sous les coups de boutoir

Le gouvernement Macron, réélu en 2022, a annoncé le 10 janvier 2023 vouloir mettre en place la contre-réforme des retraites. Elle prévoit l’allongement des années de cotisations et le report de l’âge légal de la retraite à 64 ans au lieu de 62 ans actuellement.

Elisabeth Borne, première ministre, a essayé de justifier ces mesures politiques comme s’il n’y avait pas d’autre alternative possible. Le gouvernement a présenté son choix comme la seule possibilité viable, « pour ne pas augmenter les impôts ». Alors que depuis l’arrivée de Macron au pouvoir, le gouvernement essaye de détruire tout acquis social pour donner plus de cadeaux aux riches.

Au-delà des spécificités techniques, cette réforme des retraites est en réalité un moyen de transférer les richesses qui appartiennent aux travailleuses et travailleurs vers le grand patronat. C’est une manière de vider nos poches, pour ensuite réduire drastiquement l’impôt sur les sociétés.

Le gouvernement Macron veut imposer, avec la contre-réforme des retraites, une escadrille de mesures antisociales, anti démocratiques, anti écologiques : réforme des lycées professionnels, SNU (Service National Universel) obligatoire, sélection à la fac (MonMaster, Parcoursup), libéralisation de l’ESR (Établissements Enseignement Supérieur), contre-réforme de l’assurance chômage, privatisation des soins et de l’éducation, atteinte au droit de l’environnement, loi Darmanin anti migrant.e.s, réductions des aides aux personnes en situation de handicap. Les capitalistes veulent livrer les jeunes de la classe ouvrière pieds et poings liés au patronat : travailler presque gratuitement pour des stages sans intérêt éducatif, RSA (revenu de solidarité active) conditionné à des heures de travail non rémunérées, etc. Pourtant, nous subissons déjà la précarité, la difficulté à trouver un travail et l’inflation. En deux ans et quatre mois, les prix de l’alimentation ont augmenté autant que lors des treize années précédentes. Et les industriels prétendent que c’est la guerre en Ukraine qui cause l’augmentation des prix, même pour des aliments comme le cacao !

Dans ce contexte, le patronat et le gouvernement ne font pas de concessions aux travailleuses et travailleurs et multiplient leurs attaques, dont la plus marquante porte sur les retraites. Ils prétendent que l’espérance de vie augmente, alors qu’elle se rapproche de la stagnation depuis dix ans. Elle a accusé un léger recul pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, l’année de la pandémie de Covid. Enfin, l’espérance de vie en bonne santé ne progresse pas depuis dix ans, elle est de 64,1 ans pour les femmes et à 62,7 ans pour les hommes selon l’Insee. De plus, des études états-uniennes démontrent que plus nous travaillons tard, plus nous mourons tôt

Beaucoup de travailleuses et travailleurs seront en incapacité de travailler jusqu’à 64 ans, soit parce qu’iels seront licencié.e.s avant, soit parce qu’iels n’en auront plus les capacités physiques et devront se contenter de retraites de misère si les plans du gouvernement sont appliqués. Les exemples concrets ne manquent pas. Début avril 2023, l’Elysée a renvoyé un agent jugé trop vieux pour entretenir le palais présidentiel. Ce travailleur n’a pas supporté son limogeage après 23 ans de service et s’est donné la mort en se jetant sous un RER. Les atermoiements du gouvernement sur l’employabilité des “séniors” sonnent d’autant plus faux que l’Elysée elle-même se débarrasse sans ménagements de ces employé.e.s les plus ancien.ne.s. Les gouvernements capitalistes n’en ont en réalité que faire de nos vies, au Pérou, l’âge de la retraite était fixé à 70 ans, il a été repoussé à 75 ans !

Macron avait déjà essayé de faire passer un projet de loi des retraites que l’entreprise Black Rock lui avait soufflé lors de son premier quinquennat. Cette multinationale états-unienne gère des actifs et propose indirectement à ses clients de compléter leur retraite par l’épargne retraite, comme si nous ne cotisions déjà pas pour… Sur leur site Black Rock expliquent comment ils soutiennent le programme de Macron. Lors de son deuxième mandat, le président des riches est revenu à la charge avec un nouveau projet, fortement rejeté par la grande majorité de la population. 

 

  1. Des mobilisations massives dans la rue, menées dans l’impasse par l’intersyndicale

La séquence de mobilisations avait déjà commencé en octobre 2022 avec des grèves pour les salaires. Le point d’orgue a été le mouvement des raffineur.euses et raffineurs qui a fait trembler la bourgeoisie. Les difficultés pour trouver du carburant ont affecté l’ensemble des entreprises. Cependant, le 4 octobre 2022, toutes les centrales syndicales avaient rendu visite à Dussopt, ministre du travail, pour discuter de la contre-réforme des retraites. Toutes aussi avaient décidé de participer aux concertations avec le gouvernement sur la contre-réforme des retraites. De cette manière, les syndicats commençaient à mettre en place une politique de dialogue social qu’ils ont poursuivi en 2023. 

Après les annonces de Borne sur les retraites, l’Intersyndicale (CFDT, CGT, FSU, UNSA, FO, CFE CGC, CFTC et Solidaires) a lancé l’appel à une première journée de grève et de mobilisation pour le 19 janvier 2023. Les travailleuses et travailleurs de la RATP appelaient à la grève le 13 janvier et les enseignant.e.s se mobilisaient le 17. Des organisations politiques et de jeunesse avaient appelé depuis des semaines à une manifestation le samedi 21 janvier. Pour marquer l’opposition à une même loi, les fédérations syndicales ont commencé par partir en grève en ordre dispersé. Se sont ensuite succédées treize journées d’appel à la grève par l’intersyndicale, étalées sur quatre mois. La stratégie de journées de grève saute-mouton a été dénoncée assez vite par beaucoup de salarié.e.s à la base, c’est pourtant celle que l’intersyndicale a retenu, appelant à des journées de mobilisation calées sur le calendrier parlementaire.

Pour beaucoup des travailleur.euses mobilisé.e.s, il est évident qu’il aurait été plus judicieux de caler les journées de grève de façon successive en reconduisant la grève pour imposer le blocage du pays et mettre Macron contre les cordes. Ce mot d’ordre de mettre la France à l’arrêt revenait souvent dans les discussions sur les lieux d’étude et de travail. Cependant, l’Intersyndicale à la tête de la direction du mouvement a tout fait pour ne pas déborder les limites institutionnelles, pour ne pas appeler à la grève générale illimitée et pour contenir la colère des travailleur.euses dans des actions routinières respectueuses du pouvoir politique. 

Certains secteurs se sont affranchis du calendrier de l’Intersyndicale et ont poursuivi les grèves pour les salaires et pour les retraites. Les éboueuses, éboueurs, rippeurs et agent.e.s des TIRU (Traitement Industriel des Résidus Urbains) du public et du privé ont réussi à imposer des actions au-delà des dates nationales de mobilisation et sont devenu.e.s le secteur emblématique de la mobilisation. Ils ont commencé la grève pour l’augmentation des salaires dès le début du mouvement pour les retraites et l’ont reconduit le 15 mars. La  solidarité lors des piquets de grève et blocages des centres de (TIRU) en région parisienne a permis à différents secteurs de se rencontrer, et d’organiser la grève pour éviter la répression du gouvernement. Au 53ème congrès de la CGT le 27 mars 2023, notre camarade Murielle, de la fédération de la chimie, a interpellé l’ancien secrétaire général de la CGT : « Camarade Philippe Martinez, qui t’a donné mandat pour parler de médiation alors que les travailleurs sont dans la rue ? ».

Le passage en force du gouvernement Macron-Borne le 16 mars avec l’article 49.3 a soufflé sur les braises de la contestation et a amené encore plus de monde à se mobiliser et à se mettre en grève. De nouveaux secteurs sont alors entrés dans la bataille, et la mobilisation de celleux qui étaient déjà grévistes s’est relancée. Les éboueuses et éboueurs, locomotive de la mobilisation, ont alors rempilé.e.s après trois semaines de grève. A Gonfreville, la raffinerie s’est mise à l’arrêt et la moitié des stations essences manquaient de carburants. Macron lui-même à dû revenir sur une de ses provocations : inviter le prince d’Angleterre Charles III au château de Versailles. Le renseignement territorial aurait eu l’information selon laquelle le monarque n’aurait pas été bien reçu, quelle clairvoyance !

Si avant le mouvement pour les retraites une partie de la population française semblait résignée à subir, le 49.3 a été la détonation pour celles et ceux qui n’osaient pas franchir le pas de la grève de se mettre en mouvement. Jeudi 23 mars, de nombreuses pancartes partout dans le pays ont dénoncé le hold-up démocratique d’un gouvernement pour lequel les règles de la démocratie bourgeoise ne semblent pas déjà assez permissives : “l’eau bout à 100°, le peuple à 49.3”. Les gaziers en grève ont menacé de porter la pression de gaz à 49.3 bar (pression insuffisante pour alimenter les immeubles en gaz). L’usage de l’article 49.3 a révélé à une échelle de masse, le caractère antidémocratique et injuste du gouvernement Macron, méprisant de l’avis majoritaire de la population sur les retraites.   

La journée du jeudi 23 mars a démontré le dynamisme de la lutte avec 400 lycées bloqués, 3,5 millions de personnes dans les rues selon les centrales syndicales. Les cortèges partout en France ont fait ressentir aux manifestant.e.s un fort sentiment de cohésion. Les manœuvres de la police pour provoquer des accidents pendant les manifestations n’ont pas entamé le mouvement, la détermination et la colère ont dominé la peur.

Alors que certains bureaucrates syndicaux cherchaient en mars des nouvelles propositions pour apaiser la situation, la mobilisation contre la réforme des retraites s’est poursuivie. C’est pour cela que les directions syndicales ont dû appeler à une nouvelle date de grève nationale le 28 mars. Les manifestations, blocages et actions commençaient à déborder le cadre de l’Intersyndicale, notamment dans la jeunesse.

La grève pour les retraites et les salaires a gagné de nouveaux secteurs et s’est relancée début avril. Les éboueuses et éboueurs de nombreuses villes, comme Marseille, se sont lancé.e.s dans la grève comme pour relayer la longue grève des éboueuses et éboueurs francilien.e.s, et le nombre de pompes en panne sèche témoignaient du niveau de grévistes dans les raffineries. Une grande partie des raffineries étaient à l’arrêt; comme Petroineos de Lavera dans les Bouches-du-Rhône ou Gravenchon et Donges qui alimentent l’Île-de-France. 

Pourtant, les assemblées générales des travailleuses et travailleurs étaient de taille inégale. Le nombre de cheminot.e.s rassemblé.e.s en AG en dehors des secteurs historiquement très mobilisés étaient assez décevants au regard de l’importance du mouvement. Cela peut s’expliquer par différents facteurs : les personnes embauchées au statut à la SNCF se font rares, la cohésion dans les luttes s’en fait ressentir quand dans une entreprise tout le monde n’a pas le même type de contrat. 

La précarité du monde de travail pèse dans la mobilisation. C’est le cas aussi chez les égoutiers et égoutières d’Ile-de-France, très mobilisé.e.s lors des grèves de 2019 contre la retraite à points. Les égoutiers ont une espérance de vie de 17 ans inférieure aux restes des français compte-tenu de l’extrême pénibilité de leurs tâches. Auparavant la dureté de ces métiers était partiellement compensée par un départ à la retraite plus jeune, et d’un contrat de travail plus protecteur. Aujourd’hui les égoutiers ont des contrats précaires qui leur font craindre les conséquences de la grève. 

La privatisation des entreprises publiques crée une diversité de profils qui nuisent à la construction de la conscience de classe. Jean Castex, ancien premier ministre, a été nommé en novembre 2022 président-directeur général du groupe RATP (Régie autonome des transports parisiens). Aussitôt arrivé, il a prétexté faire un cadeau aux délégué.e.s syndicaux de l’UNSA et FO sous forme d’une prime, qui n’est qu’un groupement de prime déjà existantes. Avec ce système, les salarié.e.s grévistes perdent l’intégralité de leur prime pour une seule journée de grève. Les taux de grévistes à la RATP ont été décevants alors que le secteur du transport joue un rôle important dans la motivation des grévistes. A la SNCF aussi, certaines pratiques syndicales de corporatisme ont nuit au mouvement, comme chez les conductrices et conducteurs de train où les délégué.e.s syndicaux préparent des négociations futures d’ici quelques mois, et retiennent leur troupe pour ces moments précis. 

Les salarié.e.s ont rencontré des difficultés pour construire une alternative à l’intersyndicale pour diriger le mouvement par la base. Pourtant la confiance des travailleuses et travailleurs dans leur lutte et dans la capacité à la diriger elles et eux-même, sans intermédiaires, est nécessaire pour gagner. 

La nuit du 14 au 15 avril, Macron a promulgué la contre-réforme des retraites aussitôt le feu vert donné par le Conseil Constitutionnel. Pour répondre à une énième insulte de Macron au monde du travail, l’intersyndicale s’est contentée de fixer la date du match retour le 1er mai : journée internationale des travailleuses et travailleurs qui est fériée.

. Les cheminot.e.s avaient appelé à une journée de grève le 20 avril. L’assemblée générale des cheminot.e.s de Montparnasse reconduisait la grève depuis 35 jours. Pourquoi l’intersyndicale n’a-t-elle pas suivi sa base, locomotive de la mobilisation ? D’autres salarié.e.s sont aussi en lutte pour les salaires, comme celleux de Vertbaudet dans le Nord en grève depuis trois mois. 

Les temps-morts de l’intersyndicale marqués en attente de la réponse des institutions ont fait perdre en puissance le mouvement. Et pourquoi le 16 mars, jour du 49.3, et le 14 avril, jour du rendu de l’avis du Conseil Constitutionnel, les centrales syndicales n’ont-elles pas appelé à se mobiliser massivement le monde du travail, pour maintenir la pression sur les institutions qu’elles semblent tant respecter ? Ce phénomène n’est pas propre aux directions syndicales françaises, pendant la grève pour les salaires au Royaume-Uni en 2022, les centrales syndicales avaient fait marquer une pause aux grèves pour la mort de la reine.

Le 1er mai 2023 a été historique par la longueur des manifestations partout en France, y compris dans de petites villes. Les organisations syndicales ont recensé près de 2,3 millions de personnes mobilisés, ce qui représente entre sept et dix fois plus de gens dans la rue par rapport à 2022. Le succès de la journée de mobilisation s’explique évidemment par le contexte d’une lutte acharnée des travailleurs et des travailleuses contre la réforme des retraites de Macron depuis des mois. 

Après ces manifestations massives, l’Intersyndicale aurait pu profiter de la force de la rue pour relancer la bataille, avec des appels à la grève et à la manifestation pour exiger le retrait de la réforme. Cependant, les dirigeant.e.s syndicaux ont décidé de lever le pied en annonçant une prochaine date de manifestation le 6 juin. Ce sera probablement leur dernier appel avant les grandes vacances. Les dirigeant.e.s de l’intersyndicale semblent chercher à enterrer la mobilisation et à sauver le gouvernement Macron.

La politique des directions syndicales est une politique de la défaite. Elles ont tout fait pour épargner le président Macron alors que son mandat était menacé. Elles ont dévié la colère des travailleuses et travailleurs vers une stratégie perdante. Rappelons que l’Intersyndicale n’a pas voulu mobiliser ni le 16 mars (le jour du 49.3), ni le 14 avril (le jour du conseil constitutionnel). Dialogue, référendum, motion de censure, lettre aux députés, rencontre avec Mme. Borne en avril et les 16 et 17 mai : ces “tactiques” institutionnelles ont amené le mouvement à une impasse délétère.

 

  1. Les politicien.ne.s de la gauche institutionnelle jouent la mouche du coche

Les politicien.ne.s réformistes ont tenté de ponctuer la grève de jalons pour donner l’illusion qu’iels tenaient les rênes du mouvement. Après les jeux du cirque à l’Assemblée, iels ont cherché à faire croire que notre souffle était suspendu à la décision du Conseil d’Etat. Après la réponse du Conseil d’Etat, ces mêmes politicien.ne.s ont essayé de placer les espoirs des travailleuses et travailleurs dans le référendum.

Bien que les partis de la NUPES (Nouvelle Union populaire écologique et sociale) aient participé aux manifestations contre la réforme des retraites, iels ont toujours essayé de renvoyer la colère vers des bagarres parlementaires qui se sont montrées inutiles. Certains composants de cette alliance ont même essayé de dissimuler les trahisons du passé en prenant des distances avec la loi Touraine, pourtant adoptée en 2014 par un gouvernement PS-Verts soutenu alors par le PCF. De même, le PS a essayé de s’acheter une bonne conscience alors que le recours au 49.3 du gouvernement Hollande pour faire passer la loi Travail reste encore présent dans la mémoire des manifestant.e.s. 

Dans les institutions, les politicien.ne.s de la gauche réformiste ont tenté de jouer les illusionnistes avec la motion de censure transpartisane, en déposant de la confiance dans les centristes réactionnaires du groupe Liot. Les politicien.ne.s de la gauche réformiste, parfois accompagné.e.s de l’extrême droite au parlement, veulent nous renvoyer dans les urnes et les jeux des campagnes électorales encore une fois après la séquence de 2022, pour capitaliser sur l’erreur politique de l’obstination de Macron. 

Le slogan de La France Insoumise (LFI) pendant toutes les manifestations était déjà électoraliste : « la retraite à 60 ans avec LFI ». A l’extrême droite, Marine Le Pen déclarait sur BFM TV qu’elle comptait annuler la réforme si elle devenait présidente. Il s’agit des deux espaces politiques qui ont cru pouvoir disputer la présidence de la France l’année dernière, lors d’élections qui ont démontré la dégradation de la légitimité des institutions. Macron a réussi à se faire élire, mais avec des taux d’abstention assez conséquents.

Les illusions institutionnelles à droite et à gauche n’ont pas été à la hauteur de la colère des rues ; les manifestant.e.s ne semblent pas intéressé.es par un retour aux urnes. La perspective du 2027 est un horizon trop lointain et nous ne pouvons rien attendre des spéculations électorales des réformistes.

 

  1. La violence de l’Etat et le problème de l’extrême droite

Lors des mobilisations, l’Etat a fait preuve de nombreuses violences partout en France. Une manifestante AESH (accompagnante des élèves en situation de handicap) a eu le pouce arraché par une grenade à Rouen, des manifestants roués de coups par la police ont eu les côtes brisées, un syndicaliste a perdu l’usage d’un oeil suite à un éclat de grenade : la volonté manifeste du gouvernement étaient de semer la terreur pour que les gens restent chez eux. 

Le gouvernement est en roue libre sur les atteintes aux règles de la démocratie bourgeoise. Les arrestations arbitraires sont allées bon train le 1er mai. Le média Contre-Attaque relaie le fait que six manifestants ont été gardés en prison abusivement pendant huit jours, alors que la garde-à-vue doit prendre fin au bout de 48 heures maximum (24h prolongeable une fois).

Les syndicats de Seine-Saint-Denis avaient prévu la distribution de tracts sous forme de cartons rouges pour les supporters et supportrices du match de la Coupe de France le 29 avril. La préfecture a tenté d’interdire la distribution des tracts et des sifflets. A l’issue d’un référé Liberté, les syndicats ont obtenu de la justice l’annulation de ce décret qui porte atteinte à la liberté d’expression. Pourtant, la déclaration de la manifestation avait bien été déposée trois jours francs avant l’évènement. Le stade de France s’est lui autorisé à confisquer tract et sifflets. Le gouvernement ne manque pas d’alliés dans le business du football, tant qu’il s’agit de faire des affaires ensemble. Les supporters ont relayés sur les réseaux sociaux que la 49ème minute du match et la remise de trophée par Macron ont bien été copieusement sifflées. Heureusement, les chaînes de télévision ont remixé le son de la retransmission afin de ne pas déplaire au président français.

Depuis la promulgation de la loi sur les retraites, les opposant.e.s à la contre-réforme organisent des casseroles devant les mairies, perturbent ou font annuler les déplacements de tous les représentant.e.s du gouvernement. Des manifestations sauvages se sont déclarées spontanément vendredi 13 avril soir à Paris, Rennes et Nantes notamment. Tous les événements, déclarés ou non, sont réprimés. Des gens sont jetés en garde-à-vue alors qu’iels ne participaient même pas tous aux manifestations. Macron fait déployer des moyens colossaux pour pouvoir faire sa communication : il est accompagné d’un groupe électrogène sous surveillance policière pour éviter les coupures de courant ciblées des agent.e.s EDF. Le président français est allé jusqu’à célébrer seul avec son armée le 8 mai 1945 sur les Champs-Elysée, saluant les vitrines. 

La brutalité institutionnelle illustrée par le 49.3, puis la violence de l’Etat exprimée par le régime de terreur dans la rue, la volonté d’inculquer le patriotisme par le Service National Universel et l’augmentation du budget de l’armée par milliards dessinent les prémices d’un Etat de plus plus autoritaire au service intégral du capitalisme.

Cette politique réactionnaire du gouvernement ne fait qu’ouvrir un boulevard à l’extrême droite. Celle-ci constitue un danger contre lequel il faut se battre sur le terrain de la lutte des classes, ainsi que dans la représentation politique pour que l’extrême droite ne puisse pas récupérer la colère contre Macron. Marine Le Pen essaye toujours de renforcer sa position d’alternative au président de la République. Elle poursuit la dédiabolisation du Rassemblement National (RN) en condamnant publiquement le défilé néo-nazi du 6 mai autorisé par la préfecture. Pourtant, deux anciens trésoriers du microparti Jeanne de Marine Le Pen ont été identifiés à ce rassemblement. Darmanin s’est donc vu obligé de rectifier le tir, et d’essayer d’interdire le rassemblement royaliste de l’Action Française le lendemain, finalement autorisé par le tribunal administratif. Des attaques et des actions de groupuscules d’extrême droite ont eu lieu à plusieurs reprises dans les derniers mois, comme les attaques contre les étudiant.e.s lors des blocages des universités par exemple.

 

  1. La mobilisation de la jeunesse pour les retraites

Dans les universités et les lycées, le gouvernement et les directions d’établissement ont tout fait pour entraver le droit des jeunes à se mobiliser en refusant tout aménagement sur les partiels ou en utilisant illégalement le distantiel. Cependant, la jeunesse s’est massivement mobilisée contre la réforme des retraites de Macron.

Depuis janvier, de nombreuses assemblées générales ont eu lieu dans des universités, des écoles d’art et d’architecture, dans des lycées ou dans des instituts de formation. La jeunesse scolarisée s’est massivement mobilisée y compris dans des établissements qui n’avaient pas de tradition militante auparavant.

Les jeunes ont bien compris que la contre-réforme de Macron s’inscrit dans une attaque globale contre les conditions de vie de travailleur.euses et de jeunes, qui sont déjà soumis à des conditions de précarité et de sélection sociale à l’université.

Dans un contexte de mobilisation montante, le NPA Jeunes s’est donné comme orientation d’encourager l’auto-organisation et la coordination des étudiant.e.s en lutte contre la réforme, en faisant le lien avec les travailleur.euses en grève. Dans ce sens la, des assemblées interfacs et interlycées ont réussi à se coordonner pour structurer une coordination des étudiant.e.s au niveau national. 

La Coordination Nationale Étudiante (CNE) s’est réunie toutes les semaines pendant les trois mois et demi de la mobilisation à partir du 12 mars. Elle a rassemblé des centaines de délégué.e.s d’étudiant.e.s en études supérieures venu.e.s de toutes les villes de France. Elles se sont tenues à Paris, Nantes et Grenoble. L’élection des délégations a été discutée et votée chaque semaine par les étudiant.e.s mobilisé.e.s, avec une représentation proportionnelle selon la quantité de personnes présentes en AG.

Cette auto-organisation des étudiant.e.s a permis de construire des cortèges massifs dans la rue à chaque manifestation, à avancer des mots d’ordres liés à leurs propres revendications. La CNE a été capable de proposer un calendrier alternatif à la passivité de l’Intersyndicale. Notamment, c’est grâce à la CNE et à l’initiative du NPA Jeunes et des AG des grévistes qu’une manifestation a été organisée le 16 mars 2023, le jour où l’article 49.3 avait été déclenché à l’Assemblée Nationale. Ce jour-là, l’Intersyndicale n’a pas voulu manifester dans la rue et elle s’est contenté de dire aux députés de bien voter. L’initiative de cette manifestation a permis d’organiser un grand rassemblement à Concorde face à l’Assemblée Nationale. Des syndicats, surtout de SUD et de la CGT, ont toutefois retrouvé le rassemblement en fin d’après-midi. Environ 10 000 personnes ont rejoint la Concorde après leur journée de travail. Un rassemblement qui a marqué le début d’un dépassement de la politique de l’Intersyndicale avec des manifestations sauvages pendant plusieurs nuits. 

Une situation similaire s’est produite vendredi 14 avril, jour où l’intersyndicale n’a pas voulu manifester. De nouveau, à l’appel de jeunes, ainsi que des AG des grévistes, la place de l’Hôtel de ville s’est remplie pour augmenter la pression sur un Conseil constitutionnel qui a validé la proposition de loi que Macron a signée pendant la nuit. 

La mobilisation dans la jeunesse a permis l’émergence d’une énorme vague de politisation pour une toute une nouvelle génération de militant.e.s. Ce processus de mobilisation a permis que les jeunes commencent à s’interroger sur des questionnements de fond sur la nature de l’État, de la police, du système capitaliste ou encore sur les possibilités et les méthodes pour renverser la société capitaliste. Une génération qui difficilement arrêtera de se mobiliser contre Macron et son monde. 

 

  1. Rejoindre et construire un parti révolutionnaire

L’impasse de la stratégie de l’Intersyndicale met en lumière la nécessité de l’auto-organisation des grévistes à la base, pour mettre en place une politique alternative qui nous amène à la victoire. Des tentatives ont été faites, notamment par la Coordination Nationale Étudiante, impulsée entre autres par le NPA Jeunes. Une coordination des étudiants en lutte au niveau national, qui a pu coordonner des journées massives de mobilisation dans la jeunesse, quand l’Intersyndicale ne proposait rien au mouvement. C’est également le cas des Assemblées interprofessionnelles et des grévistes qui se sont mis en grève reconductible, comme les éboueur.euses ou les raffineur.euses.

La mobilisation contre la réforme des retraites a mis en évidence le caractère répressif, autoritaire et injuste de l’ensemble de la politique capitaliste de Macron. C’est pour cela que la rue a crié “Macron démission” durant des semaines, ce qui a remis en cause la légitimité du pouvoir politique et de son régime. Lors de l’allocution de Macron du 17 avril 2023, des centaines de casserolades ont été organisées pour ne plus entendre le président méprisant de la population. Ces éléments soulèvent une crise politique qui reste encore ouverte, avec un fort questionnement démocratique sur la légitimité du gouvernement. 

Pour dégager Macron et son monde capitaliste, nous avons besoin d’une véritable révolution. Pour dégager les patrons et leur gouvernement des riches, nous avons besoin d’un parti révolutionnaire. Nous devons construire cette alternative anticapitaliste en rupture avec les méthodes institutionnelles des politiciens bourgeois et de l’Intersyndicale. Avec la mobilisation des retraites, des jeunes et des travailleur.euses ont rejoint cette bataille pour construire la grève générale, pour dégager Macron et pour en finir avec le système capitaliste.

L’arme des travailleuses et des travailleurs, c’est la grève. Il n’y a pas d’autre issue au conflit que de mettre à la porte les valets des capitalistes qui entendent nous gouverner. Nous saurons bien mieux qu’eux répartir le travail et les moyens entre nous. Pour cela, notre camp social doit prendre conscience de son pouvoir. 

Dans cette perspective, construisons le NPA et le courant Socialisme ou Barbarie, pour une alternative internationaliste et révolutionnaire contre Macron, sa réforme et son monde capitaliste.

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