
Les 11, 12 et 13 mai 2026, des centaines de travailleur·euses et d’organisateur·ices, membres de syndicats et d’organisations de travailleur·euses de plateformes du monde entier, se sont réuni·es à Los Angeles, en Californie (États-Unis), pour le deuxième Congrès international des travailleur·euses de plateformes. Nous y avons débattu des problèmes et des défis de notre secteur, dans le but de renforcer notre lutte pour obtenir la reconnaissance de notre relation de travail et garantir des conditions de travail dignes pour l’ensemble du secteur. C’est pourquoi nous affirmons :
1° Nous, livreur·euses et chauffeur·euses de plateformes, sommes des travailleur·euses, de même que tout autre travailleur·euses de forme de travail par application qui pourrait exister ou être créée. Nous ne sommes ni des associé·es, ni des travailleur·euses indépendant·es, ni des collaborateur·euses d’entreprises. Nous effectuons nos tâches dans les conditions imposées par les entreprises en échange d’un salaire ; par conséquent, la première revendication de ce congrès est la reconnaissance de cette relation de travail légale avec tous les droits qui s’y rattachent, afin de garantir des conditions de vie dignes pour subvenir à nos besoins et à ceux de nos familles.
2° Les entreprises de travail sur plateforme fondent leur modèle économique sur la négation de notre statut de travailleur·euses afin de nous exploiter et de s’enrichir. Leur discours, se présentant comme des « intermédiaires facilitant un service », cache la véritable origine de leurs profits : l’exploitation la plus cruelle de leurs travailleur·euses, à qui elles refusent tous les droits du travail fondamentaux. Ces capitalistes opèrent de manière consciente, systématique et coordonnée à l’échelle internationale, investissant des millions de dollars pour maintenir ce déni de nos droits les plus fondamentaux, en combattant tout particulièrement toute tentative de syndicalisation et d’organisation des travailleur·euses pour la défense de leurs revendications. Par ailleurs, ils entretiennent des liens et exercent une influence sur les différents gouvernements du monde pour tenter d’empêcher toute forme de réglementation qui nous accorderait des droits en tant que travailleur·euses. Il n’existe donc aucune convergence d’intérêts entre les travailleur·euses des plateformes et leurs employeurs. Ce Congrès se prononce en faveur d’une indépendance politique totale entre les organisations de travailleurs des plateformes et les entreprises.
3° Les travailleur·euses des plateformes constituent un secteur en pleine croissance, composé de millions de travailleur·euses à travers le monde. Notre force réside dans notre union et notre solidarité pour renforcer et faire avancer nos revendications. Pour obtenir gain de cause, nous devons compter sur notre propre force ; nos victoires s’obtiennent en construisant le pouvoir des travailleurs à travers des organisations de base, dirigées par les travailleur·euses eux-mêmes. Ce Congrès encourage la création et le renforcement, dans tous les pays, d’organisations syndicales de base ou de toute forme d’organisation des travailleur·euses qui se constituent librement pour lutter pour leurs droits. Nous défendons sans réserve le droit à la syndicalisation, qui doit être respecté par les entreprises et les gouvernements du monde entier. Notre force réside dans la lutte dans la rue, avec la participation massive des travailleurs. Des syndicats pour toustes.
4° Le déni total de nos droits du travail place les travailleur·euses de la plateforme dans une situation d’extrême précarité professionnelle, notre secteur étant l’un des plus touchés par ce phénomène dans le monde. Sous le capitalisme du XXIe siècle, ces entreprises prétendent faire reculer tous nos droits du travail de 200 ans en arrière et traiter leurs travailleur·euses comme des esclaves. Depuis ce congrès, nous exigeons des entreprises de livraison et des gouvernements du monde entier le respect intégral des droits du travail légalement reconnus : une table de négociation démocratique sur les tarifs par commande et la mise en place d’un salaire juste. Cotisations de retraite, congés payés et régime de congés payés. Assurance maladie et assurance contre les risques professionnels.
5° Nous, les travailleur·euses des plateformes, subissons les conséquences d’un système qui nous exploite et nous vole notre avenir ainsi que celui de nos familles. Notre combat ne peut se limiter aux seuls problèmes particuliers de chaque pays ni même aux revendications spécifiques de notre propre secteur. Il s’inscrit dans un combat plus large contre ce modèle de précarisation mondiale que les multinationales et les gouvernements qui les défendent veulent imposer. Nous rejetons toute attaque des gouvernements du monde entier contre les droits du travail, les droits sociaux et les droits démocratiques. Nous construisons notre force en nous organisant, en nous formant et en sensibilisant les travailleur·euses.
6° Les travailleuses et les personnes de diversité sont doublement exposées à des actes de violence lorsqu’elles exercent leurs activités dans la rue. Nous n’avons aucune instance vers laquelle nous tourner en cas de problème. De même, nous ne bénéficions pas de congés spécifiques, comme par exemple le congé maternité. Le travail sur les plateformes doit reconnaître tous les droits des travailleuses et des travailleurs LGBT+ et mettre en place des mécanismes de protection contre la violence
7° La gestion du processus de travail par algorithme, présentée comme une « innovation technologique », constitue en réalité un mécanisme de contrôle et de discipline sur les corps des travailleur·euses, le rythme et l’organisation du travail ainsi que nos revenus. Cela met en évidence une relation de dépendance évidente dans laquelle nous travaillons. Dans le même temps, ces algorithmes sont dissimulés par les entreprises, qui masquent les modalités de leur gestion ainsi que l’utilisation des données personnelles collectées à des fins lucratives. Cette utilisation de la technologie pour accroître l’exploitation des travailleur·euses est un phénomène qui dépasse le cadre des chauffeur·euses et des livreur·euses. Le capitalisme du XXIe siècle tente de s’étendre à de plus en plus de secteurs de travailleur·euses, en les intégrant à un système d’exploitation par le biais des moyens numériques. Nous exigeons la transparence des algorithmes, qu’ils soient ouverts et expliqués de manière claire et simple afin de bien comprendre la portée de ce mécanisme et de faire face au contrôle de nos mouvements exercé par les entreprises. Nous rejetons les attaques contre les conditions de travail de tout secteur de travailleur·euses susceptible d’être soumis à un système numérique.
8° Les innovations technologiques telles que les véhicules autonomes ou l’utilisation de l’intelligence artificielle doivent être réglementées afin qu’elles ne portent pas atteinte à nos droits du travail et à nos droits humains. Nous rejetons l’utilisation des innovations par les entrepreneurs pour s’attaquer à nos conditions de vie. Nous exigeons des réglementations à l’échelle mondiale pour éviter le remplacement des travailleur·euses humains par ces entreprises ou des effets négatifs tels que la baisse ou la perte totale de nos revenus. Nous dénonçons les tentatives de ces entreprises de se soustraire à toute responsabilité quant aux effets négatifs de ces technologies sur les travailleur·euses, l’économie, l’environnement et la société en général.
9° Nous, les travailleur·euses de plateformes, effectuons notre travail dans la rue, avec un niveau d’exposition élevé. Nous travaillons sous la canicule, le froid ou dans des conditions climatiques difficiles. Nous sommes exposé·es aux accidents ou aux vols, et en cas d’accident ou de perte de nos outils de travail (véhicule, téléphone portable), non seulement nous devons les remplacer, mais en attendant, nous ne pouvons pas travailler et nous perdons nos revenus. C’est pourquoi nous exigeons des entreprises et des gouvernements du monde entier une couverture santé et des assurances contre le vol et les dommages causés à nos véhicules. Nous exigeons également la mise en place de « points d’appui » pour les travailleur·euses de plateformes : des espaces où nous pouvons nous abriter, nous reposer, réparer nos véhicules ou nous hydrater. Les entreprises doivent prendre en charge nos outils de travail, nos tenues de travail et la mise à disposition de lieux spécifiques dans leurs locaux où nous pouvons garer nos véhicules en toute sécurité, ainsi que l’indemnisation des jours où nous ne pouvons pas travailler pour ces raisons.
10° L’effort auquel ces entreprises nous soumettent ne cesse d’augmenter. Des changements nous portant préjudice apparaissent constamment dans les applications : baisse de nos tarifs, augmentation de la distance parcourue pour chaque commande, commandes doubles ou triples qui nous cassent le dos, travail dans des zones dangereuses et sanctions si nous ne les acceptons pas. Il en résulte des journées de travail de 10 à 12 heures par jour, 6 ou 7 jours par semaine, qui dépassent largement celles des travailleur·euses d’autres secteurs. C’est pourquoi il est nécessaire de fixer des limites à la durée du travail, qui devrait être de 6 à 8 heures par jour au maximum, avec un salaire décent qui nous permette de vivre et le paiement des heures supplémentaires. Nous avons également besoin de réglementations pour limiter le poids excessif des commandes livrées et d’autres problèmes.
11° Le travail sur les plateformes à travers le monde est en grande partie marqué par le travail migrant et, dans de nombreux pays, effectué par des personnes noires. Une proportion importante de ceux qui travaillent dans ce secteur sont des travailleur·euses sans papiers, disposant de peu de filets de sécurité, qui sont en outre particulièrement persécutés par la police ou victimes d’escroqueries. Ce Congrès se déclare en faveur de la défense inconditionnelle des droits des travailleur·euses migrant·es à une pleine intégration, dans des conditions dignes et sans aucune forme de discrimination, à un emploi déclaré et équitable. Ce Congrès se déclare également en faveur de la défense absolue et de la solidarité avec les travailleur·euses migrant·es, contre toute attaque raciste et pour la fin de toute persécution, attaque et harcèlement des migrant·es par les gouvernements du monde entier. Abolissons l’ICE. Ce Congrès se prononce en solidarité inconditionnelle avec le peuple palestinien et dénonce le génocide à Gaza
12° Nous, les travailleur·euses qui nous organisons, revendiquons des droits ou menons simplement notre travail, sommes constamment soumis à l’arbitraire des entreprises, qui bloquent nos comptes à leur guise, ce qui constitue de véritables licenciements ou suspensions, souvent avec un contenu clairement antisyndical. De même, partout dans le monde, nous avons subi des menaces physiques, voire de mort, à l’encontre d’organisateurs et de dirigeants syndicaux, pour avoir combattu la politique de précarité des entreprises de plateformes. Ce Congrès se déclare catégoriquement contre toute forme de représailles à l’encontre de l’organisation des travailleur·euses et de la lutte pour leurs droits ; il exige une protection contre les blocages de comptes, les licenciements et les suspensions, ainsi que contre toute forme de violence physique dont ils pourraient être victimes, et se prononce en solidarité avec les travailleur·euses et les responsables syndicaux concernés.
13° Le travail sur les plateformes est un phénomène mondial du capitalisme du XXIe siècle. Dans les différents pays, nous sommes confrontés au même modèle et aux mêmes conditions de travail, ce qui nous unit aux travailleurs et travailleuses de plateformes du monde entier. Les entreprises du secteur sont de grands conglomérats qui opèrent à l’échelle mondiale et ne connaissent pas de frontières. Notre lutte non plus. C’est pourquoi nous organisons ce Congrès, afin de promouvoir la plus large solidarité et coordination internationaliste pour former un mouvement mondial massif qui conquiert tous nos droits. Nous travaillerons pour renforcer partout dans le monde l’organisation des travailleur·euses de plateformes pour nos droits. Travailleur·euses de plateformes de tous les pays, unissons-nous !
Résolutions
1) Ratifier notre Déclaration de principes adoptée en 2023, mise à jour à la lumière des conclusions des débats menés lors de ce deuxième congrès.
2) Lancer une campagne internationale visant à rallier de nouveaux syndicats et organisations de travailleur·euses des plateformes des cinq continents, qui adhèrent à notre Déclaration de principes, afin de renforcer notre coordination internationale.
3) Lancer une campagne internationale pour faire connaître et renforcer la présence publique du Congrès international des travailleur·euses des plateformes.
4) Convoquer le troisième Congrès international des travailleur·euses des plateformes en 2028, dans un lieu à déterminer.

