
Article paru dans Izquierda Web, le 19 mars 2026.
Au cours des dix premiers jours du conflit, le prix du pétrole a augmenté de 40 % et celui du gaz de 70 % au niveau international, avec une volatilité extrêmement élevée.
La conséquence immédiate de la hausse des prix du pétrole et du gaz est une forte pression inflationniste qui se fait sentir partout dans le monde. Il est vrai que certaines économies disposent de plus grands amortisseurs. Trump s’appuie sur l’idée que le marché énergétique américain est pratiquement autosuffisant grâce à la croissance de la production pétrolière et gazière dans ce géant nord-américain depuis les années 2000. Mais le pétrole est un bien international. Les fluctuations de son prix ne peuvent être maîtrisées au niveau national.
La hausse du prix du pétrole fait déjà grimper les prix à l’échelle internationale, se répercutant sur tous les prix à travers les chaînes d’approvisionnement et de transport. Si la guerre se prolonge, même aux États-Unis « autosuffisants », on prévoit une hausse de l’inflation qui la porterait à 4 % par an (le double de l’objectif fixé par Trump).
Le fait le plus significatif à l’heure actuelle est que la perspective d’une guerre éclair semble de plus en plus lointaine. Trump a déclaré il y a quelques jours que la guerre était « déjà gagnée », mais aucun signe de sa fin n’est visible. En ce qui concerne le pétrole, la situation ne fait que s’aggraver.
À la fermeture du détroit d’Ormuz s’ajoutent les attaques iraniennes contre des installations pétrolières dans les pays du golfe Persique. Ces derniers jours, plusieurs compagnies pétrolières de la région ont procédé à des brûlages de pétrole brut pour éviter de stocker d’importantes quantités susceptibles d’être attaquées. Cela laisse présager une réduction de l’offre de pétrole à moyen et long terme (c’est-à-dire même si la guerre prend fin relativement rapidement).
La durée du conflit est déterminante en ce qui concerne les conséquences économiques. D’autant plus que, il y a quelques heures, l’Agence internationale de l’énergie a libéré 400 millions de barils de ses réserves énergétiques. Il s’agit de la plus importante injection de pétrole jamais réalisée par cet organisme, une mesure reprise par différents gouvernements européens et mondiaux. Mais les réserves d’urgence ont leurs limites et, malgré ces injections, les prix du pétrole brut restent volatils et à la hausse.
Chaos économique et stagflation ?
Le premier grand préjudice causé par la guerre au Moyen-Orient à l’économie mondiale est donc la menace d’une escalade inflationniste soutenue au cours des prochains mois. À l’heure actuelle, de nombreux analystes préviennent que la crise énergétique pourrait être pire que celle déclenchée par l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Et l’escalade inflationniste sera d’une ampleur comparable.
La deuxième conséquence majeure pourrait être une perturbation progressive des chaînes de valeur et d’approvisionnement internationales. En effet, la pénurie et la hausse du prix du pétrole brut peuvent entraîner une baisse de l’offre de produits industriels dérivés du pétrole. Non seulement en raison de la production, mais aussi à cause des difficultés pour faire sortir ces produits du détroit d’Ormuz, qui est déjà complètement bloqué. C’est le cas des engrais (intrant de base pour l’agro-industrie dans le monde entier) et du soufre, élément clé dans la production d’aluminium et de nickel, qui entraîne des répercussions sur des industries telles que l’automobile, l’aérospatiale et l’électronique.
La hausse des frais de transport maritime (évidemment alimentés par des combustibles fossiles) et des assurances contribue également à l’interruption des chaînes d’approvisionnement habituelles.
L’inflation, combinée à la rupture des chaînes d’approvisionnement (même si elle est partielle et non généralisée comme ce fut le cas pendant la pandémie), est la recette parfaite pour provoquer un recul de la croissance économique. Il est difficile d’imaginer un autre résultat face à la baisse inévitable du pouvoir d’achat de millions de personnes, qui entraînerait une hausse soutenue des prix à la consommation.
On estime qu’en raison de l’inflation générale, et en particulier de celle des denrées alimentaires, quelque 45 millions de personnes pourraient souffrir de la faim à l’échelle mondiale. Jusqu’en 2025, on estimait que près de 700 millions de personnes se trouvaient dans cette situation. Un témoignage de plus de la barbarie absolue du capitalisme contemporain, qui fabrique des millions de nouveaux pauvres et affamé·es en quelques jours de bombardements impérialistes.
À l’inflation elle-même (et à la baisse de la consommation qui s’ensuit) s’ajoutent des problèmes supplémentaires. On peut s’attendre à ce que la première mesure prise par de nombreuses banques centrales soit de relever les taux d’intérêt afin de rendre l’argent plus cher et de freiner la flambée des prix. La hausse des taux constituerait une nouvelle pression récessive, décourageant les investissements productifs. Aux États-Unis, on spécule déjà sur le temps qu’il faudra à la FED pour mettre en œuvre des mesures de ce type.
Une agression sans stratégie
La vérité est que l’énorme chaos économique qui se déchaîne à la suite de l’agression contre l’Iran résulte d’une guerre sans stratégie. Surtout en ce qui concerne Trump. L’orientation de Nétanyahou est plus claire. Il s’agit d’un État génocidaire et colonial, dont le seul but immédiat est de supprimer l’opposition régionale que représente l’Iran afin de faciliter son expansion. Il occupe actuellement de facto une partie du sud du Liban, ce qui s’ajoute à l’occupation du territoire syrien sur le Golan et à l’escalade de la colonisation du territoire palestinien en Cisjordanie.
Ce qui n’est absolument pas clair, c’est quelle est la stratégie de Trump dans ce conflit, car en réalité, il semble n’en avoir aucune de définie. La tentative de changement de régime express a échoué lamentablement. La fermeture prolongée du détroit d’Ormuz ne ressemble en rien à la « capitulation sans condition » exigée par Trump. La destruction du programme nucléaire iranien n’est rien d’autre que de la propagande rhétorique et des prétextes pour justifier l’agression. À chaque pas qu’il fait, Trump réveille de nouvelles forces élémentaires qu’il ne parvient pas à dompter.
Et la perturbation de l’économie internationale pourrait avoir de fortes répercussions sur la scène sociale et politique étatsunienne. Il s’agit d’une année électorale qui s’apparente à un référendum sur la gestion trumpiste, qui vient de réveiller le monstre à Minneapolis. Une hausse de l’inflation accompagnée d’un ralentissement de l’activité économique pourrait enterrer les promesses de prospérité de la campagne trumpiste. Sans parler des promesses déjà enterrées d’isolationnisme et de fin des guerres d’outre-mer.
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