La révolte de la jeunesse ouvre le champ des possibles

L’irruption de la jeunesse ouvre le début d’une nouvelle séquence de la lutte des classes en France.

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Image : lycée Le Corbusier à Aubervilliers le 1er octobre 2026, AFP / Lou Benoist

Depuis des semaines, nous avons souligné que l’irruption de la jeunesse pouvait marquer le début d’une nouvelle séquence de la lutte des classes en France. Cette semaine, la révolte des lycéen·es a confirmé l’ouverture d’une conjoncture de luttes sociales acharnées contre Macron et son monde. La jeunesse anticapitaliste montre la voie pour une contestation généralisée du régime. Maintenant, c’est aux travailleur·euses de se mêler dans la bagarre. La journée du mardi 6 octobre doit être la première étape d’un mouvement de grève générale massive, alors que le retour des Gilets jaunes se prépare pour le samedi 17. Lycéen·nes, étudiant·es, travailleur·euses… nous pouvons gagner la lutte !

 

Chronologie de la révolte lycéenne : les Gilets Jaunes version Gen Z

Tout a commencé le jeudi 17 septembre, dans le lycée Saint-Exupéry à Créteil où une partie des professeur·es se sont mis en grève pour dénoncer un manque d’effectifs, suivi par quelques élèves le soir et lendemain matin. Largement partagée sur les réseaux sociaux, leur mobilisation a atteint des milliers de vues sur TikTok et le mouvement a inspiré d’autres lycées. Quelques jours plus tôt, le 8 septembre, une vidéo anonyme avait appelé sur les réseaux sociaux à construire la mobilisation du retour des Gilets jaunes le samedi 17 octobre, contre la hause du prix des carburants. Des centaines de milliers de jeunes avaient liké et partagé cet appel, en se prenant des photos avec des Gilets jaunes sur les réseaux sociaux. C’était la reprise des Gilets jaunes par la génération Z. Cependant, la jeunesse n’a pas attendu octobre pour se mobiliser et les temps politiques se sont largement accélérés.

Le premier blocus à Créteil a été notamment suivi par une soixantaine d’autres lycées en région parisienne, les jeudi 24 et vendredi 25 septembre. Lundi 28 septembre, le mouvement gagne la France entière avec 180 lycées mobilisés au total. Une brutale répression touche les lycées du 93, notamment à Paul Eluard et à Suger (Saint-Denis). Les images choquantes de la répression ont largement contribué à massifier la lutte. Une vidéo de Socialisme ou Barbarie de la répression au lycée Suger (93) atteint plus de 750 000 vues sur les réseaux sociaux.

Mardi 29 septembre, 338 lycées sont bloqués partout en France, le double de la veille, dans le cadre de la journée de grève appelée par l’Intersyndicale. La mobilisation de la jeunesse a radicalement transformé l’appel routinier des directions syndicales sur des questions salariales en une journée de lutte acharnée contre le système. Lors de cette journée, des étudiant·es et des travailleur·euses convergent avec les lycéen·nes dans la rue, des Gilets jaunes sont présent·es dans la manifestation. Une nouvelle vidéo de Socialisme ou Barbarie dans la manifestation atteint plus de 350 000 vues. Mercredi 30, 356 lycées sont concernés. La mobilisation ne faiblit pas. Des appels sur les réseaux sociaux proposent de « tout bloquer » la veille, avec le soutien des organisations de jeunesse.

Jeudi 1er octobre, les universités rejoignent massivement le mouvement; plus de 640 lycées et plus de 30 universités sont bloqués. A Saint-Denis, les étudiant·es de Paris 8 partent en manifestation sauvage avec les lycéen·nes dans les rues dyonisiennes. La mobilisation se poursuit de Paris 8 à Suger, en passant par Paul Eluard, Bartholdi, ENNA et Rosa Parks. Une brutale répression s’exerce sur les jeunes mobilisé·es. Des barricades se construisent dans les rues de Saint-Denis et Aubervilliers. Dans cette ville, d’autres manifestant·es convergent au lycée Le Corbusier. Malgré la brutale répression policière, la mobilisation se poursuit. Une première victoire arrive : Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé jeudi soir sur France 2 que le gouvernement renonçait finalement à faire payer des frais d’inscription en classes préparatoires aux grandes écoles et en BTS aux étudiant·es non boursier·es, sur fond de mobilisation lycéenne. Cette mesure figurait dans le projet de budget 2027 présenté le matin même.

Le gouvernement réprime brutalement les manifestations et lance un dispositif pour étouffer la mobilisation : cours en distanciel, fermetures administratives, interpellations, garde à vues et arrêtés préfectoraux pour interdire les manifestations. Attal, Macron et d’autres membres du gouvernement font des promesses de dialogue hypocrite, condamnent les manifestant·es comme s’iels étaient violent·es, tandis que leur police applique des méthodes de répression brutale sur les jeunes mobilisé·es. En début de soirée vendredi, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé que 735 établissements avaient été perturbés vendredi. Sur TF1 le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez, annonçant 1747 interpellations vendredi et plus de 5 000 depuis lundi.

Dans ce contexte, les organisations syndicales appellent à une nouvelle journée de grève nationale, pour que les travailleur·euses puissent rejoindre les lycéen·nes dans la rue le mardi 6 octobre. En même temps, la date du 17 octobre continue de gagner en popularité et les appels à des actions de blocages pendant toute la semaine du 5 au 9 octobre s’intensifient sur les réseaux et dans les milieux militants qui se construisent. 

 

Les raisons profondes d’une colère anticapitaliste qui monte

Pour les jeunes de la Gen Z, « la France à Macron » est tout ce qu’iels ont connu comme horizon de gouvernement. Pour elleux, la Macronie représente dix ans d’attaques antisociales, un gouvernement pour les riches, liberticide, qui casse les acquis sociaux et qui renforce la répression à la manifestation sociale et dans les quartiers populaires. Les raisons de la colère sont multiples, mais profondes, enracinées sur dix ans d’expériences de lutte contre Macron, son monde capitaliste et son régime autoritaire pourri de la Vème République. Elles sont également marquées par l’exploitation du système capitaliste au XXIe siècle, dans lequel le développement de la technologie coexiste avec l’ultra-exploitation du travail.

Les jeunes se mobilisent pour des moyens pour étudier, pour l’accès à l’éducation, à la formation. La génération Z est dans la rue parce que la planète brûle, parce que le budget militaire augmente, parce que l’extrême droite raciste monte aussi, parce que les impérialistes bombardent l’Iran, le Liban, l’Ukraine et la Palestine. Le ras-le-bol s’exprime d’une façon explosive parce que la France à Macron est une cocotte minute d’exploitation, d’oppression et d’injustice.

La Macronie a imposé à la jeunesse des mécanismes de sélection pour faire de l’accès à l’université un parcours du combattant. À l’issue de la phase d’admission principale de Parcoursup 2026, plus de 126 500 candidat·es se sont retrouvé·es sans aucune affectation. A cela, nous devons ajouter la circulaire parue cet été sur la fin de l’exonération des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es, selon la loi « Bienvenue en France », et le rapport Fourrel-Roussel qui prévoit l’augmentation généralisée des frais pour toustes les étudiant·es. Dans les universités, ils veulent imposer une logique dans laquelle les étudiant·es sont des usagers qui payent pour un service de plus en plus privatisé. 

Le gouvernement a également imposé les contrôles pseudo-policières à l’entrée des établissements scolaires, l’obligation humiliante d’ouvrir son sac et de montrer sa carte pour pouvoir accéder à des bâtiments censés être publics. La Macronie a tenté de transformer les lieux d’études en prisons privées, contrôlées policièrement. La répression est présente dans nos facs et dans nos lycées : l’Etat policier déploie tous ses moyens pour la répression. Les flics qui ont tué Nahel et Adama sont les mêmes qui répriment maintenant les jeunes lycéen·es dans les quartiers populaires. La Macronie implique tout un paquet de mesures racistes et liberticides : le SNU pour former les jeunes à l’Armée, la Marseillaise obligatoire toutes les semaines, la tentative d’imposer le port d’uniforme obligatoire, les attaques au port du voile, l’interdiction des abayas ou encore la plus récente interdiction des portables, entre autres.

Face à la pression insupportable d’un système d’exploitation et d’attaques permanentes, la jeunesse a dit « enough is enough ». Cette colère inédite ne s’exprime pas seulement pour ou contre une mesure particulière, mais comme la manifestation d’une colère généralisée qui questionne globalement le rôle de la jeunesse dans la société. Les jeunes sont en train de remettre en question le système, la société toute entière. La jeunesse anticapitaliste est en train de lutter pour son avenir, de rediscuter du monde dans lequel iels veulent vivre, de remettre en cause les bases de l’exploitation du système capitaliste. Dans les blocages, les jeunes scandent le slogan « jeune, déter et révolutionnaire », iels appellent à la révolution, iels proclament l’anticapitalisme. 

La révolte lycéenne ouvre le champ des possibles. Si la classe ouvrière rentre dans la bagarre… un nouveau mai 68 pourrait émerger, une nouvelle situation pré-révolutionnaire pourrait s’ouvrir en France. 

 

Lycéen·nes, étudiant·es, travailleur·euses… nous pouvons gagner la lutte !

Partout, des appels à la mobilisation et des initiatives par en bas circulent. Dans ce sens, la journée du mardi 6 octobre a un caractère stratégique fondamental, car elle peut être le point d’appui pour la construction d’une large unité ouvrière-lycéenne-étudiante. Pour étendre la mobilisation jusqu’à la victoire, le mouvement lycéen doit trouver des alliés dans tous les secteurs de notre classe.

En premier lieu, chez les étudiant·es. Dans les universités, la mobilisation continue de se construire et des appels circulent pour faire une semaine noire du 5 au 9 octobre (ou encore un octobre rouge), en bloquant et en occupant les établissements de l’enseignement supérieur. Les étudiant·es ont des revendications communes au mouvement lycéen et l’entrée massive du mouvement étudiant est nécessaire pour faire gagner la mobilisation.

D’autres alliés se trouvent parmi les professeurs, les assistant·es d’éducation et toustes les personnels de l’éducation. Mobilisé.es pour des moyens pour l’éducation publique et solidaires envers ses élèves, les travailleur.euses de l’éducation font avancer leurs revendications spécifiques et rejoignent la mobilisation lycéenne. C’est le cas des assistant·es d’éducation qui se sont réuni·es en grand nombre ce samedi dans une assemblée générale à la bourse du travail de Paris pour relancer le collectif Vie scolaire en colère, créé à l’initiative des militant·es de Socialisme ou Barbarie, lors des mobilisations des retraites en 2019. C’est le cas également des enseignant·es et des personnels qui ont fait des cordons sanitaires lors de blocages pour protéger les élèves et empêcher la répression policière.

En troisième lieu, ce sont l’ensemble des salarié·es, y compris dans le secteur privé, qui doivent faire grève et rejoindre les manifestations. Les lycéen·nes mobilisé·es sont les enfants de la classe ouvrière et leur mobilisation doit inspirer l’ensemble du monde du travail à rejoindre le mouvement pour faire trembler la Macronie. Maintenant, c’est aux travailleur·euses de rejoindre la jeunesse dans la bataille contre le gouvernement.

En ce moment, il est fondamental de développer des instances d’auto-organisation du mouvement, pour que les jeunes et les grévistes mobilisé·es puissent décider de leurs revendications et de leurs moyens d’action. Nous appelons à encourager toutes les initiatives d’assemblées générales et de coordinations de lutte par en bas, jusqu’à la création d’une grande coordination de lutte nationale. 

Dans ce sens, Socialisme ou Barbarie lance une Assemblée Générale ouverte samedi 10 octobre dans le but d’inviter toustes celleux qui veulent participer pour rejoindre le mouvement en cours et le faire avancer jusqu’à la victoire. L’événement aura lieu samedi 10 octobre au café-bar Le Dellys à 17h (5 rue des Deux Gares, métros Gare de l’Est et Gare du Nord). 

La révolte de la jeunesse ouvre le champ des possibles. Toustes en grève et dans la rue les mardi 6 et samedi 17 octobre ! Pour une contestation généralisée du régime, pour la démission anticipée de Macron, la fin de la cinquième République et la convocation d’une assemblée constituante pour tout rediscuter. La beauté est dans la rue. Dégageons Macron pour construire une autre société, pour un gouvernement des travailleur·euses, pour faire tomber le système capitaliste, pour la révolution socialiste !

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