
Face à un calme apparent, la réalité fait irruption
Contrairement à ce que l’on pouvait attendre, la lutte des classes a émergé en France. Les derniers mois ont été marqués par un climat électoral étouffant, dans la perspective des prochaines élections présidentielles d’avril 2027 qui annoncent la fin du macronisme et l’incertitude quant au futur gouvernement français dans un contexte de plus en plus polarisé. Alors que la situation française semblait se diriger tout droit vers les élections, la jeunesse lycéenne a changé le cours des événements. Alors que le gouvernement d’Emmanuel Macron touche à sa fin (après 10 ans à la tête de la République !), les manifestations contre sa politique « en faveur des riches » et un budget consacré au réarmement militaire en vue de la guerre, au détriment de l’éducation et des services publics, ont fait éclater la colère dans les rues.
Ce sont les jeunes lycéen·nes qui mènent et animent ces mobilisations, les plus jeunes de la nouvelle génération qui s’organise aujourd’hui partout dans le monde contre les attaques de l’extrême droite et du système capitaliste. À partir du blocage et de l’occupation des lycées, la colère et l’organisation se sont propagées dans toute la France. La répression brutale exercée par le gouvernement à l’encontre d’élèves mineur·es a suscité la condamnation d’une large partie de la société française, qui est descendue dans la rue pour manifester contre le gouvernement. Aujourd’hui, la lutte des lycéen·nes a mobilisé toute la France : les universités ont été occupées, la classe ouvrière est descendue dans la rue et l’on s’attend à l’arrivée des Gilets jaunes dans les prochains jours.
Les raisons de cette montée de la lutte résident dans le ras-le-bol de la société après dix ans de politiques antisociales, qui ont cherché à s’attaquer aux droits sociaux et politiques acquis, accompagnées d’une forte répression. La lutte de classe acharnée qui s’est ouverte en France exprime une réponse venue de la base et indépendante face aux aspects les plus voraces du capitalisme du XXIe siècle : la précarisation du travail, la crise climatique et ses effets (la France a connu l’été le plus chaud de ces dernières années), la politique militariste et un État qui réaffirme ses traits les plus répressifs et policiers à l’égard des travailleur·euses et des immigré·es.
Étudiant·es et travailleur·euses du monde entier, unissez-vous !
La lutte menée par les lycéen·nes et les étudiant·es universitaires français n’est pas isolée. En effet, elle s’inscrit dans un monde en ébullition où les nouvelles générations apparaissent comme les protagonistes des mouvements politiques qui s’opposent aux politiques réactionnaires et à la crise du système capitaliste, qui n’a rien à nous offrir.
En Argentine, le mouvement étudiant a été l’un des premiers à descendre dans la rue face à l’attaque du gouvernement d’extrême droite de Javier Milei contre l’université publique. Dans un esprit obscurantiste, le gouvernement s’en prend à la science et à la recherche. Sous le couvert de son discours sur le fameux « déficit zéro », Milei justifie la suppression des financements destinés aux universités. Ce qui se cache derrière tout cela, c’est une attaque politique et idéologique contre ce que représente l’université en Argentine : la possibilité pour les travailleur·euses et leurs enfants d’accéder à l’enseignement supérieur, à la pensée critique et à l’organisation politique des étudiants et des travailleurs. Son objectif est de marchandiser notre éducation : faire en sorte que l’université cesse d’être accessible au plus grand nombre, raccourcir les cursus et adapter leur contenu aux besoins du marché capitaliste. Mais la tâche ne sera pas facile : depuis 2024, au sein de la communauté éducative, avec le mouvement étudiant en tête, nous nous organisons pour défendre l’université publique, gratuite et de haute qualité, par le biais de mobilisations massives, de barrages routiers et d’occupations d’établissements scolaires et de facultés. De plus, au sein de ¡Ya Basta !, nous affirmons que, pour défendre l’université, nous devons la transformer, comme nous l’exposons dans notre nouveau Manifeste anticapitaliste pour l’université.
Malgré la distance géographique, notre lutte et celle des étudiant·es français·es sont plus proches que jamais. Ici, en Argentine, nous nous organisons également pour les salaires des enseignant·es et du personnel non enseignant, pour les conditions d’infrastructure de l’université et contre sa marchandisation. Nous luttons contre les politiques réactionnaires et antisociales du gouvernement : les attaques contre le mouvement féministe et la communauté LGBT+, la réforme du travail qui favorise la précarisation et l’aggravation de l’exploitation, la réduction des moyens alloués à la santé publique et aux personnes en situation de handicap, les mesures d’austérité visant les retraités, entre autres. Nous nous opposons au réarmement militaire et aux interventions impérialistes au Venezuela, à Cuba et en Iran, et nous sommes solidaires du peuple palestinien face au génocide perpétré par Israël.
Nous faisons partie d’une nouvelle génération qui s’organise et lutte contre le système ; nous sommes la fameuse jeunesse anticapitaliste et socialiste. Nous reprenons les luttes anticapitalistes de la jeunesse et des travailleur·euses de la Commune de Paris (1871), de Mai 68, du Cordobazo (révolte ouvrière historique du 29 et 30 mai 1969 à Córdoba, en Argentine) et de la jeunesse révolutionnaire des années 70. Nous ne portons pas le poids de la défaite, et nous sommes convaincu·es que nous sommes les acteur·ices de ce moment historique que nous vivons et qu’avec notre volonté et notre lutte, nous pouvons déplacer des montagnes. Pour cela, nous devons construire l’unité avec tous les secteurs qui luttent aujourd’hui contre le système et les politiques réactionnaires. L’unité entre travailleur·euses et étudiant·es est fondamentale pour tout bouleverser !
Aujourd’hui, en Argentine, nous nous préparons à la 5e Marche pour l’éducation, le jeudi 15 octobre. Ce sera une journée historique de lutte dans les rues qui rassemblera diverses revendications contre le gouvernement de Milei, une journée politique explosive qui pourrait s’avérer décisive pour la situation actuelle en Argentine et l’avenir du gouvernement. Au sein de la Jeunesse anticapitaliste de « ¡Ya Basta ! », nous nous sommes préparés à ces combats lors de notre Assemblée plénière nationale en septembre dernier, à laquelle ont participé plus de 1 000 jeunes étudiant·es et travailleur·euses de tout le pays, et nous nous organisons pour remplir les rues lors de cette nouvelle mobilisation. Les étudiant·es français·es sont notre phare et nous poussent aujourd’hui à recréer une journée de lutte au rythme de la conjoncture internationale marquée par la lutte des classes.
Tout notre soutien aux étudiant·es français·es ! Solidarité internationale avec les étudiant·es et les travailleur·euses de France !

