Procès Depardieu : l’insolence du sexisme et l’insuffisance de la justice française dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles

Le parquet de Paris a requis 18 mois de prison avec sursis, 20000 euros d’amende et des soins psychologiques pour l’acteur Gérard Depardieu à la suite d’agressions sexuelles commises en 2021 sur le plateau du tournage du film Les Volets verts. Le jugement a été mis en délibéré et sera rendu le 13 mai prochain.

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Depardieu au procès - Aurélien Morissard

Après le procès Pelicot, les féministes suivons de très près les jugements autour du monstre du cinéma français, un cas assez modèle en ce qui concerne la culture du viol dans le pays. Le fichier des infractions sexuelles de l’acteur compte déjà avec plus d’une dizaine d’accusations ainsi que de nombreux témoignages de l’omerta qui régnait sur les plateaux de cinéma auxquels il participait. De plus, sur des vidéos rendues publiques, on voit clairement l’acteur se comporter comme une véritable ordure avec les femmes, lors de ses déplacements en Asie ou en sexualisant de jeunes écolières. Ces preuves évidentes de comportements sexistes et agressifs sont justifiées par des proches de l’acteur mais aussi banalisées dans certains médias, qui s’acharnent à justifier l’injustifiable en valorisant la nature vulgaire de l’individu.

 

La justice patriarcale ne suffit pas

Gérard Depardieu n’est pas jugé comme un citoyen commun parce qu’il ne l’est pas dans la hiérarchie des pouvoirs du cinéma français. Nous rappelons que sa présomption d’innocence a été défendue par le président Macron en allocution télévisée. Lors de sa défense au tribunal, l’acteur a fait mine de ne pas savoir que toucher des femmes sans leurs consentements constitue une agression sexuelle. Il ne s’agit évidemment pas d’ignorance mais d’une insouciance des conséquences de l’étalement de son pouvoir sur les autres.

La re-victimation incessante des plaignantes et l’agressivité de la défense ont été très peu mises en lumière dans le cadre du procès. Mais elles ont été dénoncées à posteriori par plus de deux cents avocat.e.s. Les parties civiles ont dénoncé la victimisation secondaire lors de leurs plaidoiries. « On a assisté à l’apologie du sexisme », a estimé Claude Vincent, avocate de Sarah. L’avocate a déploré une stratégie agressive de la défense de l’acteur, alors que les plaignantes comme leurs avocates ont été attaquées à plusieurs reprises par l’avocat de la défense, Jérémie Assous, qui les a qualifiées d’« hystériques », de « menteuses », de femmes « vénales ». [1]

De toute évidence, la culture de la domination qui demeure dans nos institutions juridiques ne répond qu’en dernière instance au fonctionnement systémique du patriarcat. Il s’étend à toutes les dimensions structurantes de la vie quotidienne pour maintenir les structures de pouvoir, y compris dans le monde du cinéma. Dans ce sens, la justice patriarcale ne comble pas le vide de la réparation aux victimes et garantit par défaut l’impunité.

 

Forger nos armes contre les réactionnaires

Certes il y a aujourd’hui une nouvelle étape qui s’ouvre avec les gouvernements réactionnaires et l’internationalisation de l’extrême droite qui donne le feu vert aux masculinistes et à toutes les formes d’intolérance et discrimination. Ces secteurs s’attaquent à toute valeur progressiste et notamment aux droits des femmes et des personnes LGBTI. Il s’agit de droits acquis avec la lutte et arrachés aux systèmes démocratiques de la bourgeoisie occidentale pendant les dernières décennies.  Cependant ils sont d’ores et déjà remis en cause dans cette nouvelle étape. Le phénomène Trump, Milei, Meloni, Netanyahou, parmi d’autres incarnent ce nouveau monde en voulant renvoyer les femmes au Moyen Âge et en diabolisant la diversité sexuelle.

La dynamique qui se dessine à l’horizon est plutôt celle de la polarisation, là où chaque attaque trouve sa réponse. C’est dans cette dynamique que les nouvelles générations doivent forger leurs armes pour combattre la prolifération des masculinistes réactionnaires. Notre combat, c’est de remettre à l’ordre du jour un féminisme de base lié aux luttes des opprimé.e.s, des migrant.e.s, des jeunes, des masses ouvrières et populaires.  Il s’agit d’un moment clé pour le féminisme actuel d’engager des luttes en solidarité avec ses alliés historiques afin de frapper d’un seul coup contre l’entièreté du système.

Il y a que la voie de l’organisation qui peut nous offrir des garanties pour riposter à tous les réactionnaires qui polluent nos espaces d’études et de travail, mais qui créent aussi toutes les conditions dans l’espace virtuel pour les expressions de haine et violence à l’encontre des femmes et des LGTBI. C’est seulement à travers l’organisation que nous construirons un puissant mouvement féministe capable de mettre un terme aux massacres en cours et aux régimes qui les encouragent.

Il est impératif d’organiser une réponse des femmes et des personnes LGBTI pour faire un pas vers une compréhension globale de la nécessité urgente d’une révolution. Cette révolution ne mettra pas seulement fin à ce système, mais jettera les bases d’une société plus juste, plus libre et plus égalitaire là où les violences n’auront plus jamais leur place. Organise-toi avec Las Rojas pour faire vivre un féminisme révolutionnaire !

 

Sources :

www.francetvinfo.fr/culture/cinema/depardieu/proces-de-gerard-depardieu-le-parquet-requiert-18-mois-de-prison-avec-sursis-et-20-000-euros-d-amende-contre-l-acteur_7154925.html

[1] Fournier Catherine sur France Info

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