
Le mouvement qui a commencé avec le blocus du lycée de la Cité du Nord à Mayotte le 31 août puis le lycée Saint-Exupéry à Créteil le 18 septembre a montré toute sa puissance samedi dernier. Mais cette radicalité est loin d’être finie, au contraire, ce n’est que le début d’un mouvement social qui peut encore aller plus loin. Pour sa part, Macron répond avec des provocations autoritaires et avec une répression brutale qui aurait déjà coûté la vie à trois manifestants. A l’heure actuelle, il faut préparer la grève générale pour dégager Macron et son gouvernement capitaliste !
La révolte populaire enflamme la France. Ce n’est que le début !
Près d’un million de personnes ont manifesté ce samedi 17 octobre partout en France. Par sa massivité et sa radicalité, la journée de mobilisation est une énorme réussite. Les images de la mobilisation ont fait le tour du monde : de la statue de la place de la République à Paris avec un gilet jaune à l’occupation de la mairie de Marseille par les manifestant·es, en passant par l’incendie de l’hôtel de ville à Limoges ou encore le recul des policiers face à la mobilisation dans plusieurs villes. Partout, une colère débordante s’est exprimée dans la rue, avec des manifestations sauvages, des rassemblements et des actions qui ont débordé largement les limites imposées par les forces de l’ordre. Malgré la brutale répression policière (qui aurait déjà coûté la vie à trois manifestants), la police n’a pas réussi à interdire une colère qui s’exprime déjà sous la forme d’une révolte populaire généralisée.
Dans les dernières semaines, les temps politiques se sont énormément accélérés, avec la sensation d’avoir vécu plusieurs mois de mobilisation en seulement quelques semaines. Toute une nouvelle génération militante commence à faire son expérience de lutte, avec des blocages, occupations, assemblées générales et coordinations. Une nouvelle génération confronte la répression policière et apprend d’une façon accélérée à faire de la politique collectivement et dans la rue. Alors que le gouvernement se demande d’une façon provocatrice « comment on a pu en arriver là » ou encore « qu’est qu’il y a dans la tête » de manifestant·es, la réalité est que la colère n’arrête pas de monter en France contre l’ensemble de la politique capitaliste du gouvernement Macron. Pour le mouvement social, l’enjeu n’est pas de se contenter d’une petite mesure, mais de remettre en cause l’ensemble du système et de faire la révolution.
Seulement un mois après le premier blocage dans un lycée à Créteil, qui avait été précédé par le buzz sur les réseaux sociaux de l’appel à la manifestation du 17 octobre, nous pouvons constater que la reprise des Gilets jaunes par la génération Z entraîne la possibilité de la mobilisation de toute la société. Dans la semaine qui a précédé le 17 octobre, les lycéen·nes ont continué à mener des actions de blocage et de manifestations dans la rue avec des cortèges massifs, notamment les 13 et 15 octobre. De leur côté, les étudiant·es ont réalisé également de grandes actions de mobilisation. A l’université Paris 8, une occupation totale du campus de Saint-Denis a été organisée à l’initiative de Socialisme ou Barbarie et d’autres organisations pendant toute la semaine du 12 au 17 octobre. Cette reprise en main d’un lieu d’études a été faite par les étudiant·es pour rouvrir l’établissement à toustes les jeunes et travailleur·euses mobilisé·es et réprimé·es. Avec Socialisme ou Barbarie, nous avons animé, lors des dernières manifestations, des cortèges unitaires de lycéen·nes, travailleur·euses et étudiant·es, réunissant jusqu’à un millier de personnes, pour unifier toutes les luttes contre la Macronie.
La colère des lycéen·nes a réveillé les étudiant·es et les travailleur·euses jusqu’à la construction de la manifestation massive du 17 octobre. Maintenant, c’est à l’ensemble de la classe ouvrière de prendre part à la mobilisation contre le gouvernement pour marquer une autre étape dans la lutte, celle de la grève générale. Nous avons la conviction que cette manifestation n’est que le début d’un mouvement qui a des fortes potentialités pour aller plus loin, jusqu’à la démission de Macron et à la victoire totale de la mobilisation.
Macron répond par des provocations autoritaires
Dimanche 18 octobre, Macron a fait une allocution solennelle depuis l’Elysée pour s’adresser à la France entière après la mobilisation historique du samedi dernier. La seule qualité de son discours a été sa courte durée. Dans son allocution qui était censée apaiser le climat de confrontation, le président des riches a lancé un véritable « appel à la colère », par sa provocation autoritaire permanente et son manque de réponses politiques aux demandes de la population. Macron s’est montré à la défensive, en essayant de faire passer les manifestant·es pour des « casseurs », avec toute une rhétorique composée par des phrases clichées de la politique bourgeoise : le soutien aux forces de l’ordre, l’unité nationale, l’interdiction des manifestations, le soutien aux commerçants, l’appel au respect des institutions et l’institutionnalisation des débats dans les urnes, entre autres.
L’allocution de Macron est un véritable crachat sur la figure de toute la mobilisation sociale. En premier lieu, parce qu’il condamne les violences des manifestant·es, alors que depuis des semaines, la police de Macron réprime et tabasse des jeunes mobilisé·es pacifiquement devant leurs lycées. La quantité de jeunes interpellé·es ces dernières semaines atteint déjà près de 10 000 selon les chiffres du gouvernement. Les fermetures administratives de facs et lycées, l’interdiction des rassemblements et manifestations, et la brutale répression par des canons à eau, LBD, gaz lacrymogènes, etc. est montreuse. Durant les manifestations de ce week-end dernier, trois manifestants auraient perdu la vie. Avec ce bilan répressif catastrophique, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez a présenté sa démission à Macron, qui l’a refusée, l’encourageant de continuer à réprimer la mobilisation sociale. Pour sa part, Sébastien Lecornu a confirmé la mise en place des couvre-feux et a menacé d’appliquer l’état d’urgence.
Par rapport aux demandes de la population, Macron a expliqué que la vie chère et l’augmentation du prix des carburants sont liés à des événements géopolitiques, hors du contrôle de la France. A la jeunesse mobilisée contre la sélection à l’entrée à l’université via Parcoursup et Mon Master, il a proposé de passer par une nouvelle plateforme, celle-ci de dialogue pour que les jeunes expriment leurs revendications. Concernant les demandes démocratiques, Macron a dit qu’il allait interdire les manifestations, parce que la rue n’est pas un lieu de démocratie et qu’il fallait encore attendre six mois pour les élections présidentielles. La cerise sur le gâteau était « l’appel au calme », une invitation aux organisations syndicales pour ouvrir un dialogue avec le Premier ministre, condamner les violences de manifestant·es et arrêter les initiatives dans la lutte des classes. Les traîtres de la CFDT ont déjà répondu positivement à cet appel honteux du gouvernement.
Même si Macron ne le veut pas, nous réitérons les revendications de la rue : la fin de la sélection à l’université, la garantie du droit d’étudier, la fin des violences policières, la liberté de manifestation, la démission de Macron et la grève générale pour dégager ce gouvernement autoritaire !
Grève générale pour dégager Macron !
Depuis des semaines, la colère ne fait qu’augmenter et la motivation des manifestant·es permet d’envisager des actions encore plus poussées pour faire gagner le mouvement. Pour passer à l’étape suivante, il est nécessaire de construire une grande grève générale politique pour exiger la démission de Macron et la fin de son gouvernement. Pour ce faire, le mouvement doit faire face à un obstacle : le rôle de trahison des directions syndicales. En effet, pour déclencher l’entrée massive de la classe ouvrière dans la bataille contre la Macronie, les travailleur·euses doivent dépasser les stratégies perdantes de la bureaucratie syndicale. Jusqu’ici, les directions syndicales ont joué un rôle contreproductif pour la mobilisation. Les grandes centrales syndicales se sont contentées de quelques journées de grèves isolées, principalement dans la fonction publique et dans l’éducation, sans appeler à unifier les travailleur·euses d’autres secteurs derrière la mobilisation des lycéen·nes et étudiant·es.
Mardi 13 octobre à Paris, l’Intersyndicale a décidé de déclarer un parcours alternatif à celui des jeunes qui voulaient manifester jusqu’à Matignon, pour ne pas viser les lieux de pouvoir. Ils ont littéralement essayé de couper en deux le mouvement, alors que la grande majorité des manifestant·es avait décidé de suivre le parcours combatif de la jeunesse. Lors de la manifestation du 17 octobre, la présence des syndicats était presque inexistante y compris dans les parcours autorisés pour la manifestation. Après l’allocution de Macron, la CFDT a suivi la ligne du gouvernement en faisant la condamnation honteuse de la violence des manifestant·es et en appelant à rejoindre les concertations avec Lecornu. Alors que des possibilités réelles existaient pour bloquer le pays dès cette semaine, l’Intersyndicale a préféré placer la prochaine journée de grève pour la date lointaine du 5 novembre, après les vacances de la Toussaint.
Dans ce contexte, il est fondamental de développer une auto-organisation des lycéen·nes, étudiant·es et travailleur·euses en lutte pour décider de nos revendications et moyens d’actions au-delà des stratégies perdantes de l’Intersyndicale. Dans ce sens, avec Socialisme ou Barbarie nous avons eu l’initiative de construire deux Assemblées ouvertes les samedi 10 et 17 octobre pour la victoire du mouvement, afin d’unifier la colère des jeunes et des travailleur·euses. Cette orientation s’est également exprimée lors de cortèges massifs dans les manifestations de rue. Nous allons poursuivre les efforts dans le sens de construire des véritables coordinations régionales et nationales de secteurs en lutte.
Nous militons activement aussi pour encourager les blocages et les occupations des lieux d’études et de travail, afin de pouvoir développer des espaces pour l’auto-organisation du mouvement. L’occupation de l’université Paris 8 est un exemple des potentialités de cette perspective. Lors de l’occupation de cette semaine, nous avons réussi à organiser des assemblées générales inter-facs au niveau de toute la région Ile-de-France, à faire venir participer des lycéen·nes et des travailleur·euses, ainsi qu’à faire des réunions internationalistes à distance avec des facs occupées et mobilisées contre l’extrême droite en Amérique Latine.
Pour les semaines de la Toussaint, nous sommes contre le fait de donner la moindre trêve au gouvernement et la moindre pause au mouvement. Nous rejoignons les appels à des mobilisations les jeudi 22 (à l’appel de la jeunesse) et samedi 24 octobre (acte II des Gilets jaunes). Nous invitons également toustes les jeunes mobilisé·es à participer à des journées de formation militante révolutionnaire de la jeunesse anticapitaliste, qui auront lieu durant les vacances de la Toussaint.
Par rapport à la journée du 5 novembre, même si la politique de l’Intersyndicale est de calmer les manifestations et de faire du dialogue social avec le gouvernement, cette journée peut marquer le début d’un énorme mouvement de grève générale à l’échelle nationale. Une entrée massive de la classe ouvrière, en dépassant les limites des directions syndicales, peut mettre le gouvernement dans les cordes et ouvrir la possibilité de dégager Macron pour construire une autre société.
La mobilisation en France a un fort impact à l’international, à l’heure où des mobilisations monstre ont lieu en Espagne, en Italie, en Allemagne, au Brésil, en Argentine, entre autres pays révoltés au niveau mondial. Dans ce contexte, Socialisme ou Barbarie annonce la réalisation de sa « 2e Conférence anticapitaliste internationale : révoltes dans un monde en ébullition », après le succès de la première conférence réalisée en 2025. Elle aura lieu samedi 14 novembre au café de La Commune libre d’Aligre, en la présence de Roberto Saenz et d’autres invités internationaux.
Pour construire la grève générale, pour dégager Macron et tous les capitalistes, pour construire une jeunesse anticapitaliste et révolutionnaire et pour relancer la perspective de la révolution socialiste au niveau international, rejoins Socialisme ou Barbarie, rejoins-nous dans ces combats !

