Les candidatures ouvrières écartées du débat présidentiel

Bien que Philippe Poutou ait obtenu les 500 parrainages nécessaires pour être candidat aux présidentielles, TF1 a refusé de l’inviter à l’émission électorale « La France face à la guerre », diffusée lundi 14 mars dernier. Une opportunité offerte aux candidats de droite et d’extrême droite, qui n’étaient visiblement pas assez soutenus par les médias, de discréditer les classes précaires.

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Oscar Costica

Invisibiliser pour mieux régner

Après avoir passé le filtre anti-démocratique des 500 parrainages, 4 candidats, dont Philippe Poutou, ont été écartés de l’émission électorale diffusée lundi 14 mars sur TF1, « La France face à la guerre ». Le  prétexte invoqué par la chaîne était que, compte-tenu de leur temps de parole dans les médias, leur présence n’aurait pas été pas justifiée.

Si l’on regarde les statistiques fournies par l’AFP, établies du 1er janvier 2022 au 7 mars, Poutou arrive en dernière place dans le décompte du temps de parole, talonné de peu par Nathalie Arthaud, Lassalle et Dupont-Aignan. A côté de ce paramètre, selon l’Arcom (Autorité publique française de régulation de la communication audiovisuelle), l’agence-gendarme des débats présidentiels en charge d’assurer « l’équité », « il ne  suffit pas d’être candidat » ni d’être visible (Anne Frand d’Esnon, pour TF1) puisque la sélection est également imposée en fonction de la participation à la vie institutionnelle et des résultats aux dernières élections.

 

De ce fait, dans la pratique, ce sont donc ceux qui ont bénéficié du moins de temps d’antenne et de moins de représentativité qui sont exclus du débat. Philippe Poutou a adressé, quelques jours avant l’émission, une lettre aux candidats les invitant à dénoncer la mascarade de leur exclusion et à soutenir sa participation. A part Jean-Luc Mélenchon, qui lui avait précedemment offert son parrainage, aucun d’entre eux n’a réagit – sans grande surprise.

Et il n’y a malheureusement pas que TF1 qui suit la ligne de propagande bourgeoise : dans une Une du site de l’Humanité intitulée « Comparateur des programmes des candidats à l’élection présidentielle 2022 », seuls les programmes des 8 candidats sur lesquels se focalisent les médias ont été présentés. On constate donc que ceux de Zemmour et de Le Pen ont été privilégiés au détriment de Philippe Poutou et Nathalie Arthaud… Or cette dégringolade du « Parti Communiste Français » ne peut qu’alimenter les confusions sur les véritables candidatures ouvrières, seules à mêmes de défendre et représenter l’intérêt des classes précaires.

 

L’enjeu de porter les discussions à échelle large pendant les présidentielles

Les élections sont le seul moment où les représentants des formations politiques peuvent s’affronter dans des discussions à portée nationale, raison pour laquelle une candidature comme celle de Poutou est autant nécessaire pour les travailleurs que détestée par la bourgeoisie.

En 2017, lors du débat présidentiel, Poutou avait mis mal à l’aise l’ensemble de la droite (on se rappelle avec joie les têtes décomposées de Fillon et Le Pen), ce qui avait suscité de nombreuses réactions enthousiastes aussi bien sur les réseaux que dans les médias. Ce sont ses interventions franches contre la corruption institutionnelle et sa défense sans faille d’un programme anti-capitaliste qui lui valent, cette année, d’être écarté des discussions nationales.

Et en effet, quand on pense au bilan catastrophique du quinquennat Macron, pas de doute que Poutou l’aurait fait bégayer. Entre Loi Travail, Parcoursup, Gilets Jaunes, privatisation du ferroviaire, l’octroi de 500 milliards aux entreprises et actionnaires en pleine crise du Covid ou l’inaction sur les violences faites aux femmes, les sujets n’auraient pas manqué pour mettre à jour le bilan désastreux du gouvernement. D’autant plus qu’il précise actuellement les contours de ses autres mesures anti-sociales en cas de réélection, comme la privatisation des universités, le salariat forcé et sans protection sociale pour l’obtention du RSA ou encore le report de la réforme des retraites. Son alter-ego, Pécresse, ne serait pas en reste aussi s’il fallait citer sa contribution à la casse des acquis sociaux, ou évoquer sa concurrence xénophobe avec Zemmour… Fait notable : durant les discussions sur l’Ukraine, aussi bien Macron, Zemmour, Pécresse que Le Pen se sont biens gardés de dénoncer la dictature de Poutine et d’évoquer la responsabilité de la France dans le conflit, notamment par le biais des ventes d’armes depuis 2014, révélé par le média Disclose.

Ce sujets sont autant de raisons pour que la présence des candidatures ouvrières soit  défendue dans les débats présidentiels, dont l’occasion doit être saisie pour faire entendre, par nous-mêmes, une voie alternative à l’exploitation capitaliste du travail, des ressources naturelles.

Programme de Philippe Poutou pour les élections 2022 : https://poutou2022.org/programme

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