La transmigration des femmes et la guerre en Ukraine

Un retour sur la situation des femmes dans le contexte de la guerre en Ukraine.

0
56

Depuis le 24 février dernier, plus de trois millions de personnes ont été contraintes de quitter l’Ukraine d’après les données du Haut Commissariat de l’ONU pour les réfugiés. D’autres organismes, comme l’OSCE (Organisme pour la Sécurité et Coopération en Europe) et EUROPOL alertent sur le pourcentage élevé de femmes et d’enfants victimes de ces déplacements qui se passent dans des conditions particulières de vulnérabilité. Dans son communiqué, l’Europol insiste sur le ciblage et la captation individualisée sur les frontières et les gares qui vont proposer un travail, un logement ou d’autres, en forme de soutien immédiat et sous couvert du bénévolat.

En France, les pics de recherche et le contact avec des agences matrimoniales en lien avec l’Ukraine ne se sont pas fait attendre. Plusieurs ont dénoncé des propos déplacés face à la voracité de prendre possession d’une femme pour du sexe. (L’Express, 22 mars 2022). Ylva Johansson, commissaire européenne aux Affaires intérieures, avait déjà alerté sur le risque « Les femmes ukrainiennes qui fuient partent très rapidement de leur domicile, avec très peu de choses et de moyens, et parfois avec un enfant. La route peut être très longue et compliquée. Et à la frontière, il y a énormément de temps d’attente, il fait très froid », détaille Jeanne Berger. « Résultat : des femmes vont voyager pendant plusieurs jours, attendre pendant des heures ou des jours aux frontières, devoir dormir dehors, dans des voitures, le tout en ayant très peu de choses. » (…) Elles sont alors exposées à plusieurs risques : de violences sexistes et sexuelles, d’exploitation et de trafic ». « La situation de ces personnes qui n’ont plus rien fait qu’ils sont amenés à accepter parfois des choses pour pouvoir vivre », confirme ainsi Geneviève Colas, coordinatrice du collectif « Ensemble contre la traite des êtres humains » pour le Secours catholique – Caritas France, interrogée par France inter. Selon, elle, en Pologne, « il y a des femmes à qui on a proposé des pratiques sexuelles en échange d’un hébergement ». (La Dépêche, 25 mars 2022)

L’expansion du viol comme arme de guerre se repand à tous les niveaux transfrontaliers et constitue un facteur collatéral qui s’ajoute au panorama, dont les les femmes de l’Est subissent cette transmigration depuis quelques décennies envers l’Europe. (Tarrius, Bernet, Dérens 2002)

On assiste avec ce conflit à un sort de mise à jour des couloirs de trafic des personnes, un phénomène qui n’est pas inconnu pour les réseaux proxénètes. Parmi les nombreux études sociologiques qu’ont retracé les parcours de la drogue et la prostitution (intimmement liés) de la Mer Noire et les Balkans jusqu’au Levant Espagnol, il a été démontré que les réseaux  criminels mondialisés dessinent depuis des années le parcours migrant des femmes de l’Est vers l’Europe. Une situation très inquiétante à la lumière du conflit ukranien.

 

Le viol comme crime de guerre

La représentante spéciale des Nations unies chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, Pramila Patten, et la Directrice exécutive d’ONU Femmes, Sima Bahous, se disent « gravement préoccupées par les allégations croissantes de violences sexuelles perpétrées contre des femmes et des filles dans le contexte de la guerre en Ukraine ».

Le fait que le conflit repose sur l’enrôlement des hommes valides présents sur le territoire  explique la fuite des énormes convois composés majoritairement par des femmes et des enfants. Pour autant le risque des femmes victimes de déplacements forcés, et pour la plupart le fait de rester sur le territoire, porte l’implication d’affronter des crimes de plusieurs types. Sur le territoire ukranien, pour se protéger les femmes sont contraintes soit de performer des hommes, soit de prendre les armes.

« Comme les bombardements », les violences sexuelles sont programmées dans un seul but : anéantir psychologiquement. « Terroriser, humilier, spolier et pousser à l’exil les plus vulnérables », … “En cela, elles destructurent les sociétés et sont « une arme de destruction massive ». « Nous ne pouvons plus fermer les yeux sur ce qui se passe dans les zones sensibles où des milliers de femmes luttent jour après jour contre les viols, l’esclavage sexuel, les mariages forcés et les mutilations. »

Il n’a aucun doute que la logique du gouvernement de Poutine s’inscrit dans cette logique d’exercice de la soumission envers le peuple ukranien, une situation qui touche les femmes d’une façon spécifique et qui reste intimement liée à sa condition de genre.  Tout au long des derniers mois, les voix des activistes comme Inna Shevchenco et Iryna Dovhan, parmi d’autres resistences plus locales, se joignent à la dénonciation  du gouvernement ukranien dans l’usage de viol comme crime de guerre.

 

Un accueil sélectif : racisme d’État

“Ce n’est pas que la parole suffira, mais quand vous voyez que dans une famille il y a des gens qui ont leur passeport et puis un des membres de la famille qui n’a pas son passeport, c’est des personnes qui fuient la guerre, donc je crois que l’humanité c’est aussi de ne pas rajouter des formalités aux formalités.” Marlène Schiappa.

L’annonce de tri sélectif des migrants abject du gouvernement annoncé par Marlène Schiappa, en collaboration avec Gérald Darmanin, en faveur des femmes migrantes, s’assigne sous condition d’avoir la bonne nationalité. Plusieurs membres du gouvernement n’ont pas manqué de se déclarer  “solidaires” mais aussi honteux sur l’origine de réfugiés. Le président de la commission des affaires étrangères Jean-Louis Bourlange s’est fait plaisir d’annoncer pour une interview sur Europe 1, que “On aura une migration de grande qualité, dont on pourra en tirer profit”. Hors de question pour le gouvernement de faire référence aux réfugiés d’autres nationalités victimes de ces déplacements où de même pour les réfugiés d’autres conflits armés menées par la France où elle  fut complice ou intervenante.

 

Contre l’Etat impérial et raciste

Il est révoltant d’entendre le discours unifié des forces occidentales et notamment de la presse française qui se fait écho de la « résistance au féminin” dans une idée romantique de la participation des femmes dans le conflit en Ukraine. Pour la plupart, nous sommes bien conscientes qu’une situation de guerre n’est que la matérialisation de toutes les oppressions qui pèsent sur les femmes sous l’impérialisme en tant que stade suprême du capitalisme. 

Les femmes et les révolutionnaires exigent la régularisation immédiate de tous les réfugiés de tous horizons, condition minime d’existence. Nous exigeons ainsi  particulièrement  pour les femmes qui subissent doublement cette injustice d’une façon très spécifique. Les liens de solidarité internationale sont en voie de construction et il faut les approfondir.

L’ouverture définitive des frontières permettra aux femmes migrantes d’échapper des conditions précaires d’existence et de ne pas subir la violence structurelle à plusieurs reprises. 

Unies en résistance et solidarité internationale avec toutes les femmes qui se battent pour leurs droits élémentaires comme aux Etats-Unis et ailleurs. 

 

Régularisation de toutes les femmes sans papiers, pour intégrer dans le monde du travail authentique toutes les femmes et les diversités, pour leur émancipation du capital et de la marchandisation des corps. Pour un féminisme émancipatoire et révolutionnaire contre tout impérialisme!

 

Liens et sources :

https://www.lexpress.fr/actualite/societe/il-y-a-des-pics-de-recherche-en-ligne-de-femmes-ukrainiennes-pour-du-sexe-alerte-l-osce_2170301.html

https://www.liberation.fr/planete/2000/03/15/ukraine-haut-lieu-de-la-traite-des-femmes-attirees-par-l-etranger-de-nombreuses-ukrainiennes-tombent_318238/

https://sms.hypotheses.org/1948 Tarius

https://doi.org/10.3917/come.042.0143 Derens

https://www.ladepeche.fr/2022/03/23/guerre-en-ukraine-prostitution-esclavage-comment-le-conflit-favorise-le-trafic-detres-humains-10189354.php

https://information.tv5monde.com/terriennes/viols-en-ukraine-les-temoignages-de-victimes-se-multiplient-450653

https://information.tv5monde.com/terriennes/viol-en-temps-de-guerre-paroles-de-survivantes-296007

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici