Occupation à l’Ambassade des immigrés : un lieu d’hébergement et d’organisation politique

Depuis le 18 avril 2022 une occupation a lieu dans un bâtiment vide dans le 9è arrondissement de Paris, rue Saulnier, désormais renommé "Ambassade des Immigrés". Les 80 exilés et leurs soutiens qui s’y relaient nuit et jour luttent pour obtenir la régularisation des sans papiers et pour des mesures sociales impératives comme l'accès à des logements dignes.

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Photo © Michael Brunel

« Ce lieu est une ambassade, c’est une arme et un outil. C’est l’ambassade des immigrées. Une ambassade de paix dans un monde en guerre. C’est l’ambassade de celles et ceux à qui on répète qu’ils sont étrangers, celle depuis laquelle nous préparons nos victoires collectives, celle depuis laquelle nous obtiendrons l’égalité de toutes et tous. »
Extrait de l’appel de l’Ambassade des immigrés

 

« Nous sommes ici parce que vous êtes là-bas »

Dans cet arrondissement parisien l’ambassade a de quoi contraster. Pour dénoncer la répression exponentielle face aux réfugiés, que ce soit à coups de lois liberticides comme Asile-immigration ou par les démantèlements choquants des campements de réfugiés, des banderoles énoncent fièrement dès l’entrée : « Ambassade des immigrés ».

Ce nom rappelle l’invisibilisation institutionnelle, politique et sociale à laquelle les exilés font face depuis des années, quand ils ne sont pas délogés par la matraque et le gaz là où ils se réfugient pour dormir. Comme le cite un passage du communiqué des « ambassadeurs » : «Emmanuel Macron a été réélu. Vu d’ici, c’est un non-évènement. Nous nous organisons contre le racisme de l’Etat français que ce président et son gouvernement n’ont fait et ne feront qu’accélérer et intensifier, dans la plus pure tradition française.»

Malgré les richesses de la France, accumulées grâce aux pillages des anciennes colonies et à l’exploitation toujours très actuelle de la main d’œuvre étrangère précaire, la misère des exilées ne s’arrête pas même lorsque certains d’entre eux obtiennent un titre de séjour ou un travail. Ce n’est pourtant pas un paradoxe : dans le régime capitaliste, c’est précisément parce qu’il y a de l’extrême pauvreté que les bénéfices se concentrent, et la force de travail non réglementée et les abus en tout genre font partie de l’équation. Face à la montée des discours xénophobes, dont la droite, consciente de ses intérêts, n’en est sortie que plus renforcée au dernières élections présidentielles, il faut impérativement réfléchir à un retournement complet des logiques institutionnelles et à la fin de l’exploitation par la minorité qui est aux manœuvres, que cela se passe ici ou ailleurs.

 

« Nous ouvrons pour tous nos camarades ici, pour toutes celles et ceux qui ne sont jamais arrivés ou ceux qui viennent de revenir de Calais »

Parmi les réfugiés occupants, certains ont un titre de séjour mais n’ont pas de logement, faute d’aide de l’État français. Cela les a condamné à trouver des solutions précaires comme la rue ou, au mieux, à finir entassés dans des foyers où il est difficile de rester à long terme au vu de la saturation. Dans le média Street Presse un exilé témoigne : après avoir refusé d’être hébergé plus longuement par une association où 60 personnes se partageaient deux toilettes, il a préféré tenter dormir dans sa voiture avant de se résigner, comme beaucoup, à se tourner vers les campements de porte de la Chapelle.

Ceux-ci, où vont de nombreux réfugiés faute de solutions, sont connus pour être d’une extrême misère au vu de la répression, du manque de soutiens matériels et humains (voire, à certains moments, de leur interdiction) et du trafic de stupéfiants qui s’y est installé et qui risque d’entraîner les nouveaux arrivants.

L’occupation de l’Ambassade des immigrés tient depuis maintenant plusieurs semaines. Elle fait office d’hébergement provisoire à ceux en attente d’un logement salubre mais aussi d’espace d’organisation politique pour obtenir au plus tôt régularisation, logements dignes et arrêt des violences policières. Le Collectif la Chapelle Debout, parmi les initiateurs, organise depuis des années des actions similaires, parmi lesquelles trois ont eu un certain retentissement national : l’occupation de l’université Paris 8, en 2018, l’occupation du Panthéon, en 2019, et l’occupation de l’aéroport Roissy.

Dans la continuité des précédentes expériences, l’occupation est rythmée par des  cours de français et des permanences administratives grâce notamment au soutien de diverses associations venues prêter main-forte.

 

«L’égalité ne se négociera jamais»

Pour le média Diacritik, un exilé raconte : « Ce sont des gens qui sont forcés de vivre dans la rue. Un des problèmes dans la rue est que les policiers nous chassent tout le temps, ils nous aspergent de gaz ou nous tasent. On n’arrive pas à dormir, il faut toujours être sur ses gardes, surveiller, guetter l’arrivée des policiers. Dans la rue, c’est dangereux. Et la police crée toujours des problèmes. »

Faisant face à la répression policière et le risque judiciaire des réfugiés ont une nouvelle fois mené une action forte, conscients qu’ils doivent être les premiers à prendre en main leur lutte. Car entre les procédures administratives interminables, qui débouchent souvent sur les OQTF ou les IRTF, et la violence physique commandée par l’État et tolérée dans les médias, ce ne sont ni les riches ni les politiciens bourgeois qui défendront leurs intérêts.

Pourtant, comme l’a montré la politique mise en place pour la crise ukrainienne, l’État français est tout à fait capable d’accueillir des réfugiés et de fournir des moyens d’urgence. Un exilé décrit pour le Figaro : « En tant que collectif qui lutte pour les papiers et les logements pour tous, on est très heureux que les Ukrainiens reçoivent ça. On dit même « la preuve par l’Ukraine ! ». C’est possible en deux semaines de mettre tout un système d’hébergement, de donner des papiers à tout le monde, de donner des transports gratuits pour tout le monde ». Mais l’État français préfère subir les multiples condamnations de la Cour européenne des droits de l’homme (qui n’en sont pas réellement, au vu de l’efficacité) que ce cesser le racisme d’État qui la caractérise.

Aujourd’hui l’Ambassade des immigrés est menacée par une procédure d’expulsion. Des députés ont interpellé par courrier le préfet de Paris, Didier Lallement, connu pour ses opinions ultra-réactionnaires, l’organisation de la répression brutale des derniers mouvements sociaux. Pour faire face aux prochaines années, dont le ton a été largement annoncé durant le précédent quinquennat de Macron, il est plus que jamais urgent d’affirmer notre solidarité envers toutes les classes exploitées et de revendiquer la régularisation pour tou.te.s sans conditions de nationalité, des logements dignes pour tou.te.s, l’arrêt des violences policières face aux réfugiés ainsi que les moyens humains et matériels nécessaires à leur accueil.

 

Pour soutenir financièrement les exilés de l’Ambassade, une cagnotte de soutien est mise en place.

 

« Nous luttons par tous les moyens possibles.
Aujourd’hui en ouvrant des bâtiments vides.
Hier en s’opposant à la police ou en allant dans les prisons pour étrangers.
Demain nous aurons d’autres outils, d’autres stratégies. »

Extrait de l’appel

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