Urgence Révolution : un texte collectif dans le cadre de la préparation du prochain congrès du NPA

Dans le cadre de la préparation du prochain congrès du NPA, sa plus forte minorité, la « position U », veut remettre en cause le droit d'expression publique des courants et fractions, voire leur appartenance même au parti. Nous publions ici un texte interne signé par des militants et militantes (ici les cinquante premiers et premières) issus de différentes sensibilités, ayant voté pour différentes plateformes lors des précédents débats internes.

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Enraciner et réarmer le NPA, tourner la page d’une politique polarisée par l’interpellation des réformistes ! Assumer le programme, la construction et l’intervention d’un parti révolutionnaire !

Nous construisons le NPA dans des fédérations et secteurs différents, nous n’avons pas voté les mêmes textes lors des derniers congrès ou même lors de la dernière conférence nationale sur la présidentielle, nous faisons tout simplement partie de l’histoire du NPA, de toute son histoire : ses différentes majorités et minorités qui montrent que nous sommes une organisation démocratique et vivante. C’est conscients de l’urgence du moment – interne et externe –, de nos différences mais surtout de ce qui nous est commun que nous signons ce texte ensemble.

 

Nous refusons de voir le prochain congrès du NPA se solder par une séparation

Non, le NPA n’est pas un échec ! C’est d’abord un acquis pour notre camp, c’est son explosion qui serait un échec. Le NPA a permis de regrouper dans une même organisation des militants et militantes anticapitalistes et révolutionnaires de traditions différentes et surtout d’en gagner de nouveaux et nouvelles. Il a servi de référent à des syndicalistes « luttes de classes », des travailleurs et des travailleuses qui se sont mobilisés notamment depuis 2016 avec les grèves contre la loi Travail. Un outil pour partager des expériences et intervenir dans les luttes LGBTI, féministes, antifascistes et écologistes. Sans oublier la jeunesse comme le montre le renforcement et le renouvellement de son secteur jeune que tout le monde a pu constater lors de la dernière université d’été du NPA.

 

Pour sortir du face à face courants/direction : il faut un délai suffisant pour le débat démocratique

Défendre l’acquis du NPA ne veut pas dire qu’on se contente de la situation actuelle. Nous l’assumons : nous voulons changer l’orientation et la direction du NPA. Mais nous ne voulons pas d’un congrès qui oppose les courants/fractions à la direction actuelle en laissant de côté tous ceux et toutes celles qui revendiquent leur appartenance au NPA et ne se reconnaissent dans aucun courant/fraction de la majorité ou des minorités. Nous ne voulons pas non plus d’un congrès qui fasse le procès des courants/fractions en esquivant les débats programmatiques et stratégiques. Les enjeux du prochain congrès, qui se déroule dans un contexte de crise du capitalisme, dépassent ces clivages. L’urgence c’est de mettre au centre le brassage des expériences, des débats entre les secteurs, les fédérations, les comités, les commissions. Tous les militants et militantes du NPA doivent s’emparer du débat démocratique sans a priori. Voilà pourquoi nous regrettons que ce débat soit raccourci d’un mois par rapport aux congrès habituels du NPA, avec des AG de votes qui, pour le moment, sont juste quelques semaines après l’adoption des textes soumis au vote des congrès locaux, qui plus est au beau milieu des élections professionnelles de toute la fonction publique. Nous voulons toutes et tous que la situation politique du NPA se clarifie. La réalité politique du NPA d’aujourd’hui a en effet beaucoup changé depuis le congrès de février 2018. Mais rien n’impose de forcer les rythmes habituels du débat démocratique de nos congrès : c’est rendre plus difficile le brassage des points de vues et leur élaboration, c’est reproduire mécaniquement les débats qui sont déjà cristallisés.

 

Réarmer le NPA…

Ce congrès doit pourtant trancher des questions programmatiques, stratégiques et d’intervention cruciales pour permettre au parti et à ses militants et militantes de faire face et jouer un rôle dans la guerre sociale que nous livrent les capitalistes. Quel NPA voulons-nous en somme ? Pour nous, il faut toujours construire des organisations indépendantes du reste de la « gauche institutionnelle » et évidemment de la bourgeoisie. Préserver notre indépendance de classe politique et organisationnelle ne veut pas dire cultiver notre isolement, c’est même tout le contraire : c’est « marcher séparément, mais frapper ensemble ».

« Frapper ensemble » sur toutes les questions qui permettent à notre camp de se mettre en mouvement, qui lui font prendre conscience de son existence et de ses intérêts propres, comme par exemple la lutte contre Parcoursup, pour la hausse générale des salaires ou pour la défense des retraites. Nous concevons donc toujours le NPA comme une organisation utile aux luttes, utile à construire l’unité dans ces luttes, mais qui ne perd pas de vue la perspective stratégique de la prise du pouvoir par les travailleuses et les travailleurs. Qui ne renonce pas à la construction d’une société communiste ni à débattre de tout cela avec tout le monde. Mais pour cela, nous voulons tourner la page de la politique menée par la direction actuelle exclusivement polarisée par l’interpellation de cette « gauche institutionnelle » non pas pour construire les luttes mais pour constituer un front social et politique permanent avec elle, notamment en proposant de « participer partout aux parlements populaires locaux de la NUPES ».

 

… et assumer un programme révolutionnaire

Pourtant le clivage « réforme ou révolution » est loin d’être dépassé, il redouble au contraire d’actualité dans un contexte de crise du capitalisme, de dérive autoritaire et de renforcement de l’extrême droite. Mais pour en finir avec le capitalisme, il faut des militantes et militants capables de se poser le problème de sa destruction, capables par leur implantation dans le monde du travail et la jeunesse et par leurs expériences de jouer un rôle dans la lutte de classe qui fait rage. Il faut toujours un parti anticapitaliste et révolutionnaire qui concentre et actualise le meilleur des expériences du mouvement ouvrier lutte de classe et révolutionnaire. Ce parti se construit avant les périodes de crises révolutionnaires. Pas de révolution communiste sans parti révolutionnaire, mais pas de parti révolutionnaire sans un programme et une stratégie révolutionnaires et pas de programme et de stratégie révolutionnaire réelle sans implantation dans les entreprises et la jeunesse. Près de quinze ans après la fondation du NPA, et alors que nous n’avons pas été capables d’adopter des statuts définitifs qui devraient pourtant être un concentré de tout cela, il semble indispensable de rédiger un manifeste pour le NPA, qui redéfinisse un socle programmatique et stratégique commun. L’atelier du comité exécutif de la dernière université d’été montre, là encore, que ça serait possible.

 

Comment poser le problème du centralisme démocratique ?

C’est de cette manière qu’il faut prendre le débat autour du centralisme démocratique. Difficile d’appliquer tous et toutes une même politique si on n’est pas capables d’assumer le caractère révolutionnaire de notre parti, de notre programme, de notre stratégie. Au contraire, c’est en discutant de notre rapport à la « gauche institutionnelle », en formulant et assumant un programme, une stratégie et une intervention indépendante des révolutionnaires qu’on pourra débattre de l’application du centralisme démocratique, principe politique qui ne figure d’ailleurs pas dans nos statuts provisoires. Mais dans « centralisme démocratique », il y a « démocratique » : cela veut dire qu’on discute démocratiquement ensemble, lors des congrès évidemment, mais cela veut aussi dire que l’on peut rompre la discipline en se constituant en courant, tendance publique ou fraction si cela se fait sur des bases politiques identifiées. Là aussi il faut garantir ce droit démocratique de pouvoir rompre la discipline du parti. L’application du centralisme est inséparable du droit démocratique d’expression minoritaire et de rupture de la discipline : c’est un acquis démocratique dans notre tradition politique.

 

Accepter les résultats du congrès et construire une organisation commune

La question du centralisme démocratique est bien trop sérieuse pour qu’elle serve de prétexte pour ne pas assumer les débats politiques contradictoires, ou plus grave, pour refuser d’être minoritaires au sein du NPA. Les menaces à la scission, à la séparation, à partir avec l’argent et les locaux d’ici janvier, même si elles sont l’expression d’une faiblesse politique, restent inacceptables. La question des méthodes démocratiques devra être débattue lors du prochain congrès, notamment sur la consultation de notre organisation quand des accords de gouvernement se discutent ou que l’on se désolidarise centralement des candidatures décidées par des comités et/ou des fédérations. Viser les courants et les fractions comme responsables de tous les maux du NPA sert avant tout à ne pas discuter de la politique de la fraction majoritaire. Car qui peut croire que ce sont les tendances ou les fractions qui empêchent la direction actuelle de mener sa politique, d’investir massivement les parlements populaires locaux de la NUPES ou de se construire dans le monde du travail et la jeunesse ? Lorsqu’on tient tous les fils de l’appareil du NPA (journal, porte-parole, trésorerie…) et qu’on refuse de tenir un CE hebdomadaire, cela n’est tout simplement pas crédible. Les camarades de l’actuelle direction ont le droit, dans le cadre du prochain congrès, de vouloir approfondir l’ambiguïté politique qui existe depuis la fondation du NPA et qui consiste à ne pas assumer le caractère révolutionnaire du parti, et à être polarisé par l’interpellation systématique de la « gauche institutionnelle ». C’est aussi leur devoir que d’accepter le débat démocratique qu’implique un congrès, sans menacer de faire exploser le NPA et, évidemment, de reconnaître les résultats du congrès, y compris s’ils leurs sont défavorables. Pour notre part, nous garantirions leur droit à l’auto-expérimentation si ces camarades devenaient minoritaire.

 

La politique de l’Union populaire n’est pas la nôtre

Nous pensons qu’il y a une alternative au supposé « réformisme institutionnel », une alternative à l’adaptation au système capitaliste, à son acceptation y compris au niveau électoral. Ce qui devra poser inévitablement la question de l’unité des anticapitalistes et des révolutionnaires. Il y a urgence, la planète brûle et nos vies avec ! Le système capitaliste est incapable de répondre aux besoins de l’humanité : ni « jours heureux », ni « avenir en commun » ne sont possibles sous sa domination. La raison en est simple : c’est le capitalisme qui est responsable des catastrophes subies par la grande majorité de l’humanité ! C’est ce système économique et social qui est la cause de l’exploitation et de toutes les oppressions. Pas de solution durable sans expropriation des capitalistes.

 

Voilà plusieurs axes d’une politique pour le NPA, il faut maintenant en discuter largement

Dans les comités, commissions, secteurs et fédérations, dans tous les courants (3-4 octobre, DR, A&R, l’Étincelle, SOB, l’ARC, A2C…) du NPA, nous invitons les camarades à débattre de points présentés dans cette contribution pour les approfondir, les compléter et pouvoir ainsi proposer une politique pour toute l’organisation et participer ainsi à enraciner et réarmer le NPA. Nous sommes convaincus qu’il existe une majorité de camarades dans l’organisation pour défendre cette perspective. Nous pensons que cette majorité doit s’exprimer lors du prochain congrès. Cela ne veut pas dire que l’on fusionne ou que l’on cache nos débats et/ou désaccords qui pourraient s’exprimer par des motions ou contributions. Mais comme il y a urgence, nous assumons de défendre dans une même plateforme cette politique pour le prochain congrès. Nous assumons de nous donner les moyens de dégager une majorité plurielle de direction pour que le NPA puisse notamment aider à construire les comités, les secteurs et fédérations du NPA, qui soit capable de mener des campagnes électorales, des campagnes politiques, la diffusion d’un journal ou d’un tract hebdo. Nous savons que c’est en nous fixant ce genre d’objectifs que de nouvelles majorités de direction pourront se constituer en dépassant les délimitations politiques actuelles.

Le congrès à « marche forcée » ne nous donne pas le choix, il faut débattre sans a priori. C’est pourquoi nous proposons largement cette contribution aux militants et militantes du NPA qui voudraient rejoindre cette démarche en le signant, démarche qui inévitablement ne serait qu’une première étape dans la discussion d’une future plateforme avec d’autres, ou tout simplement pour alimenter le débat entre camarades d’un même parti dans la perspective du prochain congrès.

 

Premiers signataires :

1/ Florence A (NPA 32 – Gers), 2/ Anaïs (comité jeunes Lille), 3/ Bertrand, PSA Stellantis (comité Mulhouse), 4/ Carla (comité jeunes Aix-Marseille), 5/ Charlotte B, secteur jeunes (NPA 32 – Gers), 6/ Coline (NPA Lille), 7/ Marieve Bodou (comité 64), 8/ Elsa (NPA Ivry 94), 9/ Françoise R (comité Mulhouse), 10/ Geoffrey (comité 74), 11/ Luc C (comité Cachan, 94), 12/ Nicolas Deluzier, commerce (comité NPA 63), 13/ François D (comité Bordeaux Sud), 14/ Marie-Hélène Duverger (CE, NPA Rouen), 15/ Santiago Follet (NPA jeunes Paris 8), 16/ Bruno Grégoire (NPA Tours, branche cheminote), 17/ Jeanne H (comité jeunes Rouen), 18/ Chloé J (comité Bordeaux Sud), 19/ Valentina Kattan (NPA La Rochelle), 20/ Flora Kessler (NPA Montreuil 93), 21/ Gaël Klement, travail social/collectivités territoriales (CPN, NPA Lorraine Nord), 22/ Didier L (comité Renault Cléon/Elbeuf), 23/ Rapahaëlle L (comité Val de Seine, 78), 24/ Laura (comité Le Mans), 25/ Bernard Nemoz (comité 74), 26/ Noe (NPA Lyon, cheminot), 27/ Ocaranza Violeta (NPA La Rochelle), 28/ Oliviéro Carole (NPA La Rochelle), 29/ Armelle Pertus (CE, porte-parole de la campagne Poutou, NPA 92), 30/ Thierry Perennes (comité Nathalie Le Mel, Côtes d’Armor), 31/ David Pijoan (comité NPA Bordeaux), 32/ Gaël Quirante (CE, NPA 92), 33/ Olivier Rosay, secteur poste (comité Var), 34/ Nacer R, travail social (comité NPA 11 – Aude), 35/ Raynald (comité de Canteleu), 36/ Remy (comité Le Mans), 37/ Sam (comité jeunes Aix-Marseille), 38/ Baptiste Tys, travail social, (NPA 38), 39/ Daniela L (NPA jeunes Paris 8), 40/Raoul (NPA 11 – Aude), 41/Angela S (comité 19ème Paris), 42/Sébastien (comité Paris 20ème), 43/ Marie Kerfriden (comité Nanterre – secteur éducation), 44/ Angela A (comité NPA jeunes Lyon), 45/Florence P, ville de Paris (comité travail social, NPA 92), 46/ Régis Louail, secteur auto (NPA Rouen), 47/ JB, commission de médiation (comité Asnières-Gennevilliers, NPA 92), 48/ Louison (comité sud Grenoble), 49/ Victor Mendez (CPN, BSJ, comité NPA Jeunes 92)

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