Guide d’étude sur la situation mondiale : une nouvelle étape a commencé (partie 1)

18ème Conférence du courant international Socialisme ou Barbarie, février 2023.

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La théorie et l’histoire enseignent qu’une succession de régimes sociaux présuppose la forme la plus élevée de la lutte des classes, à savoir la révolution (…) « La force est la sage-femme de toute société ancienne enceinte d’une société nouvelle ». Jusqu’à présent, personne n’a pu réfuter ce dogme fondamental de Marx dans la sociologie de la société de classes. Seule une révolution socialiste peut ouvrir la voie au socialisme ». (Léon Trotsky cité dans « Marx, Trotsky et Mandel. Le débat sur la dynamique du capitalisme », izquierda web)

 

  1. La théorie de l’impérialisme reprend du poil de la bête

La première caractérisation de la situation mondiale est que tout indique qu’une nouvelle étape s’est ouverte dans la lutte des classes au niveau international (en prenant l’idée de lutte des classes comme concept général). Il ne s’agit ni d’une simple conjoncture, ni d’une nouvelle étape qui se serait ouverte mécaniquement comme sous-produit de l’action directe de la lutte des classes. Ce qui s’est produit, c’est une modification dramatique des facteurs objectifs de la réalité matérielle mondiale. Ces facteurs conditionnent tout développement. Il s’agit d’un ensemble de déterminations qui façonnent déjà une autre période en matière de lutte des classes et qui expriment une différence marquée par rapport à l’étape précédente. Nous sommes dans une phase d’accentuation, d’aggravation, de changement de nature de toutes les contradictions économiques, géopolitiques, politiques, culturelles, écologiques qui marquent la situation mondiale.

L’accentuation des contradictions, y compris les défaillances du système en ce XXIe siècle, ne signifie évidemment pas un effondrement automatique de celui-ci (le catastrophisme a toujours été mauvais conseiller pour les courants révolutionnaires[1]). Mais quelle que soit la région du globe considérée, on constate une accumulation de tensions et de problèmes difficiles à résoudre par le système dominant. Ce qui s’est ouvert est très différent et même à l’opposé de la période qui a précédé la chute du mur de Berlin, où la caractéristique dominante était justement l’atténuation des contradictions. Cette période, qui s’est étendue, si l’on peut dire, sur les dernières décennies du XXème siècle et le début de celui-ci, pourrait être définie comme une « période kautskyenne ». Bien que Lénine considérait Kautsky comme un de ses maîtres, les pressions de la période de stabilité du capitalisme, qui s’étendait, grosso modo entre 1890 et 1914, se sont exprimées chez lui ainsi que dans l’ensemble de la direction de cette Internationale, sous la forme d’une appréciation évolutionniste des événements. Une idée naïve et bourgeoise du progrès. La démocratie bourgeoise impérialiste était déjà la panacée et il suffisait de gagner une majorité parlementaire pour que le prolétariat soit facilement placé au pouvoir. Une logique qui, en matière de dialectique, s’exprimait par un évolutionnisme grossier et mécanique : la réalité se déroulait par simple gradualisme ; les ruptures, les sauts qualitatifs, etc., étaient exclus.

Logiquement, cela conduit à apprécier l’impérialisme comme un phénomène purement politique et non structurel : les guerres entre États seraient un phénomène passager, contrairement à la vision de Lénine selon laquelle l’impérialisme exprimerait, entre autres, une crise structurelle liée à la lutte entre États dominants pour le partage du monde en zones d’influences déjà morcelées. Ce qui revient à dire que tout nouvel impérialisme devrait se battre sanguinairement pour se frayer un chemin.

En résumé, il est clair que les décennies de domination unipolaire du système mondial par les Etats-Unis ont été des années « kautskyennes » (descriptivement : la théorie de Kautsky échoue sur ces bases[2]), tandis que l’étape qui s’ouvre aujourd’hui réactualise les analyses classiques de Lénine en ce sens que l’époque que nous traversons est une époque de crises, de guerres et de révolutions. Autrement dit, les caractéristiques de l’époque prennent une importance dans cette étape qui s’ouvre (ce qui n’est pas une affirmation mineure ou générale : c’est un fait structurel et inéluctable pour l’avenir à court terme).

Il est significatif qu’au cours des décennies précédentes, des intellectuels marxistes d’origines et de traditions diverses (de Toni Negri à divers marxistes vernaculaires) aient exprimé l’opinion que la théorie de l’impérialisme était dépassée, que la mondialisation économique, le développement international des chaînes d’approvisionnement, etc.,excluaient la possibilité de guerres majeures entre États (ils admettaient la possibilité d’un État mondial unique, c’est-à-dire d’un Imperium, comme Negri lui-même, avec Hardt, l’a intitulé dans un ouvrage en vogue au début de ce siècle). Tous les développements de la nouvelle étape en général, et la guerre en Ukraine en particulier, ainsi que les contradictions croissantes entre les États-Unis et la Chine, sont là pour démontrer la fausseté de cette affirmation. Les problèmes du capitalisme sont structurels. Chaque étape du capitalisme nous oblige à les repenser et à ne pas répéter des formules de manière doctrinaire. Une atténuation des contradictions ne peut être qu’un événement transitoire : les défauts structurels qui traversent l’actuel système d’exploitation, d’oppression et de pillage, ainsi que la concurrence entre États puissants subordonnant les plus faibles, ne peuvent manifestement pas être résolus pacifiquement, sans grandes luttes, crises, guerres et révolutions.

 

2. Une tendance aux événements sanglants

Les contradictions et les problèmes à la base du système mondial deviennent de plus en plus critiques en ce début de XXIe siècle. Nous ne sommes pas encore confrontés à de nouvelles révolutions. Les crises économiques ne sont pas encore aussi dramatiques que celle de 1929. Nous ne sommes pas encore confrontés à une guerre mondiale inter-impérialiste (bien que la dynamique ukrainienne soit ouverte et que son visage de guerre par procuration se soit aggravé). Cependant  toutes les tendances vont vers l’aggravation des contradictions.

La conflit en Ukraine et les contradictions croissantes entre les États-Unis et la Chine ont eu pour effet de faire réapparaître un phénomène qui avait été exclu de la scène il y a plusieurs décennies : le réarmement, la remilitarisation, une nouvelle course qui va jusqu’à la lutte pour la domination de l’espace extra-atmosphérique. 

Hormis les États-Unis et la Chine, et en considérant la place particulière de la Russie (avec un budget militaire médiocre mais une vaste expérience militaire accumulée datant de l’ère « soviétique »), les autres puissances impérialistes partent de niveaux de stocks très bas, presque ridicules (voir aujourd’hui les difficultés de l’OTAN à envoyer des chars en Ukraine).

Rien de tout cela ne doit remet en cause le retour inévitable de la lutte contre la guerre par procuration en Ukraine, la défense critique des droits à l’autodétermination du peuple ukrainien, la lutte contre le réarmement et le danger nucléaire renouvelé (bien qu’encore atténué), la mobilisation contre l’OTAN et tous les traités militaires des anciens et nouveaux impérialismes ou proto-impérialismes, et ainsi de suite. C’est-à-dire : toute une nouvelle série de tâches qui ont été exclues à des fins pratiques dans l’étape précédente ; ce qui inclut, nous insistons, le retour du spectre du danger nucléaire, quelque chose qui a complètement disparu de l’horizon pendant des décennies (quelque chose qui n’était pas présent dans la génération actuelle et qui, avec la destruction de la planète, re propose l’idée de l’éventualité d’événements catastrophiques générés par le système capitaliste[3]).

Il est difficile, voire impossible, de penser que ces nouvelles contradictions puissent être résolues sans effusion de sang, par pure convention ou consensus (elles sont trop aiguës pour cela ; le choc des intérêts et des contradictions est trop structurel). Nous sommes plus proches qu’il y a quelques décennies d’événements sanglants, d’événements où les rapports de force entre classes et entre États se règlent dans les faits, sur le terrain physique, et non pas dans la médiation.

Bien sûr, il y a des pays très médiatisés où la démocratie bourgeoise est encore forte. Mais, même là, il y a des éléments nouveaux comme l’assaut trumpiste contre le Capitole, l’assaut contre Brasilia par le boslonarisme il y a deux mois, etc. C’est-à-dire que, surtout en ce qui concerne les États-Unis, il y a une remise en question des sacro-saintes institutions de la démocratie impérialiste. Et bien sûr, il y a des cas plus dramatiques, plus brutaux, comme  celui du Pérou, où l’on a essayé d’écraser la rébellion par un massacre (le cas de Puno-Juliaca, sans oublier Sakaba et Senkata lors du coup d’État en Bolivie).

Que constatons-nous ? Que, tant au niveau des relations entre États qu’au niveau de la lutte des classes, le sang commence à couler. Les limites de cette institutionnalité (qu’il s’agisse de l’institutionnalité du droit international ou de celle de la démocratie bourgeoise) tendent à être brisées de façon plus habituelle, et il devient « plus facile » de passer aux événements directs de la lutte des classes ou aux guerres entre États, où ce sont les rapports de forces nus (les forces matérielles en conflit) qui décident des choses. La tendance à la bonapartisation des régimes politiques en fait partie, comme nous le verrons.

 

3. De la barbarie de la parole au passage à l’acte (et à terme, à la révolution).

Dans cette nouvelle étape, il y a des éléments de dégradation politique et géopolitique, également dans les conditions de vie et de travail où l’offensive capitaliste est féroce. En Argentine, on discute de la manière de faire un saut qualitatif dans l’exploitation du travail afin de mettre en œuvre les contre-réformes structurelles, tout en liquidant le rapport de forces hérité de 2001. Les dangers se multiplient : qui va procéder à l’ajustement féroce dont on parle, et par quels moyens ? A titre d’exemple, au Pérou, on vient de voter en Commission du Congrès la retraite à 75 ans… une suppression pure et simple de la retraite. Ceci dans un pays où 60% de Lima a voté pour Keiko Fujimori et où le maire de Lima, membre de l’Opus Dei, se flagelle devant les caméras (et où, aussi, le coup d’état parlementaire coexiste avec une rébellion populaire ; tout ceci fait partie du tableau).

Qu’on le comprenne bien : cette nouvelle étape de la lutte des classes n’annule pas encore les éléments de médiation, mais elle en accentue toutes les contradictions. Et cette accentuation est une dynamique au long terme, une autre étape Toutes les analyses parlent d’une situation qui va se durcir, et notre jeune courant doit être en pleine connaissance afin de se préparer.

Mandel a affirmé avec force que la brutalité des mots précède la brutalité des actes. Ils créent les conditions pour légitimer la brutalité des actes. Aujourd’hui, de nombreux discours profitent de faire du buzz  (invectives, attaques sur les médias et sur les réseaux sociaux). Mais la brutalité de la parole n’existait pas lors de l’étape précédente, il convient donc de la noter comme un fait nouveau (et non accidentel). Dans l’étape précédente, le centre politique dominait sans discussion – et il domine toujours mais avec plus de guets-apens : avec une polarisation politique, sociale, économique et interétatique croissante ; avec une brutalisation des mots appropriés par les secteurs bourgeois. Dans l’Occident capitaliste-impérialiste, c’est encore une minorité de la bourgeoisie qui soutient l’extrême-droite. Une bonne partie de ces secteurs soutient des solutions centristes plus ou moins orientées vers la droite (même quelques-uns qui penchent à gauche comme l’on peut voir dans le développement interne du gouvernement de Biden, que nous reverrons.)

Les solutions consensuelles, la démocratie bourgeoise, même affaiblie, continuent de s’imposer (bien sûr, nous excluons ici la Chine, la Russie et même, dans une certaine mesure, l’Inde). Cependant, la brutalisation du discours politique, l’arrivée de l’extrême droite (qui opère encore essentiellement dans le cadre institutionnel et sans racines populaires pleinement organisées, bien que cela puisse changer rapidement), la remise en question des libertés démocratiques et du régime démocratique bourgeois lui-même par la droite, constituent un danger qu’il serait extrêmement grave de sous-estimer.

On pourrait dire que l’extrême droite fait un geste préventif face à l’éventualité d’une remise en cause croissante du capitalisme vorace du XXIème siècle. Elle remet en cause les libertés démocratiques, elle remet en cause les avancées des droits des femmes et des LGBTI, elle remet en cause tout arbitrage minimal de l’Etat, les dernières conquêtes sociales, l’organisation des travailleurs, etc. ; elle veut imposer le règne de l’esclavage du travail, ainsi que des relations humaines et des idées rétrogrades (elle encourage des interprétations irrationnelles du monde : terraplanisme, entrepreneuriat ultra-libéral, idée que le changement climatique est une invention de la  » gauche culturelle « , etc.)

Et si dans tous les cas il existe des contre-tendances évidentes (la persistance de la rébellion populaire, pour ainsi dire), c’est-à-dire des pôles et bi-pôles de la lutte des classes au niveau local, régional et international, la croissance de l’extrême droite et des tentatives bonapartistes (dont beaucoup ont échoué jusqu’à présent), expriment cette tendance à des solutions non consensuelles dans la lutte des classes et les relations entre les Etats. Une tendance qui va vers une résolution des contradictions par le « sang », bien que la dialectique des choses reste aussi valable et donc n’est pas encore la solution principale des plus lucides de la bourgeoisie : cette tendance favorise certainement le retour des révolutions sociales au 21ème siècle. La société humaine n’est pas un corps inerte, c’est un corps vivant : si vous balancez le pendule trop d’un côté et le pendule va sans doute rebondir, mais pas pour rester au centre, sinon pour aller à l’autre extrême ; cela fait partie d’une inévitable  » physique politique « . C’est pourquoi, nous le répétons, les  têtes les plus lucides de la bourgeoisie, ses « cadres dirigeants », continuent de préférer les solutions consensuelles, si possible en approfondissant la vague de contre-réformes, contrairement aux « bourgeois ordinaires ».

 

4. Le phénomène des guerres interétatiques et par procuration (indirectement inter-impérialistes) est de retour.

L’élément géopolitique dans cette nouvelle étape est écrasant, il a une présence énorme, et pour nous, d’une certaine manière, il est insupportable parce que ce n’est pas notre terrain (direct) : nous ne nous positionnons pas de manière privilégiée en termes de relations entre les États mais entre les classes. Nous ne sommes pas ces marxistes qui célèbrent l’arrivée de “l’Armée rouge stalinienne” à Berlin comme s’il s’agissait de l’expansion mécanique de la « révolution socialiste »… Notre vecteur, ce n’est pas les Etats. Et ça ne le serait pas même si nous dirigions un Etat ouvrier : notre vecteur privilégié, c’est la lutte des classes. C’est pour cela que la géopolitique nous dérange, parce qu’elle déplace la lutte des classes et place les États comme acteurs de l’histoire. L’idée que les vecteurs de l’histoire sont les États est un héritage de la Révolution française, où l’État et les sans-culottes se sont superposés. Le sujet du marxisme révolutionnaire est la classe ouvrière, et non un État, même « ouvrier ».

En outre, et logiquement, de grands penseurs (comme Hegel par exemple), imprégnés par la Révolution française et aussi par les tâches en suspens de leur époque en Allemagne (l’absence de constitution en tant qu’État national), étaient étatistes. C’est pourquoi Marx les a sévèrement critiqués dans des essais brillants tels que la Critique de la philosophie de l’État de Hegel, dans lequel il place la société civile (l’imbrication des masses et de l’économie) au centre des choses.

Cela dit, il faut tout de suite préciser qu’un fil dialectique invisible relie, en un certain sens, guerre et révolution, de même que les guerres, toutes les guerres, ne sont rien d’autre que la continuation de la politique par d’autres moyens. Ce qui signifie simplement qu’il faut distinguer le type de guerres : il y a des guerres justes, comme les guerres révolutionnaires ou les guerres pour les droits à l’autodétermination nationale, ainsi que les guerres civiles (guerres entre classes), et d’autres qui ne le sont pas : les guerres inter-impérialistes ou par procuration : des guerres qu’il faut mener pour les transformer de guerres réactionnaires en un événement révolutionnaire contre la guerre elle-même[4].

Il est clair que lorsque nous condamnons la géopolitique, nous condamnons plutôt les guerres inter-impérialistes ou réactionnaires qui sont menées contre les intérêts des masses, qui cherchent à rompre ce fil invisible qui lie la guerre et la révolution. Nous condamnons des guerres menées par des États réactionnaires au seul détriment des masses.

Cependant, la confusion entre lutte des classes et géopolitique remonte à loin dans le marxisme. Des auteurs comme Domenico Losurdo, récemment décédé, renouvellent cette approche étatiste des questions (par définition, les relations entre États sont l’objet de la géopolitique). Logiquement, les relations entre classes sociales relèvent de la lutte des classes directe : “Trotski, qui voit dans le pouvoir conquis par les bolcheviks en Russie un tremplin pour la révolution en Occident, est le représentant le plus éminent du marxisme occidental. Accusé par son adversaire d’une prétendue angoisse nationale et provinciale, Staline est en revanche l’incarnation du marxisme oriental : il n’a jamais quitté la Russie et, déjà entre février et octobre 1917, il présente la révolution prolétarienne comme un instrument nécessaire non seulement pour construire un nouvel ordre social, mais aussi pour réaffirmer l’indépendance nationale de la Russie (…) » (Doménico Losurdo, O marxismo occidental. Como nasceu, como morreu, como pode renascer ; 2018 ; 43).

Ce à quoi on pourrait ajouter, sans faire violence à l’auteur,  » et construire un État au sens plein du terme  » (Losurdo remet en cause l’idée même du marxisme sur la nécessaire tendance à la disparition de l’État dans la transition socialiste).

Le fait est cependant que les tensions entre les États-Unis, la Chine et la Russie se sont aggravées de manière monumentale (une caractéristique centrale de la nouvelle étape). Les relations diplomatiques n’ont pas été rompues (les fonctionnaires de ces États se rencontrent régulièrement), mais il y a actuellement en Ukraine une « double guerre » où l’élément d’autodétermination nationale des Ukrainiens, que nous défendons, est surdéterminé (éclipsé) par l’élément de guerre par procuration et de conflit inter-impérialiste (la complexité du conflit a été un élément de confusion et de dispersion au sein de la gauche internationale[5]).

Dans la discussion entre Rosa et Lénine, Rosa affirme que toutes les guerres nationales sont des guerres par procuration à l’époque de l’impérialisme, et Lénine répond que non, qu’il faut examiner chaque guerre concrètement, car sinon on nie tout droit légitime à l’autodétermination alors que tous les peuples ne se trouvent pas au même stade historique : il y a des pays impérialistes et des pays assujettis.

Toutefois, il ne faut pas perdre de vue que l’élément de la guerre par procuration voir  l’élément inter-impérialiste, existe et se développe dans cette nouvelle étape. En Ukraine, cet élément est actuellement plus dominant, et la chair à canon, ce sont les ukrainiens : leur pays est en train d’être détruit en raison de l’invasion russe et de la politique pro-impérialiste de Volodimir Zelensky, qui n’est pas du tout indépendant, qui est un idiot utile de l’OTAN, qui est prêt à couler l’Ukraine pour des intérêts qui lui sont étrangers (bien que, nous insistons, l’élément d’autodétermination nationale, d’autodéfense nationale soit légitime et subsiste, même s’il est actuellement subordonné[6]).

C’est pourquoi la clé du moment dans ce contexte de guerre d’usure destructrice est l’appel au cessez-le-feu, à la paix sans annexions, pour exiger le retrait des troupes de Poutine, le désarmement de l’OTAN (sa dissolution), etc. (voir la récente déclaration de notre courant à cet égard : « Pour une paix juste sans annexions »).

L’autre grand problème géopolitique est celui de la mer de Chine méridionale, qui concerne Taïwan (le problème de Taïwan s’est aggravé après l’assujettissement de Hong Kong). Le marxiste chinois et hongkongais Au Loong Yu plaide pour l’autodétermination de Taïwan, non pas l’indépendance mais l’autodétermination (« A rightful place for Taiwan in this world », izquierdaweb). Nous suivons Au Loong Yu parce que nous essayons d’étudier les marxistes des pays que nous étudions et non de théoriser dans l’abstrait (sur le droit à l’autodétermination de Taiwan : « Does China Fail ? », izquierdaweb).

Sur la confrontation avec la Chine, Biden a déclaré que sa politique (exprimant l’unité bourgeoise américaine sur ce point, autre élément nouveau : un élément de confluence entre Démocrates et Républicains) est  » la compétition, pas le conflit « . C’est comme si l’on essayait de mettre une limite aux développements, bien que le revirement de la politique américaine pour contenir la Chine soit évident[7].

Cependant, le ministre chinois des affaires étrangères vient de répondre que ce n’est « pas vrai », que si « les Etats-Unis ne changent pas leur politique agressive à l’égard de la Chine », « on ira inévitablement vers un conflit » (je paraphrase ici ses propos, ils ne sont pas textuels mais je pense être fidèle à la teneur de ses déclarations).

Pour sa part, le projet du PCC est national-impérialiste, non émancipateur (ceux qui voient son cours comme « anti-impérialiste » se trompent). Il a échangé le projet anticapitaliste avec des éléments de défense nationale qu’il avait à ses origines contre un projet capitaliste impérialiste en construction (le marxiste français Pierre Rousset y est sensible, mais sa position très malencontreuse sur l’Ukraine remet en cause ses approches[8]).

C’est une question délicate, car personne ne sait si le monde peut accueillir la Chine et les Etats-Unis (évidemment non, d’où la dynamique de conflit). Le monde est plus petit, donc le problème écologique émerge aussi : le monde n’est plus infini, c’est un autre fait du XXIème siècle. Au XXème siècle, le « marxisme » en général (pas Marx, pas Engels, pas Trotsky[9]) était productiviste. Cela allait jusqu’au stalinisme (qui n’était évidemment pas marxiste), qui ne considérait pas le capital fixe, son amortissement et les matières premières comme un coût. Les ressources naturelles étaient là, littéralement, pour être pompés, comme pour la force de travail (belle vision de “l’état ouvrier » avait le stalinisme…). Actuellement, l’élément le plus matérialiste de l’écologie est celui-ci : la fin du monde « infini » [10].

Cette fin de l’infinité du monde donne un cadre complètement différent au discours sur les relations métaboliques entre l’homme et l’environnement qu’au dernier siècle. La pression du changement climatique est réelle et est physiquement ressentie dans le quotidien d’énormes masses de personnes. Quoi qu’il en soit, même si nous y reviendrons, l’écologie et la pandémie rendent la vie quotidienne dystopique d’une certaine manière, mais pas comme un film vu sur les réseaux ou Netflix, mais dans la vie réelle, ce qui donne lieu à un nouvel ensemble de perceptions et de potentialités anticapitalistes très concrètes[11].

 

5. Quand les États se placent au-dessus de l’économie

Si l’on regarde la compétition hégémonique entre les Etats-Unis et la Chine, ce qui a changé, c’est que les Etats se sont à nouveau mis au-dessus de l’économie. Les États n’avaient pas disparu et ont retrouvé leur gloire d’antan (un autre élément de la théorie de l’impérialisme qui est d’une brûlante actualité).

Pour simplifier, la théorie de l’impérialisme est une théorie qui, dans l’analyse du capitalisme, combine ses deux réalités structurantes : non seulement l’économie, mais aussi les États concurrents (sans oublier, bien sûr, la lutte des classes). Cela signifie, structurellement, que la tendance au marché mondial ne peut jamais être poussée jusqu’au bout : la globalisation actuelle du monde, la plus répandue dans l’histoire du capitalisme, trouve cependant ses limites dans le fait que ce sont précisément les États qui survivent et reviennent à leurs propres moyens : ils explicitent leurs droits.

Un véritable marché mondial ne peut être réalisé qu’avec le socialisme (avec la disparition des États et des frontières elles-mêmes).

Lorsque la mondialisation était en plein essor, les capitaux sont allés en Chine pour réduire les coûts ; c’était l’ère de la délocalisation des centres impérialistes traditionnels, une ère qui a duré plusieurs décennies et qui a internationalisé les chaînes d’approvisionnement. Mais en remettant les Etats au dessus de l’économie (délocalisation pour des raisons géopolitiques, pas spécifiquement productives), un problème très grave est apparu (loin d’être résolu), car l’économie, le « libre marché », est plus compétitif quand il s’étend au reste du monde, et le « libre marché » est plus compétitif quand il s’étend au reste du monde, est plus compétitive lorsqu’elle s’étend sur le marché mondial (la division du travail est mondiale et si chaque État ou région faisait ce qui est le plus compétitif du point de vue mondial, mais pas du point de vue des États eux-mêmes, la compétitivité mondiale gagnerait, c’est évident, bien qu’il soit impossible de pousser le capitalisme jusqu’à sa limite logique[12]). Cependant, les États existent et ont besoin de bases matérielles à l’intérieur de leurs frontières (s’ils pouvaient s’ouvrir complètement à cela, ils seraient finis). De même, les Etats sont numériquement moins nombreux que les entreprises, et tendent nécessairement à fixer plus géographiquement les capitaux productifs parce qu’ils dominent des territoires, ont des comptabilités nationales, ainsi que le monopole de la violence sur ce territoire donné, etc. Dans ces conditions, la lutte entre Etats est par définition cent fois plus concentrée que la lutte entre entreprises. En  conséquence, les guerres entre entreprises, monopoles, etc., sont des guerres économiques d’un niveau de concurrence féroce, mais les guerres entre États sont militaires, sanglantes, ce qui fait une nette différence (on ne peut pas confondre guerre économique et guerre militaire, ce sont des choses différentes, des niveaux différents de relations humaines)

Si, logiquement, les États sont aussi en concurrence, et de manière démultipliée, le problème est que la barrière entre la concurrence économique ou commerciale et la concurrence militaire, qui n’est pas seulement économique mais aussi nationale, territoriale et géographique, les frontières entre les deux commencent à s’estomper.

Nous répétons mille fois que nous parlons de nouvelles tendances, pas encore d’une modification complète de la configuration globalisante ; les chaînes d’approvisionnement globalisées sont toujours présentes, il est très difficile de « dénicher » le capital fixe, etc., mais de nombreux capitalistes comme Mark Moebius, par exemple, déclarent maintenant qu’ils « ne favoriseraient qu’avec circonspection les investissements en Chine », au-delà du fait qu’en tant que plus grand marché du monde, il est impossible d’éviter d’y investir (comme dans le cas de l’Allemagne, par exemple). Mais c’est une toute autre affaire de continuer à délocaliser des branches entières en Chine, ou d’y installer des nœuds fondamentaux des chaînes d’approvisionnement occidentales (en fait, il y a déjà une migration vers d’autres pays du sud-est asiatique).

En résumé : il y a une crise de la mondialisation ; si vous êtes un grand bourgeois aujourd’hui, vous réfléchiriez deux fois avant d’aller en Chine. Cela s’explique en partie par le changement opéré par Biden, que nous devons examiner plus en profondeur, avec une politique explicite de réindustrialisation des États-Unis : il s’agit là d’une autre nouveauté. Les relations de travail sont aussi néolibérales qu’elles l’ont été (bien que Biden semble encourager la syndicalisation ; nous devons finir d’étudier exactement pourquoi), mais cette politique n’est pas (aussi) néolibérale ; The Economist se plaint qu’il ne s’agit pas d’un marché libre. Biden a mis en place une série de programmes de soutien dans les semi-conducteurs, les infrastructures, etc., ainsi que des barrières tarifaires, non seulement contre la Chine mais aussi contre l’UE…L’Europe se plaint de la politique protectionniste des États-Unis et le marxiste yankee Dan Le Boz affirme qu’en matière de politique intérieure, Biden a un discours «de gauche» : en résumé nous allons vers un climat de concurrence et éventuellement vers des conflits sanglants au lieu d’aller vers une dynamique de coopération et de délocalisation des chaînes de production.

Le double circuit signifie « deux marchés mondiaux en un », ce qui est improductif (nous exagérons pour faire comprendre ce qui est en jeu, mais étant donné la profondeur du maillage productif mondial, il n’y a toujours pas de monde bipolaire, mais nous sommes confrontés à une polarisation asymétrique qui passe de la concurrence entre les États à l’économie – avec les États-Unis et la Chine comme acteurs exclusifs de cette concurrence).

La théorie de l’impérialisme revient donc à ses racines, avec l’élément classique de la concurrence interétatique qui était absent lorsque les États-Unis étaient hégémoniques. L’impérialisme est apparu lorsque la première vague de libéralisation de 1870 à 1914 s’est achevée ; il y a eu ensuite une longue vague de protectionnisme jusqu’en 1970, lorsque la nouvelle étape libérale est arrivée, ce que nous appelons le néolibéralisme, qui est loin d’être terminé, mais il y a de nouveaux éléments de concurrence.

 

6. Le capitalisme vorace du 21ème siècle (caractéristiques générales)

D’un point de vue strictement économique, des tendances opposées coexistent (au-delà de la situation actuelle, que nous n’aborderons pas ici[13]). D’une part, une révolution technologique monumentale et de plus en plus généralisée dans les différentes branches de la production (le nier serait paléolithique), qui coexiste avec un capitalisme très abstrait,  » incompréhensible « , où il y a des gens qui deviennent millionnaires du jour au lendemain, avec un développement exubérant d’outils financiers abstraits qui montent et descendent ; d’autre part, l’esclavage du travail le plus brutal des jeunes travailleurs. (Le cas du Pérou, par exemple, est un exemple extrême d’une expérience mondiale : extractivisme illimité, travail informel pour 80 ou 90 % de la main-d’œuvre, effondrement du taux de syndicalisation, héritage de l’empire néolibéral de Fujimori. Logiquement, il s’agit d’un pays plutôt « marginal » dans l’économie mondiale, mais peut-être extrêmement illustratif des tendances globales).

À côté de cela, des œuvres architecturales monumentales telles que l’invention de pays entiers comme le Qatar, les autres Émirats arabes unis, etc.

En d’autres termes, des images extrêmement contrastées du capitalisme coexistent : des formes d’exploitation ultramodernes du 21e siècle (exploitation par algorithme, IA, etc.) et des conditions de travail du 19e siècle sans droits d’aucune sorte. Des monuments du développement technologique et urbain capitaliste qui côtoient la brutalisation et la barbarisation des rapports humains dans de larges parties du monde. Le capitalisme est plus que jamais un “monde de contrastes ». La loi du développement inégal et combiné s’applique à lui comme jamais auparavant à l’échelle mondiale. Et ce qui est spécifique, c’est qu’il devient plus vorace non seulement parce qu’il n’y a pas encore le contrepoids de nouvelles révolutions sociales comme dans la seconde moitié du siècle dernier, mais aussi, du point de vue économique, parce que le monde devient aussi  » fini  » d’un point de vue strictement économique : ce qui est spécifique aux tendances actuelles de la crise, c’est que les profits réalisés avec la restauration du capitalisme dans un tiers du globe s’épuisent et qu’il faut trouver de nouvelles sources de valorisation (attention : il y en a, nous le verrons[14]).

Le capitalisme n’est pas faible, c’est une bête très difficile à dompter (la marchandisation du monde est monumentale, tout est marchandise, tout s’achète et se vend). Ses contrastes sont infinis, il a de nombreux repaires, mais il n’est pas faible : il reste une histoire de révolution constante des forces productives, ainsi que la création de forces de plus en plus féroces, atroces, destructrices, la destruction de la planète et de la force de travail. Le fantôme de la révolution ayant disparu, le capitalisme est devenu féroce (d’une férocité homogène). En Argentine, nous ne le voyons pas du tout parce qu’il s’agit d’un paléo capitalisme. Mais dans le monde, il y a un processus de modernisation énorme et extrêmement inégal qui coexiste avec des éléments parasitaires croissants et une surexploitation féroce, avec toutes sortes de stratifications et pas seulement de classe (bien que le conflit de classe, attention, soit ce qui commande tout le reste, ce qui structure toutes les autres relations sociales) : un capitalisme armé jusqu’aux dents, avec des quartiers privés, avec la répression, avec des massacres : si vous êtes un travailleur, un travailleur noir, un homosexuel, un immigré, une femme, etc, on te discrimine, on te surexploite (voire, littéralement, selon les cas, on te tue en toute impunité[15]).

Il y a aussi un nouveau débat, celui de la « transition écologique ». Le capitalisme vert est un gros business. En tout cas, avec la guerre en Ukraine, la production d’énergies fossiles a augmenté. La consommation de combustibles fossiles ne diminue pas, mais la consommation de combustibles verts tend à augmenter, ce qui ne veut pas dire qu’ils ne sont pas polluants : les batteries au lithium, le lithium, est une nouvelle histoire de déprédation et d’extractivisme (« Lithium : le matériau de l’avenir », izquierdaweb). Nous n’avons malheureusement pas la place ici de développer ce thème, mais notons en tout cas que l’inégalité est l’un des principaux débats aujourd’hui en matière d’anti capitalisme ; la saleté insupportable qu’est aujourd’hui le capitalisme pour la grande majorité des exploités et des opprimés.

Il y a un débat sur le taux de profit du capitalisme, sur la question de savoir s’il s’est redressé par rapport aux années 1970 et dans quelle mesure. Les capitalistes gagnent comme jamais auparavant parce que la classe ouvrière est loin derrière, donc le capitalisme est à l’aise. La classe ouvrière est loin derrière parce que le 20e siècle s’est mal terminé. Les critères d’exploitation ont augmenté férocement, et cette offensive continue, il n’y a aucune concession nulle part (le retrait des anciennes concessions et le non-octroi de nouvelles est une caractéristique du capitalisme d’aujourd’hui[16]). Il n’y aura pas de concessions à moins de les abattre ou de les saisir par la peau du cou ; la rébellion doit se transformer en révolution.

Si ce n’est pas le cas, nous pourrons obtenir quelques avancées démocratiques que le capitalisme pourra absorber, comme les avancées en matière de genre qui ont été réalisées dans certains pays ; mais des avancées économiques, si la révolution ne revient pas, il n’y en aura pas : tracer la ligne de démarcation entre le travail nécessaire et le travail excédentaire signifie une lutte sanglante.

En tout cas, il ne s’agit pas seulement du taux d’exploitation, ce qui serait une explication vulgaire de la crise capitaliste. Il y a de graves problèmes dans la valorisation du capital. L’exubérance du capital fictif l’exprime. De plus, l’élément concurrentiel entre les États exprime également que l’énorme gain géographique du capitalisme après la chute du mur de Berlin et avec la restauration capitaliste d’un tiers du globe pour la création de plus-value et la marchandisation, a ses limites. Il est vrai, cependant, que la prochaine success story pourrait être l’Afrique, encore largement inexplorée en termes d’exploitation capitaliste basée sur le développement des forces productives et de la plus-value relative (sans compter qu’il y a certainement encore beaucoup de terrain inexploré en Inde, qu’il y a la question de la conquête de l’espace, etc[17]).

Mais, en tout état de cause, le taux de profit s’est sans doute redressé au cours des dernières décennies (sans toutefois atteindre les niveaux d’après-guerre), mais les éléments évidents de parasitisme, d’outils fictifs comme le bitcoin, la production plus que proportionnelle consacrée à la construction immobilière non productive (c’est-à-dire au capital non productif), etc. indiquent la coexistence dramatique entre tendances productives et improductives, ainsi qu’entre forces productives et destructrices et le drame écologique (le pillage de la nature).

Quoi qu’il en soit, il existe deux points de vue polaires également unilatéraux qui ne fonctionnent pas ensemble en ce qui concerne la dynamique capitaliste. La première est l’idée vulgaire selon laquelle les forces productives ont cessé de se développer. Ernest Mandel a donné une bonne réponse à cette approche vulgaire il y a des années (et dans un autre stade économique mondial), non sans coïncidence avec un texte écrit par un marxiste qui a vécu dans le centre impérialiste : Late Capitalism (Le capitalisme tardif). Nahuel Moreno, de la périphérie sud-américaine et de l’Argentine, un pays, en effet, en crise permanente bien que socialement très moderne, avait pour position que les forces productives avaient cessé de se développer en … 1914 (dans les dernières années de sa vie, il a changé cette position). D’autres tendances trotskistes continuent à tenir les mêmes positions ou des positions plus erronées (groupes caractérisés par le « catastrophisme » et par des sources théoriques qui ne sont pas celles du marxisme révolutionnaire mais du débat sur le sujet qui a eu lieu dans la IIe Internationale et qui a abouti à une impasse[18]).

Lénine et Trotsky n’ont jamais prôné le catastrophisme, le premier allant jusqu’à affirmer “qu’il n’y a jamais de situation absolument désespérée pour la bourgeoisie » à moins qu’elle ne soit renversée. Trotsky rappelait le pronostic alternatif d’origine engelsien et luxembourgeoise, du socialisme ou de la barbarie.

Dans l’entre-deux-guerres, Henryk Grossman a produit un ouvrage profond et nuancé sur le prétendu « effondrement du capitalisme » (The Law of Accumulation and the Collapse of the Capitalist System), mais, rappelons-le, son schéma laissait de côté la lutte des classes (c’est-à-dire qu’il laissait de côté certaines médiations). L’idée de Trotsky de la « courbe du développement capitaliste » est moins mécanique et plus terrestre parce qu’elle ajoute aux tendances internes du système les conditions historiques objectives dans lesquelles il opère et qui ne peuvent être exclues de l’analyse totale.

D’autre part, les analyses qui embellissent le système ne sont pas non plus utiles : ces auteurs qui ne voient pas de crise dans le capitalisme, qui le voient développer des forces productives comme s’il s’agissait d’un système en « croissance éternelle », sans histoire. Il y a quelques années, nous avons eu un débat avec l’un de ces marxistes (Rolando Astarita, sérieux mais dépourvu de critères politiques) qui, avec une approche positiviste, perd de vue la dimension historique du système (ils éternisent ses lois et son développement) : l’accumulation croissante de forces productives et destructrices, un système dans lequel chaque progrès s’accompagne d’une régression : « Le fait que le capitalisme continue d’osciller cycliquement (…) indique tout simplement qu’il n’est pas encore mort et que nous ne sommes pas encore face à un cadavre. Tant que le capitalisme ne sera pas vaincu par la révolution prolétarienne, il continuera à vivre en cycles, à monter et à descendre. Les crises et les booms sont caractéristiques du capitalisme depuis sa naissance ; ils l’accompagneront jusqu’à la tombe. Mais pour définir l’âge du capitalisme et son état général, pour établir s’il est encore en développement, ou s’il a mûri, ou s’il est en déclin, il faut diagnostiquer le caractère des cycles, comme on juge de l’état de l’organisme humain selon la façon dont il respire : calme ou superficielle, profonde ou douce, etc » (Trotsky cité dans « Marx, Trotsky et Mandel. Le débat sur la dynamique historique du capitalisme). Astarita critique Trotsky pour ses évaluations de la crise capitaliste des années 1930. Ill est évident que les années 1930 ont été une décennie plutôt catastrophique, mais le capitalisme a ensuite surmonté ce goulot d’étranglement (non sans l’aide du stalinisme, qui a coulé l’URSS et les perspectives émancipatrices).

En résumé : le capitalisme reste une histoire de succès et d’échecs, de « progrès » et de régression, dont le nœud gordien ne sera pas brisé par un mécanisme interne au capitalisme mais par la lutte des classes, et dont les crises sont générées par les lois mêmes qui le régissent. Mais son dépassement émancipateur ne sera pas résolu par un effondrement automatique du système, mais par la révolution socialiste (ou l’humanité retombera dans des conditions de barbarie toujours plus grandes).

Ainsi, le débat sur la crise du capitalisme, sur la nouvelle étape, nous amène directement aux problèmes de stratégie révolutionnaire, question que nous verrons dans la deuxième partie de ce rapport.

 

7. Polarisation multipliée (entre les classes, entre les États et au sein de la classe dirigeante)

On assiste à une polarisation croissante de la lutte des classes parce que les accords consensuels, qui continuent à dominer, sont en crise. Il y a une polarisation entre les classes, entre les États et un nouvel élément : il y a plus de division bourgeoise. Ce troisième élément de polarisation est peut-être plus présent au Brésil, où Bolsonaro, qui avait le soutien de la bourgeoisie au début, s’est ensuite retourné. En Argentine, cette division bourgeoise croissante est appelée « fissure » (il ne s’agit pas seulement d’une division électorale, mais aussi d’une division en termes de type d’ajustement et également plus structurelle).

Les divisions entre les secteurs bourgeois sont parfois économiques, parfois politiques, mais partout dans le monde il y a une « fissure », en premier lieu aux États-Unis : la politique américaine a été « divisante » pendant longtemps (bien qu’ils soient parvenus à un accord sur la Chine et que cela ait au moins partiellement atténué cette partie stratégique de la fissure). Il n’y a pas de grands hommes d’État qui génèrent un consensus dans tous les secteurs de la classe dirigeante et dans toutes les “tribus » capitalistes : les différences sont réelles, d’où la crise du consensus traditionnel.

Il existe deux différences structurelles très importantes (deux critères généraux d' »organisation »). L’une est la mondialisation tout court – le néolibéralisme et les marchés libres sans entraves – ou les États (éléments d’intervention de l’État ou « capitalisme d’État »[19]) peuvent dire « attention, nous dirigeons aussi un pays ».  L’autre division est la suivante : démocratie bourgeoise ou bonapartisme ? Le consensus mondial en faveur de la démocratie bourgeoise est en crise, même s’il reste majoritaire dans le monde occidental. Lors du premier entretien de Joe Biden avec Xi Jinping, ce dernier lui a dit : « La démocratie a beaucoup de coûts, vous devez négocier, parvenir à un accord ; ici, nous expulsons Hu Jintao du Congrès et c’est tout » (j’ai ajouté la dernière partie, mais en substance, c’est cela : ici, nous arrangeons les choses par le haut et c’est tout – de manière plus « économique », sans coûts politiques).

En Argentine, dans un article du journaliste réactionnaire Morales Solá, il est dit que Milei (un personnage d’extrême droite à la mode) rêve que s’il devenait président, comme il n’aurait pas de majorité dans les chambres, il ferait tout par référendum (c’est-à-dire par des moyens bonapartistes). C’est une exagération car Milei a peu de chances d’arriver au scrutin (même si on ne peut pas l’exclure). Mais le débat que fait Xi Jinping, « la démocratie bourgeoise comporte des coûts » (il est entendu qu’on parle ici d’un coût politique, la négociation permanente au lieu de la vitrine), est le débat classique de l’extrême droite : « les députés sont payés », « en plus il faut « faire face » à la société, « le temps est perdu » : si on « liquide tout ça, on ne discute plus avec personne et on accomplit ses tâches souplement » (synthèse : le bonapartisme, sans parler du fascisme ou du nazisme, qui placerait les choses à une autre échelle : il n’y a pas de révolutions pour l’instant). Bien sûr, rien n’est fini, car les contradictions sociales éclatent quand même (c’est comme le refoulé en psychanalyse : les problèmes surgissent quand on ne peut pas les éliminer). L’État chinois a peur d’une révolte, il a encore peur de Tiananmen trente ans après (en général, tout régime autoritaire a peur de l’explosion de la colère populaire). Mais pour l’instant, ils vous enferment, vous giflent et c’est tout (il est clair que la base de la crise potentielle du régime du PCC est de savoir si l’élément de légitimation de la croissance, qui est en train de s’affaiblir, va continuer : La Chine a annoncé une croissance de 5 % pour cette année, quel que soit le poids de la légitimation nationaliste[20]).

En Argentine, nous n’étions pas habitués à l’émergence de l’extrême droite, qui émerge partout (même si elle perd les élections, elle survit en tant que force importante ; même si elle gagne les élections, elle ne devient pas une force fasciste. Son irruption est dangereuse, mais a aussi des limites. Au Brésil, c’était – c’est – évident, ou en France avec Marie Le Pen. Mais cela arrive aussi en Argentine : ils dominent les réseaux sociaux et disent n’importe quoi (l’émergence électorale de Milei est un danger, il ne faut pas croire que ce n’est rien, même si cela a aussi ses limites). On reçoit des attaques sur les réseaux sociaux de Manuela Castañeira, par exemple (nous leur répondons quand cela nous arrange, bien sûr, mais les gars ont un multiplicateur millionnaire parce qu’ils ont des fonds millionnaires derrière eux) ; pendant le conflit du secteur pneumatique, notre figure a d’ailleurs subi deux agressions physiques dans la rue ; et cela peut arriver à n’importe quel camarade qui est une figure publique dans les autres groupes du courant.

La situation internationale s’est légèrement déplacée vers le centre avec les défaites de Trump et de Bolsonaro, mais il semble qu’elle reste fondamentalement réactionnaire. Même à cause de la quadrature du cercle qu’est l’Ukraine, insoluble parce qu’il n’y a pas d’expression indépendante (bien que, comme nous l’avons déjà dit, la lutte pour l’autodétermination nationale soit juste, elle est enrégimentée depuis le gouvernement Zelensky et instrumentalisée par l’impérialisme traditionnel tandis que Poutine les écrase jour et nuit. Une quadrature du cercle, sans possibilité d’émancipation pour le moment).

Il y a une conjoncture réactionnaire mais avec une augmentation de la polarisation dans tous les sens : entre les États, au sein de la classe dirigeante et dans la lutte des classes, où les tendances à la rébellion populaire survivent et se radicalisent (bien que la rébellion ne soit pas suffisante, nous devons rouvrir le cycle des révolutions. Voir le cas du Pérou à cet égard[21]).

Dans la lutte des classes, deux tendances opposées coexistent donc. Il y a ce nouveau phénomène de coup d’Etat et de rébellion populaire qui coexiste avec le nouveau phénomène de recomposition ouvrière aux Etats-Unis, de nouveaux secteurs jeunes de la classe ouvrière qui s’organisent, l’émergence initiale de fractions de la jeunesse où le discours anticapitaliste s’impose, etc. Toutes ces questions seront abordées lors de la deuxième partie de cet étude.

 

Bibliographie

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  • Valerio Arcary, « Il n’y a pas de ‘solution’ militaire dans la guerre d’Ukraine, esquerdaonline , 24/02/23.
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  • Ernest Mandel, Ô capitalisme tardif , Nova Cultural , Sâo Paulo, 1985,
  • Pierre Rousset, « Impérialisme(s), Russie, Chine. Contexte historique du débat. Viento Sur, 22/12/22.
  • Roberto Sáenz, « Vers un monde d’hyperpolarisation », izquierdaweb , 17/12/22.
  • -«La politique révolutionnaire comme art stratégique », izquierdaweb.
  • – « Sur le caractère de la Seconde Guerre mondiale »,izquierdaweb.
  • -« La Chine explose-t-elle ? », izquierdaweb , 03/12/22.
  • -« Marx, Trotsky et Mandel. Le débat sur la dynamique historique du capitalisme », 2016, izquierdaweb .
  • Maxi Tasán, « Lithium : le minéral du futur », izquierdaweb , 16/02/23.
  • Au Loong Yu, « La place légitime de Taiwan dans ce monde », izquierdaweb , 2/11/23.
  • Marcelo Yunes, « La Chine aujourd’hui : problèmes, défis et débats », izquierdaweb , 12/03/22.
  • -« L’économie mondiale : inflation aujourd’hui, récession demain ? », izquierdaweb , 21/05/22.


Notes 

[1] Certaines formes de catastrophisme, dont le capitalisme a toujours été au bord de l’effondrement, ont été le frère siamois de l’objectivisme. Il s’agit de deux caractéristiques du trotskysme du dernier siècle.

[2] Lénine considérait Kautsky comme l’un de ses professeurs et pour des raisons bien considérées : Kautsky avait été formé aux côtés de Marx et Engels (ce dernier l’appréciait plus que le premier). Cependant, des désaccords surgissent rapidement avec lui et Bernstein (paradoxalement, ce dernier plus apprécié par Marx) en raison de la censure que tous les deux ont imposée à certains textes des fondateurs du socialisme révolutionnaire.

Les pressions de l’époque pesaient sur Kautsky ainsi que sur l’ensemble de la direction social-démocrate. C’est ainsi que les éléments naturalistes, évolutionnistes et mécanistes s’imposèrent peu à peu à la pensée kautskienne . La capitulation de 1914 a été un tournant dans le cadre de la faillite de la Deuxième Internationale face à la guerre impérialiste. Lars T. Lih et d’autres chercheurs montrent des textes précieux de Kautsky d’une certaine époque et il est vrai qu’il en était ainsi, néanmoins, nous sommes contraires au fait de le présenter comme un révolutionnaire. Lénine a opéré politiquement et méthodologiquement en rupture avec ce type de marxisme évolutif, cela exprimé entre autres textes, dans leur grand Notes philosophiques sur la science de la logique de Hegel (septembre/décembre 1914), c’est aussi .

[3] De nombreuses dystopies futuristes de l’après-Seconde Guerre mondiale étaient liées au danger nucléaire. Ils sont actuellement noués autour d’événements tels que la pandémie et le changement climatique auxquels il s’ajoute le spectre nucléaire. En gros, la spéculation dystopique prend une vie pas seulement littéraire, mais aussi une factibilité qui a été exclue au cours des deux dernières générations.

[4] Pour une clarification des relations dialectiques entre la guerre et la politique, voir « La politique révolutionnaire comme art stratégique » du même auteur de cette note. Déjà sur le caractère des guerres, en particulier la Seconde Guerre mondiale, voir « À propos du caractère de la Seconde Guerre mondiale » (sur izquierdaweb).

[5] Nous avons critiqué dans nos élaborations à la fois la position du mandélisme (ou post-mandélisme), notamment français (l’ancienne majorité du NPA) de soutenir inconditionnellement l’envoi d’armes, à la direction de Zelensky. Un positionnement que ne se délimite pas de l’OTAN et d’autres aberrations (à noter qu’au sein de sa « IV Internationale » des voix dissidentes se multiplient avec cette position : voir Andreu Coll dans Contretemps, « La gauche anticapitaliste et l’Ukraine »), ainsi que des positions campistes qui voient la Russie de Poutine comme un vecteur « anti-impérialiste » (comme le Parti Ouvrier Argentin, par exemple) et non pour ce qu’il est : un empire en reconstruction (c’est à dire marqué par d’énormes faiblesses désormais visibles dans la guerre d’Ukraine elle-même).

Certains courants comme le PTS (Fraction trotskyste) argentin abritent plusieurs positions en son sein en raison de la complexité du conflit. Cependant, on constate un manque -voir absence totale- d’équilibre critique du XXème siècle. Le débat sur l’équilibre a été remplacé par le débat sur la « stratégie », précieux en soi mais de caractère instrumental (vu la difficulté d’arriver correctement au niveau instrumental sans repenser les fins.) C’est un débat balayé sous le tapis et semble s’en mêler (chaque texte qu’ils diffusent sur l’Ukraine part d’un côté à l’autre sans aucune continuité dans leurs démarches). Par exemple : « Un an après la guerre en Ukraine », de Claudia Cinatti, semble plus pointu que les textes campistes diffusés régulièrement par Juan Chingo.

[6] Une autre approche unilatérale est celle de Valerio Arcary, du PSOL et de Resistencia, qui avait d’abord soulevé la dualité du conflit, mais affirme maintenant que, le conflit « porte sur une guerre inter-impérialiste » ( « Il n’y a pas de ‘soluçao’ militaire dans la guerre ukrainienne », esquerdaonline , 24/02/23), ce qui est une exagération évidente car il n’y a pas de guerre directe entre l’OTAN et la Russie, du moins pas pour l’instant.

[7] Pour cette analyse voir l’ouvrage récent de Marcelo Yunes : « La Chine aujourd’hui : problèmes, défis et débats », sur izquierdaweb.

[8] Il est insolite qu’en pleine campagne de l’Otan sur les « bienfaits » de l’impérialisme occidental, ce courant continue de réclamer des « armes pour l’Ukraine » (il est vrai qu’il y a une certaine délimitation interne dans ses rangs avec Gilbert Achcar, qui ne participe pas directement au quatrième mandeliste mais sympathise avec elle, soulignant désormais que le soutien à l’Ukraine ne doit pas être un « chèque en blanc »). Il faut dire que la palme du ridicule revient au PSTU du Brésil, qui demande non seulement de manière irresponsable des armes pour l’Ukraine… mais aussi des « armes lourdes ». Pratiquement aucun courant de trotskysme n’a échappé au bouleversement produit par la complexité du conflit ukrainien, une complexité typique du nouveau monde dans lequel nous vivons : le XXIe siècle, aggravée par le manque total de bilan du précédent siècle  .

Dans ce dernier, malgré tout, Rousset a raison lorsqu’il soulève l’exigence de comprendre le « nouveau monde » dans lequel nous vivons en « faisant le bilan » du siècle dernier (« Impérialisme(s), Russie, Chine. Contexte historique du débat », Viento Sur).

[9] Daniel Tanuro accuse injustement Trotsky d’être un « productiviste ».

[10] L’écologie de Marx , de Bellamy Foster, est un bon ouvrage pour une approche générale de l’écologie issue du marxisme. Pour le reste, il faut éviter les dérapages unilatéraux des « collapsistes » (autre forme de catastrophisme vulgaire), ainsi que ceux des auteurs et courants européens comme Michael Lowy, qui appellent à la « décroissance » tout court. Il s’agit d’un regard très eurocentrique (bien qu’il soit nécessaire de défendre un changement dans le développement, d’autres manières et à d’autres fins). Il est évident que dans les pays dépendants, encore la moitié plus un du monde, il n’est pas possible d’appeler à la décroissance mais plutôt à la croissance d’une autre manière .

[11] Sans aller plus loin, alors que nous écrivons ce texte à Buenos Aires, la canicule qui sévit est insupportable et ne s’est pas arrêtée depuis plusieurs semaines. Outre le fait que l’Argentine se désagrège littéralement, les vagues de chaleur caractérisent les étés dans de plus en plus de pays (ainsi que le froid polaire à l’autre bout des saisons dans plusieurs endroits). Le réchauffement climatique et la distorsion climatique (c’est-à-dire les températures extrêmes aux deux pôles) sont caractéristiques de l’époque.

[12] Comme nous l’avons souligné, le marché mondial a pour limite la subsistance des États nationaux. Voir à ce propos dans cette même édition : «Marx, Trotsky et Mandel. Le débat sur la dynamique historique du capitalisme).

[13] Il est évident que l’une des principales tendances de la situation est l’augmentation des prix générés par la post-pandémie et la guerre en Ukraine, entre autres dans les matières premières (pour une analyse plus détaillée de la situation économique, voir Marcelo Yunes : « Économie mondiale : inflation aujourd’hui, récession demain ? », izquierdaweb ).

[14] Mettre des limites mécaniques au développement capitaliste est complexe. La seule réflexion sur le champ de développement et de valorisation que pourrait signifier la conquête de l’espace montre que la conjonction de la croissance et de la crise est intrinsèque au système qui accumule des éléments de parasitisme et de prédation mais dont les limites intrinsèques sont toujours mobiles : seule la lutte des classes peut  y mettre une fin à puisqu’il ne mourra pas de mort naturelle .

[15] Nous avons écrit à ce sujet l’année dernière à propos des cas dissemblables de la France et du Brésil, par exemple.

[16] J’ai développé cela de manière propagandiste dans « Cette génération va être le protagoniste de tout ce qui nous attend au 21ème siècle », izquierdaweb.

[17] Nous ne voulons pas répéter ici tout ce qui est indiqué dans notre texte « Marx, Trotsky et Mandel. Le débat sur les perspectives historiques du capitalisme » que nous avons déjà cité et qui a une approche plus approfondie que ce que nous pouvons faire ici. Nous y faisons référence et sa réédition dans ce supplément.

[18] Tant les réformistes que les révolutionnaires comme Rosa Luxemburg en son sein ont soulevé la position catastrophique : qu’à la limite, le capitalisme s’effondrerait en raison de ses contradictions. Cette approche est erronée : le capitalisme ne va pas tomber uniquement à cause de ses tendances intrinsèques à la crise : il doit être renversé, une question qui appelle une action politique révolutionnaire (elle met sur la table des problèmes de stratégie ) .

[19] Le capitalisme d’État en tant que tel existe en Chine et en Russie, par exemple, dans l’Occident capitaliste, sous Biden notamment (même si nous insistons sur le fait qu’il nous faut l’étudier encore), il semble y avoir une certaine logique d’une plus grande intervention de l’État dans l’économie au cours des dernières décennies. Cependant, on arrive même pas au capitalisme d’état

[20] L’année dernière, la Chine a connu une croissance effroyable de 3 %, ce qui est très bas selon ses normes et le chiffre le plus bas depuis les années 1970. Pour le reste, la croissance de 5 % pour cette année continue, cependant, la tendance à la normalisation de ses taux, que personne ne s’attend à revenir à deux chiffres, comme c’était le cas il y a des années.

[21] D’une certaine manière, la rébellion au Pérou, toujours ouverte, a quelque peu reculé. La difficulté est évidente : la rébellion est venue du « monde andin » et de l’intérieur du pays, c’est-à-dire de l’est et sud-est et du sud du Pérou, mais Lima reste un bastion du Fujimorisme d’une certaine manière.

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